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BULLETIN
SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES
DE L'AUDE
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BULLETIN
DE LA
SUCIEIE D'ÉTUDE AENTIENUES
s
DE L’'AUDE
DIX-NEUVIÈME ANNÉE. — TOME XIX
CARCASSONNE
Vicror BONNAFOUS-THOMAS, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ
50, Rue de la Mairie, 50
1908
ART, 4o du RÈGLEMENT. — La Société ne prend sous sa
responsabilité aucune des opinions ou assertions émises par les
auleurs des articles insérés dans son Bulletin ou des communi-
cations faites en séance, méme si elles n’ont été suivies d'aucune
discussion.
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PREMIÈRE PARTIE
Liste des Membres. — Séances de 1907
40143
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MEMBRES FONDATEURS
DE LA
SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES DE L'AUDE
ALIEU (François), urchiviste.
AMIGUES (Adolphe), notaire. |
AUGÈRES (Victor), instituteur.
AURIOL (Adrien), professeur d'agr.
AYROLLES (Aimé), propriétaire.
BAICHÈRE (l’abbé Ed.), professeur.
BARRE (Léopold), propriétaire.
BÉDos (Philippe), professeur.
BENEAUSSE (Maurice), instituteur.
BERGASSE (Marius), propriétaire.
BONNAVES (l’abhé Sylvain), curé.
BoURREL (Charles), D' médecin.
BRU (Fernand), botaniste.
CAMBON (l'abbé Léon), professeur.
CANAL (l'abbé Pierre), professeur.
CASTEL (Pierre), ingénieur.
CHARTIER (Louis), naturaliste.
COMBES (l'abbé G.), professeur. .
DAT DE ST-FOULC (Ch.), rentier.
DONNAREL (François), instituteur.
DonNNaT (Hippolyte), professeur.
DuMoNT (Joseph), horticulteur.
FLEUREAU (Alphonse), professeur.
GARY (Léopold), propriétaire.
GASTINE (l'abbé M.), professeur.
GAUTIER (Gaston), bolaniste.
GAvOY (Louis), entomologiste.
GAZEL (labbé Lucien), professeur.
GLORIES (Emile), rentier, |
JALOUX (Adrien), propriétaire.
JEAN (Joseph), propriétaire.
JULLIAN (Ch.-Gabriel), étudiant.
JoULIA (l'abbé J.), Sup.du P. Sém.
LIGNON (Alban), instituteur.
MAHOUXx (l'abbé Casimir), cure.
MALBRET (Bernard), photographe.
MARIEU (Charles), propriétaire.
Mary (Ulysse), propriétaire.
MAUREL (Oscar), instituteur.
Mirroc (l'abbé Georges), profess.
MOLINIER (Jean), instituteur.
MonTES (P.), anc. chef d’instilon,
MouLa (Paul), Dr médecin.
MULLOT (Henri), propriétaire.
NaAVaLs (Albert), instituteur.
Noyer (Joseph), botaniste.
PÉRIÉ (Auguste), tistutuleur.
Périr (Abel), Dr médecin.
PILLOT (E.), garde gén. des forêts.
Pos (l’abbé Camille), professeur.
PRATX (l'abbé Aug.), professeur.
RANCOULE (l'abbé J.-B.), profess.
REBELLE (Guillaume), négociant.
RESPAUD (Auguste), tnslituteur.
ROUSTAN (Désiré), étudiant.
SICARD (Germain), propriétaire.
| SOL (Paul), journaliste.
SOURBIEU (Ed.), conchyliologiste.
VIGUIER (Laurent), étudiant.
VÉZIAT (Auguste), chef d'instion,
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ÉTAT DES MEMBRES
DE LA SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES DE L’AUDE
Au 81 Décembre 1907
Président honoraire
M. Ch. Baron, à Narbonne.
Membres nés
M. le Préfet du département de l'Aude.
M. le Maire de Carcassonne.
M. l'Inspecteur d’Académie.
Membres honoraires
MM.
BERGERON (Jules), Professeur à la Sorbonne, à Paris.
Bresson (A.), Préparateur de géologie à la Faculté des
Sciences de Besançon (Doubs).
CaREz (Léon), Docteur ès-sciences, 18, rue Hamelin, à Paris,
Géologue.
CarTaILHAC (Emile), rue de la Chaîne, 5, à Toulouse (Haute-
Garonne), Sciences préhisloriques.
DEPÉRET (Ch.), Doyen de la Faculté des Sciences de Lyon.
Doxcœux (L }), Professeur à la Faculté des Sciences de Lyon.
FLAHAULT (Charles), Professeur à la Faculté des Sciences, à
Montpellier (Hérault).
FLEuREAU (Alphonse), Proviseur au Lycée, à Toulouse.
GAUTIER (Armand), Membre de l’Institut. Professeur à la
Faculté de Médecine, à Paris.
— X —
DE GrossouvrE, Ingénieur en chef des Mines, à Bourges.
MELLÉ (D°), à Blan (Tarn). |
MEUNIER (Stanislas), Professeur de Géologie au Muséum
d'Histoire naturelle, 3, Quai Voltaire, à Paris,
PERON, Intendant militaire. 11, avenue de Paris, à Auxerre
(Yonne), Géologue.
RÉGNAULT (Félix), 19, rue de la Trinité, à Toulouse (Haute-
Garonne), Sciences préhisloriques.
Roussez (J.), Docteur ès-sciences. Professeur au Collège, 5,
chemin de Velours, à Meaux.
Trurar (Emile), ancien directeur du Musée d'Histoire natu-
relle de Toulouse, à Foix (Ariège).
VaLérRy M Avee &>. &, Professeur à l'Ecole Nationale d’Agri-
culture, à Montpellier.
Vicuier (Maurice), Docteur ès-sciences, à Carpentras (Vau-
cluse).
Membres Donateurs
MM.
Dox pe CÉpian (Maurice), Propriétaire, à Villemoustaussou.
SARDA (Jules), Propriétaire, Château de la Rouquette, par
Lasbordes (Aude).
: LANoIR (Georges), Inspecteur des forêts, à Djidjelli (Algérie).
Membres Titulaires
(L'astérisque indique les Membres fondateurs)
MM.
1899 ADER (Henry), Ingénieur des Ponts et Chaussées, aux
Forges de Quillan (Aude).
1889" ALIEU (François), Archivisle : à la Préfecture de l’Aude,
Carcassonne.
1903 ALQUIER-GRIFFOULET, Propriétaire, au domain de Con-
ques, près Alzonne (Aude).
1889* Amicues (Adolphe), Notaire, rue du Marché, Carcas-
sonne.
1890 ANcÉ (l’abbé Raymond), Curé, Greffeil.
1891 D'ANDRIEU (Gabriel), Propriétaire, Coursan.
189y AXÉ (Pierre), &, €, Conducteur des Ponts et Chaussées,
à La Nouvelle.
1907 ARNAUD (Charles), Ingénieur de la maison Fafeur,
Square Gambetta, à Carcassonne.
1889" AuGÈREs (Victor), Directeur de l’Ecole Communale,
Sigean. |
1893 AZALBERT (Antoine), €», Docteur-Médecin, Caunes.
1900 AZÉMA (Jules), Secrétaire de la Mairie, Saint-Nazaire
(Aude).
1892 Bac (Victor), Représentant de Commerce, rue de la
| République, Carcassonne.
1895 BARBUT (Georges), 4. &x, Professeur d'Agriculture. rue
de la Liberté, Carcassonne.
1903 Barpou (Pierre), Propriétaire, Cazilhac.
1890 BaroN (Charles), Libraire, Narbonne.
1892 Bary (Ernest), Négnciant, rue des Jardins, Carcassonn.
1899 Barur (Raoul), Ingénieur agronome, D' de la Colonia
de San Luis, à Huesca (Espagne).
1904 Bauvize (Henri), rue Chartran, Carcassonne.
1894 Baux (Xavier), Négociant, rue de la Gare, Carcassonne.
1892 Bayarp (Antoine), Fabricant de couleurs, rue des
Jardins, Carcassonne.
1889" BENEAUSSE (Maurice), Directeur de l'Ecole du Musée,
Carcassonne.
1901 BERNON (Paul), €, Photographe, rue de la Gare, Carcas-
sonne.
1893 Berraomieu (Louis), Notaire, Caunes-Minervois.
1905 BERTRAND (Albert), Relieur, Grand’'Rue, Carcassonne.
1899 BERTRAND (Armand), Propriétaire, Azillanet (Hérault).
1891 BERTRAND (Elie), Instituteur, Villalier.
1903 BÈs (Pierre-Georges), Régisseur à Montquiert, près
Carcassonne.
— XI —
1893 Biror (Baptiste), Entrepreneur. Maquens.
1901 BLanic (P.), rue Pierre-Germain, Carcassonne.
1895 BLravquiEr (Alexandre). Instituteur, Cuxac-d'Aude.
1901 Bonxarous (Joseph), Imprimeur, rue de la Mairie, Car-
cassonne.
1889" Bonxaves (l'abbé Sylvain), Curé-doyen, Couiza.
1893 BoriEs (Guillaume), Propriétaire, Fabrezan.
1897 BoucuÈre (Cyprien), Docteur-Médecin, Quillan.
1895 Bourcës (Fernand), Sous-Inspecteur des Enfants assis-
tés, Square Gambetta, Carcassonne
1889° BourreL (Charles), Docteur-Médecin, rue Voltaire, 11,
Carcassonne.
1895 Bousquer (Jean-Baptiste), Instituteur, Salvezines.
1900 Bousquet (Henri), Docteur-Médecin, Grand’Rue, Car-
cassonne. |
1906 BousquET (M"° Jeanne), rue de la Gare, Carcassonne.
1890 Boyer (Victor), Négociant, boulevard Marcou, Carcas-
sonne. |
1905 BRÉZET (François), Propriétaire, Cazilhac.
1889" Bru (Fernand), Botaniste, 16, Avenue du Capitole,
Narbonne.
1599 BRUGUIÈRE (Auguste), Propriétaire, rue de Belfort,
Carcassonne.
1903 BRUNEL (Polydore), Libraire, rue de la Gare, Carcas-
sonne.
1891 Bucxarp (Léon), Peintre décorateur, rue du 4 Septem-
bre, Carcassonne.
1891 Buscair (Louis), Propriétaire, Boulevard Omer Sarraut,
Carcassonne. |
1898 CABaNxes (Alcime), Propriétaire, Argeliers (Aude).
1901 CALMET (Paul), Instituteur, à Auriac, par Lanet (Aude).
1906 Carmox (Paul), Instituteur adjoint, à Cuxac-d’Aude.
1899 CaLs (Jean), Gardien des fortifications à la Cité, Car-
cassonne.
— XII —
1905 CAmBourNac (Henri), Avoué, 21, rue du Mail, Carcas-
sonne.
1890 CaxEL (Emile), Instituteur, Gincla.
1890 Capys (l’abbé Etienne), Curé, La Digne d’Aval (Aude).
1891 Carsou (J.-B.), Docteur-Médecin, rue dela République,
Carcassonne.
3897 CAREMIER (Paul), Notaire, Trèbes.
1894 CARRIÈRE, Docteur-Médecin, rue du Marché, 2, Carcas-
sonne.
1904 CARSALAT, rue des 3 Couronnes, Carcassonne.
1892 CasTez (Jean), Vétérinaire, rue du 4 Septembre, Car-
cassonne.
1900 CaASTEL (Eugène), Propriétaire, Grand’rue, 71, Carcas-
sonne.
1896 CATHALA (Marius), Propriétaire, Argeliers.
1900 GATHALA (Julien), Instituteur, 49, rue des Etudes, Car-
cassonne.
1903 CaTHary (Antoine). Pharmacien, Capendu.
1898 Cazanove, Docteur-Médecin, 91. Boulevard Barbès,
Carcassonne.
1905 Cazaux (Pierre). Rentier, 73, Boulevard Barbès, à
| Carcassonne.
1892 CÈèBE(M'e),Maitresse de Pension ,Grand'’rue, Carcassonne
1904 CHanaup (Louis), Docteur-Médecin, Limoux.
1901 Cauzy (Vincent), Négociant. rue de Strasbourg, Car-
cassonne.
1890 CHaAvanETTE. Docteur-Médecin, Tuchan.
1899 Cnirrre (Jean), Conducteur des Ponts et Chaussées, 47,
rue des Jardins, Carcassonne. |
1907 CLERGUE (François), Régisseur à Herminis, près Car-
cassonne.
1896 CLuzon (Ferdinand), Libraire, 26, rue Bellevue, Car-
cassonne.
1891 Cozr(Joseph), Banquier, 6, rue Mazagran,Carcassonne.
1895 ComBEL&rAN (Ernest), Négociant, Rieux-Minervois.
1902
1890
— XIV —
ComMBELÉRAN (Gaston), rue de la Gare, Carcassonne.
Comes (Louis), Caissier au Comptoir d’Escompte, Car-
cassonne. |
1896 CourrenT (Paul), O. I. P. 4. Docleur-Médecin, Tuchan.
1899
1899
1891
1905
1902
1899
1903
1892
1902
1904
1909
1906
1901
1902
1890
1890
Cros (Joseph), Maître d'Hôtel, à Fourtou (Aude).
Cros-Mayrevirile (Antonin), Président du Tribunal
Civil, Conseiller général, Narbonne.
CrouzeT. #, Docteur-Médecin, Conseiller général,
Cuxac-Cabardès.
CrozeL (G.), Géologue, 34, Quai Saint-Antoine, à Lyo
(Rhône). |
DaGEs, Médecin-Vétérinaire, à Azille.
DaGuer (Alexandre), Propriétaire au Château du Fort,
près Mas-Saintes-Puelles.
DazBës, Docteur-Médecin, Capendu.
Dazcy (Paul-Maurice). Propriétaire, Saint-Laurent-de-
la-Cabrerisse (Aude).
De8osQuE (Léon), Manufacturier. à Chalabre.
Decrave, Docteur Médecin, à Lagrasse.
DeLauDEe (Charles), Ingénieur-Agronome, à Cuxac-
d'Aude.
Dezeu (André), Serrurier, rue de la République, 60 là,
à Carcassonne.
Deruas (Célestin), Négociant, rue des Jardins, Carcas-
sonne.
Dezwas (Louis), x, Docteur-Médecin, à Rieux-Minervois,
DEzPowr, Directeur d’Ecole, 31. boulevard de la Liberté,
à Narbonne.
Devizze (Emile), Agent-voyer d'arrondissement en
retraite, à Alet (Aude). |
1906 DÉzarnaup (Baptiste). Constructeur-Mécanicien, 15, rue
1890
1902
des Trois Couronnes, à Carcassonne.
Don pe Céprax (Maurice), Propriétaire, Villemous-
taussou.
Dourapou, Instituteur, à Cabrespine (Aude).
1897 Ducxax (Louis), Propriétaire, rue de la République,
Carcassonne.
1901 Dupuy (J.-J.), Chef de Comptabilité à la Société Méri-
dionale d’Electricité, Carcassonne.
1902 Duranp(Albert), Négociant.ruedesJardins,Carcassonne.
1904 Dusseau (Victor), Agent d’'Assurances, rue Pinel, Car-
cassonne.
1901 EscarGueis (François), Clerc de Notaire, chez Me Ami-
gues, Carcassonne.
1900 EscarGuEL (Joseph), rue Chartran, Carcassonne.
1893 Esparseiz (Raymond), Boulevard Barbès, Carcassonne.
1891 D’EsPezeL (Paul), Négociant, Place Carnot, Carcassonne.
1894 EsTRapE (Joachim), Directeur de la Société Méridionale
d’Electricité, rue Pinel, Carcassonne.
1891 Evror (Charles), &3, Conducteur des Ponts et Chaussées
en retraite, Square Gambetta, Carcassonne.
1904 FABrEe (Antoine), Médecin- Vétérinaire, rue Littré, Car-
cassonne. | |
1895 FaBre (Numa), Maitre-répétiteur au Lycée, Carcassonne.
1903 FABrEe (Paul), 20, rue Riquet, Castelnaudary.
1901 Faces (Antoine), Régisseur à Rivoire, près Carcassonne.
1901 FAGES-BonxéRY (François), Avocat, Boulevard de la
Préfecture, 10, Carcassonne.
1901 FARGESs (Justin), Négociant, rue Trivalle, Carcassonne.
1901 FarGes (Léon), Négociant, rue Trivalle, Carcassonne.
1904 Faure (Etienne), Négociant, rue la Gare. Carcassonne.
1892 FAURE (Marius), Notaire, Saint-Hilaire.
1904 FERRIÉ (Pierre), Docteur-Médecin, Saint-Hilaire (Aude).
1904 FERRIÉ (Numa), Propriétaire, Cazilhac (Aude).
1895 Finesrres (Emile), Agent-voyer, Laure.
1901 Firre (Joseph), Pharmacien, Azille.
1902 FonTANEL (Constant), 3, Ingénieur agricole, à Embres
(Aude).
1898 FonTROUGE (Fils), Agent d’Assurances, Boulevard du
Canal, 8, Carcassonne.
AV —
1896 Fournié (Ernest), Docteur-Médecin, Grand’rue, Car-
cassonne.
1903 Fournié (Georges), Propriétaire, au Château de la For-
çate, près Villesiscle (Aude).
1906 GaALINIER (Casimir), Propriétaire et Marbrier, Caunes.
188g* Gary (Léopold), Propriétaire à Terres-Rouges, près
Tournissan (Aude).
1892 GasTiLEUR (Charles), Négociant, Grand’Rue, Carcas-
sonne. |
1892 Gausox (Victor), Docteur-Médecin, rue Barbès, 3, Car-
cassonne.
1889* GAUTIER (Gaston), Z, Botaniste, Place St-Just, Narbonne.
1889" Gavoy (Louis), Entomologiste, rue de la Préfecture, 5°,
Carcassonne.
1899 GAYDE (Louis), Propriétaire, Trèbes.
1889" GAzEL (l'Abbé Lucien), Professeur à l'Ecole St-Stanislas,
Carcassonne. |
1890 GERvIËs (Amédée), Propriétaire, Aigues-Vives (Aude).
1889" GLoniEs (Emile), Rentier, rue de la République, Car-
cassonne.
1898 Gourpou (Paul), Pharmacien, Alzonne.
1903 GRILLIÈRES (L.), C. x, Colonel du génie en retraite,
Boulevard Barbès, 90, Carcassonne.
1898 GuirAuD (Louis), Propriétaire, Moux.
1891 GuimauD (Martin), Ingénieur-Constructeur, route de
Narbonne, Carcassonne.
1890 GuirauD (Théodore), £}, Avoué, rue de l’Aigle-d'Or,
Carcassonne.
1892 Hyverr(Georges),«} .Ingénieur,quaiRiquet,Carcassonne.
1903 JALABERT (Augusta), Directrice d’Institution, Castel-
naudary.
1892 JazamBic (M'"°), &, Directrice de l'Ecole Normale d’Insti-
tutrices, Carcassonne.
1898 JEANSEAN (Alphonse), Propriétaire, Saint-Hilaire (Aude).
1898 LaBsorpe (Mathieu), &, Fabricant de futailles, rue Mont-
pellier, Carcassonne.
— XVII —
1901 LAFrFAGE, €}. Juge de Paix, Saint-Girons.
1904 LarrirTe, Docteur-Médecin, Chalabre (Aude).
1906 LAMBRIGOT (Paul), Marchand d’antiquités, Grand'’rue,
Carcassonne.
1895 Lassazce (Edouard), Horticulteur, rue des Quatre-Che-
mins, Carcassonne.
1903 LaTaPiE (Henri), Propriétaire, à Castelnaudary.
1904 Laura (Frédéric), Ingénieur des Arts et Manufactures,
Boulevard du Jardin des Plantes, Carcassonne.
1904 LAviaze (Jules), Propriétaire, Fabrezan.
1907 LEPARGNEUR (Jean). Etudiant en médecine, à Toulouse.
1899 Lévy (Adolphe), Propriétaire, place du Palais, 8, Car-
cassonne.
1906 LicnÈREs (Joseph). Propriétaire, à Trausse (Aude).
1889° Liexo (Alban), Professeur à l'Ecole d'Industrie et de
Commerce, rue Droite, 58, Narbonne.
1904 Lienox (Léopold), Propriétaire, Saint-Hilaire (Aude).
1893 MADRENNEs (Joseph), Ancien Notaire, Rieux-Minervois.
1896 Marrre (Ernest), Inslituteur, Armissan.
1903 Marer (Achille), Propriétaire, Espéraza.
1897 Marric (Henri), Avocat, rue de la Gare, Carcassonne.
1896 Marcon-Journer (Victor), Agent général de la C'° de
Saint-Gobain, 8, rue Mazagran, Carcassonne.
1889" MartEu (Charles), Propriétaire, Leucate.
1899 MarTin (Emile), Conducteur des Ponts et Chauee
Mont-de-Marsan (Landes).
1905 MarrTy (Ambroise), Receveur de l’'Enregistrement,
Quillan.
1892 Marry (Augustin), Docteur-Médecin, Place du Palais,
Carcassonne.
1895 Marry (Léonce), rue Trivalle, 163, Carcassonne.
1905 Marry (Pierre), Propriétaire, Cazilhac.
1894 Marureu (Joseph), Propriétaire. Saint-Couat-d'Aude.
1898 Maruieu (Numa), Propriétaire, Saint-Couat-d'Aude.
1907 Maure (Jean), 58, rue de la République, Narbonne.
2
— "XVILE —
1889 Maywarn (Antoine), Ancien Instituteur, à Bouilhonnac.
1907 Maza (Louis), Ancien Négociant, rue de l'Aigle-d'Or,
Carcassonne.
1891 MaAzuRIER (Gaston), Pharmacien de 1"° classe, Grand’rue,
Carcassonne.
1901 MENGauD (Constant), Négociant, 19, allée de Bezons,
Carcassonne. |
1904 MÉric (J.), t>, Imprimeur-Editeur, Limoux.
1907 MérraL (Ernest), Caissier à la succursale de la Banque
de France, à Carcassonne.
1892 Mizraup (François), Instituteur, Laurabuc (Aude).
1896 Miquez (Jean), Propriétaire, Barroubio, par Aigues.
vives (Hérault).
1889" Mirrou (l'Abbé Georges), Supérieur du Petit Séminaire,
Carcassonne.
1897 Mounier (Antoine), Propriétaire, Couffoulens.
-1889° MoutEr (Jean), Instituteur, Tuchan.
1893 Mounir (Louis), Chef de Division à la Préfecture de
l'Aude, rue de la Mairie, Carcassonne.
1892 MonTAGxE (Gabriel), Juge de Paix, Varennes (Allier).
1904 Morer (Lucien), 20, rue du Parc à Fourrages, Carcas-
cassonne.
1901 Moser (F.), Négociant et Propriétaire, Lézignan.
1903 Mor (Félix), Pharmacien, Grand’rue, 20, Carcassonne.
1904 Moucxié (Noël), Ingeniero, Sociedad general de Aguas
de Barcelona, 16, Paseo de Gracia, Barcelona (Espagne).
1899 Mouuixes (Raymond), Maître d’hôtel, Quillan.
1903 Mouis (Simon), Propriétaire, Rieux-Minervois.
1904 Muicor (Emile), Ancien Conseiller général, au château
du Pech, par Saint-Hilaire (Aude). |
1889* MuzLor (Henri), €, rue du Quatre-Septembre, 6, Car-
cassonne.
1890 Nezzi (Léon), Architecte, rue d'Alsace, Carcassonne.
1897 NoGué (Osmin), Avocat, boulevard du Musée, Carcas-
sonne, |
— XIX —
1904 NouseL (Guillaume), Négociant,Grand'Rue,Carcassonne.
1902 Ouivier (H.), Contrôleur des Contributions Directes,
Limoux.
1894 OrmiÈres, Docteur-Médecin, rue de la République,
Carcassonne. |
1897 OurraL (Jacques), Artiste-Peinire, rue des Arts, Car-
cassonne.
1901 Paye (Auguste), Conducteur des Ponts et Chaussées,
rue Tranquille, Carcassonne.
1900 PÉBERNARD, Médecin Vétérinaire, Conques (Aude).
1891 Pecu (Jean), O. I. P. €», Professeur de Mathématiques
au Lycée, Carcassonne,
1903 PErpiGou (Jean), Propriétaire, Cazilhac (Aude).
1905 PErDicou (Baptiste), Grand’Rue, 128, à Carcassonne.
1889“ Périé (Auguste), Directeur de l'Ecole de la Cité, Car-
cassonne.
1894 PeyraupeLz (Léon), Ancien Négociant. Place Carnot,
Carcassonne.
1906 PEYRE (Pierre), 67, rue Voltaire, Carcassonne.
1891 PEYRONNET (Paul), &ÿ, Docteur-Médecin, rue Voltaire,
Carcassonne.
1894 Prancarp, Docteur-Médecin, 16, rue Bayard, Toulouse.
1897 PouizrÈs (Joseph), Horloger, rue de la Gare, Carcas-
sonne.
1889" PRATx (l’abbé Augustin), Curé, à Pomas.
1902 PRATx (Clément), Propriétaire, Tuchan.
1904 PuzrÈs (Ferdinand), rue Victor Hugo, Carcassonne.
1900 Ramez (Charles), Propriétaire, rue Barbès, Carcassonne.
1894 Rascoz (Henri), Pharmacien, Chalabre.
1902 Raymowp (Martial), Ingénieur agricole, Azille.
1892 Ravynaup (Michel), x, Négociant, Place Carnot, Carcas-
sonne
1889" REBELLE (Guillaume), rue Chartran, 11, Carcassonne.
1900 RENaux (Camille), O. I. P. &ÿ, Professeur d'Histoire en
retraite, rue Antoine-Marty, A1, Carcassonne,
|
1889° Respaup (Auguste), Directeur d’Ecole, Ouveillan.
1904 Rey (Gustave), Négociant, rue Courtejaire, Carcassonne.
1900 Ricaup (Fortuné), Propriétaire, rue du Port, Carcas-
sonne. |
1901 Rivazs (Jules), Propriétaire, à Saint-Martin de Mon-
tredon, près Carcassonne.
1892 RoserrT (Marius), Juge au Tribunal civil, à Béziers
(Hérault).
1892 Roca (Emile-Laurent), Ingénieur civil, Castelnaudary.
1892 RocaLve (Pierre), Propriétaire, Villebazy.
1904 RoGEr (Léon), Propriétaire, Homps (Aude).
1903 RouaxerT (Joseph), Clerc de Notaire, chez M° Donna
dieu, à Narbonne.
1899 Rouayroux (Oscar), Industriel, Olonzac (Hérault).
1906 RouDièrE (Henri), rue Courtejaire, Carcassonne
1897 Roucer (Jean), Marchand de Meubles, rue Barbès,
Carcassonne.
1894 Roucité, Chaudronnier, rue Victor Hugo, Carcassonne.
1896 RoumIeux (Ancile), Professeur de Sciences Physiques
et Naturelles au Collège de Narbonne. |
1894 Rouquer (Achille), Directeur de la Revue Méridionale,
rue Victor Hugo, 9, Carcassonne.
1892 Rouzaup (Philippe), Négociant, Grand’rue,Carcassonne.
1897 Rurrer (Léon), Notaire, rue Barbès, Carcassonne.
1901 SABARTHÈS (Abbé), €, Curé, Leucate (Aude).
1891 SABATIER (Joseph), &,&#, Ingénieur Agronome, boule.
vard Barbès, gr, Carcassonne.
1864 SABATIER (Michel), Distillateur, route de Narbonne,
Carcassonne.
1900 SABATIER (Jacques), rue Trivalle, 66, Carcassonne.
1904 SABATIER (Charles), Négociant, rue de la Digue, Car-
cassonne.
1892 SABINEAU (Pascal), Propriétaire, Serviès-en-Val.
1904 SAMARUC (Jules), rue Barère, 4, Narbonne.
_ XX —
1901 SaMaARY, #, Lieutenant-Colonel en retraite, 12, rue
Pierre Germain, Carcassonne.
1897 Sarcos (Osmin), &æ, Docteur en pharmacie, Place Car-
not, Carcassonne. |
1892 SATGÉ (Albert), Propriétaire, rue de la République,
Carcassonne. .
1890 SATGÉ (Louis), Propriétaire, Grand’ Rue, 77, Carcas-
sonne.
1901 SÉGUIER (Jacques), Square Gambetta, 3, Carcassonne.
1896 SEMIcHoN (Lucien), Directeur du Laboratoire œnologi-
que, Narbonne.
1898 SEMPÉ (Jean), Docteur-Médecin, rue Courtejaire, Car-
cassonne.
1899 SERRIËS (François), Pharmacien de 1" classe, Montlaur.
1904 SÉvérac (L. Norbert), Négociant, Trèbes.
1899° Sicarp (Germain), O. I. P. &, Propriétaire, au château
de Rivière, près Caunes-Minervois.
1889" Sourgieu (Edmond), Conchyliologiste, rue de la Répu-
blique. 35, Carcassonne.
1893 TALLAVIGNES (Paul), Propriétaire, Caunes Minervois.
1901 Teyssevre (Auguste), Négociant, rue de la Gare, Car-
cassonne.
1904 Tisseyre (Elie), Entrepreneur, Espéraza.
1894 TraGan (Narcisse), Notaire, Couiza.
1904 VENTRESQUE (M'* Andrélie), Institutrice, Argeliers.
1901 VERDIER (Louis), Agent d'Assurances, rue Courtejaire,
h, Garcassonne.
1899 Vipai (Edmond), Marchand de bois, route Minervoise,
1902 Viara (Jules), Agent-voyer, Lézignan.
:902 Vipar (Robert), Pharmacien, Tuchan.
— XXII —
Membres Correspondants
MM.
Banruës, Professeur au Collège de Sorèze (Tarn), Botanisle.
Bec (Jules), Professeur à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn),
Bolanisle.
Bouzru (l'Abbé), rue de Bourbon, 31, à Lyon (Rhône),
Bolaniste.
Boxnier (Gaston), Professeur de botanique à la Faculté des
Sciences, Paris, Botanisle.
Brémonn, Commandant de Gendarmerie, à Saint- Etienne
(Loire), Minéralogisle.
CauNEILLE (G.), Sous-Intendant militaire en retraite, 13, rue
Raymond IV. à Toulouse, Apiculteur.
CHALANDE (Jules), rue des Paradoux, 28, à Toulouse (Haute-
Garonne), Herpétologque.
CHANTEGRAIN (M.), Directeur du Pensionnat primaire, à Main-
tenon (Eure-et-Loir). |
CuEvALtER (l'abbé Louis). Professeur à Precigné (Sarthe),
Bolaniste.
Cuogaur (Alfred), Docteur-Médecin, 4, rue Dorée, à Avignon
(Vaucluse), Entomologiste.
CLos (D'}), Correspondant de l’Institut, Professeur à la Faculté
des Sciences, allée des Zéphyrs, 2, à Toulouse (Haute-
Garonne), Bolanisle. |
CorINEAU (Charles), Juge, à Doullens (Somme), Bolanisle.
CosTe (l'abbé Hippolyte), à l'Institut Catholique de Toulouse
(Haute-Garonne), Bolanisle.
DesEaux (Odon), Pharmacien principal à l'Hôpital militaire,
10, rue Saint-Lazare prolongée, à Toulouse (Haute-
Garonne), Bolaniste.
DoumErGUuE (François), Professeur au Lycée d'Oran (Algérie),
Boltaniste.
— XXIH —
Fasre (Paul), Docteur-Médecin de la C'° des llouillères de
Commentry (Allier), Géologue.
Facor (Paul), Notaire, à Villefranche-Lauragais (Haute-
Garonne), Conchyliologiste.
GarRiGOU (F.), Docteur-Médecin, à Toulouse (Haute-Garonne),
Géologue.
GourDon (Maurice), Villa Maurice, près Bagnères-de-Luchon
(Haute-Garonne), Géologue.
GRANEL (Dr Maurice), Professeur agrégé à la Faculté de
Médecine, rue du Collège, 14, Montpellier (Hérault),
Botanisle.
JouanneT-MaRiE (le Frère), Directeur du Collège de St-Joseph,
à Ramleh (Egypte), Bolanisle.
LaAcviviER (Croisiers de), Proviseur au Lycée de Montpellier
(Hérault), Géologue.
LAMBERT, Président du Tribunal Civil, à Troyes (Aube),
Géologue, principalement Echinides .
LeczercQ, Professeur à l’Ecole Normale de Melun (Seine-et-
Marne), Géologue.
LeenxanpT (Franz), Professeur agrégé à la Faculté de Théo-
logie, faubourg du Moustier, 12, à Montauban (Tarn-et-
Garonne), Géologue.
LÉéonce (le Révérend Père Marie), Abbé de Sénanque (Vau-
cluse.
Magiice (Paul), 17. rue de la ee au Perreux (Seine),
Entomologiste.
Maunvaup (Ernest), Secrétaire général de la Sociélé botani-
que de France, rue Linné, 8, à Paris, Botaniste.
Mazzer (Adrien), Sous-chef de Bureau au Ministère de l’Ins-
truction publique (cabinet du Ministre), 83, rue Notre-
Dame-des-Champs, à Paris.
MARGERIE (Emmanuel de), rue de Grenelle, 132, à Paris,
Géologue.
NanoT (Jules), Directeur de l'Ecole Nationale d'Horticulture,
à Versailles (Seine-et-Oise).
— XXIV —
OBERTHUR (René), Imprimeur, à Rennes (Ille-et-Villaine),
Entomologisle.
Ouivier (Ernest), Directeur de la Revue du Bourbonnais, à
Moulins (Allier), Entomologiste.
ParuBerT (Jean), Percepteur, à Mas-Cabardès (Aude).
PueLz (Louis), 7, place des Trois-Pilats, à Avignon, Ento-
mologiste. |
ROQUELAURE (l’abbé de), Curé, à Ganac (Ariège), Archéologue.
Vue (Paul), Docteur ès-sciences, Professeur à la Faculté
de médecine, à Malzéville, près Nancy (Meurthe-et-Moselle).
Bolaniste.
Membres décédés pendant l’année 1907
CAVAYÉ (Ernest), Professeur au Collège, à Narbonne.
Carrier (Louis), à Carcassonne.
CazaBen (Léonce), à Carcassonne.
VaqQuIER (Denis), à Carcassonne.
— XXV —-
_ LISTE DES SOCIÉTÉS CORRESPONDANTE
Ain
Société des Sciences naturelles et d'archéologie de l'Ain,
à Bourg.
Société des Naturalistes de l’Ain, à Bourg.
Allier
‘ Revue scientifique du Bourbonnais et du Centre de la
France, à Moulins. |
Ardennes
Société d'histoire naturelle des Ardennes, à Charleville.
Aude
Société dés Arts et Sciences de Carcassonne
Commission archéologique de Narbonne.
Société Centrale d'Agriculture de l’Aude, à Carcassonne.
Miscellanea Entomologica, Directeur E. Barthe, à Nar-
bonne. |
Société Démocratique d'encouragement à l’Agriculture de
l'Aude, à Carcassonne.
Bibliothèque Municipale de Carcassonne.
Syndicat d'initiative de Carcassonne et de l’Aude, à Car-
cassonne.
Basses-Alpes
Sociélé scientifique et littéraire des Basses-Alpes, à Digne.
Bouches-du-Rhône
Société d'Horticulture et de Botanique des Bouches-du-
Rhône, à Marseille.
Société des Sciences naturelles de Provence, 2, rue Sylva-
belle, à Marseille. |
— XXVL —
Charente-Inférieure
Société des Sciences naturelles de La Rochelle (Musée
Fleuriau).
Société de Géographie de Rochefort.
Côte-d’Or
Société des Sciences historiques et naturelles de Semur.
Creuse
Société des Sciences naturelles et archéologiques de ja
Creuse, à Guéret.
Gard
Société d’Etude des Sciences naturelles de Nimes.
Garonne (Haute)
Société d’llistoire naturelle, Ilôtel d’Assezat, à Toulouse.
Revue des Pyrénées (Ed. Privat, directeur), à Toulouse.
Société de Géographie, Hôtel d’Assezat, à Toulouze.
Société Archéologique du Midi de la France, Hôtel d’Asse-
zat, à Toulouse.
Gironde
Société Linnéenne de Bordeaux.
Hérault
_ Société d'Etude des Sciences naturelles de Béziers.
Société d'Horticulture et d'Histoire naturelle de l'Hérault,
à Montpellier. .
Bibliothèque municipale, à Montpellier.
Isère
Sociélé des Amis des Sciences Naturelles de Vienne.
Société de Statistique des Sciences naturelles et Arts indus-
triels du département de l'Isère, à Grenoble. |
— XXVI —.
Société Dauphinoise d’Ethnologie et d'Anthropologie de
Grenoble.
Landes
Société de Borda. à Dax.
Loir-et-Cher
Société d'Histoire naturelle de Loir-et-Cher, à Blois.
Loire-Inférieure
Société d'histoire naturelle de l'Ouest de la France, à
Nantes.
| Lot
Société des Etudes littéraires, scientifiques et artistiques
du Lot, à Cahors.
Maine-et-Loire
Société d'Etudes scientifiques d'Angers (Place des Halles,
ancienne cour d'appel).
Marne
Société d'Etudes des Sciences naturelles de Reims.
Marne (Haute)
Société des Sciences naturelles de la Ilaute-Marne, à
Langres.
Moeurthe-et-Moselle
Société des Sciences de Nancy.
Meuse
Société des Amateurs Naturalistes de la Meuse. à Mont-
médy.
Oise
Société Académique d'Archéologie, Sciences et Arts du
département de l'Oise, à Beauvais.
— XXVIII —
Pyrénées (Hautes)
Société Ramond, à Bagnères de Bigorre.
Pyrénées-Orientales
Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-
Orientales, à Perpignan.
Rhône
Société Botanique de Lyon.
Société Linnéenne de Lyon.
Société des Sciences naturelles et d'enseignement popu-
laire, à Tarare. |
Saône et Loire
Société d'Histoire naturelle d’Autun.
Société des Sciences naturelles de Saône-et-Loire, à Chà-
lon-sur-Saône.
Société d'Histoire naturelle de Mäcon.
L’'Echange, Revue linnéenne, Directeur M. Pic, à Digoin.
Sarthe
Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, au
Mans.
Seine
Associalion des Naturalistes, à Levallois-Perret (Seine).
Société Botanique de France, à Paris.
Société Entomologique de France, 28, rue Serpente, à
_ Paris.
Société Géologique de France, 28, rue Serpente à Paris.
Feuille des Jeunes Naturalistes, rue Pierre Charron, 35,
à Paris.
Société de Spéléologie, 34, rue de Lille, à Paris.
Le Naturaliste, Revue illustrée des Sciences naturelles, 46,
rue du Bac, à Paris.
— XXIX —
Seine-Inférieure
Société des Amis des Sciences naturelles de Rouen.
Société d'études des Sciences naturelles d’Elbeuf.
Sèvres (Deux)
Société de Botanique des Deux-Sèvres, à Niort,
Société historique et Scientifique des Deux-Sèvres, 3, rue
du Musée, à Niort.
Somme
Société linnéenne du Nord de la France, à Amiens.
Tarn
Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres du départe-
ment du Tarn, à Albi.
Vienne (Haute)
Société Les Amis des Sciences et Arts de Rochechouart.
Algérie
Académie d'Hippône, à Bône.
Alsace
Société d'Histoire naturelle de Colmar.
Belgique
Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydro-
logie, à Bruxelles.
Espagne
Institucio Catalana d'Historia natural, Carrer del Paradis,
nüm. 10, pis 1%, 2°, Barcelona.
Sociedad Aragonesa de Ciencias naturales, à Zaragoza,
Facultad de Ciencias, à Zaragoza.
— XXX —
Etats-Unis
The Missoury Botanical Garden, à Saint-Louis (Missouri).
Italie
Academia Sientifica Veno-Trentina-Istriana, à Padova.
Lorraine
Société d'Histoire naturelle de Metz.
Portugal
Annaes de Sciencias Naturaes, à Porto.
Suède
Société entomologique de Stockholm.
Institut géologique de l’Université d'Upsal (Kong. Univer-
silets Bibliotheket). |
Suisse
Société Helvétique des Sciences naturelles (Bibliothèque
de la ville), à Berne.
Société Vaudoise des Sciences naturelles, à idihe:
Uruguay
Anales del Museo Nacional de Montevideo, (Directeur d.
Arechavaleta).
OUVRAGES DONNÉS PAR LE MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
Bulletin du Comité des Travaux historiques et scientifi-
ques (Section des Sciences économiques et sociales).
Bulletin de Géographique historique et descriptive.
Revue des Travaux scientifiques. |
Mission Scientifique au Mexique et dans l'Amérique Cen-
trale : recherches zoologiques publiées sous la direction de
M. Milne Edwards, membre de l’Institut.
ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ
Pour l’année 1908
COMPOSITION DU BUREAU
Président honoraire : M. Ch. Baron.
Président : M. Gumaup jeune, Ingénieur-Constructeur.
Vice-Présidents : M. Charles Evror.
— M. Osmin Sarcos.
Secrétaire : M. Louis Gavory.
Secrétaire-adjoint : M. G. REBELLE.
Trésorier : M. J. CATHALA.
Conservateur-Archiviste : M. J. Pecx.
Conservateurs des collections : M. A. Faces.
— — M. G. Sicarp.
ComiITÉ Du BULLETIN (1)
MM. Dr BouRREL. MM. L. Marry.
Numa FABRE. Henri MuLLor.
Gaston GAUTIER. C. RENAUX.
Louis Gavory. G. SICARD.
| ComiTÉ Des Excursions (1)
MM. D'BourREzL. MM. L. MarrTy.
J. CHIFFRE. J. OURTAL.
R. ESPARSEIL. G. REBELLE.
CH. Evror. G. SICARD.
À. FAGESs.
CoMITÉ D’ETUDES
MM. GaurTier, plantes phanérogames.
Gavoy, coléoptères.
Respaup, plantes, oiseaux, poissons.
SICARD, objets préhistoriques, ossements des cavernes.
SOURBIEU, coquilles exotiques (terrestres et marines).
(1) Le Président ct le Secrétaire font partie, de droit, du Comité du
Bulletin et du Comité des Excursions.
— XXXII —
DÉLÉGUÉS RÉGIoNAUx
Région de l'Est ou des Etangs. — M. Gaston GAUTIER.
(Capestang, Coursan, Narbonne, Sigean).
Région de l’Ouest ou de l’Ariégeois.— M. H. Rascor.
| (Belpech, Bélesta, Chalabre, Mirepoix).
Région du Nord-Est ou du Minervois.— M. Germain Sicarp.
(Ginestas, Lézignan, Olonzac, Peyriac-Minervois).
Région du Nord ou du Cabardès. — R. EsParsei.
(Alzonne, Conques, Mas-Cabardés, Saissac).
Région du Nord-Ouest ou du Lauraguais. — M. E. Roca.
(Castelnaudary-Nord, Castelnaudary-Sud, Revel, Salles-sur-l’Hers).
Région du Sud-Est ou du Roussillon. — M. le D' CHAvVANETTE.
(Durban, St-Paul-de-Fenouillet, Rivesaltes, Tuchan).
Région du Sud-Ouest ou des Pyrénées. — M. le D' Boucaère,
(Axat, Belcaire, Quérigut, Sournia).
Région des Corbières méridionales. — M. Achille Macer.
(Couiza, Limoux, Mouthoumet, Quillan).
Région des Corbières septentrionales, — M. Léopold Gary.
(Capendu, Carcassonne-Est, St-Hilaire, Lagrasse).
Région des Corbières occidentales. — J. MÉric.
(Alaigne, Carcassonne-Ouest, Fanjeaux, Montréal).
1
DÉLÉGUÉS CANTONAUX (1)
GUIRAUD jeune (Carcassonne-Est). | V. AUGÈRES (Sigean)
Ch. EvVROT (Carcassonne-Ouest). Alphon:e JEANJEAN (St-Hilaire).
Elie TISSEYRE (Espéraza). D' AZALBERT (Caunes).
Ch. BARON (Narbonne). Jean MOLINIER /Tuchan).
(4) Les délégués cantonaux ne sont nommés que dans les cantons
comptant au moins cinq membres titulaires. |
PROCÉS-VERBAUX DES SÉANCES DE 1907
Séance du 20 Janvier 1907
PRÉSIDENCE DE M. MarRIUS CATHALA, PRÉSIDENT.
Après la lecture du procès verbal de la séance précédente, M. le D'
Bourrel, président sortant, prend la parole. Il rappelle tout d’abord en
quelques mots les circonstances dans lesquelles il a pris le fauteuil,
au début de l’année 1906, et se félicite de la bonne harmonie qui n'a
cessé de régner au sein de notre Société pendant toute la durée de sa
présidence. Il passe en revue les faits principaux qui ont marqué
l’année qui vient de s’écouler et conslate avec plaisir le succès obtenu
par nos excursions. Toutefois, il fait remarquer en passant que jus-
qu'à présent certaines régions ont été délaissées et qu'à côté des
excursions pour ainsi dire classiques de la Montagne-Notre, des envi-
rons de Quillan, de la Mer, dont quelques unes exigent plus d'un
jour, il en est d'autres, faciles à effectuer en une journée, qui pour-
raient nous faire connaitre certains coins encore ignorés, et non des
moins intéressants, de notre département. Il invite le Comité d'Excur-
sions à s'inspirer de cette idée pour arriver. dans la mesure du possi-
ble. à une exploration plus rationnelle et plus complète des richesses
naturelles de l'Aude. Les moyens ne manquent certes pas, étant don-
nées les facilités de communications créées par le nouveau réseau des
lignes de chemins de fer et de tramways.
M. Bourrel exprime en mème temps le vœu qu’à côté des excursions
officielles, auxquelles peuvent prendre part indistinctement tous les
membres de la Société, il en soit organisé d’autres, le dimanche ou tout
autre jour qui paraïitrait convenable, auxquelles seraient admis les
jeunes gens de nos écoles et dans lesquelles ceux-ci seraient initiés
d'une façon pratique aux diverses branches de l’histoire naturelle par
les botanistes, géologues, entomologistes de notre Société. Il serait
certainement aisé de s'entendre à ce sujet avec les chefs des divers
établissements d'instruction de notre ville. Ce projet n'est pas nou-
veau, puisqu'il avait été déjà tenté, il y a quelques années, par notre
collègue. M. Chartier. En le règlementant, il serait possible d'arriver
à un résultat pratique dont notre Société recueillerait sûrement les
5)
— XXXIV —
fruits dans l'avenir. C’est en appelant de tous ses vœux la réalisation
de ce programme séduisant que M. le D' Bourrel termine son allocu-
tion soulignée à plusieurs reprises par les marques d'approbation de
l'Assemblée.
M. Marius Cathala est ensuite invité à prendre place au fauteuil.
Le nouveau président s'exprime ainsi :
« MESSIEURS ET CHERS COLLÈGUES,
« J'ai été profondément touché par la manifestation de sympathie
qui m'a amené à présider vos séances pendant l’année 1907 et je tiens
avant tout à vous en exprimer ma plus vive reconnaissance.
« Les honneurs, même ceux dont vous charge une indulgente amitié,
imposent quelquefois des tâches bien lourdes. Celle qui m’incombe
dès aujourd’hui serait trop au-dessus de mes forces, si en restant
orgueilleusement paré de qualités qui ne sont pas les miennes, je ris-
quais tant soit peu de perdre votre bienveillant concours.
« Aucun président de la Société n'eut plus besoin que moi d’être
secondé dans ses fonctions. Aussi permettez-moi, Messieurs, de
détruire dès maintenant la légende que mon honorable prédécesseur
cherchait tout-à-l’'heure à accréditer encore auprès de vous et que mes
amis ont certainement exploitée en me présentant à vos suffrages.
« Leur indulgence et la vôtre ont, en effet, accru trop considérable-
ment les mérites que j'ai pu avoir pouf m'être livré à de modestes
recherches et vous en avoir communiqué le résultat.
« Mes travaux, publiés avec complaisance dans votre Bulletin, sont
tout au plus des devoirs d’écolier, car J'ai à peine effleuré quelques-
unes des sciences qui font l'objet de vos études.
« Si, en réalité, je les aime toutes et si depuis quelque temps je m'ef-
force à les servir utilement, c'est parce que leur ensemble contribue
à la grande histoire du monde et qu’à cette œuvre notre Société a la
prétention d'apporter quelques modestes pages.
« J'avais donc le devoir de contribuer à l'effort commun et, la pioche
en main, j'ai cherché à arracher, dans ce but, quelques secrets au sol
de notre pays.
« C’est là mon seul mérite.
« Je fus peut-être un bon soldat. Il me sera plus difficile de passer
pour un bon chef. :
« Mon labeur a été surtout matériel et par cela même prédisposait
peu à l'honneur d'être le président d'un centre d'études comme le
vôtre.
— XXXV —
« D'un autre côté, mon éloignement de cette ville ne me permettra
point d'apporter à vos travaux et à votre administration la part active
que fait présumer la fonction dont vous m'avez revêtu.
« Je constate avec plaisir que vous avez déjà paré à la majeure par-
tie de ces inconvénients en m'’adjoignant comme vice-présidents
MM. Guiraud et Evrot, et comme membres du bureau MM. Gavoy,
Cathala, Pech et Rebelle.
« Qu'il me soit permis d'exprimer ici ma plus vive reconnaissance
à ces collaborateurs bienveillants et dévoués qui n'ont pas hésité à
accepter une tâche qu'alourdira exceptionnellement leur président.
« Le savoir, l'expérience, l’activité de ces pionniers intrépides de
notre Association contribueront puissamment à ajouter une année de
plus à celles qui, depuis le 17 mars 1889, marquent vos succès. Et si
votre chef a quelque mérite à ce résultat, celui d’avoir laissé s'exercer
autour de lui l'initiative bienfaisante de tous les gardiens jaloux de
vos traditions ne sera pas le moindre.
« Toute considération personnelle mise de côté, l'élection à la fonc-
tion de président d'un simple amateur de fossiles et de recherches,
décoré du titre de géologue, n'apparait comme la reconnaissance de
la part de la Société de l'importance du rôle des fouilles pour l'étude
des temps anciens et de la valeur de la méthode stratigraphique
appliquée aux recherches que cette étude nécessite.
« La paléontologie stratigraphique exige beaucoup de puissance
d'observation pour arriver à noter exactement Îles couches dans les-
quelles se trouvent les fossiles ; elle est, par cela même, la véritable
école des recherches méthodiques.
« Appliquée à la préhistoire, la méthode de recherches, usitée en
géologie, rend les nlus grands services. Elle permet d'établir sur des
bases certaines la chronologie relative de nos diflérentes trouvailles.
Les souvenirs de nos premiers aïeux sont ainsi transformés en docu-
ments et jalons avec lesquels il sera possible de suivre pas à pas les
phases de la civilisation quaternaire.
« Maïs les relations de la géologie et de l'archéologie ne cessent pas
avec la période préhistorique. L'archéologie des temps classiques
n'échappe pas, au moins dans ses débuts, au domaine des sciences.
« Il semble bien, au premier abord, que les connaissances familières
des détails de la mythologie et des civilisations grecque et romaine
suffisent à tirer toutes les conclusions possibles des trouvailles. Mais,
si la présence d’une pièce de monnaie indique la domination de tel ou
tel chef qui la fit frapper, on ne connaitra les territoires soumis à
cette même domination que par l'examen attentif des limites de la
surface sur laquelle des monnaies pareilles ont été trouvées,
— XXXVI —
« La méthode stratigraphique n'est pas seulement capable de ren-
dre des services dans nos recherches, elle peut encore utilement
inspirer la classification des objets de nos collections. Et pour peu
qu'auprès de ces objets l'on place quelques notices à la portée du
public, collections et musées deviennent alors de véritables écoles de
vulgarisation scientifique.
« Jusqu'ici la méthode stratigraphique a été le monopole de quel-
ques savants et des rares amateurs qui ont eu la bonne fortune
d'assister à leurs fouilles.
« A côté de ces privilégiés, combien sont fâcheuses les conditions
où, dans nos campagnes, se trouvent les hommes instinctivement
préoccupés de recherches.
« Trop souvent livrés à eux-mêmes, les amateurs suivent les ten-
dances inhérentes à leur nature, ils cherchent les objets qui leur
paraissent curieux, quelquefois s’attachent à leur valeur marchande
et toujours sacrifient les pièces qu'ils ne peuvent juger à leur aune.
Trop souvent, au lieu de contribuer à accroitre le domaine de nos
connaissances, ils causent la perte de documents uniques.
« Ces hommes pourraient rendre quelques services à la science en
cherchant avec plus de discernement. En ne négligeant pas complète-
ment l'intérêt scientifique qui s'attache à leurs découvertes, ils au-
raient la satisfaction d'ajouter la valeur documentaire à la valeur
matérielle de leur collection.
« Nous pourrions aider la transformation de ces simples collection-
neurs en adeptes dévoués de la science en favorisant leur Con ACEs avec
nos collègues possédant déjà de solides notions.
« À coté de ceux qui, dans un intérêt quelconque, se livrent à des
recherches, l’ouvrier agricole, le terrassier d'entreprise ont souvent
l’occasion de ressusciter les trésors du passé enfouis dans les couches
de la terre. Mais l'intérêt de ces trouvailles accidentelles est trop sou-
vent perdu.
« Cédant à leur curiosité instinctive, leurs auteurs cassent presque
toujours les objets qu'ils découvrent. Il leur faut voir immédiatement
la matière qui les compose et, à moins de se trouver en présence de
monnaies ou de métaux précieux, ils les rejettent au loin ou les
recouvrent dédaigneusement des terres qu'ils remuent.
« Il est difficile de changer cet état de choses, mais notre devoir est
de nous employer à en atténuer le plus possible les funestes résultats.
« Je ne veux pas enlever à votre initiative le soin d'en rechercher
les moyens en notre pouvoir. Mais il me parait d'ores et déjà utile de
profiter de la bienveillance de notre sympathique Inspecteur d'Acadé-
mie pour l’intéresser à la protection des souvenirs anciens en obtenant
— XXXVIL —
de lui que nos instituteurs préparent l'éducation morale des archéolo-
gues accidentels.
« Dans le même ordre d'idées, ne croyez-vous pas qu'il nous serait
possible de créer un Guide pratique indiquant les moyens de sauve-
garder les trouvailles et les souvenirs anciens ? On pourrait le dédier
aux jeunes élèves de nos écoles primaires. Ce serait un ouvrage à la
portée de tous, modeste, auquel pourraient collaborer les personnali-
tés les plus compétentes de notre Association, à côté de celles dont la
seule expérience nous a rendu tant de services. Il aurait pour but
principal de conserver le plus possible aux sciences faisant l’objet de
nos études tous les matériaux nécessaires à leur progrès.
€ L'entomologie, la botanique, l'histoire elle-méme pourraient, par
son intermédiaire, être utilement servies. |
«Il y aurait là une des plus importantes manifestations de notre
vitalité, ét nous ne tarderions pas à en récolter les fruits.
« Maïs, malheureusement, les idées même les meilleures se heur-
tent souvent chez nous à des difficultés d'application insurmontables
et celle que je viens de vous exposer pourrait bien étre de celles-là.
Je me contente donc de vous en soumettre le principe.
« Je termine, Messieurs, en souhaitant qu'un même élan de sympa-
thie et de cordialité nous groupe, pendant toute cette année 1907,
autour de nos anciennes traditions, pour que nous puissions, encore
cette fois, mériter la faveur du monde scientifique et l’appui de l'as-
semblée départementale. »
Le discours de M. Cathala est salué par d’unanimes applaudissemen's.
CORRESPONDANCE. — M. le Ministre de l’Instruction Publique envoic
une circulaire relative à la délivrance et à l’utilisation sur les divers
réseaux français des cartes d'invitation qui devront être remises aux
délégués au Congrès des Sociétés Savantes qui doit se tenir cette
année à Montpellier, du 2 au 5 avril prochain. Le délai de rigueur
pour la délivrance de ces cartes est fixé au 1° mars 1907.
M. Anglade, meunier à Rennes-les-Bains, signale la découverte, aux
environs de cette localité, d'un gisement de lignite.
M. Lucien Briet, secrétaire général adjoint de la Société de Spéléo-
logie, demande la collection complète de nos publications. L'assemblée
consultée décide qu'il sera fait droit à cette demande à la condition
que la Sociélé de Spéléologie nous enverra de son côté les volumes de
ses publications qui nous manquent.
M. P. Cannat, président de la Société d'Etude des Sciences naturelles
de Béziers, envoie le programme des excursions organisées par cette
— XXXVII —
Société pour l'année 1907. Dans ce programme figurent, pour les
vacances de Pâques, une excursion en Algérie, du 26 mars au 7 avril
(prix 265 fr.) et une autre à Barcelone et Montserrat, du 30 mars au
& avril (prix 100 fr.).
Dons. — M. Germain Sicard fait don de deux vues photographiques
de l’église de Caunes (le portail et l'abside).
Remerciements.
PRÉSENTATIONS. — M. MAUREL Jean, 58, rue de la République, à Nar-
bonne, présenté par MM. Alcime Cabannes et Marius Cathala.
COMMUNICATIONS. — M. Germain Sicard annonce à la Société qu'il
vient de recevoir une circulaire de M. Guébhard, président de la Com-
mission nommée par la Société Préhistorique de France pour la recher-
che des enceintes préhistoriques ou même de date plus récente.
M. Sicard explique brièvement en quoi peuvent consister ces vestiges
de défense : ce sont tantôt des débris de murs en pierre sèche, formant
certains alignements en lignes droites ou concentriques, quelquefois
même ces restes de murailles ne forment plus que des éboulis, mais
leur direction décéle leur origine.
On peut aussi relever des enceintes formées de talus en terre-plein,
ou des coupures formant fossé et isolant le retranchement. Enfin le
moindre indice suffit au chercheur perspicace pour reconnaitre les
emplacements de ces antiques enceintes de défense.
M. Sicard fait appel à ses collègues qui comme lui s'occupent de
recherches préhistoriques dans l'Aude et les prie de signaler les
points où ils connaissent des indices se rapportant à la question des
enceintes fortifiées. L'adresse de plusieurs d’entre eux a été déjà
envoyée par lui à M. Guébhard, mais il semblerait préférable que les
_ renseignements soient envoyés directement au siège de notre Société
où ils seraient classés et catalogués et adressés ensuite collectivement
au Président de la Commission.
Le Secrétaire dépose sur le bureau un travail de notre collègue,
M. l’abbé Sabarthés, ayant pour titre : Géographie physique de l'Aude.
L'énumération des divers chapitres de cet important travail suffira
pour en faire comprendre tout l'intérêt : I. Description. — II. Climat
et Météorologie. — II. Géologie. — IV. Minéralogie. — V. Agriculture. —
VI. Forêts.— VII. Commerce et Industrie. — VIII. Voies de Communication.
Renvoyé à la Commission de publication.
M. Gavoy rend compte, au nom de la Commission de Comptabilité,
de la gestion du Trésorier pendant l'exercice 1906. Cette gestion a été
— XXXIX —
reconnue parfaitement régulière et la Commission a constaté avec
satisfaction que si dans quelques cas les dépenses ont égalé les crédits
prévus, dans beaucoup d'autres elles ne les ont pas atteints. Notre
situation financière est aujourd'hui très satisfaisante.
La Commission vote des félicitations à M. Cathala, félicitations
que l'assemblée confirme par acclamation.
M. le Trésorier présente ensuite le projet de budget pour l'année
1907. Ce projet est adopté à l'unanimité.
La séance est levée à 4 heures.
Le Secrétaire,
L. GAVOY.
Séance du 17 Février 1907
PRÉSIDENCE DE M. C. RENAUX. ANCIEN PRÉSIDENT
CORRESPONDANCE. — M. le Président de l'Association Tunisienne des
Lettres, Sciences el A4rt$ de Tunis nous adresse un prospectus que
l'Institut de Carthage lance pour annoncer la grande manifestation
artistique qu'il organise pour le mardi de Pâques.
Le but de cette manifestation est d'attirer l'attention du grand
public sur l’affreuse dévastation des ruines de Carthage, que des équi-
pes d'ouvriers attaquent de toutes parts pour les transformer en
moellons vendus ensuite comme pierres à bâtir.
La Société, approuvant l'initiative de l'Institut de Carthage, fait
des vœux pour la pleine réussite des fêtes antiques qu'il prépare
pour le 2 avril prochain dans l'ancien théâtre romain ct du noble but
qu'il poursuit.
ADMISSIONS. — M. Maurel Jean, 58, rue de la République, à Nar-
bonne, est admis comme membre acfif.
COMMUNICATIONS. — M. Rebelle présente quelques échantillons
d'une Lycoperdacée recueillie par lui sur une pièce de bois en décom
position aux environs de Carcassonne. Ce champignon appartient au
genre Vidularia, de la tribu des Angiogastres, section des Nidulariées.
D'après Friès, les Nidulaires présentent les caractères suivants :
péridium arrondi, coriace. membrancux, couverture irrégulière. sans
opercules, péridioles (péridiums sccondaires: -sessiles et fixés par
leurs bords, remplis de spirules (Voy. F. E. GuéRix. Dirt. d'Hist. nat...
Ces échantillons ont été déterminés par notre collègue Cyathus
sericeus.
M. le D' Courrent communique une copie du procès-verbal de la
séance du 9 juin 1906 de la Société francaise de numismatique, dans
laquelle M. Paul Bordeaux, président. a présenté une empreinte du
Sceau du prieuré de Saint-Michel dont notre collèguc avait signalé la
découverte dans sa Nouvelle notice archéologique sur le canton (le
Tuchan (Bulletin, T. X, 1899).
Nous reproduisons ci-dessous la note du procès-verbal :
« M. P. Bordeaux soumet l'empreinte d'un sceau dont la matrice
fait partie du musée existant dans la mairie de Tuchan, bourg situé
dans les belles montagnes des Corbières, qui s'étendent centre Carcas-
sonne et Perpignan.
« M. le D' Courrent, demeurant à Tuchan, lui a signalé cette rareté
sigillographique, qui ne saurait être connue, d'une part parce que
cette matrice n'a été trouvée qu'en 1897 {V. le Tome X, Bull. de la Soc.
d'El. Scient. de l'Aude), et qu'elle est entrée aussitôt dans la collection
ci-dessus, et d'autre part, parce que le pricuré. qu'il rappelle, est pres-
que complètement ignoré. | -
« Au centre, Saint Michel ailé de profil à gau-
che, ayant sur le côté un écu chargé d'une croix,
tient un bâton dont la partie supérieure est
croisetée. Entourage d'ornements gothiques.
Lég.: »4 S. PRIO.RIS : SANTI: MICHAELIS :
« Cette matrice de sceau d'un prieur de Saint
Michel a été recueillie par le curé de Soulatge,
village de la vallée du Verdouble dans les mon-
tagnes des Corbières, sur le territoire de cette
petite commune de 258 habitants.
« La seule paroisse des environs de Soulatgé, qui ait été dans le
passé et qui se trouve même encore actucllement sous le patronage
de Saint Michel, est celle de Duilhac ou Duillac, autre minime
village de 284 habitants, distant de 6 kilomètres à vol d'oiseau de
Soulatgé. Cet endroit, dénommé au moyeu-âge Dulhac, faisait partie
de la Viguerie de Pierrepertuisès. 11 est situé au picd du chà-
teau de Pierrepertuse, forteresse frontière du royaume sous Louis IX.
Or, il a existé à Duilhac un prieuré qui fut depuis 1115 une possession
des chanoines de Saint-Just de Narbonne. Dans ces montagnes retirées
— XLI — F
on a appelé prieuré-cure celui dans lequel une cure perpétuelle était
annexée au monastère. Le titulaire de celle de Duilhac fut qualifié
prevost dans d'anciens documents, ce qui peut correspondre avec la
mention « PRIORIS ». Le prévost-prieur de Saint-Michel de Duilhac,
qui exerçait en même temps les fonctions de curé de l’endroit, jugea
opportun, au XIV‘ ou XV: siècle, de se faire confectionner le sceau
dont l'empreinte a été reproduite ci-dessus, et qui n'étant pas nominal
a pu être employé par des titulaires différents pendant un certain laps
de temps.
« Duilhac avait effectivement, au moyen-âge, une importance relative.
L'Histoire générale du Languedoc apprend qu’en 1240 Gérard d'Aniort,
du parti de Trencavel, vicomte. de Carcassonne, vint rejoindre à
Duilhac les chefs de l’armée royale pour y effectuer sa soumission au
monarque de France qui était à ce moment Saint-Louis.
« [Il parait douteux qu'il y ait lieu de négliger le prieuré de Saint-
Michel de Duilhac, si voisin de Soulatgé, localité où le sceau a été
trouvé, el de rechercher plutôt un prieuré quelconque placé également
sous l'invocation de Saint-Michel et situé à une grande distance de
l'endroit où le sceau a été découvert. Aussi est-il probable que l’attri-
bution proposée ci-dessus est exacte et qu'elle restera définitive. »
M. Germain Sicard nous envoie la note suivante sur le petit village
de Saint-Denis (Montagne-Noire) :
« À la séance du 20 janvier dernier, je communiquai à la Société la
demande de M. Guébhard, président de la Commission nommée par la
Société préhistorique de France pour la recherche des enceintes et
fortilications préhistoriques ou du moins très anciennes, demande par
laquelle il exprimait son désir d’avoir des collaborateurs de bonne
volonté pour explorer notre département et contribuer au but qu'il
poursuit. A la suite de cette communication, M. Cathala, notre prési-
dent, nous signala la présence de deux ou trois enceintes et retran-
chements situés dans sa région. M. Guiraud, vice-président, nous parla
aussi des vestiges d’un camp romain que l’on remarque à Saint-Denis,
et nous promit de prochains renseignements. Ceux-ci viennent d’être
donnés à M. Guiraud, qui m'en a fait part, par M. Durand, professeur
au lvcée de Carcassonne et originaire de Saint-Denis. Je crois utile de
communiquer in-ertenso à la Société cette très intéressante note :
« Quand on quitte les maisons du village pour visiter la campagne,
« on est étonné de voir que de très longues rues (ou avenues) paral-
« lèles viennent couper perpendiculairement, et à égale distance,
« d’autres rues parallèles et également distantes, formant ainsi de
« nombreux carrés de terrain, toujours égaux. Si l'on tient compte
— ALL —
« de l'existence immémoriale de ces rues, des empiètements qui se
« sont produits depuis, de la largeur qu'elles ont encore en certains
« endroits, des tronçons de rue que l'on rencontre au loin et rentrent
« dans le même système, on peut en conclure qu'elles avaient une
« largeur de 6 ou 8 mètres sur une longueur de plusieurs kilomètres.
« Elles allaient de l’est à l'ouest d’une rivière à l’autre (2 kilomètres
« environ) et, du sud au nord, elles allaient de Montolieu à mi-chemin
« de Lacombe, c'est-à-dire 10 kilomètres environ. On ne peut pas
« dire que Saint-Denis ait été une grande ville, puisqu'on n'y trouve
« aucune trace de monument.
. © On a trouvé à Saint-Estephe (domaine), à côté d’un squelette
humain, un de ces vases funéraires en terre cuite à trois becs, qui
servaient à éclairer le tombeau d'un romain : ce vase a été décou-
vert il y a environ 30 ans et vendu 2 fr. 50 à un antiquaire ambulant.
Cette découverte prouve que des romains ont séjourné dans ce pays
et l’état des lieux donne l'idée qu'un camp romain avait pu y être
établi.
« Dans le courant du mois d'août dernier j'ai eu la chance de ren-
« contrer à Saint-Denis un professeur d'histoire éminent qui m'a dit :
€ Il n’y a pas eu de camp romain ici; mais cette largeur extraordi-
« naire des rues rentre bien dans les dimensions romaines, ces carrés
« de terrain si nombreux et si réguliers peuvent bien être l'indice
« d’un établissement de colons. S'il en est un, n'a-t-il dit, il est
« d'autant plus curieux qu'un professeur allemand, s’occupant beau-
« coup d'histoire romaine, n'en a trouvé nulle part en Europe, excepté
« un seul en Italie. »
PR
(
(
(
(
(
(
En
2,
« La note de M. Durand ne peut qu’accroitre notre désir d'aller en
juin prochain, lors de l’excursion projetée par la Société, visiter ces
curieux vestiges du passé. »
M. Renaux se demande si on rie se trouverait pas ici en présence
d'une de ces villes de fondation royale ou seigneuriale, qu'on nommait
bastides au moyen-àge, plutôt que devant un ancien camp romain.
L'étude que se propose de faire M. Sicard viendra sans doute élucider
la question. |
M. Léopold Gary nous adresse une Note sur le terrain éocène des
environs de Lagrasse. Ce travail est destiné à faire suite au rapport de
M. le D' Degrave sur l’excursion du 29 avril 1906.
M. Raymond Esparseil présente un travail intitulé : Notes complé-
mentaires pour sertir à l'étude des Mispickel du Cabardès.
Excursions. — Après discussion, le programme des excursions de
la Société pour l’année 1907 est arrèté définitivement comme suit :
— XLII —
26 mars - Tavril. — Bône, Constantine, Biskra, Sélif, Alger et ses
environs.
30 mars — 4 avril. — Barcelone et Montserrat.
(Ces deux excursions au choix avec la Société de Béziers).
14 avril. — Ripaut, les Gorges de Fontjoncouse, les Gorges de la
Berre et de Gléon.
5 mai. — Fontcalvy, Montels, Etang de Capestang.
19-20 mai (Pentecôte). — Rennes-les-Bains, Sougraigne, Fourtou.
9 juin. — Lignairolles et les Bois de Belengard.
30 juin. — Saint-Denis et Saissac (Ruines du Château).
13, 14, 15 juillet, — Forèts de Callong, de Picaussel, de la Plaine,
Belcaire, Vallée du Rebenty.
Le Secrétaire,
L. GAVOY.
Séance du 17 Mars 1907
PRÉSIDENCE BE M. M. GUIRAUD, VicE-PRÉSIDENT
CORRESPONDANCE. — M. Marius Cathala, président, s'excuse de ne
pouvoir assister à la séanee.
La Société préhistorique de France euvoie une circulaire annonçant
que le troisième Congrès préhistorique se tiendra cette année à Autun,
du 13 au 18 août prochain.
Doxs. — M. Louis Doncieux, membre honoraire, nous adresse un
exemplaire de son Etude sur l’Eocène inférieur et moyen des Corbières
septentrionales (Extrait du Bulletin de la Societé géologique de France,
4° série, T. VI, année 1906).
Remerciements.
Démission. — M. Joseph Toursier, de Carlipa, adresse sa démission.
COMMUNICATION. — M. Germain Sicard fait la communication sui-
vante :
« Dans notre séance du 20 janvier dernier, je fis part à la Société de
la circulaire de la Société préhistorique de France au sujet de la
= "XLIV
recherche des Oppida et des enceintes préhistoriques, et je faisais
_ appel à la bonne volonté de nos collègues pour contribuer à ce travail.
«C’est notre dévoué et distingué Président qui, toujourssur la brèche,
a le premier répondu à cet appel. Il m'a envoyé une note très inté-
ressante sur l’Oppidum de Balintras avec croquis et situation géogra-
phique, ainsi que quelques lignes sur le rocher fortifié de Barroucos
(repousse chien), près de Bize, que nous vimes lors de notre dernière
excursion à Bize et à Cabezac (1). Ces documents vont étre adressés
dès demain à la Société préhistorique de France. Mais avant, et avec
l'autorisation de M. Cathala (qui regrette de ne pouvoir assister à
cette réunion), je me permettrai de vous en faire part.
« L'Oppidum de Balintras est situé sur une hauteur dans la commune
de Montouliers (Hérault), presque sur les limites du département de
l'Aude : sa forme est celle d'un éperon triangulaire, sa longueur est
de 25 mètres ; un mur et un fossé défendent son approche du côté le
moins escarpé (Ouest). Le terrain de l’Oppidum est formé de calcaires
miocènes de l'époque pontique ; le roc est à nu et ses couches légère-
ment inclinées reposent sur des argiles.
« L'horizontalité de la surface avait été obtenue par une levée de
terre et par les déblais du fossé aujourd’hui planté en vigne.
« Parmi ces déblais, on voit la base d'un mur construit en pierres
sèches, pierres errantes provenant des ruisseaux voisins ; à l'extré-
mité du mur, du côté de la colline de Montredon, on remarque des
traces de foyers. Dans la vigne qui se trouve au-dessous de l’Oppidum
M. Cathala a recueilli nombre d'objets datant de l’époque romaine ou
gallo-romaine : fragments de meules, poteries diverses, coquilles de
pecten, débris de silex, etc. qui ne permettent pas d'attribuer à l'Op-
pidum une origine antérieure à l'époque romaine. Cependant, ajoute
l’auteur de la note, il faut remarquer que les souvenirs des époques
antérieures ne sont pas rares dans les environs et qu’ils pourraient
bien avoir été couverts en ce point par les déblais romains. M. Cathala
fait observer ensuite que l’'Oppidum est situé près du ruisseau des
plôs qu'il domine. « Il y a bien, dit-il, sur son parcours un lieu dit le
« PIô » mais le pluriel s'applique à des terrasses comme celle de
l'Oppidum, éperons ou flots de calcaires miocènes, de petits plagniés,
que le ruisseau longe sur son parcours. Au-dessus de Cruzy, du côté
de Montouliers, le Montplô est aussi le Montplat et le plô de Saint-
Pons, qui est au-dessus, est encore une terrasse « un plagnié ». A la
vérité, sur tous ces plôs, on rencontre des vestiges de civilisation
(4) 30 Avril 1905.
+, XLV —
ancienne, mais je ne crois pas que ces vestiges aient donné les noms
aux lieux.
« J'espère bien que notre dévoué président nous donnera des rensei-
gnements plus étendus sur cette intéressante région des plôs et en
fera un travail spécial qui, certainement, comptera parmi les meilleurs
de notre Bulletin »,
La séance est levée à 4 heures.
Le Secrétaire,
L. GAVOY.
Séance du 21 Avril 1907
PRÉSIDENCE DE M. M. GUIRAUD, VicEe-PRÉSIDENT
M. le Président fait part à la Société du décès de M. Ernest Cavayé,
professeur au Collège de Narbonne. Il adresse à la famille de notre
regretté collègue l'expression de nos sincères sentiments de condo-
léance.
Il félicite M. Germain Sicard de la nouvelle distinction dont il vient
d'être l’objet à l’occasion du dernier Congrès des Sociétés savantes à
Montpellier. M. Sicard a été nommé Officier de l'Instruction publique.
CORRESPONDANCE. — Le Secrétaire communique : 1° Une lettre qu'il
a reçue de M. le D' Courrent, dans laquelle notre collègue lui donne
quelques détails sur l’excursion de Pâques en Algérie avec la Société
de Béziers.
« Nous avons fait, écrit-il, une excellente et très intéressante pro-
menade. M. Aïn, de Béziers, avait organisé l’excursion d’une façon
admirable et nous avait ménagé comme guides des professeurs des
Lycées et Collèges des villes traversées et visitées, des directeurs
d'écoles indigènes et des adjoints arabes à Biskra et à l’oasis de Sidi-
Okba. À Constantine, nous avons visité, la nuit et le jour, les quar-
tiers arabes sous la conduite d'un professeur indigène de la Medersa
et nous avons élé protégés par deux agents de police que le directeur
des affaires indigènes de la Préfecture de Constan.ine avait mis à
notre disposition. Nous avons eu comme ciceroni dans les Mosquées
— XLVI —
les directeurs des prières et même à Constantine le Muphti en per-
sonne. Nous avons assisté à une séance des Aïssaouas fort intéressante.
Tout s'est passé à la perfection et sauf un peu de mal de mer au
retour, nous avons fait un voyage parfait. »
2° Une lettre de M. le Chef de l'Exploitation de la Compagnie des
Tramways de l'Aude, en réponse à celle qui lui avait été adressée le
27 mars, en vue d'obtenir la réduction de 50 °/, accordée par toutes
les Compagnies de transport aux Membres de Sociétés voyageant par
groupes de dix, nous informant que la dite Compagnie n’accorde
aucune réduction de prix.
A ce sujet certains membres font remarquer combien peu s'explique
une pareille mesure de la part d'une Compagnie de transports aussi
largement subventionnée par le département que la Compagnie des
Tramways de l'Aude.
M. J. Cathala émet la proposition qu'un vœu tendant à l'obtention
d'une réduction de 50 *,, sur le prix de transport sur les lignes de
tramways de l'Aude en faveur des Sociétés d'Excursions et de Tou-
risme soit soumis à la prochaine assemblée du Conseil général,
concurremment avec le Syndicat d'Initiative de l'Aude. — Adopté.
M. le D' Bourrel, par lettre du 12 courant, propose de voter une
médaille (argent ou vermeil) pour le Concours des Vins de l'Aude qui
aura lieu le 22 mai prochain, à Carcassonne.
La proposition mise aux voix est adoptée et l'Assemblée vote une
somme de 20 francs destinée à l'achat d'une médaille d'argent.
OUVRAGES ACQUIS pour la bibliothèque :
A.-E. BrexM. Les Mammifères, 2 volumes ; Les Oiseaux, 2 volumes.
_— Louis PLANET. Les Araignées, 1 volume.
Dons. — M. Stanislas Meunier, professeur de Géologie au Muséum
d'Histoire naturelle, à Paris, nous fait hommage d'un exemplaire du
Catalogue sommaire de la Collection de Géologie expérimentale du
Muséum d'Histoire naturelle, qu'il vient de publier (1).
Ce travail mentionne près de deux cents résultats d'expériences
relatives aux divers modes d'érosion et de sédimentation (pluviaires,
fluviaires, souterraines, océaniques ou lacustres, glaciaires, éoliennes
et biologiques). L'auteur y étudie les procédés les plus variés de la
synthèse minéralogique et lithologique, la production des plis, l’ori-
(4) 4 vol in-8' de 176 pages, avec 167 figures dans le texte. Paris, 1907.
— XLVIL —
gine des chaines de montagnes, etc... toutes questions intéressantes
au plus haut degré.
Sur la proposition de M. Gavoy, l'assemblée décide d'offrir, en
témoignage de gratitude, au savant professeur du Muséum le titre de
Membre honoraire.
M. Fages remet, de la part de notre collègue, M. F. Moser, de Lézi-
gnan, des échantillons de minerai de fer provenant de Thonidaz
(Jura bernois).
Remerciements.
PRÉSENTATIONS. — M. ARNAUD. Charles, Ingénieur de la maison
Fafeur, à Carcassonne, présenté par MM. M. Guiraud et Ch. Evrot.
M. Maza, Louis, négociant, à Carcassonne, présenté par MM. E.
Glories et L. Gavoy.
CoMMuNICATIONS. — M. Germain Sicard annonce que, à l’occasion du
prochain Concours Agricole qui se tiendra dans notre ville, du 18 au
23 mai, M. Barbut, professeur départemental d'agriculture, organise
une section d'Histoire naturelle, et qu'une place sera réservée aux
membres de notre Société qui désireraient exposer les résultats de
leurs recherches. Il engage vivement ses collègues à répondre aussi
nombreux que possible à l'appel que leur adresse, par son intermé-
diaire, M. Barbut.
M. Fages fait en quelques mots le récit de l’excursion du 14 avril à
Fontjoncouse. Sous la conduite de M. Bonnes, propriétaire de la cam-
pagne de Gléon, les géologues ont fait ample provision de fossiles du
jurassique, mais les entomologistes, moins favorisés, n'ont rapporté
qu'une maigre récolte d'insectes, parmi lesquels trois espèces seule-
ment valent la peine d'être signalées : Tachys 4 signata, Aptinus pyre-
nœus et Helops pyrenæus.
A l'heure du diner, un exprès vint remettre au Président de l’ex-
cursion un pli dont le contenu mérite d'être consigné ici :
Carcassouno, lou dets d’Avrial 1907.
ler delà, m'abets dit, moun cher moussu Rébèlo,
Que, Dimenje que ven, vous ’n anabets à Gleoù,
Faire de toutouits, cerca spic. pimpanélo,
Acampa pimpouns d'or, chuquets, mai brouts d'agréoù,
Bougrrré ! N’aürets à rouflé à n’ aquélo countrado ;
Las plantos à roudals, las mouchos à plen gorp,
— XLVII —
Que tant s’en trobo à Gléoù qu’al païs de Kercorp.
Mès boutats, i a quicom à n’aquélo oustalado,
Un répè, de regrils, un aoübré ’mé sa flour,
Que toutis, en pertout, la disoun espélido,
E qu'on vei pas souben pes camis de la vido ;
ES la FLOUR D'AMISTAT qu'embaümo cado jour !
A Gléoù, mai qu’en loc pus, on es toutjoun en Bouxos !
Messius... à la santat de la familho BOUNOS !! (1).
J. BouNaABos,
Ancien ritou de Luc-sur-Ourbit.
10, Carièro « du Manège », 10.
Cette allusion charmante à l'accueil qui fut fait par M. Bonnes aux
membres de la Société d'Etudes scientifiques, et dont celui-ci ne sau-
rait vraiment être trop remercié, ne pouvait venir plus à propos et fut
vivement goùtée de tous.
M. Fages donne ensuite communication d'une lettre de M. Bories,
de Fabrezan, dans laquelle celui-ci lui annonce qu'il se propose de
réunir une série déterminée des fossiles de la région pour les collec-
tions de la Société dès que les échantillons types qu'il a envoyés à la
Faculté des Sciences de Lyon lui auront été retournés.
Enfin M. Fages fait passer sous les yeux des membres présents une
bague en bronze qui lui a été donnée par M. Moser. Cette bague a été
trouvée aux environs de Lézignan. |
Le Secrétaire, «
L. GAVOY.
(4) Avant-hier, vous m'avez dit, mon cher Monsieur Rebelle, — que dinianche prochain vous
devicz aller à Gléon,— pour y faire des sifflets « à la minute », glaner la lavande et la pimprenelle, —
ramasser le bouton d'or, la lathrée clandestine, même couper un rameau de houx. — Certes ! vous
en trouverez en abondance dans la dito contrée ; les plantes y poussent à foison, — vous verrez des
hotitéces de cistes, — car il y en a Gléon autant qu'au pavs de Kercorb. — Mais, croyez-le bien, il
y a quelque chose en cette maisonnée, — un tronc, des rejetons, un arbre avec sa fleur, — dont
tous disent partout qu'ils l'ont vue épanouie, — et qu'on ne rencontre pas souvent sur les routes
de la vie. — C'est la FLEUR D'AMITIÉ qui embaume chacun de nos jours!
À Gléon, plus que partout ailleurs, on est toujours les bien-venus !
Messieurs à la santé de la famille BONNES ! !
— XLIX —
Séance du 12 Mai 1907
PRÉSIDENCE DE M. CH. EVROT. Vice-PRÉSIDENT
Le Secrétaire fait passer sous les yeux des membres présents la
médaille destinée au Concours des Vins de l'Aude, dont l’achat fut voté
dans la séance du 21 avril dernier.
La correspondance comprend une lettre de M. Stanislas Meunier,
professeur de géologie au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, en
réponse à celle par laquelle le Secrétaire lui a fait part du désir de la
Société de le compter au nombre de ses membres honoraires. Voici
cette lettre :
Paris, 27 Avril 1907.
« MONSIEUR LE SECRÉTAIRE.
« Votre aimable lettre me fait le plus grand plaisir ; je me sentirai
très fier du titre de membre honoraire que vous voulez bien m'offrir
et je vous prie d'en exprimer toute ma profonde gratitude à vos dis-
tingués confrères. Je serai enchanté si je puis par la suite me rendre
de quelque utilité à la Société d'Etudes scientifiques de l’Aude, dont
les publications renferment tant de choses intéressantes.
« Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire, l’expression de mes sen-
timents de haute considération et de sincère dévouement.
« Stanislas MEUNIER. »
Dons. — M. Lucien Briet, secrétaire de la Société de Spéléologie
nous fait hommage d’une brochure intitulée : Les Pyrénées rt la Spéléo-
logie (Extrait du Bulletin Pyrénéen, janvier-février 1907).
Remerciements.
M. Sicard fait don d’un exemplaire d'un mémoire de M. Paul Goby :
"Sur quelques meules à grains et un moulin ancien ressemblant au Tra-
petum, découverts dansl'arrondissement de Grasse(Alpes-Maritimes),1905.
Notre collègue fait en mème temps l'analyse de cet ouvrage qui, en
sus de la mention des découvertes locales, donne sur la forme et la
disposition des moulins primitifs des notions présentant un cer-
tain intérét..
—L—
€ M. Paul Goby a récueilli des meules et fragments de meules dans
les environs des Camps retranchés ou Oppida qui couronnent en grand
nombre les collines de l'arrondissement de Grasse, ainsi que dans les
stations gallo-romaines de cette région. Après avoir désigné les loca-
lités où ont été faites les trouvailles, il passe à l'aspect minéralogique
des meules, qui sont tantôt en porphyre violacé, tantôt en trachyte
avec cristaux de pyroxène, quelquefois en granit, en gneiss ou en grès,
plus rarement en matière lavique compacte. — L'auteur passe ensuite
en revue les différentes formes de moulins antiques ; il décrit d'abord
ceux qui se composaient simplement d'une pierre gisante, à surface
légèrement concave et où l'on écrasait les grains avec une molette en
quartz ; puis les moulins à meules discoïdes horizontales, celle de des-
sous formant cuvette ou mortier, celle de dessus mouvante et percée
d'un trou central servant à la fois de trémie pour le grain et d’axe
pour recevoir le pivot qui la faisait tourner. Ce dernier type appartient
à celui dit gallo-romain, et c'est à lui qu'on rapporte les meules et
moulins que possède le musée lapidaire de Carcassonne.
« Après la description de ces moulins si simples et qui semblent les
plus primitifs, vient celle du vrai moulin romain, tel que ceux que
l'on a retrouvés à Pompéi, et qui se compose de Ia meule conique
immobile sur sa plateforme (meta) et sur laquelle s'emboitait et tour-
vait la meule mouvante {catillus), formée de deux cônes creux se
rejoignant par le sommet comme un sablier. Cependant, dit l’auteur,
ce moulin ne serait d'après M. Lindet, le savant professeur de chimie
de l'institut National agronomique, que le précurseur du moulin à
meules discoïdes dit gallo-romain « qui serait un dérivé, une simplifi-
cation toute romaine du très compliqué et très délicat moulin dit
romain.
« Nous trouvons ensuite la description de quelques meules de formes
particulières, à pans coupés ou Ss’éloignant des formes ordinaires.
L'auteur termine en nous présentant les restes d’un moulin à olives
qu'il a découvert dans la commune de Rouret (Alpes-Maritimes), près
d'un oppidum situé en face du château de Rouret. Ce moulin difière
essentiellement des précédents et parait avoir été construit sur le
modèle du Trapetum romain, décrit par Caton dans son de re rustica
et dans le dictionnaire des antiquités grecques et romaines d’Anthony
Rich, traduit par Chéruel (p. 664) Ce broyeur est formé de deux meules
“verticales, plan-convexes, avec une centrale portant une tige s’ap-
puyant sur une courte colonne (millarium) élevée entre les deux
meules au centre d’un bassin fmortarium) circulaire et concave. Sur
le millarium une espèce de boite en métal feupa) réglait le mouve-
ment et soutenait les meules {orbes) de manière à écraser la pulpe sans
broyer les noyaux. Cependant le bassin découvert par M. Goby est à
surface plane, ce serait donc des meules {moles) verticales et discoïdes
qui fonctionnaient dans ce moulin et le rapprocheraiïent du modèle
employé de nos jours dans nos fabriques d’ huile modernes et dont il
semble être le précurseur ». |
ADMISSIONS. — MM. ARNauD, Charles, ingénieur et Maza, Louis,
négociant, à Carcassonne, sont nommés membres actifs.
PRÉSENTATIONS. — MM. CLERGUE, François, régisseur, à Herminis,
près Carcassonne, présenté par MM. A. Fages et Gavoy ; MÉTRAL,
Ernest, caissier à la succursale de la Banque de France, à Carcas-
sonne, présenté par MM. Ch. Evrot et H. Mullot.
ANALYSE D'OUVRAGES. — M. Renaux rend compte du Bulletin de lu
Société Historique et Scientifique des Denx-Sèvres, 2° année 1906.
« Ce volume de Mémoires et Documents est fort intéressarrt et donne
une excellente idée de la Société dont il émane. La Monographie de
Saint-Liguaire, abbaye et commune, par M. Emile Breuilhac-Laydet,
et le volumineux travail de M. le D' Prouhet sur Les Seigneurs, le Chà-
teau, la terre de lu Mothe Suint-Héray, sont de vrais modèles du genre
et devraient bien en servir à ceux qui parmi nous ont entrepris des
œuvres pareilles ; et tout le reste est curieux et instructif.
« Je trouve dans le Journal d'Emmanuel Augier de la Terraudière,
curé de Notre-Dame de Niort, allant de 1707 à 1712, quelques détails
sur un abbé Maboul, grand-vicaire de l'évêque de Poitiers, qui devint
évêque d’Aleth à la Toussaint de 1708. C'était un homme d’un certain
mérite, mais ruiné par le jeu, qui dut sa dignité au bien que Madame
de Puisieux, dans un voyage à Paris, dit de lui à Madame de Mainte-
non. Il avait, en eflet, observe l'éditeur, contribué activement à la
conversion des huguenots du Poitou ».
Avant de clore la séance, le Secrétaire communique le programme
de l’excursion de la Pentecôte (19-20 mai 1907) à Bugarach, aux sour-
ces de la Sals, à Fourtou et Sougraigne.
Ce programme est adopté.
Le Secrétaire,
L. GAVOY.
— LIEI —
Séance du 16 Juin 1907
PRÉSIDENCE DE M. GÜUIRAUD, VicE-PRÉSIDENT
M. le Président annonce le décès, survenu le 26 mai, de notre
collègue, M. Louis Chartier, fondateur de notre Société. Il adresse,
tant en son nom qu’au nom des membres de notre Compagnie à la
veuve et aux parents du défunt l'expression de nos plus sympathiques
condoléances.
M. Gavoy, secrétaire, ajoute aux paroles de M. le Président les
quelques mots suivants :
€ Perméttez-moi, Messieurs, de rappeler la part que Chartier avait
prise à la fondation de notre Société. C'est à lui, en effet, c'est à son
initiative intelligente que nous la devons. Sans doute, cette initiative
venait à son heure et la pensée de notre collègue répondait à un
besoin lorsqu'en 1889 il fit appel aux amis des sciences naturelles
disséminés dans notre département, mais encore fallait-il réunir les
éléments de la future association et grouper les bonnes volontés. Ce
n’a pas été son moindre mérite d'y avoir réussi. |
« Dans la réunion préparatoire qui fut tenue, le 10 février 1889,
dans une des salles de l’Hôtel-de-Ville, nous étions neuf présents,
neuf autres avaient envoyé par lettre leur adhésion, huit Sociétés
scientifiques promettaient de nous adresser leurs publications.
« Un mois après, le 17 mars, un bureau provisoire était nommé,
dont la présidence revenait de droit au promoteur de l'Association.
Mais Chartier, avec une modestie dont il faut le louer, s’effaca devant
la haute personnalité scientifique de M. Montés et n’accepta que le
titre de Vice-Président qu'il conserva jusqu'à la fin de l’année 1890,
époque à laquelle il l'échangea contre celui plus modeste de Secré-
taire-adjoint. En 1892, il quitte Carcassonne pour Carbonne et Niort,
mais de loin comme de près, il ne perd pas de vue son œuvre, il y
pense sans cesse et sa correspondance avec quelques-uns des collègues
qu'il a laissés dans sa ville natale témoigne de sa sollicitude pour sa
chère Société d'Etudes qu'il souhaite voir toujours plus florissante.
€ Entre temps il nous donne pour le Bulletin quelques rapports
d'excursions et des travaux géologiques et botaniques.
— LI —
« De retour à Carcassonne en 1899, il reprend sa place au milieu de
nous et en 1900 il remplit provisoirement les fonctions de Secrétaire
laissées vacantes par le départ de M. Philibert. Ces fonctions lui
furent confirmées dans l'assemblée générale du 16 décembre 1900. Il
les conserva jusqu à la fin de l’année 1905.
« A partir de cette époque, suit pour des motifs que nous n'avons
pas à rappeler ici, soit à cause de son état de santé, il cessa d'assister
à nos séances. La mort guettait déjà sa proie et devait bientôt terras-
ser sa victime. Le 27 inai dernier, brusquement, sans que rien ait pu
nous préparer à un si triste dénouement, — huit jours avant nous
l'avions aperçu dans l'enceinte de l'Exposition Agricole —, nous
apprenions que notre collègue avait cessé de vivre. Il n'avait que
54 ans !
« Chartier avait une véritable passion pour la botanique et la géolo-
gie. maïs les autres branches des sciences naturelles ne lui étaient
pas étrangères, les procès-verbaux de nos séances qu'il rédigeait avec
tant de soin sont là pour l'attester.
€ Il laisse une importante collection de fossiles et un herbier volu-
mineux. |
« L'impitoyable destinée nous prive à jamais du collègue à qui
notre Société doil sa création. Il est du devoir de nous tous, ses
collaborateurs de la première comme de la dernière heure, de lui
adresser un juste tribut de regrets, il est du devoir de la Société
d'Etudes scientiliques de l'Aude de garder fidèlement le souvenir de
celui qui fut son fondateur. »
M. le Président annonce que. au dernier Concours organisé par la
Société Départementale démocratique d'encouragement à l'Agriculture de
l'Aude, notre Société a obtenu un diplôme de médaille d'or et M. Re-
belle, notre collègue, un diplôme de médaille d'argent.
CORRESPONDANCE. — M. O. Sarcos. secrétaire du Syndicat profes-
sionnel des Intérèts vinicoles de l'Aude, nous informe que la médaille
d'argent mise par notre Société à la disposition du Comité d'organi-
sation du Concours des Vins de l'Aude a été attribuée à M. Lignières
Achille, de Tourouzelle, comme 3*° prix des vins rouges des années
antérieures à 1906.
M. Arnaud Charles, ingénieur, et M. Maza Louis, négociant, à Car-
cassonne, remercient de leur admission comme membres actifs.
Madame Chartier remercie la Société de la belle couronne que
celle-ci a déposée sur la tombe de son mari. En méme temps, elle
offre pour uos collections l'Herbier de notre regretté collègue.
: L'Assemblée, touchée de la généreuse pensée qui a inspiré la dona-
trice, accepte le don et délègue deux de ses membres, MM. Fages et
Marty, pour lui en exprimer toute sa gratitude.
ADMISSIONS. — MM. CLERGUE François, régisseur, à Herminis, et
MÉTRAL Ernest, caïssier à la succursale de la Banque de France, à
Carcassonne, sont, à l’unanimité, nommés membres actifs.
L'Assemblée confirme l'admission de M. Cros François, maitre d’hô-
tel, à Fourtou, nommé membre actif, lors de l'excursion du 20 Mai
dernier, sur la présentation de MM. A. Fages et Malet.
COMMUNICATIONS. — M. G. Sicard nous adresse la communication
suivaule :
« À la séance du 21 Octobre 1906, j'ai remis à la Société une note
sur une pile romaine, dite le Tourril, située dans la commune d'Homps
(Aude), sur le domaine de Lagarde, dont les bâtiments se trouvent
dans le département de l'Hérault, commune d'Olonzac La mention de
cette pile romaine devait naturellement se joindre au travail que
j'avais déjà fait sur celle qui se trouve dans la commune de Laure,
sur le vieux chemin d'Aiguesvives, et que j'ai signalée au Congrès de
la Société Française d'Archéologie tenu en Mai 1906 à Carcassonne.
Pour moi, ce dernier monument est certainement un mausolée romain,
de forme bien caractéristique. Or, ces jours derniers, en faisant des
recherches dans les archives départementales de l'Aude, j'ai eu la
bonne fortune de retrouver dans un vieux plan lotier de la commune
de Laure, la parcelle où s'élève la pile romaine Ce tènement est dési-
gné sous le nom de la Tour, et au plan est adjointe la liste des diffé-
rents propriétaires qui ont possédé cette terre depuis 1526 et les noms .
sous lesquels elle a été désignée. Le plan date de 1747. La tour est
désignée, en 1526, sous le nom de Tour de Mesolieur : le champ est
souvent indiqué par le nom de champ de « La Mozolée ». ce qui marque
bien qu'à cette époque on avait la croyance que la masse antique,
signalée sur le compoix de 1668, était bien un tombeau. Ce nom de
Mézolieux (qui, Sur un autre plan, est Mézolières), est aujourd'hui
complètement ignoré par les habitants de Laure, et la tour est coni-
munément appelée du nom de son propriétaire actuel, M. Boyer,
Tour de M. Boyer. |
M. l'ages rappelle que dans son Essai sur la Speléologie de l'Aude (1),
notre collègue, M. Sicard, a signalé l'existence aux environs de
Fourtou d'une grotte qu'il désigne sous le nom de Grotte des Sorcières
(1) Bull. Soc. Etud. Sc. de l'Aude, T. VIII, 1891.
ou des Mythonnes. Cette grotte, éloignée d'un kilomètre environ du
village, s'ouvre à droite des sources du ruisseau de Fourtou. C'est une
longue galerie de trois mètres d'ouverture qui va déboucher à 75 mè-
tres à peu près des ruines du château.
Indépendamment de celle-ci, il en existe deux autres connues sous
le nom de Grotte du Saut et de Grotte d'Embarrado.
La première se trouve en face de celle des Sorcières, sur la rive
gauche du ruisseau. L'entrée en est étroite, 1"30 sur 0"70. M. Fages
y a recueilli une mâchoire humaine eimpâtée dans la stalagmite, ce
qui ferait présumer que des fouilles méthodiques pourraient amener
des découvertes intéressantes. |
La grotte d'Emnbarrado, — toujours rive gauche du ruisseau et à
150 mètres en aval de celle du Saut, — est creusée dans le Turonien
et très curieuse par les nombreuses Hippurites qui en forment les
parois. L'ouverture est de 1°70 sur 1 mètre, la longueur de 25 mètres
environ. Les bergers y abritent leurs troupeaux les jours d'orage.
Au-dessus de la grotte d'Embarrado, il en existe deux autres qui
n'ont pas de nom particulier et n'offrent d'ailleurs aucune impor-
tance.
Le Secrétaire soumet à l'assemblée le programme de l'excursion du
30 juin à Saint-Denis et Saissac et celui de l’excursion des 13, 14 et
15 juillet au Pays de Sault.
‘Le premier est adopté sans observations. Quant au second, il est
approuvé dans son ensemble, sous réserve de quelques modifications
de détail demandées par plusieurs membres et qui seront soumises au
Comité. ;
L'ordre du jour appelle l'examen du nouveau tarif spécial G. V. n° S
que la C*“ des Chemins de Fer du Midi vient de soumettre à lhomo-
logation du Ministre.
Ce tarif, dont le. journal l'Intérét Général, dans son numéro du
{°° juin, a fait ressortir les avantages et les inconvénients, présente
dans ses dispositions des restrictions telles qu'il rend désormais impos-
sibles nos excursions du dimanche dans notre département, excursions
qui ne devaient leur succès qu'à la réduction de prix dont nous jouis-
sions jusqu'à présent.
En conséquence, l'assemblée émet le vœu que le nouveau tarif G.
V. n°8 de la Ci du Midi ne sera pas homologué et charge son Bureau de
transmettre ce vœu à la Chambre de Commerce de notre ville qui le
fera suivre au Ministre compétent. |
| Le Secrétaire,
L. GAVOY.
— LI —
Séance du 21 Juillet 1907
PRÉSIDENCE DE M. LE D' BOURREL, ANCIEN PRÉSIDENT
CORRESPONDANCE. — MM. François Clergue et Ernest Métral remer-
cient de leur admission comme membres actifs.
Conformément à la décision prise par la Société dans la séance du
16 juin dernier. le Bureau a adressé, le 26 du mème mois, à M. le
Président de la Chambre de Commerce de Carcassonne la lettre
suivante :
« MONSIEUR LE PRÉSIDENT.
« J'ai l'honneur de vous remettre sous ce pli un extrait de la déli-
bération du 16 juin courant, relative au nouveau tarif G. V. n° 8 que
la Compagnie des Chemins de fer du Midi vient de soumettre à
l’homologation du Ministre.
« Je vous serai reconnaissant de vouloir bien, après l'avoir soumise
à l'examen de la Chambre de Commerce dans sa prochaine réunion,
et avoir reconnu la légitimité de nos réclamations, la transmettre
avec avis favorable à l'autorité compétente.
« Avec mes remerciements, je vous prie d'agréer, Monsieur le
Président, l'assurance de ma considération distinguée.
« Pour le Président empêèché,
« Le Vice-Président,
€ GUIRAUD JEUNE. »
« EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS
« Les membres de la Société d'Etudes scientifiques de l'Aude,
réunis en séance le 16 juin courant, ont examiné le nouveau tarif
spécial G. V. n°8 que la Compagnie des Chemins de fer du Midi vient
de soumettre à l'homologation du Ministre. Tout en reconnaissant
que certaines dispositions de ce nouveau tarif constituent un progrès
sur les principes restrictifs admis jusqu'ici, ils constatent avec regret
qu'il en est d'autres qui rendront désormais {res oneéreuse, sinon 1mpos-
sible, toute excursion dans le département de l'Aude.
ne
« De ce nombre sont : 1° L’élévation à 12 au lieu de 10 du minimum
de voyageurs pouvant jouir de la réduction de 50 "
2° Le minimum de perception par voyageur et par voyage -— l'aller
et le retour constituant deur voyages.
« En conséqnence, et attendu que les excursions de la Société n'ont
d'autre but que l'exploration des richesses naturelles du département
de l'Aude, qu'elles ne sont suivies par ses membres qu'à cause de la
réduction du prix dont ils ont joui jusqu'à présent. et que les nou-
velles dispositions du tarif susvisé en rendront désormais la réalisa-
tion impossible,
« La Société d'Etudes scientifiques de l'Aude exprime le vœu :
1° Que le chiffre minimum de voyageurs pouvant voyager en grour.e
soit ramené à cinq ou tout au moins à (dir : 2° Que la réduction de
90 °’, soit accordée comme précédemment à tout groupe d'excursion-
nistes voyageant indistincitement dans le département de l'Aude ou
les départements limitrophes, sans minimum de perception ni de
parcours. »
Notre lettre a reçu la réponse suivante :
« Le President de la Chambre de Commerce de Carcassonne
à Monsieur le Président de la Société d'Etudes srientifiques de LAnde,
« MONSIEUR LE PRÉSIDENT,
« J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 26 juin
dernier et de vous remettre ci-joint une copie de la délibération qua
prise la Chambre de Commerce au sujet du tarif G. V. n°8, dans sa
séance du 23 mai dernier.
« Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma consi-
dération distinguée.
« Le Président,
€ DREVET. »
€ CHAMBRE DE COMMERCE DE CARCASSONNE
« EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS
« Séance du 23 Mai 1907
« Vœu sur le tarif G. V. 8 Midi.
« Conclusion. — La Chambre. oui cet exposé :
« Considérant qu'il importe de ne pas entraver par des dispositions
prohibitives les voyages en groupe et les excursions populaires ;
« Considérant que ces excursions en groupe constituent non-seule-
-
— EVII
ment l'avant-garde du tourisme individuel, mais contribuent aussi à
la prospérité commerciale tant générale que particulière en raison de
la publicité qu'elles provoquent pour les endroits visités ;
« Considérant que la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée a mis en
vigueur un tarif beaucoup plus libéral qui comporte en plus des prin-
cipaux avantages énumérés ci-dessus :
« 1° Un minimum de parcours total de 30 kilomètres ;
« 2° Des réductions de 50°, sur les billets simples et mème sur les
billets d'aller et retour, lorsque les deux voyages se font par la même
voie ;
« 3° Des réductions de 66 ° , pour les caravanes scolaires et de
15 * , pour les enfants envoyés à la montagne ou à la mer.
«€ #° L'admission dans les express moyennant un supplément égal
au quart du prix du billet ;:
« Emet le vœu :
« Que M. le Ministre des travaux publics refuse l'homologation du
tarif G. V. n°8, tel qu'il lui est présenté par la Compagnie du Midi ;
« Que M. le Directeur de cette Compagnie refonde dans un sens
plus libéral les dispositions présentées à l'homologation en s'inspirant
des facililés accordées par la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée
« Que le nouveau tarif ainsi modifié soit présenté au plus tôt à
l'homologation ministérielle.
« Pour extrait conforme :
« Le Président,
«€ DREVET. »
La Faculté des Sciences de Saragosse demande l'échange réciproque
de nos publications. Cette demande est accompagnée de l'envoi d'un
exemplaire du 1" fascicule de ses {nnales.
L'échange est accepté.
Enfin, M. Gavov communique une lettre qu'il a reçue de M. Marius
Cathala, Président, lettre par laquelle celui-ci s'excuse de n'avoir pu
jusqu'à présent prendre une part plus active aux travaux de la
Société, et nous prie d'accepter sa démission de Président.
L'assemblée apprécie hautement le sentiment de délicatesse qui
a dieté la lettre de notre sympathique collègue et décide à l'una-
nimité de rejeter son offre de démission et de lui conserver son
titre de Président jusqu'au jour où, conformément à nos statuts,
ses pouvoirs cxpireront normalement.
_— LIX —
Doxs. — M. Fages remet, de la part de M. Maffre, instituteur à
Armissan, une collection de fossiles appartenant à l’Aptien. Parmi ces
fossiles on remarque :
Serpula socialis Goldf. | Hoplites Dufrenoyi d'Orb.
Orbitolina conoiïdea A. Gras. Venus galloprovincialis Math.
Pentacrinus sp. | Terebratula Moutoni d'Orb.
Natica prælonga Desh. Serpula sp.
Remerciements.
COMMUNICATIONS. — M. G. Sicard remet à la Société plusieurs
photographies des deux menhirs de Saissac et fait, au sujet de ces
menhirs et de l'excursion du 30 juin à Saint-Denis, la communication
suivante :
« Les deux menhirs dont je vous présente les vucs sont situés sur
le territoire de la commune de Saissac, l'un sur le domaine de l’Aze-
rou (du latin «cer, érable ; aserou, petit érable, érable à petites feuil-
les), l’autre près de la métairie de Picarel.
« A Saint-Denis, les carrés qui divisent le terrain de cette com-
mune donnent lieu à l’intéressant problème de savoir si l'on se trouve
en présence des vestiges d'un ancien camp romain ou de terres parta-
gées pour des colons (agger divisus).
« Un rapport à ce sujet paraîtra dans le Bulletin. »
M. le D' Bourrel présente une note sur Le Pont naturel de Saint-Jean,
prés Aiguestites (AUDE). Cette note, accompagnée d'une belle vue
photographique. trouvera sa place dans le prochain Bulletin.
M. Gavoy dit que, dans la séance du 18 juin 1906 du Comité des
Travaux historiques el scientifiques, M. Salomon Reinach a appelé
l'attention dn (Ü'omité « sur la nécessité de prendre des mesures pour
« arréter les déprédations et les actes de vandalisme dans les stations
« préhistoriques et spécialement lès cavernes. Celles-ci sont à la
« merci des fouilleurs inexpérimentés qui, n'ayant d'autre souci que
« de recueillir des objets alin de les vendre à des collectionneurs.
« bouleversent le sol de façon à rendre impossible toute observation
« scientifique Il souhaiterait que l'administration créàt des inspec-
« teurs chargés de diriger l'exploitation des stations et grottes
«€ préhistoriques et d'en assurer la conservation ».
Les faits dont se plaint M. S. Reinach ue sont malheureusement
que trop vrais ; comime lui nous les déplorons et pensons qu'on doit
chercher à les éviter autant que possible. La création d'emplois nou-
veaux et de fonctionnaires d'un nouveau genre nu'irait pas saus-
dépenses nouvelles, dont le besoin, actuellement surtout. ne se fait
pas sentir.
Un moyen plus économique d'arriver au but serait que. dans chaque
commune de France. le maire fut invité à signaler à l'administration
préfectorale toute découverte de grottes ou de stations préhistoriques
faite sur son territoire. L'administration, à son tour, signalerait la
découverte à toutes les Sociétés scicentitiques locales (il en existe aujour-
d'hui dans presque tous nos départements), lesquelles délègueraient un
certain nombre de membres compétents pour diriger et surveiller les
fouilles. Une légère subvention pourrait, au besoin, leur ètre allouée
et ainsi scrait réalisé, sans frais appréciables pour le budget national
ou départemental fe vœu cher à M. S. Reinach.
Le Secrélaire,
L. GAVOY.
——————
Séance du 20 Octobre 1907
PRÉSIDENCE DE M. GUIRAUD. VicE-PRÉSIDENT
CORRESPONDANCE. — M. le Ministre de l'instruction publique adresse,
en dix exemplaires. le programme du 46° Congrès des Société savan-
tes qui S'ouvrira à la Sorbonne le mardi, 21 Avril 1908.
M. le doyen de la Faculté des Sciences de Saragosse nous remercie
de l'accueil favorable qui à été fait à la demande d'échange de notre
Bulletin contre les Aunales de la dite Faculté.
M. le Bibliothécaire de l'Université royale d'Upsala (Suëde), accuse
réception de l'envoi de notre Bulletin, T. xvur. 1906.
M. l'abbé Firmin Dages, curé de Campagna-de-Sault, nous demande
l'adresse d'un spécialiste pour la détermination des Lichens qu'il a
recueillis dans les massifs de Madres et du Laurenti. Satisfaction lui
a été donnée.
M. J. Roux, instituteur à La Charrière (Deux-Sèvres), et membre
de la Société botanique des Deux Sèvres, demande à se procurer
quelques glands de OQuercus coccifera (chène-kermès) pour tenter
l'acclimatalion de cette espèce dans sa région. M. G. Rebelle promet de
répondre à cetle demande.
— LXI —
La Société des Sciences historiques et naturelles de Semur nous a
conviés, par circulaire du 5 Septembre, à la réunion qu'elle a ‘orga-
nisée pour le lundi, 16 Septembre 1907, à Alise. Cette circulaire nous
étant parvenue pendant les vacances, n'a pu être communiquée en
temps utile aux membres de notre Société.
Dons. — M. L. Doncieux, professeur à la Faculté des Sciences de
Lyon, nous fait hommage d'une Note sur ses explorations géologiques
de 1906 dans la région de Fitou et de Treilles (Ertrait du Bulletin de
la Carte géologique de France, n° 115, T. xvu (1905-1906). — Janvier
1907).
La Société adresse ses remerciements à notre éminent membre
honoraire et décide que la Note dont ïl est l'auteur sera reproduite
dans notre prochain Bulletin.
CoMMuNicaTIONS. — M. le D' Bourrel, revenant sur la question sou-
levée dans la séance du 21 Juillet dernier à propos des actes de van-
dalisme qui se commettent fréquemment dans les cavernes et les
stations préhistoriques, demande que la mention qui en est faite à la
fin du procès-verbal soit transformée en vœu et présentée sous cette
forme à l’Assemblée départementale dans sa prochaine réunion.
Il en est ainsi décidé.
Notre collègue présente ensuite Les observations suivantes au sujet
du dernier volume paru de notre Bulletin (T. xvnr, 1907) :
« 4° Dans le compte-rendu de la séance du 18 Mars 1906, on me
€ fait dire « La liqueur de Praraz ». J'ai dit que, pour l'instant du
« moins, je préférais les injections « avec la seringue de Praraz » des
« liquides dont il est question dans le travail du D' Ormières, c’est-à-
« dire des solutions d'hypochlorites, d'acide chromique ou de perman-
« ganate de potasse ; le Sérum du D' Calmette devant ètre employé
« frais. Il est, en effet, facile de se procurer ces drogues fraichement
(« préparées quand on en a besoin. » — Acte est donné de cette recti-
fication. |
« 2 Depuis quelques années, les récits d'excursion à l'étranger
(Espagne, Italie, etc...) prennent, dans nos Bulletins, un développe-
ment de plus en plus grand, et ce, quelquelois, au détriment de
travaux concernant notre département et présentant, de ce fait, un
intérêt plus particulier. Il serait bon. me semble-t-il, de réagir
contre cette tendance. »
Il appartient au Comité de publication d'étudier la question.
Pa
2 = 2 = À
M. R. Esparseil émet la propositiou que notre Société organise pro-
Chainement une visite à l'Usine métallurgique du Pont-Rouge.
— LÂI —
M. Gavoy fait remarquer qu'en 1905, alors que M. Esparseil était
président de la Société, il a émis une proposition semblable qui est
restée sans eflet, il ne sait pourquoi. M. le D' Bourrel dit que cette
visite Jui semble tout à fait inopportune en ce moment. En eflet, la
Commission d'hygiène est actuellement saisie d'une demande d'enquête
sur les dangers que peut présenter, au point de vue de la santé publi-
que, l'installation à nos portes d'une Usine traitant des matières arsé-
nicales ; il convient donc de s'abstenir jusqu'à ce que ladite one
sion ait fait connaitre les résultats de son enquête.
Sur ces observations, l’Assemblée renvoie à une date ultérieure la
prise en considération de la demande de M. Esparseil.
Le Comité de publication s'est réuni après la séance pour examiner
la question posée par M. le D' Bourrel. Considérant qu'il convient
avant tout d'observer les termes de l'article 2 de nos Statuts et de -
notre Règlement, et de réserver dans nos publications la plus large
place possible aux travaux concernant notre département de l'Aude
ou les départemeuts limitrophes, le Comitè décide de n’accepter à l’ave-
nir, parmi les Mémoires ou Rapports présentés qui ne répondront pas
expressément aux conditions ci dessus, que ceux qui auront un carac-
tère scientifique spécial.
De plus, afin de faciliter la tâche qui lui incombe dans la composi-
tion et l'impression du Bulletin annuel, il invite les auteurs à déposer
leurs Mémoires ou Rapports d'excursion dans le plus bref délai possi
ble et au plus tartl dans la dernière séance de l’année.
Le Secrélaire,
L. GAVOY.
Séance du 17 Novembre 1907
PRÉSIDENCE DE M. M. CATHALA, PRÉSIDENT
Le Secrétaire annonce que le vœu relatif à la protection des cavernes
et stations préhistoriques a été présenté à l'Assemblée départementale
par notre collègue, M. Cros-Mayrevieille, conseiller général, dans la
séance du vendredi, 8 novembre, et adopté.
— LXHI —
Dons. — M. Germain Sicard fait hommage à la Société d'une petite
brochure ayant pour titre : Deur édicules romains de la région Mina
voise (Extrait du Bulletin de la Soc. arch. du Midi de la France, 1901).
M. A. Fages fait don de trois échantillons de porphyre provenant
de Saint-Raphaël (Var).
Remerciements.
PRÉSENTATION.— M. LEPARGNEUR Jean, étudiant en médecine, externe
des hôpitaux de Toulouse, présenté par MM. les D" Chavanette et
Courrent.
COMMUNICATIONS. — M. A. Fages donne, au sujet des trois échan-
tillons de porphyre qu'il vient de déposer sur le bureau, les détails
ci-après :
« Le porphyre de Saint-Raphaël, dans l’Esterel, est une dacite holo-
cristalline et migranulitique. Il contient, avec des noyaux de quartz,
de gros cristaux d'un feldspath en partie décomposé qu'on a rapporté
à l’andésine. M. Michel Lévy en fait un microgranulite basique. Les
microlithes de la pâte appartiennent pour une portion à l'orthose
(A. de Lapparent).
1° Le porphyre bleu quartzifère, souvent nommé Leucostite, est
composé de feldspath compacte dont la couleur dominante est le bleu
turquin, d’un ton un peu pâle. Il renferme de nombreux grains cris-
tallins de feldspath blanc, des cristaux de quartz et, ce qu'il y a de
plus curieux, des prismes de pyroxène d'un vert noirâtre.
11 forme un grand enclavement transversal qui se montre au jour
sur une étendue de 16 à 18 kilomètres dans la partie Sud-Ouest des
montagnes de l’Estérel, aux environs de Fréjus et de Saint-Raphaël
(Var).
2 Conglomérat porphyrique. Roche composée de fragments de por-
phyre à base feldspathique,
3 Porphyre pétrosiliceux quartzifère. Brun clair un peu rosé à
cristaux souvent opalins et quelquefois translucides.
M. Teissier, qui s'est occupé des antiquités de Fréjus, a constaté
que la Leucostite bleu-turquin était exploitée par les Romains et que
ceux-ci ont employé cette roche à faire une foule d'objets, tels que la
colonne de Saint-Grégoire, dans l'Eglise Saint-Pierre de Rome, et
quelques colonnes des palais du Quirinal et du Vatican (d'Orbigny-
Cordier). L
M. G. Sicard fait passer sous les yeux des membres présents des
cartes et documents relatifs à la commune de Laure. lesquels donnent
lieu de sa part à la communication suivante :
!
— LXIV —
« Ayant fait. cet été dernier. quelques explorations dans le territoire
de la commune de Laure (canton de Peyriac-Minervois), en vue de
rechercher les traces de l'occupation romaine et les anciens lieux
{ortifiés, j'ai été frappé de voir combien le sol de cette région, si peu-
plée jadis. était jonché de ruines. De nombreux fiefs et prieurés, des
châteaux, des églises rurales, des hameaux ont disparu. On retrouve
leurs noms dans les anciens documents, mais sur les cartes actuelles,
nulle indication ne révèle plus leur ancienne existence : c’est ainsi
qu'on ne trouve plus traces de Gluges, de Fiquères, d’'Albas, de Malras
et d'Ouffrières, etc. |
Il me semble qu’il serait intéressant de reconstituer la carte ancien-
ne de cette région de l'Aude et de préciser Îles emplacements de ces
édifices disparus. C'est ce qu'une exploration attentive et conscien-
cieuse du pays pourra seule permettre de mener à bien. Aussi est-ce
cette étude que j'ai déjà commencée et que je me propose de poursui-
vre, espérant la voir bien accueillie par notre Société qui a tant fait
pour l'étude historique et scientifique du département de l'Aude. »
M. Rebelle présente une liste de Lichens, Champignons et Algues,
intéressants pour la région de l'Aude :
Lichens.
Stereum purpureum. F. R. — Sur les troncs de sapin. Forèt de la
Fourmi. Septembre 1900.
Platysma juniperinum.T. — Sur les Genévriers. Tuc de las Cous-
counieros. Septembre 1900.
Physcia ciliaris D.C. — Sur les Sapins. Forêt du Gravas, commune
‘de Roquefort-de-Sault. Septembre 1900. Signalé déjà par M. l'abbé
Baichère, sur les châtaigniers, à Lespinassière et Cuxac-Cabardés.
(Contribution à la Flore du Bassin de l’Aude et des Corbières, 1°
Fasc. 1893).
Eternia furfuracea Ach. — Sur les Sapins. Forêt d'en Garaud. Sep-
tembre 1900. |
Umbilicaria pustulata Hauff. — Roc de Moussu, commune de Caunes;
montagnes des environs de Cabrespine.
Champignons.
Diatripe disciformis Fr. — Bois près des Sources de la Sals, sur le
Hêtre et le Bouleau. —
Hyporylon corcinewm Tul., — Bois aux environs des Sources de la
Sals.
— LEY —
Algues.
Lemanera lorulosa Ag. — Dans le Fresquel et l'Aude.
M. Gavoy fait, à son tour, passer sous les yeux des membres pré-
sents plusieurs frondes détachées d'un pied de Scolopendrium offici-
nale L. qu'il a rapporté, il y a trois ans, de la forêt de La Loubatière,
et qu'il cultive en pot depuis cette époque.
Ces frondes, outre qu’elles sont plus ou moins crispées sur toute
leur longueur, ce qui se voit très rarement chez les pieds demeurés à
l'état sauvage, présentent à leur extrémité de nombreuses divisions
(de 6 à 10).
M. Gavoy ajoute : « Lorsque j'ai cueilli cette Fougère sur les bords
du Linon, le 15 Août 1903, je n’ai pas remarqué la moindre déforma-
tion des frondes. Ce n’est que l’année suivante que je constatai le
phénomène et je crus à un fait accidentel. Mais depuis lors, le fait se
reproduit très régulièrement chaque année et il m'a paru assez
curieux pour que je vous en fasse part. »
M. Rebelle dit que l’on trouve quelques variétés de cette élégante
fougère à l'état spontané, notamment celle à feuilles crispées (var :
crispa Willd), d'autres sont le résultat de la culture.
M. Fages pense que l’anomalie foliaire signalée par M. Gavoy pro-
vient précisément d'un excès de nourriture, car il a constaté le même
phénomène sur un pied rapporté par lui des environs de Bugarach.
Le Secrétaire dépose sur le bureau la première partie d’un impor-
tant travail de M. Valéry Mayet, membre honoraire, intitulé : Faune
entomologique de l'Hérault (Coléoptères). Ce travail, que la haute com-
pétence de l’auteur suffit à recommander, aura sa place marquée dans
notre prochain Bulletin.
Le Secrétaire,
L. GAVOY.
Séance du 15 Décembre 1907
PRÉSIDENCE DE M. LE D' COURRENT, ANCIEN PRÉSIDENT
M. Marius Cathala, Président, en ce moment en voyage, s'excuse de
ne pouvoir assister à la séance. M. le D' Courrent, ancien Président,
est invité à le remplacer au fauteuil.
— LAVI —
Après la lecture du procès-verbal de la séance du 17 novembre, qui
est adopté sans observations, M. le Président annonce le décès de
MM. Léonce Cazaben et Denis Vaquier, membres titulaires, et celui
de M. Paul Gervais de Rouville, doyen de la Société Géologique de
France et doyen honoraire de la Faculté des Sciences de Montpellier,
membre honoraire de notre Société. 1l adresse aux familles des défunts
l'expression de nos plus sympathiques condoléances.
DéMissiox. — M. Léon Claudel, avocat, adresse sa démission.
OUVRAGES REÇUS. — Le Secrétaire énumère les ouvrages reçus
depuis la dernière séance, ainsi que les suivants qui ont été acquis
pour la Bibliothèque :
Aug. Robin. — La Terre, ses aspects, sa structure, son évolution.
4 vol.
Paul Gervais. — Eléments de zoologie, 1877. 1 vol.
G. de Saporta et 4.-F. Marion. — L'évolution du règne végétal, 1881.
4 vol.
G. de Saporta. — Origine paléontologique des arbres cultivés ou
utilisés par l'homme, 1888. 1 vol.
A4. Falsan. — La période glaciaire étudiée principalement en France
et en Suisse, 1889. 1 vol.
Paul Topinard. — L'Homme dans la Nature, 1891. 1 vol.
Dons. — M. Germain Sicard fait don d’un exemplaire des Rapports
de la Commission d'Etude des Enceintes préhistoriques (IE année,
1907-1908.
- Ce fascicule contient une communication de notre collègue au sujet
d’un oppidum des environs de Laure : « M. Sicard a vu désigné, sous
les noms de Daniel ou de Fontcouterte, dans un plan lotier de 1617,
l'oppidum de Las casas de Figuères, sitné à 2 kil. environ au S. du
village de Laure en Minervois (Aude), à 300 mètres de la métairie
d'Arnaud. Au haut d'un mamelon dénudé. formé par les poudingues
concrets de l Eocène inférieur, des murs, qui ont encore deux ou trois
mètres de hauteur, montrent très nettement les cavités, régulièrement
disposées, de la structure dite (improprement, puisqu'on la trouve dès
le premier âge du bronze) gauloise, à cause de l'observation qu'en fit
Jules César en Gaule. Ces murs. avec leurs retraits et leurs angles
saillants, rappellent d'ailleurs tout-à-fait le plan reconstitué de Mur-
sens tel qu’on le voit au Musée de Saint-Germain. En un point de la
paroi N. se voient des restes de structure en aréêle de poisson. Des
traces de passages étroits dans les murs, des ouvrages accessoires
— LXVU —
rattachés à une tour carrée, à 50 mètres en avant, contribuent d’ail-
leurs à accentuer le caractère relativement récent de ces fortifications
plutôt proto que préhistoriques, où se recueillent en abondance les
restes d'amphores, de meules, etc., et mème des monnaies. »
M. le D' Courrent fait don, pour l’Album de la Société, d'une série
de photographies des Gorges de Fontjoncouse, de la Campagne de
Gléon et des Gorges de la Berre.
Remerciements aux donateurs.
ADMISSION. — Est admis à l'unanimité, comme membre actif :
M. LEPARGNEUR, Jean, étudiant en médecine, externe des hôpitaux
de Toulouse.
PRÉSENTATIONS. — M. FABRE, Emile, Inspecteur du Travail, à Carcas-
sonne, présenté par MM. Raynaud et Sarcos.
M. Picassou, Jean, propriétaire, à Cazilhac, présenté par MM. F,
Brezet et A. Fages.
M. Rouzaupn, Elie, minotier, à Saint-Jean, près Carcassonne, présenté
par MM. le D' Bourrel et Gavoy.
M. SUBERVILLE, Léon, négociant, à Carcassonne. présenté par MM.
Gavoy et Sarcos.
CoMMUNICATIONS. — M. le D' Courrent donne lecture de son Rapport
… sur l'Excursion du 14 avril 4907 à Ripaul, aux Gorges de Fontjoncouse
el à Gléon.
M. Alexandre Blanquier, instituteur à Cuxac-d'Aude, nous adresse
le Résumé d’une Conférence qu’il a faite, le 19 novembre dernier, sur
Les Forêts et les Inondations. Nous ne pouvons que féliciter notre
collègue de l’heureuse idée qu’il a eue de signaler les dangers qui
menacent les populations riveraines de nos cours d’eau par suite de
la rage de déboisement qui sévit actuellement en France. Notre pays
est plus que tout autre sous la menace permanente d'inondations par
suite du déboisement continuel tant des hauts sommets que des
moyennes montagnes. Il serait très désirable qu'une campagne de
Conférences de ce genre fut menée dans notre département aussi bien
par les instituteurs que par les agents de l'Administration des Eaux
et Forèls.
M. Germain Sicard présente et offre à la Société une Note de
M. Félix Régnault, membre honoraire, sur des Empreintes de mains
humaines dans la Grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées).
Cette note a été publiée dans les Mémoires de la Societé d’Anthropo-
logie de Paris. Elle est fort courte et nous croyons devoir la repro-
duire in extenso :
— LXVIIN —
« Les empreintes de mains humaines signalées par MM. Cartailhac et
l'abbé Breuil dans les cavernes d'Altamira et de Marsoulas ayant
éveillé mon attention, j'ai examiné avec soin la grotte de Gargas où
je me trouvais le 11 juin de cette année.
« Quand on a dépassé la salle des Colounes, en tournant sur la
gauche, sur les draperies stalagmitiques qui tombent de la voüte, on
peut voir très nettement l'empreinte de deux mains sur un fond
rouge brun se détachant en rose clair, et formant, çà et là, de larges
taches rouges au milieu desquelles une main est imprimée.
« Dans un réduit qui forme une petite chambre de 4 à 5 mètres de
long sur 2 et 2 m. 50 de large, les grandes taches rouges sont abon-
dantes, et garnissent presque toute la paroi de la roche.
« Sur ce point, dans cette chambre, les empreintes de mains humaines
sont très nombreuses. Comme les précédentes, elles se détachent en
rose pàle sur un fond d’ocre rouge foncé, les cinq doigts toujours
tournés en hauteur.
« Enfin dans une fissure étroite, à 2 mètres de hauteur environ en
se hissant dans cette sorte de faille, on constate que tout le fond de
cette cavité est peinte en rouge, et sur le côté gauche sont marquées
quatre bandes de traits rouges parallèles et horizontaux.
« La grotte de Gargas, comme la plupart de celles des Pyrénées, est
recouverte de concrétions stalagmitiques plus ou moins épaisses, qui
recouvrent peut-être des dessins analogues à ceux de la Dordogne et
de Marsoulas.
« Si le fait que je signale paraît digne d'intérêt, dans une prochaine
campagne je reléverai ces empreintes que j'ai l'honneur de signaler
aujourd'hui en joignant à cette note le croquis fait sur place et à la
hâte de ces étranges peintures, relevées dans une grotte déjà célèbre
comme gisement paléontologique et archéologique par ses foyers dont
j'espère pouvoir continuer l'étude.
Analyse chimique des Peintures rouges
« M. C. Fabre, Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, a
analysé des fragments de peintures rouges de la faille de Marsoulas
(Haute-Garonne) et a reconnu que ces peintures étaient obtenues par
l'oxyde de fer. |
« Les peintures rouges qui entourent les mains de la grotte de
Gargas, soumises également à l'analyse de M. Fabre, ont donné des
résultals identiques. C’est l’oxyde de fer, répandu en fragments et en
galets dans toute la chaîne des Pyrénées, qui semble avoir servi aux
artistes préhistoriques de nos cavernes, pour leur ornementation
— LXIX —
d'animaux et de signes mystérieux. Cette couleur rouge à l’oxyde de
fer a aussi servi à colorer certains silex taillés et des pointes de
flèche en os, sans doute des armes de choix, que jai recueillis dans
les foyers de la faille de Marsoulas. »
M. Rebelle donne communication d'une note de MM. Delpont, Bru
et G. Gautier Sur la Végétation des Albères. Cette note est destinée à
notre Bulletin. Dans un rapide aperçu, ces consciencieux botanistes
nous font de la Flore de cette partie des Pyrénées-Orientales un
tableau des plus séduisants et qui ne peut qu'exciter les amateurs de
plantes et de fleurs de notre Société à suivre leurs traces. 1ls en rap-
porteront une moisson aussi intéressante qu'abondante.
M. Rebelle présente ensuite plusieurs spécimens d'un champignon
ligneux (Polyporus lucidus Leys.) qui se développe au pied des chènes
et des pins.
Ces spécimens ont été recueillis dans la Forèt des Fanges par
M. Bardin, Inspecteur primaire. |
ANALYSE D'OUVRAGES. — M. Gavoy rend compte du Bulletin de la
Société des Sciences historiques et naturelles de Semur-en-Auwxois, T.
XXXIV, année 1905, volume presque uniquement consacré aux fouilles
d'Alésia.
Il constate l'activité de cette Société dont le Bureau a réussi par son
infatigable propagande à grossir notablement le nombre des sociétaires.
Ce nombre s’est augmenté, en effet, du 7 septembre 1904 au 8 mars
1906, c'est-à-dire dans l'espace de 19 mois, de 202 membres. I sou-
haite pareil résultat pour notre Société d Etudes et fait appel dans ce
but à la bonne volonté de tous ses collègues.
Décision. — Le Bureau, soucieux des intérèts de la Société, vu
l'importante réduction apportée par le Conseil général à la subvention
qui nous est actuellemeut accordée (200 fr, au licu de 500 fr.), pro-
pose de supprimer l'impression des programmes d'excursion et leur
envoi à chacun de nos membres individuellement, comme cela s’est
pratiqué jusqu'à ce jour. A l'avenir, la date et le programme de nos
excursions seront portés à la connaissance des Sociétaires par la voie
de la presse régionale.
La proposition ci-dessus est adoptée à l'unanimité.
M. le Trésorier expose la situation financière de la Société à la fin
de l'exercice 1907. Cette situation se présente comme satisfaisante.
Üne commission composée de MM. Bourrel, Gavoy et Pech est
chargée de l'examen des comptes du Trésorier.
+, LAX —
RENOUVELLEMENT DU BUREAU.— L'ordre du jour appelle les élections
pour le renouvellement du Bureau.
Le dépouillement du scrutin pour le remplacement de M. Marius
Cathala, président sortant, donne le résultat suivant :
Suffrages exprimés : 57.
M. Guiraup Martin ayant obtenu l'unanimité est proclamé Président
pour l’année 1908.
Ont pris part au vote par correspondance :
MM. Ch. Baron, P. Bernon, A. Bertrand, F. Bru, Carsalat, M. Cathala,
P. Cazaux, E. Combéléran, G. Combéléran, E. Deville, A. Gerviès,
H. Latapie, A. Lignon, J. Madrennes, L. Marty, L. Maza, Méric,
J. Molinier, D' Peyronnet, C. Pratx, G. Rey, M. Robert, O0. Rouayroux,
P. Rouzaud, L. Ruffel, Ch. Sabatier, Colonel Samary, O0. Sarcos,
R. Vidal.
Est élu à l'unanimité Vice-lrésident pour 1908, M. Osmin Sarcos,
pharmacien.
Les autres membres du Bureau sont maintenus dans leurs fonc-
tions.
Par suite, le Bureau de la Société pour l’année 1908 est ainsi cons-
titué ::
Président : M. Guiraup Martin.
Vice-Présidents : MM. Ch. Evror et O. Sarcos.
Secrétaire : M. L. GaAvoy.
Secrétaire-adjoint : M. G. REBELLE.
Trésorier : M. J. CATHALAa.
Conservaleur-archiviste : M. J. PECH.
Conservaleurs des Collections : MM. A. FAGEs et G. SicaRp.
La composition des divers autres Comités reste la mème.
La séance est levée à 4 heures.
Le Secrétaire,
L. GAVOY.
— LXXI —
NOTE SUR LA SITUATION FINANCIÈRE
DE LA
SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES DE L'AUDE
A /a fin de l'Exercice de 1907
ET PROPOSITIONS POUR LE BUDGET DE 1908
Par M. Cathala, Trésorier
La Société avait en caisse à la fin de l’exercice 1906...
Elle a reçu pendant l'exercice 1907...,..,,.,..,.,.,. e
TOURS sen essaie
Les dépenses s'élèvent à......,...,...
L'excédent des recettes est de.......
930 fr. 25
2.208 40
3.298 65
2.953 45
975 50
Les Recettes et les Dépenses se décomposent comme suit :
RECETTES
Solde en caisse au 1er janvier 1907..,.,...,,.,,,..,.,,,
207 Cotisations à Oise nsosmneesasdioe esse
Subvention du Conseil général......,...,,.. (hsdooass
Sous-location du Syndicat médical ......., TT. …
Recettes diverses (vente du Bulletin, insignes, diplô-
mes, encaissement de coupons, intérêts en compte
COUFTANL). 000000000000. 000000 «0 e.
Total...... Sri ses essuie
DÉPENSES
LOYÉT ses RE désirs vies
ConNcié te isa dussaedannsru unissent Ses
Impositions.............s..seesssssseesesressesee
Assurance contre l’incendie........ nn ous _.
Eclairage et chauffage .......,...... Fiori Sort
Mobilier et entretien .............,..,..... nSioues
Impression et brochage du Bulletin de 1907. ........
Envoi du Bulletin, port de livres, impressions diverses,
frais de bureau et de correspondance, frais de
recouvrement des cotisations, etc....... Stade
x | reporter ........e
930 25
1.002 »
Ë »
50 »
146 40
3.228 05
400 »
40 »
47 35
11 15
21 50
16 40
1.307 80
9259 45
2,066 99
— LXXI —
Report. ....,.,. se 2.066 35
Entretien des Collections et de la Bibliothèque ...... 12 25
Achat de livres, abonnements......... ns sde : 106 85
Frais d’excursions........... sous so diootes one ; 3 45
Dépenses diverses.......... s'statees set nl 64 25
Solde en caisse..................... Re dieu 975 50
Fotalssess. so Re 3.228 65
RECETTES
Solde en caisse au 1er janvier 1908..,..,...,.,.. RE ” 975 50
250 cotisations à 6 fr..... citant TT 1.500 »
45 membres nouveaux à Gfr...............,...,.... 90 »
45 diplômes à 2 fr.............. de : 30 _»
Subvention du Conseil général...... io dés ‘ 200 »
Sous-location du Syndicat médical ...,......,..,,,.... 50 »
Fotos: esse. 2.845 50
DÉPENSES
ÉOVel saisis TR TR 400 »
Concierge...........,.... Melon sis noue 40 »
Impositions................. RE 20 »
Assurance contre l'incendie. ..... nas Mens 41 45
Eclairage et chauffage .........,......,.. aude dans 30 »
Mobilier et entretien......... ss... oscvsess 20 _»
Impression et brochage du Bulletin de 1908.......... 1100 »
Frais d'envoi du Bulletin ...............,,.., tes 75 »
Impressions diverses.....,....,... TT 100 »
Frais de bureau du Secrétaire ........... ss... 75 »
Frais de bureau du Trésorier (recouvrement de coti-
SATIONS) Ses ee du ee are Ne des 75 »
Entretien de la bibliothèque........ iii 50 »
Achat de livres, abonnements. ......,............... 400 »
Entretien des collections..... dico soso rire 50 »
Frais de collections élémentaires.....,............... 50 ;
Frais de conférences......... ia ds ententes 100 »
Frais d’excursions ...............os.osocves into 400 »
Dépenses diverses.......,...... eos ind res 100 »
Solde à reporter à nouveau.....,....... ie 349 35
Total: Msn desde 2.845 50
DEUXIÈME PARTIE
Rapports sur les Excursions de Ia Société
EXCURSION
Du 14 Avril 1907
AUX GORGES DE FONTJONCOUSE, à RIPAUD, les GORGES de la BERRE
ET GLÉON
Par M. le D' P. COURRENT
A la séance du 21 avril 1907, M. Fages vous a fait Île
récit succinct de l'excursion effectuée par la Société aux Gor-
ges de Fontjoncouse, Ripaud et Gléon. II vous a lu la poésie
patoise (1) que M. l’abbé Bonnaves adressa au président de
l’excursion chez M. Bonnes. Nous eùmes pendant le déjeu-
ner là primeur de cette charmante composition. « L'arbre
et la fleur de « l’Amitié » poussent exubérants à Gléon.
Nous en aurions éprouvé les eftets même à défaut de la poé
sie de notre collègue ; mais nous n’aurions pas su relater
en termes aussi délicats l’accueil qui nous fut fait.
À 8h. 46 du matin, les trop peu nombreux excursion-
nistes, cinq seulement, débarquèrent sur le quai de la gare
de Fontjoncouse, où M. Gaston Bonnes et moi les attendions.
La petite station est construite sur la route de Thézan à
Lanouvelle, au hameau du Cingle. |
Depuis Thézan jusqu’à Ripaud le chemin de grande com-
munication n° 3 et la ligne des tramways de Lézignan à
La Nouvelle ont une direction N.-0. S.-E. ; elles sont
dominées parallèlement du côté du couchant par un groupe
de collines calcaires qui se relèvent, de l'altitude de 99 mè-
tres en face de Thézan, à 370 mètres au Moulin du Sault
(Saltus) ; 348 mètres au Pech de Selve : 315 mètres au midi
de Fontjoncouse ; à 421 mètres à la chapelle Saint-Viclor qui
surplombe les gorges et la vallée de la Berre.
(1) Voir Bulletin mensuel de la Soc. d'Et. sc. de l'Aude, 21 avril 1907.
ER oi
Depuis Donos jusqu’à Ripaud, la route suit le centre d’un
anticlinal très court dont la voûte a entièrement disparu et
qui montre au centre le Sénonien plongeant sous le Danien
des talus de Saint- Victor.
C’est perpendiculairement à ces crêtes calcaires que s’ou-
vrent les gorges du ruisseau le ÆRipaud, ou gorges de Font-
joncouse, dans les talus desquelles on a creusé le chemin qui
conduit à ce village.
M. Bonnes et moi avions amené nos automobiles : le petit
nombre des touristes nous permit de parcourir en machine
la distance qui nous séparait des points intéressants de ces
gorges. À la hauteur des ruines du moulin de Fontjoncouse,
nous descendimes jusqu’au fond du ravin où coulent les
eaux torrentueuses du Ripaud.
Quoique ne présentant rien du pittoresque et du sauvage
des splendides gorges de l'Aude, de l’Agly et du Rebenty,
cette fracture aride et presque sans végétation offre pourtant
quelques paysages intéressants, celui du Moulin et celui du
Pont.
Au pied de la petite cascade du Moulin, M. G. Bonnes
nous signala une petite station du chou sauvage (Brassica
montana) dont il alla cueillir un échantillon au sommet d’un
rocher escarpé.
Le long de l’ancien canal d’amenée, transformé en petite
prairie, nous parcourümes pendant une centaine de mètres
le défilé jusqu'au pont original dont la moitié de la voûte est
cachée par un rocher et qui donne l'illusion d’être coupé au
milieu du cintre. Non loin de là, presque dans le lit même
du ruisseau, on rencontre une grotte peu profonde dont le
sol légèrement en pente est constitué par du calcaire com-
pact. Si elle fut habitée aux temps préhistoriques, il est
impossible d'en retrouver les traces.
Nous remontämes sur le chemin qui du Pont au Cingle
suit la rive gauche du ruisseau.
Nous élions en ce point à 2 kilomètres environ du village
he
de Fontjoncouse qui n’a rien de bien intéressant. Il reste
des ruines d’un vieux manoir, une église dont la voûte est
en berceau et remonte probablement à la fondation du village.
Cette fondation date de l’an 792. La petite colonie de Font-
joncouse fut créée par un noble espagnol nommé Jean. C’est
un épisode de l’histoire qui concerne l'établissement des
Espagnols en Septimanie aux vaine et 1x° siècles.
Menacée par les Arabes, la Septimanie ne pouvait être dé-
fendue que par des recrues levées à la hâte. En 793, les Sar-
rasins s’avancèrent sans coup férir jusqu’à Narbonne dont
ils brulèrent les faubourgs et ils battirent sur les bords de
l’Orbieu, près de Lagrasse, l’armée improvisée que comman-
dait Guillaume au Court-Nez. duc d'Aquitaine.
L'armée musulmane qui était destinée à opérer dans la
Septimanie était concentrée dans la Catalogne en 792.
Dans cette situation, la condition des chefs franks ou espa-
gnols qui gardaient la Marche était toute tracée. Ils devaient
harceler sans cesse les Arabes et retarder par des engage-
ments partiels leur entrée dans la Gaule. Jean prit part à
un de ces engagements, non loin de Barcelone, sur un
point qu'on appelait Ad Pontes. Il fut victorieux et enleva à
l'ennemi un butin plus ou moins considérable, des armes et
des chevaux.
Vers la fin de 792, Jean se rendit dans la Septimanie et
résolut d’y acquérier un domaine. Il choisit un terrain
appelé Fontes, Fontlejoncosa, situé sur le versant des Corbières
non loin de la Berre. « C’était un désert entouré de déserts ».
Il y avait à son extrémité, vers l’ouest, un poste militaire
Custodia (Coustouge). Le pays de Fontjoncouse était cou-
vert d'immenses forêts de chênes-verts séculaires et
était peuplé d'ours, de sangliers et de cerfs. Jean en prit
possession par droit de premier occupant, et, pour parler
le langage juridique du temps, il fit une « aprision ».
Pour que la propriété du pays de Fontjoncouse ne put
être discutée, Jean alla en Bavière, où se trouvait le roi Louis.
pu
Il lui fit présent d’un beau cheval, d'un haubert et d’une
épée indienne à fourreau d'argent. Puis il entretint le jeune
prince de sa position, de la confiscalion de ses biens par les
Arabes, de la nécessité où il était de rétablir sa fortune, et lui
demanda de consacrer la possession du pays qu'il avait
choisi. | |
Le roi Louis lui accorda ce qu'il demandait : l'Empereur,
par diplôme (sic) de 793, confirma cette concession « pour
que le dit Jean et ses descendants en jouissent sans aucun trou-
ble ni redevance tant qu'ils demeureront fidèles à nous et à nos
fils ».
Muni de son diplôme, Jean, dorénavant seigneur de Font-
joncouse, se rendit à Narbonne auprès du comte Sturmion.
Celui-ci. accompagné de ses juges, alla à Fontjoncouse qui
était encore inculte et là il fit planter des bodules aux qua-
tre orientations du domaine concédé, de manière à bien fixer
les limites des terrains et en interdire l’accès aux émigrants
qui se rendraient en Septimanie pour y faire des aprisions.
Le domaine concédé avait une surface correspondant à
5.000 hectares ; les seigneurs de Fontjoncouse avaient même
le droit de défricher au delà des limites fixées.
Vuillemir, frère de Jean, Teodfred son fils, huit autres espa-
gnols compagnons d’armes de Jean vinrent s'établir à Font-
joncouse avec leurs familles ; un prêtre du nom d’Ombolat
fut adjoint à la petite colonie qui se composa d'une trentaine
de personnes.
Des maisons furent bâties, des défrichements agricoles
mirent le pays en culture, une église dédiée à Sainte Léo-
cadie fut édifiée et dès lors Jean et ses compagnons vécurent
sur leurs nouvelles possessions. |
Un procès entre Jean et un personnage du nom de Dextre,
qui se prétendait propriétaire de Fontjoncouse, fut jugé en
834 dans l’église de Lamourguier à Narbonne; Jean fut
reconnu propriétaire et dès lors ses descendants vécurent
paisiblement à Fontjoncouse jusqu’à l’année 963. Le dernier
Pa ne
descendant de Jean, appelé Jean lui-même et sa femme Ode
qui n'avaient pas d'enfants, firent don à Aymeric, archevè-
que de Narbonne, en présence de Malfred, vicomte de Nar-
bonne, de toute leur fortune se composant du domaine de
Fontjoncouse, de quelques biens situés à Sigean, d’une
vigne et d’un jardin sis à Portel (17 avril 963), sous la
réserve de l’usufruit reversible sur la tête du survivant.
« À partir de ce moment, l'histoire de Fontjoncouse
« appartient au grand mouvement qui constitua la féoda-
« lité en France. L’archevèque de Narbonne, devenu sei-
« gneur et feudataire, gouverne et administre la petite com-
« mune de Fontjoncouse, ses trois églises, Sainte-Léocadie,
« Saint-Christophe et St-Victor, les deux dernières bâties
« en 963, avec plus ou moins de dureté selon qu'il avait
« plus ou moins besoin d'argent et les choses durèrent
« jusqu'au jour où cette commune conquiert l’inappréciable
« avantage de s’administrer elle-même (x).
Le programme avait prévu de parcourir à pied les quatre
kilomètres qui séparent le Cingle de Gléon. A la satisfaction
de tous nous gagnâmes un temps précieux en brülant en
automobile le chemin qui nous sépare du four à chaux
(1) * Ces notes ont été rédigées d’après le livre de M. Cauvet Emile :
Etude historique sur l'établissement des Espagnols en Septimanie.
Montpellier, Imprimerie Flamelin, 1898.
** Le Cartulaire de Fontjoncouse a été publié dans le Bulletin de la
Commission archéologique de Narbonne, T. r, pp. 107 à 341.
*** Dans le plaid de 834, les confrontations du domaine de Fontjon-
couse ne sont désignées que par des noms de lieux, soit Gorgos,
Pierre male (Petra mala), Tolusian, Vadel, un chemin ou sentier. —
Dans la donation faite à l’archevêque de Narbonne en 9,43 tout a
changé, Fontjoncouse confronte à des lieux habités : Albas, Coustouge,
Donas (Donos) et les Catureins.
**** Il existe un arrêt du Conseil d'Etat modérant le prix du sel
dans le pays des Corbières et autres lieux : Durban, Jonquières…
Fontjoncouse et Albas (1706). — V. la monographie sur Tuchan, Bulle
tin de la Soc. d'Et. Sc. de l' Aie Tome xiv, page 1083.
Se
construit au confluent du Ripaud et de la Berre, au pied de
la montagne de Saint- Victor.
Vous savez combien sont dénudées les Corbières en géné-
ral. Ici peut-être plus qu'ailleurs, excepté pourtant les talus
de la propriété d’Estadieu au Cingle qui ont été récemment
complantés de pins, le paysage est fort aride. Il ne manque
pas pourtant d’un certain cachet ; la route court en lacets
le long du Ripaud, la ligne de Tramways suit les mêmes
courbes, coupe en un point les rochers trop proéminents
dans un court tunnel ; à droite et à gauche il pousse dans
les collines quelques arbustes, cistes et romarins. Le torrent
coule dans un lit assez encaissé au milieu de roches quart-
zeuses et brillantes de mica qui constituent les psammiles du
Sénonien. Sur une petite surface de la rive droite quelques
vignes ont été plantées, et au-dessus c’est une succession
de roches de nature différente qui prennent sous les rayons
du soleil les teintes les plus variées. Ce sont, de bas en haut
des grès rouges et bruns, des marnes rouges panachées.
des calcaires gris jaunâtres, des poudingues, et toutes ces
couches du Danien sont recouvertes par les calcaires jaunes
éocènes qui abrupts dominent la vallée, et portent, à 421
mètres d'altitude, les ruines dela chapelle de Saint-Victor.
Nous arrêtames nos voitures à l'auberge du Four à chaux.
_ Ici la route se bifurque, le chemin de grande communica-
tion n° 3 continue sur La Nouvelle, vers le sud s’embranche
le chemin n° 105 de Tuchan à Narbonne par Durban.
Le pont sur le Ripaud aussitôt traversé, on s’engage
immédiatement dans les Gorges de la Berre creusées dans
le lias, l’infralias et les terrains triasiques dont les couches
s’entremélent et se recouvrent irrégulièrement. Ces gorges
sont plus imposantes et plus belles que celles de Fontjon-
couse, la route surplombe le cours de la Berre, est creusée
en encorbellement dans les calcaires dolomitiques gris
jaunûtre, à surfaces déchiquetées ; le pont sur lequel débou-
che un tunnel du tramway d’une centaine de mètres, et qui
AS pee
réunit, au point le plus étroit du défilé, les deux bords de la
Berre. porte le nom de pont du «Turi», désignation
patoise de « Tuf ». |
Passés sur la rive droite de la rivière, nous descendîmes
jusque dans le lit du torrent que nous suivimes jusqu'à la
sortie des gorges et débouchâmes, après un barrage qui
alimente le canal d'arrosage de Gléon, dans le lieu dit
Randoules, qui est un gisement fossilifère fort riche, et où
nous recueillimes de nombreux échantillons du lias supé-
rieur et moyen.
De l'étage Toarcien :
Hildoceras bifrons. Belemnites tripartitus.
Hildoceras Levisoni. Turbo subduplicatus.
Pentacrinus pentagonalis. :
De l’étage Charmouthien :
| Avicula Münsteri.
Terebratula punctata.
Rhynchonella tetraedra.
Belemnites paxillosus.
Pecten textorius.
Pecten æquivalvis.
Pendañt que M. Bonnes et moi allons à Gléon en auto-
mobile, les cinq excursionnistes se rendent à pied vers la
campagne ‘en suivant la rive droite de la Berre, le long du
canal d'arrosage dérivé de cette dernière, établi par M. le
docteur Bonnes en 1881 pour la plus grande fertilité du
vallon. Entre la Berre et le canal s’étend par places une
bande de terre couverte de vignes, de céréales et de prairies
artificielles, vers la droite s'élèvent en pentes douces les
collines verdoyantes qui limitent le cirque, complantées de
chênes-verts, de chènes nains, de cistes, de romarins, de
lavandes, de houx, de genévriers, de lentisques ; de loin en
loin, émergent . vers les cimes, des roches grises dans ces
terrains jurassiques à gisements fossilifères fort riches.
Jusqu'au niveau des premières habitations, la Berre, le
long des rives ombragées de saules, de peupliers, de tama-
6
— 40 —
rins, de lentisques et de roseaux, coule ses eaux parallèle-
ment à la route et à la ligne des tramways qui suivent son
cours sinueux et sont creusées au pied des collines de la
rive droite ; celles-ci offrent le même aspect. présentent la
même constitution géologique que celles de la rive gauche.
Si la partie plane de la campagne est consacrée à la culture
variée, on aperçoit au milieu des garrigues de beaux vigno-
bles qui produisent un vin délicieux.
Le programme porte bien le déjeuner à la fontaine de
Gléon, mais l'heure est avancée, vingt minutes seraient
nécessaires pour y accéder, aussi la petite troupe s’arrêta-
t-elle sous un ombrage propice, au bord de la rivière, au
pied d’une source fraîche qui naît à cet endroit, et M. Gaston
Bonnes donne rendez-vous pour dans une heure chez lui
où le café nous fut servi par la charmante et hospitalière
maîtresse de maison, M"° Gaston Bonnes.
C'est bien de Gléon que l’on peut dire surtout que c’est
« une oasis dans le désert des Corbières ». La campagne a
été fort bien aménagée par les deux propriétaires, MM. Her-
mès et Gaston Bonnes. Le premier habite, sur un mamelon
au midi, l’ancien chôteau dont on a fait une confortable
maison bourgeoise au milieu d’un bois de pins, d’un parc
très ombragé, de jardins potagers et d'agrément. Les com-
muns, caves, écuries, remises, habitations de domestiques
entourent la maison du maître. |
Séparée du château par des vignes à végétation exubé-
rante, la jolie et coquette chartreuse que M. G. Bonnes a
construite avec ses dépendances, il y a une trentaine d’an-
nées, sur le bord de la Berre, est abritée par un rideau
d'arbres touffus et entourée de jardins et d’un parc où voisi-
nent les sapins et les palmiers, les rosiers grimpants, les
néfliers du Japon, des acacias, de très beaux platanes et des
. Caroubiers.
Pour distinguer les deux agglomérations, on appelle
Gléon le Chäleau celle qui fut construite autour du vieux
— 11 — .
manoir, et Gléon le Pont la dernière installée au voisinage
d’un pont à deux arches qui réunit les deux rives de la
Berre. Une pierre de la voûte porte la date de 1750.
Avant le percement des gorges de la Berre au Four à chaux
il fallait, pour se rendre à Durban, traverser le pont de
Gléon, monter vers la fontaine, puis le long d’un ravin
triasique, accéder par une pente très raide jusqu’au col de
Villesèque, descendre dans ce village et rejoindre la Berre
à la métairie de Bonnafous. « Cette rampe existait déjà dans
« l'antiquité ; car l’on remarque que Gléon (en roman Gléou)
« portait au moyen-âge le nom de Glevum ; on peut admet-
« tre sans peine que Ad clivum était le nôm de cette station
« romaine » (1).
Gléon constituait, au moyen-âge,une petite seigneurie qui
devint au xm° siècle la propriété de la famille de Treilles:
Du 22 mai 1271 date un dénombrement d'Aymeri, vicomte
de Narbonne et de son frère Amalric : ils reconnaissent tenir
en fief du roi de France... « Item in Corbaria... It eodem
modo castrum Santi Martini de Tocha...omnia feuda et majores
Justicias et dominationes el omnia bona et jura que habebat in
castris infrascriplis videlicel in castris de Leucate, Filou,
Lapalme , Roqueforti, Montepesato, Matha, Turribus, de
Glebo, Durban .. (Hist. gén. du Languedoc, Kd. Privat. Tom.
VIIT. Preuves, col. 1736.
En 1328, Olivier de Truilhas (Treilhes) rend hommage à
Aymeri, vicomte de Narbonne, pour le château de Gléon
dans le pays de Corbière (Tome X. Notes, p. 78. Hist. gén.
du Languedoc). | s
Les seigneurs de Gléon ont joué un rôle important dans
l’histoire du Languedoc. Dominus Jordanus, de Gluiano (Gléon)
« miles » fut député en 1350 pour la perception des dons à
l’effet de racheter le roi Jean : in vicaria Minerbesii et Cabar-
desi (Hist. du Languedoc. Tome X, p. 12r1).
(4) F. P. TaiErs.— Une excursion dans la Haute Corbière. — Bulletin
de la Cominission archéologique de Narbonne, 1‘ semestre 1891.
— 49 —
Olivier de Gleu ou Gléon, chevalier, assista au procès
relatif à des séditions à Carcassonne et à Limoux, à l’occa-
sion d’un nouveau subside levé par le roi pour les frais d’ex-
pédition contre les Anglais et le duc de Bourgogne en 1414.
(Hist. gén. du Languedoc. T. IX, p. 1024).
Ce même Olivier de Gléon est parmi la noblesse que con-
voqua le Comte de Foix, investi du commandement de l’ar-
mée royale contre les Anglais (1426). (Tom. IX, p. rog1).
En 1433, Olivier de Gléon, chevalier de Saint-Jean de Jéru-
salem, assista à l'entrée à Narbonne du nouvel archevêque
François Coudulmier, noble vénitien, neveu du pape Eugène IV
(Hist. du Languedoc. T, IX, p. 1116).
Louis d'Harcourt, archevêque de Narbonne, devant faire
sa première entrée dans cette ville le 13 mars 1455, somma
le’tomte de Foix, en la personne de son procureur, de tirer
à pied la bride de son cheval, et de le conduire ainsi depuis
la porte Royale jusqu’à la cathédrale, en qualité de vicomte
de Narbonne. Guillaume de Gléon, co-seigneur de Gléon et
de Durban, et Raimond de Malras, licencié ès-lettres, lieu-
tenant du comte de Foix et de Narbonne, contestèrent cet
usage et déclarèrent qu'ils ne pouvaient obéir à la somma-
tion sans consulter auparavant le comte de Foix qui était
absent. |
Ce même Guillaume de Gléon, chevalier et seigneur de
Gléon, fut nommé gouverneur de la vicomté de Narbonne
et de la baronie de Puisserguier en 1472.
Sous Louis XI les seigneurs de Gléon étaient qualifiés de
« Sires de Gléon » (T. XIT. ist. du Languedoc).
La famille de Gleu acquit, en 1482, le château de Périllos
du donzell Jaspert de Trégura qui le possédait on ne sait
. comment (Alart. — Nolices historiques sur le comté du Rous-
sillon, 1"° série, p. 43).
Antoine de Gleu obtint, en 1535, des lettres de main-mise
pour prendre possession du lieu de Saint-Esiève (en Rous-
signon), comme héritier des biens de Bernard Casteillo.
— 143 —
Antoine était fils de Jean de Gleu, seigneur de Durban, qui
avait épousé Marie Casteillo, sœur du grand-prieur de Cata-
logne. Jean de Gleu était grand- -séculier de St-Gilles, et
avait une sœur, Constance de Gleu, qui avait épousé en 1506
Bernard Casteillo (Alart. Jbid. p. 81-82).
L'histoire de Dom Vaissette porte dans le tome XIIT, p. 85,
la simple mention de l'érection de la seigneurie de Gléon en
marquisat (1).
L'un des derniers représentants de la famille de Gléon,
Auguste Latreille, marquis de Gléon, qui avait épousé, le 16
messidor an X, Françoise Pierrette Emilie Julie de la Gardiolle,
fut assassiné avec son fils aîné en 1830 par les habitants
de Villesèque, parce que le marquis s’opposait au déboisement
des garrigues lui appartenant.
C’est de dame Françoise de la Gardiolle, veuve du marquis
Auguste Latreille de Gléon et de M. Henri de Gléon son fils,
que M. Michel Hippolyte Bonnes, chirurgien, domicilié à
Villeneuve, père des propriétaires actuels. acquit le domaine
de Gléon.
Gléon constituait une communauté avec une église dite
Notre Dame de « las Vals » que visita, en 1404, l'abbé Cor-
sier, vicaire général de l’archevêque de Narbonne.
Aujourd'hui Gléon le Pont et Gléon le Chäleau, forment
avec la Berre aux bords ombragés, leurs parcs, leurs cultures
variées et leurs collines verdoyantes, un charmant paysage et
une très agréable demeure.
C’est un idéal d’excursion où toutes les personnes qui
s’occupent de science peuvent trouver à glaner. J'ai déjà
parlé de la nature diverse des terrains qui l'environnent, de
Jean-François-Régis, canonisé le 5 avril 1737, était fils de Jean Régis
et de Marguerite de Cugunhan. Il était né en 1597. Les de Gléon, avant
et après la venue du Saint, contractèrent de fréquentes alliances avec
des familles alliées aux Régis (P. L. Jos. MaRiE Cros. — Saint Jean
François Régis, de la Compagnie de Jésus. — Toulouse, Librairie
Loubens).
SA
l’'ample provision de fossiles qu’y ont faite les géologues et
et nous n'avons pu exploiter qu’un seul des nômbreux gise-
ment du vallon : les entomologistes, quoique moins favori-
sés, ont recueilli quelques espèces intéressantes : Tachys 4
signata, Aptinus pyreneus et Helops pyrenæus. La végétation
étant peu avancée en ce moment, aucun des botanistes de
la Société ne fut de l’excursion, la flore de la région ne doit
pourtant pas manquer d'intérêt. |
Des études archéologiques ont été faites dans cette ancienne
colonie romaine et nous ne quittons pas la campagne sans
visiter la Chapelle qui en a été l’objet.
Ce petit monument funéraire qui subsiste aujourd'hui
n’a rien de commun avec VNoire-Dame de las Vals qui a dis-
paru ét dont on trouve le pavement avant d'accéder sur le
petit monticule qui porte la chapelle.
C’est un édicule dont le badigeon à la chaux cache l’anti-
quité. |
À l’intérieur elle est formée de deux salles rectangulaires
voûtées en berceau. | |
Celle du fond, l'altarium, fe sanctuaire, est séparée par
une marche et une voûte soutenue par deux colonnettes
romanes de la salle intérieure, atriun. A droite, .dans
J'atrium., est creusée une arcade dans laquelle est implan-
tée une dalle inclinée avec une saillie en forme de toit : elle
recouvre une cavité funéraire qui n’a jamais été violée,
pense M. Thiers. Au-dessus est scellée une plaque en mar-
bre noir brisée, longue d’un mètre, large de 30 centimètres.
Elle porte l'inscription suivante :
1 CRIMJINIB'MVLTISO'RI PECCATISALVMNVS
CONDIDITHECDNOC ONIVGETEMPLADIVSVIRVS
WILIESINDASIBISEMPER ERENTEFIDELE
QVI VOTUM SOCIIFIER NSTANTERADEGIT
_QVODVOLVITVOLVERESE FVITVNADVORUM
MENSETINETERNOLOCAV NTATRIAXPO
M. Thiers la traduit ainsi : « Enfant du crime, nourris-
—— 415 —
« son du péché, Diusvir a élevé ce temple au Seigneur, de
« concert avec sa femme, sa fidèle, son inséparable Wil-
« zende, qui a constamment poussé son mari à l’accom-
« plissement de son vœu. Sa volonté devint la volonté
« commune ; de tout temps leurs âmes n'en firent qu'une
« seule et ils se firent locataires de l’atrium dans la démeure
« du Christ éternel ».
L'auteur de ce travail fait remonter l'inscription et la
chapelle au vi° siècle. Elles sont de la même époque qu’une
deuxième inscription trouvée aussi à Gléon et déposée au
musée de Narbonne. « La petite chapelle de Gléon présente,
ajoute-t-il, un très grand intérêt au point de vue archéolo-
gique. Sa voûte est probablement la plus ancjenne de’ toutes
celles que nos pères ont semées à profusion sur le sol
français ». |
Le moment du départ approche, et afin de donner aux
excursionnistes un peu plus de temps pour la visite du
monument archéologique, afin de Jeur permettre de constater
quelques gisements de roches ignées qui émergent sur les
rives droite et gauche de la Berre, contigus au chemin,
M. Bonnes assurera leur transport à la gare de Ripaud vers
3 heures, moment précis du départ du train pour Lézignan.
C'est la route départementale qui constitue le quai de la
gare de Ripaud. C'est là, à la partie la plus large de la vallée,
que l’on a établi les voies et les constructions de celte
petite stalion, point de bifurcation de la ligne de Lézignan-
La Nouvelle et de Ripaud-Tuchan.
La journée du 14 avril, bien ensoleillée, a laissé, je crois,
un excellent souvenir à ceux qui la consacrèrent à l’excur-
sion que nous avions organisée. Elle ne fut pas infructueuse
au point de vue scientifique. Je regrette que le nombre des
touristes ait été si restreint. | a
| | D' COURRENT.
Tuchan, 1“ Décembre 1907. | É
EXCURSION :
Du 5 Mai 1907
A CUXAC-D'AUDE, AU MONT CARÉTOU, À RAONEL
ET À MATEFER
Par M. À. BLANQUIER, INSTITUTEUR A CuxAc-D'AUDE
_ L'excursion de la Société d'Études scientifiques de l’Aude
à Cuxac et dans ses environs ayant coïncidé avec la mani-
festation viticole de Narbonne, peu de membres ont pu
répondre à l’appel de son organisateur.
Malheureusement encore, la pluie qui n’a cessé de tomber
depuis la veille jusqu’à l'heure du départ, a diminué ce nom-
bre en retenant quelques Carcassonnais ; et c’est à peine si
une douzaine de Sociétaires, de ceux que n'’arrêtent ni la faii-
gue ni le mauvais temps, arrivaient à Cuxac, par le tram-
way à vapeur, à 8 1/2 du matin.
Pr
. Territoire de Cuxac-d’Aude
Cinq cents ans environ avant notre ère, le terrain sur
lequel s'élève aujourd’hui la petite ville de Cuxac était recou-
vert par les eaux du Lacus Narbonensis ou Lacus Rubresus,
dont les étangs de Capestang et de Vendres, au nord, et
ceux de Bages et de Gruissan, au sud, demeurent les der-
niers vestiges. Ce lac, dont parlent avec admiration les his-
toriens romains, était une véritable mer intérieure qui
n'avait pas moins de 25.000 hectares de superficie et de 100
kilomètres de contour.
À cette époque, l'Aude, le fleuve À {ax des anciens, se jetait
dans ce lac, entre les côteaux de Moussan et le plateau de
Sallèles, par une chute de plusieurs mètres de hauteur; et
ses alluvions l'ont presque entièrement comblé.
ie
En une moyenne de cent jours d’eau trouble, l’Aude
roule annuellement 1.800.000 mètres cubes de sédiments et
l'on évalue à un quart de centimètre le dépôt de limon
qu'elle laisse dans le même temps, ce qui constitue un
exhaussement d’un mètre pour une durée de quatre siècles et
de six mètres environ depuis l’établissement dés Gaulois dans
la Narbonnaise.
Si l’on considère que la forte pente du lit de l’Aude et de
ses principaux affluents : le Fresquel. l'Orbieu, la Cesse, et
les pluies abondantes qui tombent sur la ceinture imper-
méable de son bassin font de ce fleuve l'un des plus limo-
neux de France, on ne trouvéra pas ces chiffres exagérés et
l’on s’expliquera que le golfe se soit peu à peu comblé par
l'apport incessant des alluvions arrachées tous les ans aux
flancs des hautes vallées en culture.
À mesure que les atterrissements successifs remplissaient
la partie nord-ouest du golfe, l'Aude portait toujours plus
avant son embouchure. Son cours quitta la direction O-E
qu'il avait depuis Carcassonne et prit de plus en plus celle
du Sud, vers Narbonne, dont il ne tarda pas à baigner les
murs. Lorsque les Romains se rendirent maîtres de la Gaule
narbonnaise, l’Aude terminait son cours à une faible distance
au sud de la ville encore peu éloignée de la mer; et dès le
ix° siècle, elle a déjà formé une ile à Mandirae, à quelques
lieues plus au sud, ainsi qu’il résulte d’une charte du
15 février 857, par laquelle Charles le Chauve donne cette
ile à l'archevêque de Narbonne.
Cependant le cours de l’Aude se prolonge de plus en plus
vers le sud ; le fleuve creuse son lit à travers les marécages
en formant un cône de déjeclion dont il occupe le sommet ;
la barre de sable que les flots de la mer dressent à son em-
bouchure s’oppose au libre écoulement de ses eaux et celles-
ci se fraient de nouveau un second lit vers l’est.
Déjà les Romains — Ile siècle de notre ère — avaient
construit près de Sallèles une digue transversale au lit de
— À8 —
l'Aude dans-le but d'obliger les eaux à se diriger vers Nar-
bonne. du moins en temps d’éliage puisque, lors des fortes
crues, il devenait impossible de les empêcher de se porter
dans le golfe de Vendres. C'est à la construction de cette digue,
depuis plusieurs fois emportée mais toujours rétablie, qu'est
due la conservation du bras sud de l’Aude, connu sous le
nom de Robine et canalisé depuis 1788. Ce bras, qui se
jetait dans l’étang de Gruissan, eut, en 1345, son cours dévié
dans celui de Bages, et la canalisation actuelle le fait
passer entre ces deux étangs.
La division de l’Aude en deux bras eut pour conséquence
l’'ensablement du Grau de Vendres, la formation du terri-
toire de Cuxac et de Coursan et l’isolement complet de
l'étang de Capestang. M. Bouffet a retrouvé encore debout,
sur la rive droite de l’Aude, un peu en aval de Cuxac, au
point où le canal de colmatage de Lastours se détache d’une
ancienne boucle du lit, une dune de sable de plus de deux
mètres d’élévation, qui date du temps où les flots salés y
formaient un premier cordon littoral, car cetie dune est
composée d’un sable de mer identique à celui de la côte, à
l'embouchure actuelle. |
En 1174 et en 1176, l’abbaye de Fontfroide acquit de nom-
breuses salines en un lieu qui fait partie de la plaine de
Coursan. Les actes en vertu desquels ces salines furent don-
nées en emphytéose démontrent qu’elles existaient encore
au xiv° siècle : d’où la conséquence que la sédimentation de
la plaine où elles étaient situées est relativement moderne.
D’après les probabilités, elle n’a commencé à se produire
qu’à partir du moment où les eaux de l’Aude cessèrent en
partie de passer par Narbonne.
En 1320. une forte crue rompit pour la première fois la
digue romaine qui dirigeait vers Narbonne une partie de ses
eaux, et l'Aude se précipita tout entier dans le bras du
Nord. C'était la ruine de Narbonne.
Les habitants obtinrent bien de Philippe de Valois ‘une
— 49 —
nouvelle digue qui devait rétablir l'Aude dans son lit pri-
mitif, mais ce ne fut pas pour longtemps. Une nouvelle crue
survenue en 1345 emporta la digue, toutes les eaux s'écou-
lèrent dans le bras gauche, recouvrant la plaine de Cuxac et
de Coursan, le bras droit se trouva à sec et les navires ne
purent plus remonter des étangs de Gruissan et de Bages
jusqu'au port de Narbonne, situé alors au lieu appelé encore
de nos jours le Port des Galères.
La pénible situation dans laquelle se trouvait la ville de
Narbonne resta la même pendant près de deux siècles, les
désastres de la guerre de Cent ans n'ayant pas permis aux
intéressés de relever eux-mêmes le barrage par leurs pro-
pres moyens, ni de recevoir de l'Etat les subsides nécessai-
res. Pendant le cours du x1v° siècle, tous les malheurs sem-
blent en effet s'être déchaînés sur Narbonne. D'abord, en
1345, l'archevêque, Gasbert de Valle, fait détruire le Capito-
lium, monument romain qui avait le mieux résisté aux
injures du temps et des hommes. Ensuite celte ville éprouve
les horreurs de la peste, de la famine, l'invasion des An-
glais, le pillage des pirates, des routiers, des Aragonais et
des Pastoureaux. A la faveur de guerres sans fin, les corsai-
res Catalans, Majorquins et Génois, infestent les côtes du
Languedoc et rendent la mer impraticable. La peste noire
de 1348 qui, dans maintes villes du Languedoc, fit périr les
neuf dixièmes des habilants, enleva 30,000 âmes à Narbonne.
Enfin, la terrible chevauchée du Prince Noir, en 1355, ache-
vait, par un pillage effréné, la ruine de celte riche cité qui
brillait naguère d’un vif éclat, de ce port longlemps célè-
bre, où Philippe III avait pu encore, en 1285, dans sa lutte
contre Pierre d'Aragon, réunir une floilte si nombreuse
« qu'on eût dit l’armée d’un autre Neplune ».
Les étangs salubres qui s’élendaient au loin tout autour
de Narbonne avaient fait place à des marécages fiévreux,
pestilentiels, et menaçaient l'existence même de la ville.
Celle-ci ne s’est relevée de cette chute profonde que lorsque
* _ op —
la chaussée actuelle a été construite et que, par suite de
l'exhaussement continu de la plaine, les marécages se sont
transformés en terrains d’une fertilité extraordinaire, comme,
par exemple, celui de Cuxac où la beauté du vignoble excite
l'admiration des moins enthousiastes.
C'esten 1542 que fut décidée la construction de ce nouveau
barrage. Pendant sa lutte contre Charles Quint, François Ie'
séjourna 23 jours à Sallèles. Les habitants en profitèrent
pour lui demander un ensemble de travaux capables de
diriger sur Narbonne la totalité eaux de l'Aude. C'était
trop. Le roi ne se soumil pas à cette exigence et ne leur
donna satisfaction qu’en partie seulement : la chaussée
actuelle de Moussoulens fut construite et un nouveau lit fut
creusé à un bras de l’Aude, alimenté au moyen d’une déri-
vation du fleuve. Ce fut la Robine, dont j'ai déjà parlé ci-
dessus.
+
* *
Via Domitia.
On attribue au consul Domitius la construction ou plutôt
le rétablissement d’une voie qui reliait Narbonne à Béziers
_et qui prit le nom de Via Domilia. Par deux alignements,
elle allait de Narbonne à l'étang de Capestang, en passant
entre Cuxac et Coursan, et de l'étang de Capestang à Béziers.
La traversée de l'étang se faisait au moyen d'un pont en
bois appelé pont Seplime ou Serme.
Ce pont qui, au dire de Marca, avait 1,000 pas de long,
existait encore dans les premières années du xvi siècle.
L'incurie des habitants laissa s'écrouler de vétusté un mo-
nument digne de la puissance romaine. Aujourd’hui on
n’en retrouve pas même les vestiges au lieu dit Pont Serme.
probablement parce que les alluvions les auront recouverts :
et profondément ensevelis.
On avait d’abord attribué la construction de ce pont à
l’empereur Septime Sévère, à cause de la similitude de nom.
— A —
Mais depuis on était généralement tombé d'accord pour
reconnaître qu'il n’y avait là qu’une simple coïncidence, et
que si on avait donné à ce pont les noms de Septimus, de
Seremus ou de Serme, c’est parce qu'il était composé de
sepl parties formant autant de ponts séparés.
Dans le Bulletin de la Société Archéologique de Béziers, T.IV,
1906, M. F. Mouret donne une nouvelle version de l’étymo-
logie de ce nom. « Quand les eaux, dit-il, étaient basses
dans le Lacus Rubresus par suite du-faible débit de l’Atax,
les navires devaient déposer leur cargaison au port de Ven-
dres.. De là, on transportait les marchandises sur des bateaux
plus légers à Narbonne ou peut-être à proximité de la Via
Domitia ou Pons Terminus, ou Pont-Terme de la navigation,
aujourd’hui Pont-Serme... Ce que nous disons ici au sujet
de Pont-Serme est une simple hypothèse ; mais il nous a
semblé que ce mot se rapprochait davantage de Pont-Terme
que de Pont-Septime d’où on l’a fait dériver: en outre.
quand on ne pouvait plus aborder à Narbonne, on pouvait
encore aborder en ce point de la Via Domitia qui devint
ainsi le Terme de la navigation. Ce qui est bien certain,
c’est que Vendres resta port de mer plusieurs siècles après
que Narbonne eut perdu ce privilège ».
Quoique ingénieuse, l’hypothèse de M. Mouret me paraît
inadmissible. Le pont ne pouvait pas servir à autre chose
qu’à relier à travers l'étang de Capestang les deux tronçons
de la Via Domitia. C’est dans ce but qu'il a été construit,
‘et sa dénomination paraît être aussi ancienne que lui. Dès
lors, il ne pouvait pas être le ferme de la navigation puis-
que, en ce moment, le Lacus Rubresus était profond et que
les barques y circulaient librement dans tous les sens.
Indispensable pour une route, le pont est inutile, inutilisable
méme, si on veut y voir le « Terme de la navigation ».
Cela résulte de l’examen des lieux ou simplement d’une
carte de la région. Où était, en effet, la nécessité d'établir
— 9 —
un pont entre la plaine de Coursan-Cuxac et les cotéaux de
_ Nissan pour permettre à une barque entrée dans le Rubre-
sus par l'ouverture de Vendres de se rendre soit à Narbonne,
soit à proximité de la Via Domitia ? Il est de toute évidence
que les barques devaient suivre le plus grand fond d’eau
marqué à quelque chose près par le cours actuel de l'Aude,
et, quand elles ne purent plus arriver à Narbonne, elles
durent aborder près de la voie, en un point situé à peu
près à égale distance de cette ville et dudit pont.
Quant au nom lui-même, au lieu de fournir un argument
en faveur de l'hypothèse de M. Mouret, il la détruit, au
contraire. Le. nom Serme, voisin de Terme, ne vient pas
directement de Septimus, mais bien de Seremus sous lequel
on Fa longtemps désigné, et qui n’est autre que la corrup-
tion de Septimus, le nom primitif. Plus tard, .quand on a
francisé le mot Seremus, où en a fait tout simplement Serme,
lequel vient bien de Septime ainsi que l’ont cru à peu près
tous ceux qui se sont occupés à un degré quelconque de
l’histoire de la Gaule narbonnaise. |
*
* *
_——
- Histoire de Cuxac
. Cuxac, anciennement Cuguciacum ou Culciacum, avait
d’abord porté le nom de Géminian sous lequel il était désigné
au x° siècle et même antérieurement. |
En 940, Rodalde, évêque de Béziers, donne l’église de
Sainte-Marie-de-Géminian à Oger, abbé du monastère de
Saint-Pons de Thomières. |
Sur la fin du x° siècle, le nom de Cuxac est ajouté à celui
de Géminian et finit par prévaloir. |
En 959, la comtesse Arsinde ou Garsinde engagea à deux
juifs les biens de Cuæac-du-Narbonnais ; mais ces biens furent
rachetés plus tard par ses enfants, Raymond, Pierre et
Bernard. Ce
_— 9 —
L'abbaye de Fontfroide possédait à Cuxac des propriétés
considérables qui lui venaient surtout de donations. C’est
ainsi qu’en 1230, Jean Dazier, citoyen de Narbonne, donne à
l’abbaye de Fontfroide un fief silué à Cuxac « pour la rémis-
sion de ses péchés, à la charge que ladite abbaye féra
manger-aux religieux de son monastère du pain de froment
passé, tous les jours, depuis le premier dimanche de la
Quinquagésime jusqu’au lundi de Pâques, et en cas que
ladite abbaye n’y satisfasse pas, il prie le seigneur arche-
vêque de Narbonne et les consuls de la cilé, après deux
avis qu'ils en auront donné à la dite abbaye pendant trente
jours, prendre lesdits biens et en disposer Lou le repos de
son âme ».
. Au commencement du xive siècle, l’archevêque de Nar-
bonne, l’abbaye de Fontfroide et des Chevaliers de Saint-
Jean-de-Jérusalem pour leur Commanderie de Narbonne,
élaient coseigneurs de Cuxac.
Les serfs furent affranchis moyennant un cha fixé en
sous et deniers. Je n’ai pu découvrir à quel chiffre s’élevait
le rachat ; mais des historiens dont la bonne foi ne saurait
être contestée affirment que lorsque les religieux de Font-
froide aflranchirent les nombreux serfs qu'ils possédaient
dans Jeurs immenses domaines, «ils leur imposèrent des
conditions dont la dureté prouve avec quel soin ils défen-
daient leurs intérêts ». |
Quand lés serfs affranchis avaient à défendre les intérêts
de la Communauté, ils se réunissaient librement en plein
air sur la place publique et ils délibéraient sur l’objet qui
avait motivé la réunion de l'assemblée. Quand la délibéra-
tion était prise, on nommait un ou plusieurs syndics dont
les fonctions duraient le temps strictement nécessaire à
l'exécution des décisions prises en commun. Tous les chefs
de famille faisaient partie de l’assemblée, même les femmes
quand elles étaient tête de maison. |
Sous le règne de Philippe VI, les habitants justement
— À —
soucieux de s'assurer les avantages d’une administration
communale permanente obtinrent du roi l'établissement
d'un consulat. Les habitants élisaient pour un an quatre
consuls qui devaient prêter serment au roi et aux cosei-
gneurs de Cuxac entre les mains du bailli attaché à la
seigneurie. Aux consuls étaient adjoints, dans l’administra-
tion de la commune, de vingt à trente conseillers et quatre
prud'hommes. Ces derniers, dont les fonctions équivalaient
à peu près à celles de nos répartiteurs, étaient probable-
ment chargés d’assister les Consuls dans la répartition de
la quotité des tailles imposées aux habitants de la Commune.
En somme, la gestion des affaires publiques appartenait au
suffrage universel accordé même aux femmes dans certaines
circonstances, et l’autonomie de la Commune aurait été
complète si le baïlli n’eüt trop souvent exercé sur elle une
tutelle tyrannique dont le poids détruisait entièrement la
libéralité consulaire. |
À partir du xim° siècle, le château de Cuxac avec ses
dépendances appartint aux vicomtes de Narbonne qui surent
mettre à profit sa grande importance stratégique. Etabli
dans les meilleures conditions que comportait le système de
défense alors connu, ce château était une véritable forteresse
pouvant rivaliser avec les plus puissantes de l’époque. Son
épaisse ceinture de remparis était flanquée de six tours et
protégée par des fossés et des ravelines. En outre, le voisi-
nage de l’Aude facilitait la défense en gênant les appro-
ches. Au moyen d’un chemin de ronde intérieur, appelé
l'Allée de la Muraille, on accédait de tous côtés sur les rem-
parts percés de trois portes mposantes : au Sud, la porte
de l'abreuvoir, du côté du fleuve ; au Nord, la porte
Notre-Dame, et à l'Ouest, la porte Saint-Martin qui existe
encore. | |
La vicomtesse de Narbonne, en 1341, augmenta la puis-
sance de résistance de Cuxac en faisant fortifier le château :
et c’est grâce à cette sage précaution qu'il fut épargné lors
— % —
du passage des compagnies du Prince Noir à travers le
Languedoc, passage marqué par elles, sur tout leur parcours,
d'un profond sillon de sang et de feu. Elles ne s’arrêtèrent
même pas sous ses épaisses murailles devant lesquelles elles
_ passèrent pour aller piller le Minervois après avoir brûlé
Ouveillan et Capestang mal défendus.
Dans une querelle qu'il eut avec le vicomte Aimery VII,
en 1381, l’archevêque de Narbonne souleva contre leur
seigneur les habitants de la ville qui saccagèrent son chà-
teau. Ne pouvant plus se maintenir dans sa capitale, le
vicomte vint se fixer à Cuxac dont il connaissait la solidité
des fortifications. De là, il appela les Catalans à son secours
et il entreprit contre ses sujets rebelles une lutte ardente
qui dura trois ans et qui ne se termina qu'avec la soumis-
sion complète de la ville de Narbonne.
Les remparts de Cuxac, dont on voit encore les vestiges
sur plusieurs points, ont été démolis au commencement du
xix° siècle. Depuis, le village resserré dans un quadrilatère
qui n’avait environ que 180 mètres du nord au sud et 160
de l’est à l’ouest, s’est donné de l'air et s’est considérable-
ment accru, notamment vers le nord et vers l’ouest, vers
Ouveillan et vers Sallèles.
* *
Durant les guerres de religion, Cuxac fut le théâtre de
quelques faits militaires qui n’honorent ni les catholiques
ni les protestants. Au mois d'avril 1563, le château de Cuxac.
mal défendu par les catholiques, tombe au pouvoir des reli-
gionnaires de Béziers. Mais un seigneur de Caux le délivra
et le remit au pouvoir des catholiques qui nele conservèrent
pas longtemps. En effet, grâce à la trahison d’un paysan
Cuxacois, nommé Paul Conilh, le maréchal de Dampwville
prit le château par escalade, le > décembre 1574, en fit pri-
sonniers presque tous les soldats et s’y maintint près d’un
an. L'armée du maréchal de Dampwville devint la terreur des
en
4
— 96 —
alentours qu'elle : ravageait pour assurer l'entretien de ses
troupes. L’impunité dont elle était l’objet Ja rendait de plus
en plus audacieuse. Elle parcourait la plaine jusqu’aux portes
de Narbonne, enlevait les récoltes et les troupeaux, rançon-
nait les catholiques qu'elle massacrait ensuite, et semait
partout la ruine et le deuil. | |
Ne pouvant s'emparer par la force du étâteau de Cuxac,
invulnérable derrière ses remparts, les Narbonnais résolurent
de le prendre en réduisant ses habitants à la famine. A leur
tour, ils ravagèrent toutes les cultures, empêchèrent le
ravitaillement des troupes protestantes par un siège en
règle, et, quand il n’y eut plus rien à manger dans la place,
le château « se rendit- par composition » aux catholiques.
Malheureusement ceux-ci, irop avides de ces terribles
représailles qui sont l'horreur et la honte des guerres
civiles, souillèrent leur triomphe par des exécutions odieu-
ses. Ils passèrent au fil de l’épée la garnison de Cuxac, et
tuèrent tous les habitants qui avaient favorisé les religion-
naires ou seulement pactisé avec eux. Puis, afin de rendre
indéfendable le chäteau au cas où il serait repris par les
protestants, les catholiques firent abattre les tours et com-
bler les fossés (1576) ; mais ils respectèrent les remparts qui
ne devaient tomber que bien plus tard sous la pioche du
démolisseur, lorsqu'ils devinrent inutiles pour la défense et
encombrants pour le développement de la cité. |
Le 15 août 1585, 4oo religionnaires tentèrent vainement
de s'emparer de Cuxac. Ils furent repoussés par les ligueurs
qui défendaient la place. Mais les habitants, fatigués d’une
guerre fratricide entre deux partis qui répandaient partout
la ruine et la mort, fatigués surtout d’être également mal-
traités quel que fût le vainqueur, lächèrent à la fois les
ligueurs et les protestants et se soumirent à Henri IV. |
Depuis, l’histoire ne mentionne rien de particulièrement
intéressant sur Cuxac. Je signalerai cependant encore une
autorisation, en date du 29 juillet 1646, donnée aux consuls
LD —=
de recevoir en qualité d’habitants « les personnes résidans
en ce lieu qu’ils jugeront estre gens de bien et d'honneur,
moyennant la somme de 30 livres que chascun payera
lorsqu'ils passeront habitans », ce qui prouve que la qualité
« d'habitants » de Cuxac devait être fort appréciée puis-
qu’elle était fixée à un si haut prix.
#
+ + e
Le Prieuré de Fontcalvy
Je me joins aux excursionnistes à Cuxac, et nous prenons
le tramway de Narbonne à Ouveillan jusqu'à la halle de
Seillès que 1500 mètres seulement séparent de Fontcalvy.
Malgré la pluie qui, par instants, tombe par rafales, nous
parcourons joyeusement cette courte distance en devisant
sur l'aspect général du terrain que nous traversons.
La route de Cuxac à Ouveillan est coupée par le canal
d'atterrissement du Gaillousty à l'étang de Capestang destiné
à colmater ce dernier en y apportant les eaux troubles de
l'Aude. Le but de ce canal, construit de 1777 à 1789, n’a pas
été atteint et il a été transformé plus tard en canal de sub-
mersion. On franchit le canal sur un pont en pierre, eton
pénètre aussitôt dans la commune d’Ouveillan. Le chemin,
long de quelques centaines de mètres, qu'il nous reste
encore à parcourir pour arriver à Fontcalvy, est bordé de
terrains incultes, complètement dénudés, auxquels succèdent
bientôt des vignes cultivées avec soin. Le tout a remplacé
un bois de chênes, depuis longtemps tombé sous la hache du
bùcheron, comme cela s’est produit du reste un peu partout,
au grand détriment de la régularité du régime des eaux et
du débit des sources.
Fontcalvy n’a jamais été un monastère dirigé par un
prieur ou une prieure. Mais il convient de rappeler qu'au
moyen âge on désignait sous le nom de prieuré des dépen-
dances de l'abbaye et parfois même de simples fermes trop
— 9% —
éloignées du monastère pour être disectement régies par
l’'économe. On y envoyait alors des religieux gouvernés par
un prévôt ou prieur qui les administrait en même temps
_ qu’il y célébrait la messe dans une petite chapelle ouverte
aux travailleurs de la ferme et aux fidèles des environs.
C'est le cas de Fontcalvy : et c’est’ la raison pour laquelle
nous lui conserverons le titre de prieuré qui lui a toujours
été donné dans natre région.
Chez l'architecte chargé de la construction de cet
édifice, on sent moins le souci de l’élégance que celui de
la solidité. IT a cherché avant tout à assurer les moyens de
défense et d’attaque dans une époque de troubles civils et
religieux. On n’y voit pas, comme dans les châteaux
gothiques du xiv° et du xve siècles, des tourelles en forme
de poivrière, ni des clochetons à feuillage, ni des sculptures,
ni des ornements d’aucune sorte. Rien ne permet même de
préciser l’époque de la construction, que nous plaçons,
sans aucune garantie, au milieu du xur° siècle. Il n’y a pas
de style, ou plutôt c'est un style mitigé, semi-roman,
semi-gothique ; mais tout est coordonné avec un soin
remarquable pour résister aux voisins ambitieux qui pou-
vaient tenter de s’en emparer pour s’agrandir à ses dépens.
L'édifice principal (1) est lourd, et, de loin, paraît cubi-
que. Il a 21 mètres de côté el 16 mètres environ de hauteur.
Les quatre angles sont flanqués de tours carrées, en saillie,
pleines jusqu'au premier élage, à partir duquel elles sont
évidées et percées, sur chacune de leurs faces extérieures,
d’étroites ouvertures par lesquelles on pouvait guetter les
ennemis, puis leur lancer des flèches ou des pierres. On ne
peut pénétrer dans les tours que de l'intérieur par le moyen
d'une petite porte pratiquée dans l'angle à un mètre envi-
ron au-dessus de la voûte formant premier étage.
(4) Nous négligeons à dessein le mur d'enceinte et les dépendances
dont il ne reste que des vestiges sans valeur et impossibles à décrire.
— 99 —
Sauf du côté de l’Est, où se trouve la façade principale,
les murs sont soulenus en leur milieu par une tour carrée
pleine dans toute sa hauteur. Ces tours ne sont autre chose
que de solides contreforts qui, avec un énorme pilier situé
au centre de la construction, soutiennent les quatre séries
d’arcs doubleaux de la voûte et divisent le rez-de-chaussée
en quatre compartiments.
La façade principale, avons-nous dit, est tournée vers
l'Est. Au centre s’élève une grande tour, également carrée,
évidée de bas en haut et pouvant avoir 20 mètres de hau-
teur. Les quatre étages dont elle se compose ne communi-
quent pas entre eux. Une porte extérieure fortifiée donne
accès dans la tour qu'il faut traverser pour entrer au rez-de-
chaussée de l'édifice. On arrive au premier étage par un
escalier extérieur protégé par un mâchicoulis, et, à chacun
des autres, par des escaliers intérieurs.
De même qu'il faut traverser la tour pour pénétrer dans
la grande salle voütée, nous la traversons encore pour
arriver au premier étage. C’est ici que se révèle la science de
l'architecte. Au-dessus de l'escalier qui y conduit se dresse,
menaçant, un magnifique mâchicoulis d’une seule ouver-
ture, formé d'un arceau unique de 7"10, placé à 1"15
du mur. Entre le mur et l’arceau, une galerie en bois ou
hourd, dans laquelle étaient pratiquées des ouvertures ver-
ticales, protégeait les défenseurs qui pouvaient jeter sur
les assaillants toutes sortes de projectiles : fagots enflam-
més, huile bouillante, pierres, etc. Ce mâchicoulis,
avec un autre plus petit placé du côté opposé de la tour,
défendail également la porte d'entrée du rez-de-chaussée et
rendait ainsi l'édifice imprenable. ;
Un souterrain, dont on devine encore l’ouverture sous
l'escalier extérieur, aboutissait, dit-on, au Terral, à 3 kilo-
mètres au nord de Fontcalvy. Ce souterrain, aujourd’hui
obstrué par les décombres, a été suivi, m'a t on assuré, sur
une longueur d’un kilomètre, il n’y a pas plus de vingt-cinq
|
*“
— 930 —
ans. Il faut se méfier de l'esprit méridional et des distances
parcourues dans l’obscurité. Mais, quelles que soient l’épo-
que et la longueur, il n’en reste pas moins avéré que le
souterrain a existé. Dès lors, comme il devait aboutir quel-
que part, sans quoi il n’aurait pas eu sa raison d’être, et
puisque le Terral et Fontcalvy appartenaient aux mêmes
propriétaires, il y a tout lieu de croire que ces deux domai-
nes communiquaient par ce souterrain.
Au premier étage, le regard est attiré par deux magnifi-
ques arceaux en ogive qu'aucune maçonnerie ne garantit
plus contre les injures du temps ni contre celles de l’homme
plus redoutables encore. Ces deux arceaux et les deux
mäâchicoulis, d'une hardiesse étonnante pour l’époque, sont
appelés à disparaître dans un avenir peu éloigné si rien ne
vient en assurer la conservation. Ce serait une grande perte
au point de vue architectural, aussi j'estime qu'il y aurait
lieu de demander le classement du Prieuré de Fontcalvy au
rang des monuments historiques.
Comment Fontcalvy était-il alimenté d’eau? Ici l’imagi-
nation se donne librement carrière : et les gens qui voient
du romain partout, même dans les poteries les plus moder-
nes, comme certain personnage de Labiche, ne manquent
pas d'attribuer à nos ancêtres venus d’outre-monts la cons-
truction d’un aqueduc qui aurait conduit les eaux de Cabe-
zac à Fontcalvy, et dont feraient partie certains vestiges pro-
blématiques qu’on aperçoit du côté du moulin des Paranti-
gues, près de Mirepeisset. Ceux qui l’affirment appuient leur
hypothèse sur ce fait que Fontcalvy situé entre les étangs
de Capestang et d'Ouveillan ne devait pas avoir d’eau potable
et était obligé d'aller la chercher au loin. À mon avis, il
y aurait eu là une grande cause pour un petit effet: et
l'importance de pareils travaux, qui eussent valu plus que
la propriété elle-même, est de nature à nous laisser
sceptiques, même accomplis par des moines immensé-
ment riches. Heureusement la légende vient à point
ol
nous tirer d'embarras en tranchant la difficulté: cette
canalisation dont la longueur nous étonne pour alimenter
une simple grange, c’est le diable en personne qui l'a cons-
truite, et l’on n'ignore point que sa puissance illimitée
jamais ne recula devant aucune entreprise pourvu qu'il y
trouvât son compte. Mais Satan ayant été élé mystifié, je ne
sais trop ni pourquoi ni comment, détruisit en une seule
nuit les travaux qu'il avait si bien construits, et dont il ne
reste plus en fait de vestiges près de Fontcalvy que l'hy-
pothétique source de Fontrabasse ou Foun del Diable. Le
diable ne se contenta pas d’anéantir son œuvre; il poussa
plus loin sa vengeance. Le soir, en eflet, à la veillée, lorsque
les gens de la ferme étaient réunis autour de l’âtre, des cho-
ses mystérieuses tombaient dans la cheminée ; on entendait
le bruit de chaînes traînées sur le sol, et toute la batterie de
cuisine était mise en branle par une force invisible.
Mais voici une version raisonnable. Non loin de Sallèles
existent les vestiges d’un aqueduc dénommé encore Trauc
del Diable et qui pourrait bien être le même que celui qu’on
aperçoit près du moulin des Parantigues. Une vieille charte
confirrmait aux abbés de Truillas le privilège exclusif de cap-
ter pour leur usage une partie des eaux de cet aqueduc. La
solidité, le principe de la construction, le choix des maté-
riaux et la cohésion des mortiers indiquent bien un travail
de l’époque de la domination romaine. Un aussi grand tra-
vail ne pouvait avoir de raison d’être que pour desservir la
capitale de la colonie romaine. Jusque là, rien ne parait
plus exact, et Narbonne qui emprunte encore aujourd'hui
son eau à Ferrioles, pouvait bien la faire venir alors de Ca-
bezac. Mais est-ce vrai que les moines de Fontcalvy avaient
pu détourner les eaux de cet aqueduc et les conduire jus-
qu'à Fontrabasse, peut-être encore plus près de leur habita-
tion ? C’est toujours l’éternelle question que ne vient résou-
dre aucun document authentique. D
Si les solutions les plus simples n'avaient le grave défaut
_ 39 —
de ne point satisfaire l’ardente imagination du public tou-
jours avide de merveilleux, je me permettrais de demander
si les eaux de Fontrabasse ne proviendraient pas tout bon-
nement des infiltrations à travers le monticule relativement
élevé qui domine Fontcalvy et qui repose sur une couche
d'argile imperméable venant justement affleurer au niveau
de la fontaine. Il n’en faut pas davantage pour produire une
source, surtout si l’on avait eu le soin de procéder à des tra-
veaux de canalisation dans l’intérieur du monticule. Cette
hypothèse paraîtra plus vraisemblable encore si l'on se rap-
pelle qu'à cette époque les alentours étaient boisés, que les
pluies étdient, sinon plus abondantes, du moins plus fré-
quentes et, par suite, les sources plus régulières, |
Mais si nous insistions trop, les amateurs de romain pro-
testeraient et Labiche ne serait pas content. Dans le doute,
sachons garder une prudente réserve.
ñ
Au xu‘ siècle, la seigneurie de Fontcalvy, contiguë à celle
du Terral, apparterait à l’archevêque de Narbonne qui avait
pour vassaux Guillaume d'Ouveillan, Bernard d'Ouveillan et
Bérenger de Fontcalvy.
Le 4 des ides de mars 1182, Guillaume d'Ouveillan se
donna comme religieux à la Commanderie des Hospitaliers
de Saint-Jean de Jérusalem, établie à Narbonne. Il se réserva
d'entrer dans cette maison et d’y prendre la Croix. En mê-
me temps il lui donna le tiers dont il disposait sur le fief
de Fontcalvy. | |
Le 10 des kalendes de mars 1184, l'archevêque de Nar-
bonne vendit à la dite commanderie des Hospitaliers, moyen-
nant 100 sous melgoriens, le droit de suzeraineté qu'il avait
sur le tiers de Fontcalvy donné à celle-ci par Guillaume
d'Ouveillan. |
En juillet de la même année 1184, l’archevêque renonça à
= 33 —
son droit de suzeraineté sur les deux autres tiers de Font-
_ calvy en faveur de ses vassaux, Bernard d'Ouveillan et
Bérenger de Fontcalvy.
Au mois d'août suivant, Bérenger donne à la Commande-
rie des Hospitaliers tout son honneur de Fontcalvy, c’est-à-
dire le tiers de cette seigneurie, ce qui, avec la portion don-
née par Guillaume d’Ouveillan, en mettait les deux tiers en
la possession du Commandeur. |
Quant à Bernard d’Ouveillan, il mourut bientôt après,
laissant pour hérilières deux filles, Pélerine el Bérengère :
Pélerine, à à qui Fontcalvy était advenu, vendit sa part, en
mai 1199, à l’abbaye de Fontfroide, moyennant 1200 sous
melgoriens, « afin, .dit l’acte, de marier plus honnêtement
sa sœur Bérengère ».
L'abbaye de Fontfroide qui, par cet achat, était devenue
propriétaire du tiers de Fontcalvy, en acquit les deux autres
tiers de la Commanderie des Hospitaliers de Narbonne,
le 10 des kalendes de janvier 1203, moyennant la somme de
1300 sous melgoriens.
Cette abbaye de Fontfroide qui demeura propriétaire de
Fontcalvy pendant près de six siècles. possédait une centaine
de domaines ayant une étendue considérable et tous suscep-
tibles de donner de grands revenus.
Lorsque ces granges avaient une certaine importance, —
c'était le cas pour Fonlcalvy, — les moines mettaient à leur
tête un officier spécial choisi parmi les religieux et à qui l’on
donnait le nom de granger (grangerius), officier qu'il ne
faut pas confondre avec le maître de la grange choisi parmi
les convers. |
Au dessous du granger était le cellerier chargé de l'adminis-
tration du temporel. Il figure comme officier dans la règle
de Saint-Benoît, et il fut maintenu au même titre dans l'or-
dre de Citeaux auquel, depuis 1145, s’étaicntaffiliés les reli-
gieux de Fontfroide. Ses attributions s’étendaient à tous Îles
actes ayant trait au temporel, parmi lesquelles figuraient en
eq
première ligne les recetles et les dépenses de la grange. I
était chargé de percevoir les revenus, de régler les repas,
d'acheter les vêtements, de procurer les provisions, de pour-
voir au chauffage, à l'éclairage, à l'entretien de l’infir-
merie, etc. |
À partir du xiv° siècle, l’abbaye de Fontfroide employa à
Fontcalvy, comme dans ses autres granges, des mercenaires
désignés par les religieux sous le titre de gentes familie,.…
tandis que leur chef s’appelait nuncius mercenaris. Ce der-
nier demeurait dans les granges ou dans le monastère. De
plus, il était loué pour un terme convenu. Ces deux points
sont établis par une plainte que portèrent les consuls de
Narbonne contre les religieux, dans laquelle ils exposérent.
que Jean Thomace, de Capestang. habitait comme chef des
mercenaires la grange de Fontcalvy: que s'étant engagé
pour un temps déterminé et ce temps étant expiré, il avait
manifesté la volonté de se retirer : que le granger et un cer-
tain nombre de frères et de donals. irrités de la résolution
qu’il avait prise, l'avaient mis en prison et lui avaient
enlevé, en outre, ses habits qu'ils refusaient de lui rendre,
bien qu’il eût déclaré en appeler au sénéchal de Carcassonne.
La siluation des mercenaires employés à Fontcalvy était
très misérable lorsqu'ils élaient originaires d’une commune
sur laquelle l’abbaye de Fontfroide exerçait les droits de
haute justice. Les religieux étaient alors des maïtres dans
toule l’acception du mot, puisqu'ils pouvaient leur infliger
les châtiments les plus sévères. C’est ce que faisaient obser-
ser les Consuls lorsque, parlant des excès auxquels les reli-
gieux avaient soumis un certain Bernard, originaire de
Saint-Nazaire, ils ajoutaient que celui-ci n’osait pas se plain-
dre parce que les religieux ayant le droit de haute et mixte
justice sur les habitants de la Commune où il était né, il
craignait d'attirer sur sa personne et sur les membres
de sa famille des châtiments qui pouvaient mettre leur vie
en péril.
a
La justice était, en eflet, extrêmement sévère. Une sen-
tance rendue, le 15 des kalendes d'août 1312, par le juge du
Terral, condamne un certain Arnaud Balestrier, bouvier,
accusé d’avoir volé deux fourches en fer et huit pains,
« à avoir un pied coupé pour ce pied être attaché à un pilier
joignant les fourches patibulaires ». L'année précédente, *
Pierre Linier, de Tuchan, avait été condamné à la peine de
mort par les juges de l’abbaye de Fontfroide, pour avoir
volé un vêtement de peu de valeur.
Dans toutes les granges composant l'immense propriété
de l’abbaye de Fontfroide, les convers furent chargés de
tous les travaux manuels ; dés lors les religieux tombèrent
dans l’oisiveté, et, par l’oisiveté, dans un relâchement
extrême. Les Cisterciens qui avaient commencé par être des
cultivateurs priant Dieu, devinrent des riches inoccupés
dont la conduite fut souvent scandaleuse.
Fontcalvy demeura la propriété de l’abbaye de Fontfroide
de l’année 1203 jusqu'à la Révolution. Celle-ci le comprit
dans les biens nationaux et en ordonna la vente en celte
qualité. En exécution du décret du 25 mars 1790, Robert,
prêtre, Raynaud et Avrial, officiers municipaux de la ville
de Narbonne, procédèrent à l'inventaire des biens de
l'abbaye de Fontfroide, le 30 avril de la même année. Les
religieux quittèrent leurs domaines après.le règlement de la
pension qui leur était attribuée en verlu du décret précité.
Les biens furent vendus à l’adjudication, les 21 et 22 mai
1791, et Fontcalvy fat achelé, moyennant la somme de
50,000 francs par cinq propriélaires de Cuxac, dont les
héritiers le possèdent encore. |
Jusqu'en l’année 1840 environ, Fontcalvy a élé habité.
Mais vers cette date, les acquéreurs l’abandonnèrent pour
venir demeurer à Cuxac où ils s'étaient fait construire de
belles maisons avec tout le conforl inoderne.. Dès lors
Fontcalvy, entièrement délaissé, fut livré au pillage : tuiles,
portes, fenêtres, tout disparut. Et quand on songe que moins
10. —
de soixante-dix ans ont suffi pour transformer en ruines
nn édifice formidable, on se demande ce qu'il sera devenu
à la fin du siècle si aucune mesure de protection n’est prise
pour assurer la conservalion de ce monument historique si
intéressant à divers titres (1). |
+
* *
Le Mont Carétou
Après un dernier regard donné au prieuré de Fontcalvy,
nous revenons sur 1i0S pas pour nous arrêter un moment au
mont Carétou, dans la commune de Cuxac, à la limite de
celle d'Ouveillan.
Le mont Carétou appartient au système oligocène, l’an-
cien miacène moyen de Leymerie et de de Rouville. Il forme
un ilot aquilanien échappé à l'érosion et ses dimensions
n’atteignent plus aujourd’hui que 1100 mètres environ de
l'est à l’ouest et 500 mètres du sud au nord. Il est formé
d'un calcaire d’eau douce, blanchâtre, d'une quaran-
laine de mètres d'épaisseur, exploité à la fois comme pierre
à bâtir et comme pierre à chaux. C'est avec cette pierre
qu'ont été bâtis Fontcalvy el Cuxac : et les carrières présen-
tent encore des bancs épais capables de fournir pendant
longtemps des matériaux de construction. .
Ce calcaire est fossililère par endroits. Il nous a fourni :
Helix Narbonensis ou Tournali, en assez grande quantité
et se détachant facilement de la pierre : Cyclostoma anli-
quum, Planorbis planulatus, ces deux derniers rares et diffi-
ciles à enlever et Potumides plicatus, rare aussi et à l’état
d'empreinte seulement. |
(1) La plupart des renseignements concernant l'histoire de Fontcalvy
m'ont été obligeamment communiqués par notre collègue, M. Jules
Azéma, de Saint-Nazaire (Aude), à qui je suis heureux d'adresser ici
mes meilleurs remerciments,
47. —
Vers l'extrémité occidentale du mont Carétou est un four
à chaux moderne qui suffit largement aux besoins, en ce
moment très restreints, des localités environnantes, et qui
expédie même dans un rayon assez étendu.
Du côté opposé, on remarque deux anciennes glacières
depuis longtemps abandonnées. Leur présence en ces lieux
désséchés semble corroborer ce que je disais tout à l'heure
à propos de la source de Fontrabasse : ïl n’y aurait pas eu
des glacières si, dans les siècles passés, la pluie, la neige et
la glace n’avaient pas été plus abondantes qu’actuellement.
Nous repassons à la halte de Seillès ; mais, au lieu d'y
prendre le tramway qui doit nous porter jusqu’à Raonel,
ainsi qu'il est dit dans notre programme, nous décidons de
ne le prendre qu’à Cuxac que nous gagnons pédestrement
à vive âllure, car le temps toujours pluvieux s’est sensible-
ment rafraïîchi. |
Mais à la gare, plusieurs centaines de personnes atten-
dent le train, pour aller manifester à Narbonne. Devant cette
affluence inaccoulumée, nous craignons qu'il n’y ait pas
assez de place pour tout le monde. Alors, recourant aux
mêmes appareils de locomotion, nous traversons la petite
ville de Cuxac, et. après quelques minutes de marche,
nous atteignons l’usine électrique de Raonel, point de rallie-
ment où devait avoir lieu le déjeuner sur l’herbe.
Raonel
Déjeuner sur l'herbe sous les arbres d’un petit bois atte-
nant à l’usine, doit être fort agréable... quand il fait beau.
Mais aujourd’hui il n’y faut pas songer. Heureusement, nous
sommes amicalement reçus par la famille de M. Tesseire,
mécanicien, qui nous installe dans une grande salle de l’usine,
autrefois moulin banal des Hospitaliers de Montlaurès.
— 38 —
Après déjeuner, nous visitons rapidement l'usine électri-
que, nous nous excusons auprès de nos hôtes du dérange-
ment dont nous avons été cause et nous nous acheminons
vers Matefer, terme de notre excursion. En passant à Beau-
Lieu, nous nous arrêtons un instant pour voir un Phylloden-
dron pertusum. Get arbre a près de 6 mètres de hauteur, et
les feuilles en sont si grandes et si singulièrement découpées
qu’elles provoquent notre admiration autant que notre éton-
nement.
Matefer
LS:
Toujours fidèles à notre programme, nous arrivons à
deux heures à Matefer, jolie propriété située sur la rive
droite du canal de la Robine, et à quatre cent mètres envi-
ron de la route de Cuxac à Narbonne.
Le nom de Matefer est très ancien. Cela résulte d’un acte
où il est dit que « le 2 des kalendes de juin 1157, Ermen-
garde, vicomtesse de Narbonne, donna au prieuré de Mont-
laurès, lequel appartenait aux Hospitaliers de Saint-Jean de
Jérusalem, plusieurs pièces de terre situées au terroir de
Matefer, en échange de deux maisons et d’une salle au
bourg de Saint-Michel qui faisait partie du Bourg de Nar-
bonne ».
Les propriétaires de Matefer, M. et M"° Turrel, retenus
“à Narbonne, n'ont pu, à leur grand regret, recevoir eux-
mêmes la Société ; mais ils avaient laissé des ordres pour
que la maison et ses dépendances fussent largement ouvertes
aux excursionnistes.
Nous pénétrons dans un vaste jardin bien entretenu
où nous reconnaissons la plupart des plantes exotiques
ou indigènes cultivées dans le midi de la France. Mais, ce
qui excite notre surprise, c'est un rosier dont les roses...
sont vertes.
‘ Le vert n’exisle pas, en général, dans la corolle des fleurs
et, en particulier dans celle des roses. « La couleur verte, :
= 90:
dit Adrien de Jussieu, est très rare dans la corolle, quoi-
qu’on la rencontre franche dans quelques-unes, comme
dans celles de certains Cobœas, de quelques Asclépiadées,
Hoya viridiflora, Gonolobus viridiflorus, ou de quelques Iri-
dées, Zcia viridiflora, etc. Lorsqu'’ellé existe, elle se montre le
plus souvent pâle et délayée par d’autres teintes ou pana-
chée par des taches tout autrement colorées ». Cette extrême
rareté de la couleur verte dans la corolle est due à l’absence
de la chlorophylle dans les cellules des pétales, qui sont
habituellement remplies EE des granules ou par un liquide
d'autre couleur. |
Depuis le blanc immaculé jusqu’au rouge écarlate, j'ai
vu bien des nuances parmi les roses. Mais je n’en avais
jamais vu de vertes, de franchement vertes, comme celles de
Matefer. Par quel ingénieux artifice l'horticulteur est-il par-
venu à colorer d'un vert foncé toutes les parties de la fleur
du rosier ? C’est ce que j'ignore Cependant je dois à
la vérité de dire qu’elle n’en est pas plus belle et que, seule,
la singularité de son coloris en fait toute la valeur.
Dans notre programme figurait une visite à la volière de
Matefer. C'était même là, si je puis dire, le clou de l’excur-
sion, M. Turrel est un éleveur distingué pour qui l’avicul-
ture-n'a plus de secrets. Ses produits, justement appréciés
des connaisseurs, ont obtenu les plus hautes récompenses
dans toutes les expositions du Midi el dans plusieurs
concours régionaux de France.
En l’absence des maîtres de céans, je suis chargé de gui-
der les Sociétaires; mais mon incompétence qu’explique
une trop récente initiation fait regretter davantage une
voix plus autorisée que la mienne.
Heureusement les animaux d’espèces différentes sont
isolés dans des compartiments spéciaux si soigneusement
étiquetés qu’un aveugle s’y reconnaitrait; c’est grâce à
. celte prudente précaution que nous pouvons retirer un
grand profit de notre visile aux volières.
— 40 —
OrEs. — Voici d’abord les Oies. palmipèdes de la famille
des Lamellirostres.
Nous remarquons les Oies d'Egypte et les Oies de Guinée,
races de luxe à la chair délicate, et l'Oie de Toulouse répan-
due dans tout le Midi.
CanarDs. — Le Canard est un palmipède de la famille
des Serrirostres. Il a pour ancêtre le canard sauvage élevé
en servitude. Sa voracité naturelle s’est accrue à l’état de
domesticité et il est devenu omnivore. Soumis à l'élevage
depuis les temps les plus reculés, les canards occupent dans
nos basses-cours une place des plus distinguées. Peu diffi-
ciles sur le choix des aliments, n’exigeant aucun soin de
propreté et fort peu de surveillance à tout âge, ils procurent
de grands bénéfices à ceux qui les élèvent. On peut dire
que le canard est le cochon de la basse-cour. -
Deux canards huppés, dont la huppe est fort originale, et
un superbe canard musqué, attirent notre regard. Ce dernier
est encore désigné sous les noms de canard d'Inde ou de
canard de Barbarie. C'est du croisement du canard musqué
et du canard ordinaire qu'est issu le canard mélard, renommé
pour son foie.
Paows. — Le Paon est un genre de Gallinacé, originaire dé |
l'Inde et apporté en Europe au temps d’Alexandre. Il était
très recherché à l’époque des Romains et au moyen âge
pour la bonté de sa chair ; de nos jours il est tombé en
discrédit sur ce point et il n’est plus guère élevé que comme
oiseau d'ornement. On lui reproche de dévaster les jardins
et d’être méchant envers les autres animaux de la basse-cour.
En ce moment la volière ne contient qu'un couple de
paons domestiques. Quelques mois plus tôt, il nous eût été
donné de voir le paon blanc, animal extrêmement curieux à
voir : s’il ne réunit pas « toutes les couleurs du ciel et de la
terre », suivant l'expression de Buffon, les nuances extré-
mement variécs de son plumage blanc et la richesse infinie
à
— EH —
de son dessin inimitable, en font quand même le plus
remarquable de nos oiseaux domestiques.
FaisAns. — Le faisan est un Gallinacé de la famille des
nudipèdes. Son nom vient de Phase, fleuve de Colchide, d’où
les Argonautes l'apportèrent en Grèce. D’autres sont origi-
naires de la Chine, comme le couple de faisans argentés que
nous avons examiné. L |
Les faisans sont les plus gloutons des gallinacés, Ils se
nourrissent de glands, de baïes, de grains, de semences et
d'insectes, et, à l’état domestique, ils sont omnivores. Ils ne
sont pas moins farouches que gloutons, et il est très difficile
de les apprivoiser. Ils fuient l’homme et les lieux qu’il
habite ; ils se fuient même les uns les autres, aiment à vivre _
isolés, et ne se rapprochent que dans la saison des amours.
On les chasse avec les oiseaux de vol, au fusil, au lacet et
autres pièges.
Dinpons. — Le dindon aussi appartient à la famille des _
_ nudipèdes. Il est originaire de l’Amérique du Nord et fut
importé en Europe sous le règne de François I‘. Le premier
qui fut mangé en France parut au festin de noces de Char-
les IX, en 1570. A cette époque, les dindons étaient déjà
communs en Espagne, d’où ils passèrent en Angleterre dès
l'année 1525, sous Henri VIIT. Ils s’y multiplièrent si rapide-
ment qu'en 1585 ils fournissaient déjà un plat dans les
festins de la campagne. On les appela d’abord Cog et Poule
d'Inde, parce qu’ils venaient des Indes Occidentales, et les
noms de dinde et de dindon, sous lesquels on les désigne
maintenant, ne sont qu’une contraction de leur ancienne
dénomination. Le cri du dindon est une sorte de glou-glou ;
son plumage est noir, blanc ou panaché. Le mâle se distin-
gue de la femelle par de plus grandes caroncules à la tête
et par un pinceau de crins qui naissent sur le poitrail.
L'éducation de ces animaux, surtout dans leur extrême jeu-
nesse, offre certaines difficultés qui les empêchent d’être très
8
— &9 —
commuñs dans les basses-cours, malgré la délicatesse de
leur chair. |
Nous notons en passant : Dindon rouge des Ardennes et
Dindon noir de Sologne, deux races particulières à la France.
Cocos ET Pouces. — Les races qui s'offrent à notre vue
sont trop nombreuses pour que nous puissions les mention-
ner toutes. Nous nous contenterons de citer les suivantes :
La Crèvecœur, l’une des plus vieilles races françaises ;
bonne pondeuse, mais ne s’acclimatant pas partout.
La Flèche, cousine germaine de la Crèvecœur, mais plus
rustique qu'elle.
La Dorking, racé anglaise, excellente pondeuse, joignant
aux qualités d’une belle race, une livrée du plus bel effet.
La Padoue frisée, variété naine de luxe.
La Négresse soie du Japon, jolie petite volaille d'ornement
ayant la chair absolument noire ; race très précieuse comme
couveuse et éleveuse pour les animaux les plus délicats.
La Brahmapoutre, grosse race asiatique, très mauvaise
pondeuse, mais bonne couveuse.
L'Orpinglon, création anglaise possédant les meilleures
qualités requises pour une volaille ; bonne pondeuse d'hiver
à la chair délicieuse.
- La Banalam de Pékin et la Nangasaki, races de luxe.
La Faverolles, race française obtenue par le croisement
sélectionné de la Houdan et de la Brahmapoutre. Type de la
race de ferme.
, Le Combattant Indien, race de combat dont le plus grand
mérite est de renforcer le sang affaibli des races du pays.
Le Combattant nain, race de luxe. |
La Gasconne et la Caussade, races françaises qui peuvent
lutter avec les meilleures races étrangères tant par la ponte
que par l’excellence de leur chair. Elles sont remarquables
par leur rusticité et par leur précocité, comme du reste tout
ce gui est méridional. |
ES
49 —
Les Courtes-palles, vieille race française, excellente sous
tous les rapports et dont la conformation Jui assure le mérite
de ne pas pouvoir gratter dans le sol.
La Houdan, race française dont l’ensemble des qualités lui
a valu le surnom de reine des basses-cours. La tête est pour-
vue d'une huppe ; la crête est double, très petite chez la
. poule ; la gorge bien développée : les pattes portent cinq
doigts. La race de Houdan est rustique et a l’avantage de
s'adapter à tous les milieux.
Piceons. — La volière spéciale aux pigeons compte un
grand nombre de races parmi lesquelles nous relevons :
Le Montauban, la plus grosse race; il arrive à peser
r,200 grammes.
Le Romain, frère, par la taille, du Montauban, mais d’une
plus grande envergure ; il atteint parfois 1" 10.
Le Polonais, remarquable par ses grands yeux.
_ Le Queue de Paon, dont la queue est en éventail.
Le Culbutant qui, en volant, fait des cabrioles.
Le Pie a le plumage semblable à celui de l’animal auquel
il emprunte son nom.
Le Poule a la queue en l'air comme la poule, et le corps
trapu et ramassé. |
Le Tunisien, le plus petit de tous les pigeons connus :
parfois il ne pèse pas plus de 120 grammes à l’âge adulte.
Le Pigeon-voyageur, curieux par le sens de l'orientation
qu'il possède à un degré très élevé ; vif, alerte, les ailes lon-
gues recouvrent les trois quarts de la queue ; le bec est
garni de deux petites mouilles et l'œil est entouré d’un
mince filet.
. Le Brésilien, le ongross. le Boulant, le Nègre à crinière, le
Bouvreuil, le Papillon de Damas, le Salin étincelé, le Maillet de
Caux, le Cravaté d’Anatolie, le Miroité, le Frisé Milanais, le:
Frisé Hongrois, le Rondoni, qui tous se singularisent par
quelques particularités remarquables.
—
Citons enfin le Capucin, curieux par le capuchon de plumes
qui entoure sa tête.
Lapins. — Le lapin est originaire de l'Afrique. Quoique
du même genre que le lièvre, il est, plus que celui-ci, sus-
ceptible d'éducation. Pour être moins bonne que celle du
lapin - sauvage, la chair du lapin domestique n’en est pas
moins justement appréciée.
On peut, dans l’éducation du lapin comme dans celle de
toutes les espèces d'animaux domestiques, augmenter ses
revenus en élevant les races les plus précieuses ou en sélec-
tionnant les races communes. Une bonne qualité ne coûte
pas plus à nourrir qu’une mauvaise, et donne de plus grands
bénéfices. C’est la réflexion que nous faisions tous en admi-
rant les belles races suivantes qui se distinguent autant par
leur grande taille que par la richesse de leur fourrure.
Le Lapin noir el feu, bonne race anglaise.
Le Géant de Flandre, le plus gros des lapins domestiques.
Le Bélier, remarquable par sa grande taille et par la lon-
gueur de ses oreilles. |
Le Russe, l’Argenté de Champagne et l’Angora dont les
poils sont une source de revenus, car ils servent à faire les
feutres les plus fins. La fourrure de ces trois races de lapins
est si belle que les fourreurs la convertissent en loutre de
Colombie, loutre électrique, loutre d’Asie, loutre de Virgi-
nie, et, quand elle est blanche, en herminette et en hermine
royale.
Au moment de notre départ, une agréable surprise nous
attendait sous la forme de rafraîchissements offerts à l’ombre
des grands arbres du jardin. A la pluie du matin avait
succédé un temps magnifique qui avait altéré nos gosiers.
On choque le verre à la santé de nos amphytrions, à celle
des membres présents et à la prospérité de notre Société.
L'’organisateur de l’excursion me prie d’être auprès de
M"° et de M. Turrel l’interprête de nos remerciements una-
= 48 —
nimes pour le bienveillant accueil qui nous a été réservé en
leur absence. Nous nous rendons ensuite à la halte de
Raonel où, quelques minutes après, le tramway à vapeur
emportait nos collègues vers Narbonne et Carcassonne.
A. BLANQUIER.
BIBLIOGRAPHIE
BourreT : Port de la Nouvelle.
CauvET (E.) : Etude historique sur Fontfroide.
Baron TRouUvYÉ : Département de l'Aude.
Mouyxés et TissiEr : Archives de Narbonne.
RouviLe (DE) et ViGuIER : Carte géologique de l'Aude.
TounNaL : Bassin Inférieur de l'Aude.
AUGÉ (Claude) : Dictionnaire de la langue française.
LA CHATRE (Maurice) : Dictionnaire de la langue française.
EXCURSION
Des 19 D 20 Mai 1907
A BUGARACH ET FOURTOU
Par M. A. FAGES
Il ne restera plus bientôt dans notre département un
hameau que notre vaillante Société n'ait visité. Dans les
premiers temps, combien nombreux étaient les excursion-
nistes ? On n’y travaillait pas davantage peut-être, mais
nous étions plus largement représentés. Peut-être aussi
nos fervents d'autrefois croient-ils avoir tout vu : qu'ils
se détrompent. Que de beautés, que de sites ignorés,
même aux portes de la ville! La tâche, il est vrai, est
plus difficile pour le Comité d’excursions, car il faut voir du
nouveau et ne pas repasser aux mêmes endroits. Mais les
excursionnistes seraient largement récompensés de leurs
peines, s'ils répondaient en plus grand nombre à l’appel de
notre devoué Secrétaire.
PREMIÈRE JOURNÉE
L'excursion de la Pentecôte, du compte-rendu de laquelle
on a bien voulu me charger, était fort intéressante. Déjà plu-
sieurs fois nous avions traversé la région que je vais
décrire, mais elle n’avait jamais été explorée avec attention.
Et pourtant la station de la Viallasse, si riche en fossiles du
turonien, méritait bien une halte.
C’esi ce que nous fimes le 19 mai. À neuf heures du ma-
tin, notre caravane suivait les deux rives de la Blanque,
tandis que nos voitures allaient nous attendre à Bugarach.
Le turonien se présente ici sous l’aspect d'une roche gri-
sâtre très dure, mais bientôt, au premier tournant, il cède
le pas aux calcaires marneux schistoïdes gris-bleu, toujours
= ET =
très fossilifères. Quelle belle récolte nous y faisons ! Nos
sacs sont pleins en peu de temps ; une halte est même
nécessaire pour opérer un triage. Pendant ce temps, les
botanistes qui étaient montés vers l'ouest nous rejoignent.
Leurs boites ou cartons ne débordent pas de plantes ; à leur
air, nous comprenons que leur récolte est maigre. Un regard
dans la direction qu'ils viennent de parcourir répond à notre
interrogation : sur une étendue de plusieurs kilomètres, le
feu a tout dévasté ; seules quelques plantes tardives poussent
au milieu de tas de pierres.
Vous me permettrez d'ouvrir une parenthèse pour vous
toucher quelques mots de ces incendies trop fréquenis. Il
se peut qu'ils soient dus à une cause accidentelle, mais
vous n’ignorez pas que lorsque les arbres et les arbustes
deviennent touflus, les herbages disparaissent. Or, je suis
d'avis que le plus souvent ce sont les bergers qui y mettent
le feu. Remarquez que ces « accidents » ne se produisent
que pendant la nuit. |
La première année, on voit surgir quelques rares plantes,
mais une année après, tous ces parages sont recouverts d’un
tapis vert, excellente pâture pour les troupeaux. :
Tout doucement nous montons à pied vers Bugarach où
nous arrivons vers onze heures.
D’après Fédié, Bugarach aurait été un oppidum gallo-
celtique établi au pied du fameux pic qui. avant la conquête
romaine, servait de limite entre la Gaule Narbonnaise et le
pays des Sardons, devenu plus tard le Roussillon.
Dans le Cartulaire de l’abbaye de Saint-Polycarpe, vers
la fin du 1x° siècle il est fait mention pour la première fois de
Bugaragium. C'est dans une charte datée de juin 889 que le
roi de France, Eudes ou Odon, confirme en faveur des abbés
de Saint-Polycarpe les donations faites par les rois, ses pré-
décesseurs, et leur garantit la possession de plusieurs
villages. .
Après le démembrement de l’abbaye de Saint-Polycarpe,
_ &8 —
Bugarach demeura attaché à l’abbaye d’Alet qui lui conserva
les mêmes droits et privilèges. Après la guerre des albi-
geois, Bugarach fut confisqué et donné en apanage à Perrot
de Voisins. |
Les habitants de Bugarach, gâtés par les abbés, voulant
user de leurs anciens privilèges, furent souvent en guerre
avec leurs seigneurs. Malgré leur résistance, ceux-ci furent
forcés de répondre à la requête de leurs vassaux, ainsi que
le constate la transaction passée à Caderonne en 1307.
En 1529, quand fut dressé le rôle de la noblesse qui fut
convoquée à la revue passée à Caunes-Minervois, le seigneur
de Bugarach figure pour un homme d’armes.
À partir du xvn° siècle, Bugarach dépendit de la seigneurie
de St-Just.
Après la Révolution, celte commune fut érigée en chef-
lieu de canton, titre qu’elle perdit d’ailleurs peu de temps
après. |
Le baron Trouvé, dans sa Slalistique du département de
l'Aude, parue en 1818, dit que Bugarach possédait à cetle
époque 179 maisons et trois moulins à eau. La population
élait de 807 âmes. Les hameaux de la Vialasse, de Linas, de
Capitaines et de la Sauzade faisaient partie de la commune...
A près un excellent déjeuner à l’hôtel Périer. nous remontons
en voiture, pour aller visiter les sources de l’Agly. Celles-ci
naissent au pied du Linas, au milieu d’un pré émaillé de
bruns orchis et de jaunes primevères. Elles forment deux
petits ruisseaux qui se réunissent dans la gorge qui ne livre
passage qu’à leur cours et au chemin de Cubiêres. A° 1500
mètres plus bas, une grande source sort d'une grotte, et
c'est en réalité à cet endroit que l’Agly commence, car dans
les grandes chaleurs de l'été , les premières sources sont
taries.
Nous gravissons les pentes sur lesquelles s'élève le hameau
de Linas, afin de visiter. un gisement fossilifère signalé
10 —
par nos maîtres en géologie. En effet, grâce à notre collègue
Malet, nous trouvons, à l’ouest de la ferme, des polypiers
qui, forment une zone intérmédiaire entre les Rudistes et les
Echinodermes de l'étage supérieur.
Il faut rentrer, car nous avons encore à visiter les restes
du château de Bugarach. C’est la dernière partie du pro-
_ gramme de cette première journée.
Le château de Bugarach ne remonte guère qu'à linnée
1350. On y remarque encore une tour carrée et la partie pen-
dante d’une tour ronde où monte un escalier en spirale, qui,
d’après les anciens, communiquerait avec un souterrain. On
ne peut visiter le moindre château sans qu’il s'y rattache une
histoire de souterrain allant déboucher plus ou moins loin
dans la campagne. Pour nous, nous croyons tout simple-
ment que l'escalier en quesnon conduisait dans une cave ou
un cellier.
L'histoire du château est courte. Pendant les guerres de
religion, les calvinistes, au cours de l'an 1553, s’en emparè-
rent, mais ils ne purent le conserver. En 1586, les religion-
naires, ayant à leur tête le duc de Montmorency, se présen-
térent en force devant le château qui était en bon état de
défense, mais qui tomba en leur pouvoir après un siège
meurtrier. Il ne fut pas reconstruit.
Nous nous séparons aux portes du château pour nous
retrouver à l’hôtel à 7 heures, pleins d'entrain et prêts à
recommencer le er
DEUXIÈME JOURNÉE
Dès cinq heures du matin nous sommes éveillés par notre
chef d'excursion. Debout en un clin d'œil, nous cassons les-
tement une croûte, et sac au dos, nous prenons ensuite à tra-
vers champs la direction du Col de Capella, guidés par.
M. Simon, garde forestier, Le se fait un plaisir de nous
accompagner.
Comme hier, nous traversons en sens opposé les marnes
à Echinodermes et nous ne pouvons nous dispenser de ra-
masser encore quelques jolis échantillons.
Le sentier que nous suivons a une pente très sensible,
aussi est-ce avec lenteur que nous le gravissons, ce qui
nous permet d'admirer encore une fois le pays parcouru,
surtout le pic de Bugarach que les premiers rayons du soleil
viennent éclairer. Nous croirions notre rapport incomplet
si, malgré tous les travaux qui ont été publiés sur ce fameux
pic, nous n'en disions pas quelques mots.
Il termine une sorte de rameau poussé par la chaîne de Ga-
lamus, d’où il se détache, à l’ouest du défilé de l'Agly, près
du plateau de Malabrac, pour se diriger ensuite vers le nord-
ouest, en atteignant une altitude de 1231 mètres. L’extré-
mité de cette haute crête rocheuse, tournée vers le nord, et
qui en forme le pic, s'élève abruptement au-dessus de la
plaine qui l'entoure, au nord du ravin de Lauzadel où se
trouvent les sources de la Blanque.
Dominant toute cette partie des Corbières, ce massif
rocheux, par ses formes anguleuses et heurtées, par son échine :
nue et coupée presque carrément, par sa position élevée
au milieu d’une vaste plaine, offre un aspect imposant et
tout particulier, quels que soient le côté ou la distance d’où
on l’aperçoit. Il frappe surtout le regard par son élévation
relativement au relief du pays environnant, par sa forme et
sa teinte sombre, et les lignes de perspective qui s'y ratta-
chent. De quelque côté qu’il se montre, son profil se détache
toujours de la manière la plus nette et la plus bizarre au-
dessus des montagnes et des taillis qui l'entourent.
‘Enfin nous voici au col du Capella, petit sentier qui tra-
verse le roc de Balesou: une halte ici est nécessaire, car
nous sommes dans le cénomanien. En peu de temps notre
récolte fossilifère est faite, et en descendant, nous récoltons
encore l'Orbitolina plana, et plus bas l'Orbitolina lenlicularis.
Nous continuons notre course vers la Source salée. Quel
changement de décor ! Autant le côté sud que nous venons
de parcourir est abrupt et aride, autant le côté nord est cou-
vert d’une végétation luxuriante. Nous descendons sous un
dôme de verdure formé par l’enchevêtrement des hèêtres :
des mousses et des fougères tapissent le sol que viennent
égayer des Dentaria pinnala en fleurs. |
Les sources de la Salz naissent à 200 mètres d'altitude et
torment la rivière de ce nom. Bon nombre de personnes,
nous dit-on, viennent y puiser de l’eau afin de se procurer
le sel nécessaire pour leur ménage.
Autrefois les gens de Sougraigne en retiraient du sel
qu'ils vendaient dans la contrée. Pour ce motif, les sources
étaient l’objet d’une active surveillance de la part des pos-
sesseurs de la ferme des gabelles, qui y avaient établi un
poste en vue d'empêcher les paysans d’alentour d'utiliser
ces eaux. Quand les évènements rendirent cette surveilance
plus difficile, on s'y prit d’une autre façon pour priver d’eau
salée les habitants du pays. En 1790, la plus grande source
fut comblée par les employés de la ferme préposés à sa
garde. De sorte qu’elle n’a plus aujourd’hui ni bassin, ni
cours déterminé, et sourd çà et là à travers un terrain
boueux, d’une couleur noirâtre, où nous récoltons de nom-
breux cristaux de quartz bipyramidés. Plus haut, sur une
butte, nous voyons, toujours avec des cristaux, quelques
morceaux de gypse. Ce qui nous fait supposer que, comme
aux environs du Bézu, nous sommes dans le frias. Quoique
nous n'ayons pas d’entomologiste avec nous, je signalerai
la récolte de coléoptères que nous fimes, dans le pré qui
domine les sources, et dont je puis donner les noms grâce
aux déterminations de M. Gavoy
Cicindela campestris. Chlænius fulgidicollis.
Carabus cancellatus, type et variétés. Ateuchus laticollis.
Pæcilus dimidiatus. Geotrupes vernalis.
Harpalus rubripes. Hoplia cœrulea.
— #9 —
À dix heures, nous étions à Fourtou, petit village situé
sur le ruisseau de ce nom. Après avoir déposé nos sacs à l’hô-
tel Cros, nous nous dirigeämes vers les cascades qui se trou-
vent à 1200 mètres en aval. Quel ravissant tableau ! Les eaux
du ruisseau tombent d’une hauteur d'une centaine de mètres
à travers une végétalion luxuriante. Plus bas, à travers les
arbres, on distingue noyées dans la verdure les ruines d’un
moulin. A droite d2scend de la même hauteur le ruisseau
du moulin qui prend sa source non loin de là. Il glisse
sur une roche lisse. Ses eaux claires se changent en écume
dans un passage très brusque, et rebondissent à mi-hauteur
comme deblancs flocons de neige. Fatigués par notre longue
course du malin nous ne descendons pas jusqu’au fond de
la chute. L’année dernière, guidé par notre ami M. Allard,
nous y parvinmes, Là aussi, le spectacle est magnifique. le
lit du ruisseau est formé d’un chaos au milieu duquel nais-
sent plusieurs sources.
C’est là encore que se trouvent les trois grottes que j'ai
déjà signalées dans une de nos séances. La première est sur
Ja rive droite du ruisseau, à 62 mètres de la chute. Son ouver-
ture est de 2 m. 50 de haut sur 2 m. de large. Elle est for-
mée d’un couloir S.-N. qui va en se retrécissant, et n’est
plus, à partir d’une certaine distance, qu’un boyau de
0,70 sur 0,90. On la dit longue de 300 mètres. Elle
porte le nom de Grotte des Surcières. "D'après les gens du
_pays, en temps d'orage, on entend sortir des mugissements.
Lors d’une précédente visite nous nous sommes expliqué ce
phénomène. La grotte doit avoir une seconde ouverture par
où elle reçoit les eaux de pluie. Or, comme le sol a une pente
assez forie et accidentée, le rebondissement des eaux produit
ces bruits que l’imagination populaire a attribués à des sor-
cières. La preuve la plus concluante que cette. grotte livre
passage aux eaux de pluie c'est que le sol en est lavé.
En face et à 20 mètres au dessus de la route qui va à Mou-
thoumet, se trouve la Grotte du Saut. Son orifice de 1 m. 20
— #9 —
sur o m. 80 va s’élargissant jusqu'à 1 m. 95, et se trouve
soudain comblé par un éboulement. Le jour de l’excursion
notre dévoué collègue, M. Malet, y trouva une partie de
maxillaire humain empâté dans une stalactite, ce serait donc à
une grotte sépulcrale que nous aurions à faire. Nous nous
proposons de la fouiller dès que nous en aurons le loisir et
de faire connaître le résultat de nos recherches.
Enfin, toujours sur la rive gauche, et à 200 mètres en
amont, se trouve la Grotte de l'Embarrado : c’est un long boyau
de 1 m. 80 sur 0,60 creusé dans le turonien. Elle est très
curieuse par les hippurites qui en tapissent les parois, On y
a trouvé deux haches .en pierre polie.
Midi sonne, c’est l'heure du déjeuner. Nous nous rendons
à l’hôtel, dont le patron, M. Joseph Cros, est un de nos
collègues, disons plutôt un ami.
La fin de notre programme indiquait : visite des ruines du
château, dolmen, fossiles du turonien. Que de travail et nous
avons si peu de temps devant nous ! Et puis on vient de
déjeuner. c’est tout dire. Malgré cela les plus dévoués vont
visiter le château. On y voit de grands murs sur une éten-
due d’une centaine de mètres. Par qui a-t-il été habité?
Qui a rasé ses murs? Un habitant du pays nous dit que
‘c'est Les Casleillasses et c'est tout. Si nous étions un peu plus
autorisé en archéologie, nous dirions que c’est du wisigo-
thique ; c’est bien la construction en petit appareil. A d’au-
tres mieux versés que nous dans cette science de résoudre
la question. |
Le dolmen se trouve à quelques mètres à gauche. La dalle
supérieure a 4 mètres sur 6 et ne repose plus que sur un
seul pied. | |
L'heure du départ a sonné. Nous remontons en voiture et
nous arrivons à 4 heures à Sougraigne, localité classique
pour les géologues. À 5 heures nous sommes à Rennes, où
nous faisons une halte de quelques minutes pour serrer
la main aux nombreux amis que nous y avons et à 9 heures
— 54 —
nous rentrons à Carcassonne, enchantés de l’emploi de nos
deux ; jours de vacances. |
Fossiles récoltés dans le :
. SÉNONIEN TURONIEN
Janits quadricostata d'Orb. Nautilus Sp. ?
Spondylus spinosus Sow. Ammonites varians d'Orb.
Ostrea vesicularis Lm. Trochus Sougraignensis d’'Arch.
Tellina fragilis d'Arch. Natica lyrata Sow.
Crassatella regularis d'Orb. Rostellaria pyrenaica d'Orb.
Rostellaria pyrenaica d'Orb. Phaladomya ligerensis d’Orb.
Natica lyrata Sow. Astrea Sp.?
A. FAGES.
EXCURSION
Du 30 Juin 1907
LA
À SAINT-DENIS ET SAISSACG
Dans la Montagne-Noire
Par M. Germain SICARD
PROGRAMME OFFICIEL
h. 45 matin. — Rendez-vous boulevard de la Préfecture devant l'an-
cienne gendarmerie.
6 h. — Départ en voiture.
9 h. 30. — Arrivée à Saint-Denis sur le Lignon. Visite du village et
de ses abords. — Les prairies. — Herborisation. — Entomo-
logie.
12 h. — Diner.
2 h. soir. — Départ en voiture pour Saissac, sur la Bernassonne. —
Visite des ruines du château. Menhir.
5 h. — Départ de Saissac.
8 h. — Arrivée à Carcassonne.
Cotisation : 3 fr. 25 pour les Sociétaires.— Vivres dans le sac.
RÉCIT DE L’EXCURSION
Carcassonne, 30 juin 1907, 6 h. du matin.
Quelques légères gouttes de pluie, filtrant à travers la
luxuriante frondaison des platanes de nos boulevards,
avaient jeté comme une appréhension d'inquiétude sur
notre départ. Menaces vaines, à cette heure matinale, aga-
çantes provocations de la nature, à présent dans tout son
éclat, et qui se parant de fleurs irisées pour mieux accen‘
tuer ses charmes, semblait nous repousser tout d'abord, pour
nous mieux séduire ensuite, et tout à l’heure nous favo-
— 56 —
risera de ses plus gracieux sourires, justifiant l’antique
adage : « Pluie du matin n’est pas journalière » (1).
Maintenant nous filons allègrement dans un vaste break
au trot cadencé de trois solides chevaux, fuyant la ville, ses
rues étroites et ses miasmes matinaux, aspirant à pleins
poumons l’air vivifiant de la campagne.
Nous dévalons sur la route de Pennautier, moëlleusement
enveloppés dans nos chaudes couvertures, regardant dans
un doux bien-être de rêverie se déployer sur notre droite
les interminables files de peupliers qui bordent les rives du
du Fresquel. Emergeant d'une buée d’une douteuse diapha-
néité, leurs tiges grèles et élancées semblent de vraies per-
ceuses de ciel ; de vagues et blanches vapeurs, filles du
malin, errantes des airs, s’accrochent parfois à ces fières
hampes comme si elles voulaient leur servir de drapeau, et
envelopper de leur gaze légère l’essaim tourbillonnant de leurs
feuilles vertes qui paraissent, à celte hauteur, papillonner
dans l’éther; mais au contact de la flèche aigue. elles se
déchirent en lambeaux et vont s’évanouir dans l'azur. Les
paysages entrevus dans ce brouillard matinal se teintent de
fantastiques et changeantes nuances, les images sont défor-
mées. les contours indécis, les distances confondues, \mais
bientôt des rayons plus vifs les colorent, les traits de feu par-
tis du char d’Apollon dissipent soudain toutes les appa-
rences chatoyantes et trompeuses, pour éclairer d’un vif et
réel éclat la contrée que nous allons parcourir.
Nous avons maintenant quitté la vallée où sur de riches
alluvions verdoient d’opulentes cultures, au milieu desquelles
serpentent languissament les eaux limpides du Fresquel.
Nous obliquons à présent vers le Nord. La route, jusqu'ici
à peu près plane, accentue la déclivité de ses courbes et nous
attaquons les premières croupes de la Montagne-Noire. L'as-
pect du pays se modifie déjà avec la nature du sol. Ce n’est
(1) On dit aussi : « Pluie du matin, n’effraie pas le pèlerin -».
| — 57 —
pas encore la montagne, la vraie montagne, la montagne
avec sa chevelure de hêtres et ses pieds de granit, mais ce
sont déjà les ondulations prononcées. les céréales succédant
aux vignes, des rochers calcaires émergeant deci delà dans
les cultures et au bord du chemin. Derrière nous l'horizon
se révèle, vasle encore, nous permeltant de voir ce que
nous venons de quitter, mais tout nous fait pressentir que
notre route encaissée dans d’étroits vallons ne nous lais-
sera plus revoir que des hauts plateaux les riches plaines
que nous venons d'abandonner et que nous ne contemple-
rons plus qu’encadrées dans les lointains vaporeux d'un
admirable panorama. |
La nature essentiellement calcaire du terrain qui nous
environne se manifeste de plus en plus par sa flore composée
de buis, de cistes, d’ajoncs et autres plantes calcicoles, par
ses roches qui montrent sur leurs parois d’inombrables tra.
ces d’alvéolines et de nummulites. Nous sommes en effet ici
en plein terrain nummulitique, débaptlisé aujourd’hui par
les néogéologues qui, comme les conseillers municipaux
néostyle, mettent leur gloire à changer les noms. (Ïl n’y
aurait plus de honte aujourd’hui à prendre le Pirée pour
un nom d'homme). |
Ce terrain ‘est maintenant le Lutétien inférieur ou Ypres-
sien, marqué sur la nouvelle carte géologique par les
letires e, a e,;, comme Îles angles des figures géométriques.
Mais les falaises bleuâtres mouchetées de points blancs
qui nous environnent restent toujours pour nous les vieilles
roches nummulitiques et en dépit des nouvelles détermina-
tions nous saluons en passant l'antique calcaire de Ventenac.
Nos équipages vont lentement sur cette route toujours mon-
tante. Nous en profitons, au voisinage d'Aragon, pendant
que les voitures décrivent une courbe en lacet, pour dégour-
dir nos jambes et accélérer le jeu de nos poumons par
quelques- instants de marche : les botanistes auront ainsi
tout loisir pour recueillir des plantes, pendant que leurs
)
— 58 —
collègues cheminent en devisant gaiemeut. Nos deux véhi-
cules doivent nous rejoindre à Aragon que nous allons
atteindre plus rapidement qu’eux par un chemin de traverse.
Le village d'Aragon (1) offre aux yeux du touriste l’aspect
le plus pittoresque. Orienté au Midi, toutes Les fenêtres de ses
maisons groupées en amphithéâtre sont largement ouvertes
comme pour sourire aux rayons d'un bienveillant soleil. Ce
ne sont plus déjà les habitations de la plaine dont les ouver-
tures craintives ne laissent, en cette chaude saison, pénétrer
que par une étroite fissure les rayons étincelants de l’astre
du jour. On sent qu'ici l'atmosphère est plus fraîche, l’air
plus pur et plus vif et que la chaleur de Phébus vivifie sans
brüler.
La route traverse le village. C’est Dimanche, les habi-
tants du lieu ne sont donc pas occupés aux travaux des
champs ; sous leurs habits de fête ils nous regardent curieu-
sement passer. Passer est le mot, car nous traversons Ara-
gon sans même visiter l’église, en remarquant seulement
sur une place une eroix en pierre sculptée, paraissant dater
de l’époque de la Renaissance.
La route s’élève en contournant le village et nous passons
bientôt devant les antiques remparts qui se dressent au nord
d’Aragon sur de hautes falaises nummulitiques. On remar-
que encore des tours et des restes de défenses, dans les-
quelles s'ouvrent des fenêtres d'habitations particulières.
La forteresse qui protégeait jadis Aragon, construite sur un
mamelon isolé, était fort bien placée et sa situation en faisait
un point inexpugnable. Son origine est fort ancienne,
(1) Aragon, 465 hab. en 1893. Carte du Ministère de l'Intérieur. —
604 hab. en 1875. Géographie de l'Aude, de Ditandy.
En consultant le Dictionnaire des Communes de l'Aude, la ——
du département de l'Aude, par A. Ditandy (18%5)-et en se rapportant
au chiffre des habitants inscrits sur la carte du Ministère de l’Intérieur
datée de 1893, on constate dans tous les villages de la Montagne-Noire,
comme à Aragon, une diminution notable de la population. |
— K9 —
puisqu'il en est dèjà question en 1126, époque ou Guillau-
me Roger d'Aragon prêta serment de fidélité à Bernard Aton
comte de Carcassonne (1). Plus tard, en 1269, Pierre d’Ara-
gon, restant fidèle au Saint-Siège, se joignit à Simon de
Montfort pour s'emparer des châteaux de Montréal et de
Fanjeaux. Mais ces antiques remparts ont pendant de longs
siècles subi d’incessantes transformations et ne conservent
plus aujourd’hui que quelques traces de l’architecture mili-
taire des xvr° et xvn° siècle.
Avant d'atteindre Aragon nous avons franchi le cours du
Trappel que nous laissons à notre gauche. Nous traversons
une étroite bande de Sparnacien et arrivons jusqu’à Fraisse-
Cabardés dans le terrain désigné aujourd'hui sous le nom de
Montien.
__ Fraissé-Cabardès (2) est également une très ancienne loca-
lité qui existait dès le 1x° siècle, et fut donnée par Charles
le Chauve à Oliba. comte de Carcassonne. Depuis, les évé-
ques de ce diocèse en ont conservé la seigneurie jusqu’en 1789.
_ La route en lacets traverse et contourne le village. Du reste,
rien d’intéressant à y voir, l'église ne renferme rien de
remarquable et il ne subsiste plus que quelques pans de
murs de l’ancien château féodal.
Les quelques kilomètres qui nous séparent de Brousses ne
prennent que quelques instants, et à 9 heures nous l’aper-
cevons sur notre droite. Brousses a jadis été un centre indus-
triel assez important. Les eaux vives et abondantes de la
(4) Manu, Tom. I. p. 46.— On a découvert près d'Aragon, en défon-
çant un champ appartenant à M. le baron Peyrusse, une plaque de
marbre ainsi décrite dans le Cartulaire sus-nommé :.V(ivens), L(ucius),
Cornel(ius). — Sibi et Rutiliæ Exorat (æ). — Ce morceau de marbre
était au fond d’une tombe formée de tuiles à rebord (mss de M. Mariane,
géomètre en chef du cadastre. Cabinet de M. Cros-Mayrevieille), — II
existe probablement un menbhir dans le territoire d'Aragon puisqu’un
de ses tènements porte le nom de Peiro-plantado.
(2) Fraissé-Cabardès, 240 hab. en 1893. — 292 hab, en 1875.
— 60 —
Dure, coulant sur l’imperméable sol granitique, actionnaient
plusieurs usines où l’on fabriquait du papier et du carton
pour emballer les draps que de nombreuses manufactures
confectionnaient alors à Carcassonne et dans les environs.
On remarque aussi à Brousses une exploitation agricole
appelée le Chälet qui témoigne de l'esprit inventif et prati-
que de son créateur, M. Benoît Journet qui, en 1855, utilisa
les eaux de la Dure après leur emploi comme force motrice
pour irriguer des terrains jusqu'alors incultes, et qui bien
nivelés et bien disposés purent, malgré la nature du sol et
le peu d'épaisseur de la couche arable, donner des reve-
nus satisfaisants.
Aujourd'hui Brousses. (1) a bien perdu de son ancienne
activité industrielle et le nombre de ses usiues et de ses
moulins est bien réduit. Au x° siècle la communauté de
Brousses existait déjà et passa en 934 du pouvoir du comte
de Carcassonne, Acfred II, à celui des religieux bénédictins
de l’abbaye de Montolieu qui en jouirent jusqu’en 1789. On
voit encore, non loin du village, les ruines d’un château
appelé le Pescaïras (2) et qui fut, dit-on, l’antique habitation
des moines, possesseurs et seigneurs de Brousses.
Les eaux de la Dure coulent sous d’épais ombrages. im-
prégnés de toute la fraîcheur spéciale aux terrains graniti-
ques : aux alentours de ses rives des ruissellements de sour-
ces sourdent à chaque pas. Un pont élevé sur une courbe
de la rivière, en face d’une usine, nous permet d'accéder à
la rive opposée et en quelques minutes nous arrivons à Vil-
laret, annexe de Brousses.
Le hameau de Villaret, qui ne comprend que quelques
feux, eut jusqu’en 1792 son existence propre : il appartenait,
comme Brousses, à l’abbaye de Montolieu et nous voyons
dans une bulle du pape Agapet II en 950 que son église dédiée
(1) Brousses et Villaret : 393 hab. en 1893, Carte du Ministre de
l'Intérieur. — 450 hab. en 1875, Géographie de l'Aude, par Ditandy.
(2) Mauuz : T, IV, p. 406.
— 1 —
à St-Etienne était du nombre des possessions confirmées à
cette abbaye (r).
Nous passons rapidement au milieu des humbles demeu-
res pittoresquement dispersées à gauche et à droite du che-
min et entourées de jardins‘et de pâturages et nous voici
bientôt sur les bords du Lignon.
Nous traversons le cours d’eau en amont d'un moulin (2) et |
en aval d’un domaine précédé d’un parc ombragé d'arbres
séculaires, Autour de nous, tout est verdure et fraicheur, et
le murmure puissant des eaux bondissantes se mêle au doux
susurrement du feuillage agité par la brise.
Nos voitures s’arrêtent et nous descendons pour gravir
pédestrement les quelques centaines de mètres qui nous
séparent de St-Denis,
Un guide aimable et érudit (3) habitant la ville, mais ayant
ses pénates à Saint-Denis. nous attendait là pour nous faire
les honneurs de son pays natal, et nous montrer cetle
curieuse disposition de quadrilatères. séparés par de larges
avenues rectilignes, qui caractérise si originalement le ter-
ritoire de Saint-Denis (4). Tandis que les botanistes, les
amateurs de pittoresque et les dames et demoiselles, qui
savent si bien par présence assurer un attrait si séduisant à
nos excursions, se dispersaient par groupes dans les allées
ombreuses, les archéologues, la boussole et le décamètre à
la main, mesuraient la largeur des allées qui, après avoir
formé les rues du village se prolongent dans la campagne et
étudiaient l'épaisseur el le mode de construction des murs
d'enclos, celle des maisons et du vieux château.
(4) Maauz : T. IV. p. 407.
(2) Moulin de Viste et domaine de Roque-Nègre.
(3) M. Durand, professeur en retraite du Lycée, qui le premier a
remarqué l'importance et l'antiquité des alignements de Saint-Denis.
{Voir Bull. de la Soc. d'Et. Sc. de l'Aude, T. XIX. Séance du 17 février
1907).
(4) Saint-Denis : 453 hab.
4e
— 62 —
Le village de Saint-Denis offre en eflet un aspect tout par-
ticulier et tout diftérent de ses congénères de la Montagne-
Noire. Si l’on examine une carte quelconque, soit celle de
l’Etat-major au 80/1000 (feuille 243 Carcassonne), soit celle
du Ministère de l'Intérieur au 100/1000° (feuille 16 Castelnau-
dary), on est tout de suite surpris en voyant le quadrillage qui
enserre cette localité, quadrillage que l’on chercherait vaine-
ment sur les autres parties des cartes de l’Aude, de l'Ariège,
de la Haute-Garonne et du Gard où l’on voit d'anciennes villes
et d’antiques bastides, comme Carcassonne, Mirepoix, Revel,
Aiguesmortes, avec leurs rues tracées à angle droit, mais
nulle part on ne trouve le quadrillage de St-Denis, qui
dénote certainement une idée particulière, une préoccupa-
tion des auteurs de la carte. Nulle part aussi on ne trouve
dans ces antiques cités des voies larges de 8, 10 et 12 mètres.
Les rues de ces vieilles bastides sont, en effet, toutes assez
resserrées, elles ont tout au plus 4 à 5 mètres de largeur, si
nous tenons comple de celles qui n’ont pas été élargies : et
si nous considérons la façon de bâlir aux xiv° et xv° siècles
avec étages à encorbellements, nous pouvons affirmer
que les faiseurs de plans de ces cités n’eurent jamais en
vue les larges proportions, l'idée d’aération, de grandiose,
que pouvaient avoir ceux qui ont tracé les avenues de Saint-
Denis.
Evidemment, à l’aspect de ces voies si larges, une pensée
surgit dans l’esprit de l'observateur. celle des vastes propor-
tions et des splendides aspects, qu'aimaient les architectes
et les géomètres romains : mais ici un obstacle nous arrête,
car si les avenues de Saint-Denis présentent des proportions
de largeur vraiment romaines, le peu d'’élendue de la
surface des rectangles qu’elles enserrent nous donne à
réfléchir. Plus loin, il-est vrai, les limites qui s’étendent dans
la campagne et qui se profilent sur celles du village attei-
guent de plus vastes dimensions, mais pour conclure de là
à une division de terrains établie par les arpenteurs romains,
»
. | PU EEE
surtout pour les terres attribuées aux colons (ager divisus
adsignatus coloniarum), nous nous heurtons à de nombreuses
difficultés, notamment à l’étendue des surfaces parcellaires.
Si nous étudions, en eftet, la manière de procéder des
géomètres romains, décrites par les gromalici veteres (1), les
travaux de M. Schulten (2), et le savant mémoire de M. Tou-
tain (3) sur -le cadastre de l'Afrique romaine, nous appre-
nons que les carrés ou rectangles appelés centuries avaient
de 704 à 710 mètres de côté, et ces côtés étaient orientés
sur deux lignes de base, le Decumanus maximus allant de
l'Est à l'Ouest et le Kardo maximus allant du Nord au Sud.
Remarquons en passant que les avenues de Saint-Denis sont
orientées dans ce sens. Seulement les rectangles que nous
trouvons ici n’ont que 65 à 70 mètres ou 70 à 75 mètres de
côté. Serait-ce des divisions ou des subdivisions de
centuries ? Serait-ce des scamna ou des strigæ, rectangles
dont le plus grand côté était soit du côté du Decumanus
maæimus, soit du côté du Kardo maximus et dont je n’ai pas
trouvé les dimensions dans les auteurs ? C’est ce que nous
ne pouvons dire, nous bornant à constater les faits. Il est
toutefois certain que si l’on se place sur un point élevé, et
si l’on porte ses regards sur la partie du territoire de
Saint-Denis qui s'étend au sud vers Montolieu, on distingue
encore très bien des lignes de division indiquées soit par
des files d'arbres, des haies ou de petits murs, et embras-
sant des surfaces bien plus grandes que celles des enclos du
village. Le peu de temps que nous avons passé en ces lieux
ne nous a pas permis d'apprécier d’une manière plus
approfondie la disposition de ces surfaces.
(1) Gromatici veteres : Ed. Lachman et Rudorfi.
(2) M. ScuuLTen. — L'arpentage romain en Tunisie. (Bull. Arch. du
. Comité des Travaux hist. 1902). |
(3) TouTain. — Le cadastre de l'Afrique romaine. Paris, Imprimerie
Nationale, 1907.
pi —
Il faut d'abord tenir compte des différents modes de cons-
truction des bâtisses qui forment l'ensemble de Saint-Denis.
Les murs de clôture très épais qui bordent les larges voies.
sont bâtis en pierre sèche, le vieux château qui rompt leur
alignement en retrécissant considérablement les rues qui le
bornent au nord et sud et qui leur est certainement bien pos-
térieur, est solidement construit à pierre et à chaux, enfin les
maisons relativement anciennes sont bâties en pierres schis-
teuses et granitiques reliées par de la terre batlue. (Ne par-
lons pas des constructions modernes édifiées suivant le mode
actuel).
Donc, tout en admettant la création d’une bastide à Saint-
Denis au .xm1° siècle, nous pouvons déduire, en étudiant les
différentes bâtisses, que les avenues et leurs murs sont anté-
rieurs à la fondation du château qui en rompt l’alignement
et que cependant la plupart des maisons ont été édifiées en
conservant l’ordre du plan primitif. Rien ne nous empêche
de supposer que cette première disposition est due aux
romains. |
Il n’y aurait rien d'étonnant à ce que ces habiles conqué-
rants aient installé une station militaire dans cet endroit si
propice, appuyé sur deux cours d'eau. dominant une
immense étendue de pays, et d’où l’on pouvait ‘suivre de
très loin les mouvements de troupes en marche, correspon-
dre par des signaux avec les postes disséminés dans la plaine
ou sur les montagnes opposées, et enfin se porter rapide-
ment à la défense des cols voisins qui font communiquer le
versant Méditerranéen avec celui de l’Océan.
L’emplacement de Saint-Denis n'’aurait-il pas élé ainsi
utilisé comme position stratégique, et ses division( re£tan -
gulaires ne marqueraient-elles pas les derniers vestiges
d’un camp permanent avec sa place centrale etses sept russ
divisant les cantonnements des différentes armes (1). les lots
(1) Dict. des antiquités grecque et romaine. Castrum, p. 120.
=,
de terres plus grands s'étendant dans la campagne d'une
rivière à l’autre, environ 2 kilomètres et très loin au nord
et au sud (10 kilomètres), étant les parcelles de terres
cultivables destinées à approvisionner dans une certaine
mesure les troupes stationnées en ces lieux. Et l'hypothèse
d'une colonie romaine dans cette position se trouve corro-
borée par les lignes suivantes que nous trouvons dans
l'Histoire des Romains de V. Duruy(r). « L'ancienne colonie
romaine n’était véritablement qu’une garnison, envoyée sur
les terres de l’état et, comme Machiavel la nomme, une sen-
tinelle (2). Elle ne s'établit pas au hasard dans les contrées
les plus fertiles (3), sur les bords d’un fleuve. en face d’un
port. Elle a pour but non sa prospérité, mais la garde d’un
territoire. Au lieu de bâtir une ville à son choix, elle occupe
en des gorges étroites, sur des montagnes escarpées, de
vielles cités enceintes de bonnes murailles et qui comman-
dent au loin le pays. L’agrimensor, parti de Rome avec les
colons en armes, tous vieux soldats, leur partage les mai-
sons comme les terres ».
Reclus, dans sa nouvelle Géographie universelle, nous
cite un exemple de terres divisées qui pourrait s'appliquer
sous certains rapports aux alignements rectangulaires de
Saint-Denis. « Il subsiste encore des traces de délimitation
faites par les agrimensores. En suivant la voie Emilienne
entre Cesena et Bologne, de même que, çà et là, dans Île
Modenais et le Parmesan, le voyageur est tout surpris de
voir des cheminots égaux, tous parfaitement parallèles, équi-
distants et perpendiculaires à la grande route. Ils sont tous
coupés à angles droits par d’autres routins également régu-
(4) V. Duruy. — Hist. des Romains, T. I. p. 375.
(2) Le mot est vraiment de Cicéron. Dans le Pro Fontein, il appelle
Narbonne specula populi romant et propugnaculum (aut supra).
(3) Tacite dit que les colons se plaignaïient de la mauvaise qualité
des terres qu'on leur attribuait et qui étaient stériles et remplies
d’ajoncs. | |
= 'QÙ
liers, de sorte que les champs ont exactement la même
surface. Vues des contreforts des Apennins, ces campagnes
ressemblent à des damiers de verdure ou de récoltes jaunis-
santes, et les cartes détaillées prouvent qu’en effet le sol
de ces districts est découpé en rectangles d'une égalité
géométrique, ayant 714 mètres de côté et près de 5r hecta-
res de superficie. Or, ce carré est précisément la centurie
romaine, et Tite-Live nous apprend que toutes ces terres,
après avoir été arrachées aux Gaulois, furent mesurées,
cadastrées et partagées entre les colons romains. Il est donc
hors de doute que ces réticules si réguliers de chemins, de
canaux et de sillons, datent de vingt siècles et sont bien
l’œuvre des vétérans de Rome ». (1)
Après avoir lu les lignes ci-dessus et en examinant la
carte d'une colonie romaine, figurée page 376, T. 1, de
l'Histoire des Romains, de M. Duruy, on est frappé : 1° De
l'étendue considérable de la surface de terre attribuée à
. chaque colon, près de 5:1-hectares, d’après Reclus, ce qui,
de nos jours, représente une assez grande propriété deman-
dant à être exploitée par un personnel relativement impor-
tant, et qui paraît être bien considérable pour avoir été
attribuée à un seul colon ; 2° On se demande comment les
divisions primitives, en admettant qu'elles aient été au
début toutes égales, ne se seraient pas sectionnées et
amoindries ensuite par suite de partages ultérieurs, prove-
nant de cessions. de ventes ou d’héritages, mais toujours
divisées régulièrement en portions rectangulaires par les
Agrimensores, la nue propriété restant toujours apparte-
nance de l'Etat ; 3° Enfin, nous voyons, en examinant la
carte de M. Duruy, que les parcelles, en conservant leurs
angles droits, sont de dimensions bien diverses, ce qui est
absolument pareil pour les divisions du territoire de Saint-
Denis. Malgré tout cela nous ne pouvons nous hasarder qu'à
(4) Reczus. — Nouvelle Géographie Universelle, T. I, p. 344.
RE
émettre des hypothèses. Les documents anciens, les preu-
ves, les sources nous manquent et ce n’est qu’à partir de
Philippe-le-Bel (1307) que nous pouvons reconstituer l’his-
toire écrite de Saint-Denis (1). Nous ne trouvons d'autre
indice de l'occupation romaine que dans la découverte
fortuite, faite il y a déjà quelques années, d’une tombe,
avec briques à rebords, où, à côté d’un squelette, on
recueillit une lampe romaine à 3 becs (2).
Il est vrai que nulle fouille sérieuse n’a été encore faite
dans ces parages, et que cette région n'a jamais été bien
étudiée. Peut-être ces quelques lignes. modestes et hasar-
deuses appréciations, parvenant jusqu'aux savants archéo-
logues qui s’appliquent à faire la lumière sur les anciennes
civilisations, leur feront-elles tourner les yeux de ce côté et
les engageront-elles à venir résoudre sur place et avec certi-
tude cet intéressant problème.
Mais laissons pour un moment les questions archéologi-
ques, car nous voici tous réunis devant la porte da l’hôtel
Septours où ont remisé nos équipages. A notre grand
regret, nous allons nous séparer de nouveau pendant l'heure
du diner.
Qu'est devenu le temps où nous nous échappions de la
ville pour goûter le plaisir d’un déjeuner champêtre, et où
tous, réunis à l'ombre verdoyante d’un arbre séculaire, ou
sous l’arcade d’une mystérieuse grotte, nous disposions
Joyeusement nos vivres du sac sur l'herbe touffue, ‘souvent
près d’une source d’eau vive, et prenant pour table une
pierre grossière, passions gaiement le temps du repas au
milieu des rires et des joyeux propos. C'était alors que
s'élaboraient en commun les projets pour des courses nou-
velles, que l'on se rappelait les incidents des précédentes,
que l’on recevait par acclamätion de nouveaux collègues :
(1) Mau : T. IV. p. 460.
(2) Bull. de la Soc. d'Et. sc. de l'Aude (Séance du 17 février 1907),
_— 68 —
enfin, comme l’on dit vulgairement, que l’on se faisait pour
longtemps une provision de bon sang. Ajoutons à ‘cela le
profit que chacun retirait scientifiquement en écoutant le
récit des trouvailles et des remarques faites dans la matinée
par les naturalistes, les archéologues et autres chercheurs.
Cet heureux temps n’est plus, et c’est avec regret que nous
voyons depuis quelques années les porteurs des vivres du
sac, fidèles au programme officiel, s’en aller en petit nom-
bre déjeuner mélancoliquement à l’ombre d'un vieux mur,
ou sur le coin d’une table de café, tandis que leurs collègues
vont triomphalement dans une auberge jouir à table d’hôte
de tout le confort des commis voyageurs. Cela crée, d’une
manière regrettable. deux catégories d’excursionnistes. Le
programme devrait être suivi à la lettre, tous ensemble pour
le repas, soit à l’hôtel, soit en plein air, ainsi pas de sur-
prises désagréables et pas de catégories.
Pour cette fois les rôles ont été bien intervertis, et la gra-
cieuse et copieuse hospitalité qui nous fut offerte par notre
aimable guide, M. Durand, valait certes bien mieux
qu'un repas d’auberge, et si une seule chose manqua à notre
déjeuner, accompagné des délicates attentions de notfe am-
phytrion, ce fut la présence de nos collègues (1). |
Assis sur des sièges rustiques, à l'ombre d’une véranda
enguirlandée de feuillage, nous pümes contempler, en
savourant de délicieuses fraises des bois et en dégustant les
vins généreux de notre hôle. l'ensemble splendide que déve-
loppait à nos pieds l'aspect de toute une vaste contrée, de-
puis la base de la Montagne-Noire, la région de CasteÏlnau-
dary, le territoire de Carcassonne, les collines du Minervois
(1) En outre des remerciements que nous devons à M. Durand pour
son sympathique et bienveillant accueil, je tiens à le remercier parti-
culièrement ici de tous les renseignements qu'il a bien obligeamment
voulu me donner sur Sainf-Denis et qui ont contribué à me docu-
menter pour composer ce récit (Vote de l'auteur),
— 69 —
jusqu'aux puissantes ondulations des Corbières, s'allongeant
jusqu'aux cimes neigeuses des Pyrénées, tandis qu’à l'Est
un vague miroitement nous faisait soupçonner la mer.
Le village de Saint-Denis est situé sur un des hauts pla-
teaux de la Montagne- Noire, et son territoire affecte la forme
d’un anticlinal dont les pentes, s’abaissant à l'Est et à
l'Ouest, vont plonger dans les thalwegs du Lignon et de
l’Alzau. Au Sud, la commune confronte celles de Montolieu
et de Brousses, au Nord celles de Lacombe et de Fontiès, à
l'Est Cuxac-Cabardès, à l'Ouest Saissac.
Les terres de Saint-Denis sont relativement très fertiles, si
on les compare à celles des communes voisines ; on y récolte
des céréales, des pommes de terre, et d'excellents pâturages
y nourrissent de nombreux troupeaux (1), des arbres d'es-
sences très variées y croissent en prospérité et d’abondantes
eaux, jouissant, dit-on, en outre de leur agréable saveur, de
propriétés curatives pour certaines affections, y viennent
entretenir une agréable fraîcheur.
Ces eaux sont amenées à Saint-Denis par un immense
réservoir alimenté par les eaux vives de la rivière d’Alzau
et permettant d'irriguer la plus grande partie de ses terres.
Voici les notes qui m'ont été fournies par l'honorable et
érudit M. Durand au sujet de la création de ce vaste bassin :
« Le 8 Mars 1817, une ordonnance royale autorise la cons-
truction de digues et de chaussées nécessaires pour retenir
les eaux destinées à l’arrosage des prairies dépendant da la
commune de Saint-Denis. Cependant, la construction n'eut
pas lieu à cette époque, faute de fonds probablement. Le
5 Mai 1820, le Conseil municipal renouvelle sa demande en
autorisation de construction, et le bassin fut construit. Il
- fut exhaussé en 1852 ».
(4) Les communes où l'élevage de la race bovine est le plus impor-
tant dans l'Aude sont : Saissac, Saint-Denis, Fontiès-Cabardès, Brous-
ses et Cuxac (Géographie de l'Aude, par Ditandy, p. 105).
— T0 —
Nous trouvons en outre, sur le Cartulaire de M. Mahul,
que ce réservoir fut établi, d’après les plans de l'ingénieur
Geoffroy, sur le cours supérieur de l'Alzau, et que ce barrage
de retenue pouvait tenir en réserve 180,058 mètres cubes
d’eau. Par l’exhaussement du barrage, la quantité de liquide
retenu est actuellement portée à 304,000 mètres cubes.
Aussi tous les environs de Saint-Denis ressemblent-ils à
une vaste et verdoyante prairie, gigantesque émeraude
taillée à facettes par ses égales divisions, lac de verdure par-
semé d’ilots, qui sont des hameaux et des campagnes, pres-
que tous édifiés sur les lignes primordiales qui s’étendent en
réseau sur toute cetle région.
Parmi ces hameaux et ces constructions nous ne saurions
passer sous silence les Tours nègres ou Tours de Constans (1).
À quelle époque pouvons-nous faire remonter la fonda-
tion de cet appareil de défense? Est-il romain ou simple-
ment roman? Toujours est-il que le plan de cet édifice, sa
position, la forme de ses ouvertures et sa disposition d’en-
semble semblent devoir lui faire attribuer une origine très
reculée.
C’est dans une gorge étroite de l’Alzau, à 2 kilomètres
-environ en aval de Saint-Denis, entre deux berges escarpées,
abondamment boisées de chênes-verts, dont la sombre
verdure accentue encore l’aspect sauvage et solitaire de ces
bords, que se dressent sur une roche altière les fières et
noires murailles du vieux donjon. Le roc sur lequel repo-
sent les antiques fondations s’élance verticalement sur la
rive gauche du torrent et présente de ce côté une face inac-
cessible. La porte d'entrée de la forteresse s’ouvre en dehors
des murs sur le bord du précipice: du côté opposé sont
accumulés les moyens de défense. Les Tours nègres se
composent de deux bâtiments carrés disjoints, mais com-
(4) Constans est un hameau distant d'environ 300 mètres des Tours
nègres qui sont comprises dans son territoire.
muniquant entr’eux et appuyés par de fortes tours : celle du
Nord est en forme d’hémicycle, absolument plate du côté
qui fait face à l’abîime ; une tour carrée aux trois-quarts
démolie se dresse encore près de la porte, deux autres exis-
taient encore dont on ne trouve plus que les fondations.
Des meurtrières fortement ébrasées défendent l'accès du côté
opposé à la rivière. Ces vieux remparts mériteraient certai-
nement une étude plus approfondie pour permettre de
reconnaître, au moins approximativement, leur âge. Une
légende du pays prétend qu'il existe un souterrain faisant
communiquer les Tours nègres avec le château de Saissac.
C’est un peu la variante de celle qui fait aboutir les souter-
rains de la Cité de Carcassonne aux châteaux de Lastours.
Mais le moment arrive où il faut repartir, et tous en
groupe devant la façade de l'hôtel, à demi cachée par la
verdure d’une superbe glycine encore parée de ses grappes
de fleurs azurées, nous étudions la seconde partie du pro-
gramme.
Il est décidé que nous irons en voiture jusqu’au hameau
du Cros, sur la rive droite de l’Alzau, et que, laissant là
nos voitures, nous gagnerons à pied Saissac où nous
retrouverons nos équipages.
Nous voilà donc partis, quittant non sans regret cette
charmante localité qui ferait pour les citadins un délicieux
séjour estival, si l’on y ménageait quelques demeures con-
fortables et si l’on y bâtissait quelques pittoresques chàlets.
Nous passons, en sortant du village, devant un beau bâti-
ment moderne que ses attributs extérieurs désignent comme
maison religieuse (1). C’est en effet un couvent, pensionnat .
(1) Le Couvent de Saint-Denis a été établi vers 1855 par M'!° Marie
Nespoulet, qui se fit religieuse et donna tout son avoir pour cette fon-.
dation. Il comprenait au début trois religieuses de l'Ordre de Saint-
Joseph d'Ouillas (Tarn). Ces Sœurs s’occupaient des malades et des
enfants pauvres. Plus tard ce Couvent s’est transformé uniquement
en maison d'éducation (Communication de M. Durand).
= 7 —
de jeunes filles dirigé il y a peu de temps encore par des
religieuses, remplacées aujourd'hui par des maîtresses
laïques. Cet établissement d’une belle apparence paraît fort
bien aménagé et les pensionnaires qui l’habitent jouissent,
dans un local tout neuf, de l’air toujours pur et sain de la
montagne, et de toutes les conditions que réclame l’hygiène
moderne. En face de cet établissement se trouve l’église qui
paraît restaurée récemment ; elle est de style ogival et n'offre
rien de remarquable.
Quelques pas plus loin, sur la gauche, nous ‘voyons la
modeste gare des tramways à vapeur de l'Aude, dont la
ligne va d'ici à Bram. La voie suit toutes les courbes hardies,
toutes les déclivités prononcées de cette contrée montagneuse.
Aussi les convois ne se composent-ils que de deux ou trois
voitures au plus, dans lesquelles les voyageurs sont fort
secoués. Nous traversons bientôt sur un pont hardi l'Alzau,
dont les eaux resserrées dans une gorge étroite se couvrent
d’une blanche écume ; nous sommes à présent sur sa rive
droite et un chemin en corniche nous amène vers le col qui
sépare la vallée que nous venons de quitter de celle de la
Bernassonne.
Nous descendons au hameau du Cros, laissant nos voitures
s’acheminer lentement sur Saissac et nous nous dirigeons
vers les habitations pour demander quel est le plus court
_ chemin pour gagner la ferme de l’Azérou : mais,le Dimanche,
hameaux et campagnes sont déserts; cependant, à nos appels
se présente une avenante jeune fille, parée de ses habits de
fête et prête à partir pour Saissac. Gracieusement elle nous
donne les indications demandées, et nous étonne par sa
sagacité à si bien lire nos cartes et à nous montrer sur celles-
ci le sentier qui doit nous mener rapidement au but.
Notons encoreici l'utilité des progrès de l'instruction qui se
répand aujourd’hui jusqu’au fond des hameaux les plus recu-
lés, et permet aux modestes habitants de ces campagnes de
connaître leur pays d’une manière intellectuelle et non rou-
LI
_— 73 —
tinière comme jadis où souvent l'indication donnée par eux
servait plutôt à égarer le voyageur qu’à le mettre dans la
bonne direction. :
Un étroit sentier se dirigeant vers le nord nous amène
bientôt au milieu de prairies’ émaillées de fleurs, aux plus
diverses et chatoyantes couleurs. Quelle bonne fortune pour
les botanistes, aussi se précipitent-ils vers cet eldorado
scientifique, chaque plante, chaque corolle aux nuances
variées, chaque frondaison nouvelle les attire.
Ces vertes pelouses diamantées semblent pour eux le but
unique de l’excursion et c’est avec regret qu'ils abandonnent
la’ cueillette de ces riches moissons qui auraient si vite
rempli leurs herbiers.
. Le domaine de l’Azérou est vite atteint. C’est une vaste
ferme, aux bâtiments écrasés et entourés de fumiers, comme
beaucoup de leurs pareils dans cette contrée : de grands
arbres les ombragent, de vastes bassins contigus servent à
abreuver les bestiaux et à arroser jardins et prairies. Cette
propriété appartient au bureau de bienfaisance de Saissac
auquel elle fut léguée en 1833 par Madame Bénazet, veuve
Mahul.
Le nom de la campagne de l’Azérou, d’après le Cartulaire
de M. Mahul, viendrait du diminutif patois d’Azerolier,
variété à baie rouge comestible, mais il est plus probable
que ce nom vient d’acer, érable, car il se trôuve beaucoup
d'arbres de cette essence dans les environs (1). Avec peine
nous cherchons âme qui vive dans les bergeries et dans les
étables ; enfin nous avons la bonne fortune de rencontrer
le fermier lui-même, M. Bonnafous, qui, avec la meilleure
grâce, nous guide vers le menhir cherché.
(1) Aserou : les érables à petites feuilles, l’érable de Montpellier et
l'érable champêtre, du latin acer, érable. Ces espèces fournissent un
chauffage de bonne qualité mais peu abondant, d'où l'aphorisme :
Aserou ! Aserou ! qué laisso mouri sa maide al cantou (Bull. de la Soc.
d'El, sc. de l'Aude, T. XVI, p. 149).
10
SR ee
Le monolithe s'élève dars une dépression de terrain, à
6 ou 700 mètres au N.-0. de la ferme. Il est en pierre de
granit et a 2" 10 de hauteur et 0" 90 sur o" 70 de tour à
cinquante centimètres au-dessus du sol. Il va en s’évidant
en forme de cône vers son sommet. Un buisson d’aubépine
lui sert d'encadrement. Quoiqu’en contre bas, sa silhouette
s’aperçoit d'assez loin, dressant sa masse sombre au milieu
de terres incultes, couvertes de genêts, de bruyères, de fou-
gères et d’ajoncs. Plus près de la ferme de l’Azérou nous
avons pu remarquer aussi plusieurs pierres dressées.de forme
quadrangulaire, grossièrement taillées, de 1 mètre à 1° 20 de
hauteur et le fermier nous a affirmé que ce n'était pas d&s
bornes destinées à la délimitation des terres. Elles m’ont
paru indiquer les restes d’un alignement triangulaire ; les
pierres subsistant encore semblant former les sommets de
ce triangle. Elles sont entourées à leur base d'une légère
intumescence circulaire, formée de galets de granit posés de
champ : une chaussée en pierres de même nature, affleurant
à peine la surface du sol et large d’un mètre environ, rejoint
les emplacements des pierres disparues, dont on reconnaît
la place à la saillie circulaire signalée plus haut. La princi-
pale de ces pierres droites est située sur un point culminant
à l’ouest de l’Azérou et se voit de fort loin.
Il est certain (sans vouloir en rien préciser que nous som-
mes en présence d'anciens alignements mégalithiques) que
de nombreuses pierres levées existaient ici, soit pour désigner
un lieu sacré, soit pour tout autre motif, et qu’une quantité
considérable de menhirs ou pierres droites ont disparu en
beaucoup d’endroits. |
Dans un grand nombre de communes de notre départe-
ment, si nous considérons sur les plans cadastraux la dési-
gnation des tènements,nous trouvons fréquemment employés
les termes de Peiro-dreilo, Peiro-ficado, Peiro-plantado et
tantôt à l’endroiïit signalé on. rencontre soit le monument
lui-même, soit son souvenir ou sa légende, et quelquefois
_ 7 —
rien ne reste que le nom inscrit sur le plan. Cependant ce
nom indique certainement l’existence d’un menhir encore
“debout ou détruit. Beaucoup de choses, sans tenir compte
des causes naturelles, ont énormément réduit le nom-
bre de ces mégalithes. Les uns gênaient pour les défri-
chements et la culture des terres, d’autres ont été employés
comme matériaux de construction, témoin celui de Bagnoles
qui a été brisé à l’époque où fut bâtie la distillerie Valent :
enfin un grand nombre ont été détruits intentionnellement
dans plusieurs régions, comme monuments du paganisme
et d’après les prescriptions énergiques de l'Eglise. Un con-
cile tenu à Nantes en 895 en fait foi.
" « Lapides quas in ruinosis locis et silvestribus dæmonium
« ludificationibus deceplis, venerantur, ubi el vota vovent et
« deferunt, funditus effodiantur, atque in tali loco projiciantur
« ubi nunquam a culloribus suis inveneri possint » (L’all.T. IT,
col. 148). Cependant la Bible consacrait l’orthodoxie des
monuments de pierre brute. Aussi beaucoup de mégalithes
ont été conservés par le soin qu’on a pris de les surmonter
d’une croix ou de calvaires (1).
Au nombre de ceux signalés ci-dessus nons pouvons citer
le menhir de Rieux-en-Val que nous fûmes visiter lors de
notre excursion dans le Val de Dagne, le 14 Mai 1905, et qui
porte une croix sur son sommet (2).
Mais ce n’est pas précisément le menhir de l’Azérou que
nous devions venir reconnaître et dont nous n'avions appris
l'existence que quelques jours avant l’excursion ; celui dont
il est fait mention sur le programme, et que nous devons
officiellement visiter, se trouve bien aussi dans le territoire
de Saïssac, mais au moins à 3 kilomètres à l’Ouest de celui
dont nous venons de parler. M. Bonnafous, le fermier de
(1) Dict. arch. de l'Yonne, par M. Salmon (époque celtique), préface,
page 8. |
(2) Bull. de la Soc. d’Et, sc. de l'Aude, T. XVII, p. 89.
= 70 —
l’Azérou, nous donne tous les renseignements désirables
pour atteindre notre but par la ligne la plus directe. Nous
franchissons à gué quelques petits cours d’eau, nous passons
près de campagnes (r) dont les bâtiments, restaurés à neuf,
s’abriteront un jour sous l’ombrage des plantations nou-
velles qui les entourent ; le sentier que nous suivons
toujours nous conduit à la route de Saissac à Lampy et au
milieu d’un plateau marécageux 6ù paissent les nombreuses
vaches d’un important troupeau ; nous apercevons de loin
la massive silhouette du puissant monolithe, se dressant
isolé dans ce terrain désert. |
Ce n’est pas sans difficulté que l’on peut s'approcher du
Menhir et, quoique placé dans une dépression de terrain aù
sol humide et mouvant, l’aspect et l'ordonnance du site le
font remarquer d’assez loin. S'ila été placé en cet endroit
pour frapper les yeux, le but n’a pas été manqué.
La route de Saissac au bassin du Lampy vient, après plu-
sieurs courbes, effleurer cette vaste fondrière, assainie par
de nombreuses tranchées et où, cependant, le passage
semble dangereux si l'on ne suit les talus bordant les rigo-
les. À chaque instant, ce sont des ruisseaux à franchir,
avec grand risque de s’enfoncer jusqu’à mi-jambe dans des
pelouses perfides. Une flore particulière à ces terrains bour-
beux pousse en cet endroit ; mais nos collègues, qui ne
cessent de remplir leurs boîtes vertes, nous renseigneront
sur les bonnes espèces que leur flair de botaniste leur a fait
découvrir. Non sans attraper de la boue.et après avoir fait
preuve du bon état de nos muscles propulseurs, nous arri-
vons à proximité du monolithe qui, défendu par son maré-
cage, semblait nous dire comme l'aubépine de la chanson :
« Voyez, mais n'y touchez pas ». Gependant le filet du déca-
mètre se tend sur les flancs du géant de granit et l’objectif
sans le toucher confirme les mesures et les proportions.
RER
(1) Comps, Bousquet et au-dessus Picarel.
se 117 —
Ge menhir, plus considérable que celui de l’Azérou, a
-3 m. 56 de haut et 5 m. 70 de tour à un mètre au-dessus
du sol. Il se termine en forme de pyramide triangulaire.
: Non loin de ce monument se trouve la ferme de Picarel et,
par une coïncidence assez curieuse, notre érudit collègue,
M. Miquel de Barroubio, dans son Essai sur l'arrondissement
de Saint-Pons (1), décrit un menhir fort remarquable qui
porte le nom de Picarel et sur lequel on voit gravé un
serpent et un œuf. Y aurait-il quelque corrélation de nom a
élablir entre le menhir de Picarel (Hérault)et celui de Saissac
(Aude) ? Toujours est-il que nous n’avons remarqué sur ce
menhir aucune trace de gravure ou de sculpture : on lui
donne dans le pays le nom de Peiro plantado.
Tous rassemblés autour de l’énorme pierre, nous jetons,
avant de reprendre notre route, un dernier regard sur le
paysage qui nous environne ; au nord, les grands arbres
qui bordent la rigole de la Montagne et nous signalent le
bassin de Lampy frangent l'horizon de leur feuillage diapré ;”
au dessous, sur des pentes verdoyantes, s'étagent des fer-
mes et des châteaux ; à l’est, serpentent les sinuosités de la
route blanchâtre ; autour de nous s’étend la sombre végéta-
lion de la lande marécageuse, marquée parfois de taches
claires, là où l’eau stagnante a fait croître les glauques
feuilles de végétalions aquatiques : de faibles mouvements
de terrain moulonnent la concavité de. cette plaine fan-
geuse, de légers talus en rident la surface et indiquent les
tranchées ou s’'épanche mollement une eau verdâtre, comme
s’écoulerait de ses veines refroidies le dernier sang d’un
géant terrassé. Au sommet de cette région déserte, le méga-
lithe isolé dans son troublant mystère, semble rester l’éter-
nel témoin d'événements à jamais inconnus, éclatantes
victoires ou cruelles défaites, et protégeant peut-être encore
(4) Essai sur l'arrondissement de Saint-Pons, par M. Miquel de Bar-
roubio. 1° fasc. p. 27.
v
——
ee ee
de son ombre puissante les âmes erranies de disparus
oubliés.
L'aspect. impressionnant et triste de cette sombre lande
a produit son effet sur nous tous, et c’est'en silence que
nous prenons, à la file, au milieu d’un immense champ de
seigle, l'étroit sentier qui aboutit à de vertes prairies et
nous amène en quelques minutes à Saissac. Nous débou-
chons dans ce gros bourg, chef-lieu de canton (1), près de
la station des tramways, tout en haut du village, et par une
route ombragée bordée de riantes habitations, nous parve-
nons à la place centrale, située en contre-bas et où nous
nous arrêtons un instant pour jouir d’un repos bien mérité
et rafraîchir nos lèvres desséchées par l’air vif des hauts
plateaux.
Le bourg de Saissac s'étale dans un large ravin à proxi-
mité du cours de la Bernassonne ou Vernassonne que nous
>:
avons déjà traversé à gué entre l’Azérou et Comps. Ses
maisons, gracieusement étagées sur les deux penchants,
paraissent de loin former un hémicycle regardant le midi
et semblent disposées en amphithéâtre comme la section
d’une gigantesque arêne. Au centre de la dépression le sol,
se relevant en un monticule détaché, supporte les ruines
considérables d’une vieille forteresse qui, parfaitement
isolée et entourée de pentes abruptes, semblait défier toute
attaque et ne communiquait que par un pont-levis, précédé
_ par un étroit chemin en arête, avec les habitations de la cité
voisine. Cependant ce château, auquel l’histoire assigne une
date fort ancienne, puisqu'il existait déjà en 950, fut souvent
attaqué et même pris d’assaut, malgré son apparence inex-
(1) Saissac : Chef-lieu de canton, arrondissement de Carcassonne.
D'après la Géographie de Ditandy, Saissac avait, en 1875, 1472 habi-
tants dont 816 dans le village et le reste épars dans de nombreuses
métairies. La carte du Ministère de l'Intérieur, en 1893, n’en compte
plus en tout que 1320. Superficie du territoire : 5.783 -hect., hauteur
moyenne d'altitude 450 mètres. |
— 79-—
pugnable. Simon de Montfort en eut raison en 1209 et bien
plus tard, en 1568, il fut pris de vive force par les Calyi-
nistes ; mais en 1580. il résista à tous leurs efforts et les
réformés abandonnèrent Saissäc, non sans l'avoir saccagé
et pillé.
M. Mahul dans son Cartlulaire sur l’ancien diocèse de Car-
cassonne, Tome 1v, page 470, nous apprend que « La seigneu-
« rie de Saissac appartint dès le x°- siècle aux comtes de
« Carcassonne qui l’inféodèrent, le sièclesuivant, à plusieurs
« vassaux de la contrée. Ceux-ci qui prirent parti pour
« leur suzerain lors de la croisade albigeoïise (1209) ne
« furent que momentanément dépouillés de leur seigneurie.
« Elle leur fut restituée en partie par le roi Saint-Louis.
« Mais une part resta à Lambert de Thury (de Thurio), l’un
« des compagnons de Simon de Montfort. Cette part, qui
« forma par suite la principale, est transmise successive-
« ment par alliance matrimoniale à la maison de Levis
« (xrie siècle), à la maison de Clermont de Lodève (xvi° et
« xvue siècle), enfin à la maison de Luynes (xvii siècle) où
elle finit par suite de la révolution de 1789 »..
Le vieux château, dont les ruines sont encore imposantes,
mais où se montrent, désolées, béantes, et dénudées, les
-ouvertures privées de leurs anciens encadrements de pierre,
n’est plus qu’un enchevêtrement de hautes murailles, revê-
tues de la teinte sombre dont les enduit la patine inévitable
du temps et des siècles écoulés. Il y a déjà un certain
nombre d'années, vers 1862 je crois, les ruines du château
de Saissac furent achetées par une compagnie fondée dans
le but de rechercher de problématiques trésors enfouis dans
les souterrains. Des fouilles importantes furent pratiquées:
l'enceinte du château fut à cette époque rigoureusement
interdite aux regards des profanes curieux ; mais on na
jamais su quel résultat fut obtenu, si le trésor a été décou-
vert ou s’il gîit encore ignoré et enseveli dans les sombres
Jlabyrinthes et les cryptes mystérieuses qui formaient le sous-
— 80 —
sol de tous ces chateaux moyenägeux, et leur servaient
d’appareil obligé de défense et de sauvegarde pour la fuite,
dans les cas malheureux.
Au nord du château, à pèine séparée des maisons d’un
faubourg du village, s'élève l’antique église, qui a dù subir
bien des transformations ; elle est aujourd’hui de style ogi-
val, mais elle a dù être primitivement construite dans le
style roman. Une vieille pierre portant en relief une figure
de saint et paraissant dater d’une époque très reculée se voit
dans le porche au-dessus de la porte donnant accès dans la
nef et doit provenir de la primitive église.
Pour regagner la route, nous prenons une rue du village
qui doit nous y conduire directement, mais c'est une véri-
tablé ascension que nous entreprenons, mille fois plus pénible
que celles que nous avons faites jusqu'ici. Enfin nous par-
venons au terme de cette montée ardue et nous rejoignons
la grande voie près de la vieille tour de l'horloge, haute
construction carrée qui devait faire partie des remparts du
bourg. Ce bâtiment élevé présente un élégant aspect et sa
plate-forme est munie à ses angles de quatre échauguettes.
De récentes restauralions lui conservent l’air d'harmonieuse
grandeur qui caractérise tous les édifices de cette époque (1).
Non loin de là, nos voitures et nos cochers impatients
nous attendent. Nous avons en effet, dépassé l’heure fixée
pour le départ, mais la route qui doit nous ramener accuse
une déclivité constante. Nous reprenons donc place dans nos
véhicules respectifs et à vive allure, par Montolieu, Moussou-
lens et Pezens, nous regagnons Carcassonne, notre point de
départ.
G. SICARD.
(1) Probablement xiv' siècle.
LA
,
MENHIR DE L AZEROU
MENHIR DE SAISSAC
Digitized by Google
=
BOTANIQUE
Nous devons à l’obligeance de M. G. Rebelle une liste des
plantes les plus intéressantes qui furent recueillies pendant
notre excursion. Nous nous faisons un plaisir d'en remer-
cier notre aimable collègue ct de l’ajouter à notre récit.
Avant notre arrivée à Saint-Denis, quelques arrêts de
voiture nous permettent de récolter :
Linum campanulatum L. | Laserpitium gallicum L.
— salsoloïdes Lamk. | Centaurea Cyanus L.
Inula montana L. | Lysimachia vulgaris L.
Jasonia tuberosa DC. | Catananche cœrulea L.
Carduus nutans L.
Saint-Denis : Autour du village et dans le bois de
Fargues :
Lysimachia nemorum L. Brunella grandiflora Mœnch.
Æthusa Cynapium L. — Jaciniata L.
Pimpinella saxifraga L. Geranium Robertianum L.
Vicia sepium L. — nodosum L.
Aira cupaniana Guss. Tamus communis L.
BrachypodiumsilvaticumR.etSch. | Melampyrum pratense L.
Molinia cœrulea Mœnch. Ranunculus Flammula L.
Luzula maxima DC. Veronica scutellata L.
Osmunda regalis L. Nasturtium pyrenaicum KR. Br.
Hypericum linearifolium Vahl. Helianthemum guttatum DC.
Stellaria Holostea L. .| Malva moschata L. et rar. inter-
— uliginosa Murr. media G. G.
Dianthus Armeria L. Galeopsis ochroleuca Lamk.
Lactuca muralis Fres. | Salix Caprea L.
Scabiosa succisa L. Umbilicaria pustulata Hffm.
Le temps dont nous pouvions disposer ne nous a pas
permis de voir les alentours du barrage, principalement sur
là rive gauche où on peut trouver les espèces suivantes :
\
Hydrocotyle vulgaris L. Elodes palustris Spach.
Hieracium umbellatum L. Carum verticillatum K.
var. ericetorum Arv. Touv. et G, Gautier. | Heleocharis palustris R. Br.
— 82 —
Et sur la rive droite, parmi les broussailles :
Serratula tinctoria L. | Gentiana Pneumonanthe L.
. De Saint-Denis à Saissac :
Arnoseris pusilla Gœrtn. ‘ Orchis montana Schmidt.
Trifolium parisiense DC. | — coriophora L.
Radiola linoides Gmel. Serapias Lingua L.
Filago minima Fries. — cordigera L.
Corrigiola telephiifolia Pourr. Menyanthes tritoliata L.
Antirrhinum Asarina L.
Sur les murs du château :
Dianthus lougifolius Rouy.
EXCURSION
Des 13, 14 et 15 Juillet 1907
AUX FORÊTS DE CALLONG, DE PICAUSSEL, DE LA PLAINE, A BELCAIRE
Et dans la Vallée du Rébenty
Par M. G. COMBELERAN
Notre dévoué Secrétaire, M. Gavoy, me rappelle de deux
solides coups de crayon: bleu apposés sur le feuillet qui
constitue le procès-verbal de la dernière séance, que les
récits d’excursion doivent être réunis avant la fin de l’année
et que la science, la pure science et non plus la fantaisie,
l'imagination, doit faire tous les frais des « relations »
d’excursion.
Or, mes chers Collègues, je vous fais juge de ma pénible
situation. Nous sommes le 16 décembre ; les pays que nous
avons parcourus en juillet sont sous la neige. Mes occupa-
tions sont plus particulièrement nombreuses à cette époque
de l’année. Et pourtant je ne voudrais pas attendre jusqu’à
Pâques, comme l’an dernier, où, je l’avoue en toute humi-
lité, j'ai tellement retardé que cet excellent M. Evrot fut
obligé de se dévouer à ma place.
Je me trouve dans le rapide de Bordeaux à Paris,
ayant manqué hier soir la correspondance à Toulouse. Je
vois défiler devant moi, éclairés par un soleil qui me parait
d'autant plus beau que je ne l’ai pas encore vu depuis deux
mois, sous un ciel d'azur, dans la prestigieuse magie d’une
journée que l’on dirait d’été, les larges plaines de la Dordo-
gne, les longs côteaux de l'Angoumois, les verts pälurages
poitevins, avec des détails toujours intéressants : châteaux,
donjons, vieilles tours, clochers, rivières qui regorgent
d’eau, champs inondés par les récentes pluies. Je fais des
_ remarques intéressantes sur les changements de mœurs, de
— 84 —
costumes, sur les formes des aménagements champêtres,
sur l’inclinaison des loits qui s’accentue à mesure que l’on
monte vers le Nord, sur le style des constructions qui paraît
correspondre au caractère des habitants...
Mais je m'aperçois que je viole outrageusement les règles
imposées par notre Comité et que je me lance dans la fan-
taisie, à moins toutefois que je puisse baptiser d’un nom
nouveau la science du voyage en chemin de fer.
Certes, torites ces observations, numérotées, classées.
étiquetées doivent bien constiluer une science. Mais moi, je
ne suis qu'un simple touriste qui, après avoir vu beaucoup
de pays, trouve le mien parfaitement digne d'être connu et
visité, estimant qu’il peut bien se comparer à beaucoup
d'autres plus connus et qui ne le valent pas.
C’est pourquoi, mes chers Collègues, je ne sais trop si je
suis digne d'envoyer ma prose à votre docte Revue, car je
ne me sens pas l’âme scientifique.
Peut-être fais-je de la science sans le savoir, comme
M. Jourdain faisait de la prose. En ce cas, je demande à
être classé dans les sciences faciles, la géographie, par
exemple, ou l’orographie, si vous voulez, puisque je vais
vous conter notre excursion au pays de Sault et dans le
massif du Serrembarre. |
Je vous ferai grâce, tout d’abord, du commencement ;
vous connaissez d’ailleurs les cffusions habituelles dues au
plaisir de se retrouver à la gare qui est devenue l’endroit où
l'on trouve tout le monde, l’interminable voyage de Car-
cassonne à Quillan dans la nuit (2 heures de trajet, 11 sta-
tions), l’arrivée, la distribution des logements.
Voici la liste des excursionnistes :
M. Bonnafous, de Carcassonne ; M'"° Bousquet, de Car-
._ cassonne ; M. et M"° Brunel, de Carcassonne ; M. Combelé-
ran, de Carcassonne : M. Escarguel-Flaujat, de Carcassonne ;
M. ct M'e Evrot, de Carcassonne ; M. et M"° Adrien Fabre,
d'Olonzao ; M'e A. Franck, de Carcassonne ; M'e Guiraud,
— 85 —
de Carcassonne ; M'"° Laborde, de Carcassonne ; M. et M"!
Marty, de Carcassonne ; M. le D' Mellier, de Blan (Tarn) :
M. Méric, de Limoux ; M, M" et M'° Métral, de Carcas-
sonne ; M. et M°"° Roger, d'Homps ; M. et M'° Vidal, de
Carcassonne.
Malgré les fatigues prévues et annoncées, l'élément
féminin domine. Aussi le soleil nous envoie-t-il ses plus
clairs rayons. Le temps est idéal ; pas un nuage au ciel ; il
en sera ainsi durant nos deux journées d’excursion.
Dimanche 14 juillet. — Il est 6 heures du matin,
toute la caravane est en voiture après une bonne nuit passée
dans les hôtels Moulines et Verdier. On grimpe lentement
les rampes du col du Portel. Route bien connue. A chaque
tournant Quillan apparaît s’enfonçant de plus en plus. Le
cirque de Ginoles s'étend à nos yeux dans toute sa majesté,
et, disons-le, dans toute sa beauté (1).
Au col du Portel, halte de quelques minutes pour contem-
pler l’intéressant panorama sur Nébias et Puivert dont le
château flamboie au soleil matinal. Autre arrêt un peu plus
loin au banc du Touring-Club, pour contempler le même
panorama, mais plus étendu et plus beau.
On atteint Coudons, avec un sérieux retard sur l’horaire.
Les cloches de l’église nous saluent à notre arrivée et Mon-
sieur le Curé, dont il faut louer la complaisance, nous attend
pour commencer sa messe. Les uns se rendent à son appel
pendant que les autres prennent les devants.
On va quitter maintenant la grand’route pour s'engager
dans les chemins forestiers ; voici les preiniers lacets d’où
l'on aperçoit dans son ensemble le plateau de Sault, dominé
par l’Ourthizet et’ entouré d’une belle ceinture de forêts.
(1) Consulter les cartes suivantes : Etat-major, 50.000° ou 80.000°,
Quillan N.-0. et S.-0 ; Foix N.-E. et S.-E. Carte du Ministère de
. l'Intérieur au 100.000"; feuilles de Lavelanet et Ax.
Voici le petit hameau de Montmija dont les habitants ont
abattu de leurs propres mains la belle forêt de l’Agre qui
leur faisait face. L'Etat vient d'acquérir le terrain pour le
reboiser ; les gens de Montmija attendront longtemps avant
de voir leur montagne pelée se couvrir de son ancien man-
teau de verdure et aussi avant de retrouver le débit régulier
de la source qui les alimentait.
_ Nous abandonnons bien volontiers ces parages déserti-
ques où l’on dirait qu’un terrible ouragan s’est.abattu,
emportant tout sur son passage, pour nous enfoncer dans
les premiers taillis de la forêt de Callong.
Il faudrait une plume de poète et de bon poète, pour
décrire comme elles le méritent les magnifiques forêts du
_ pays de Sault. Il n’en est pas de comparables dans toutes
les Pyrénées et seul le Jura, en France, peut montrer
d'aussi beaux sapins. |
Et pourtant, combien de Français ignorent jusqu’à leur
existence. La plupart des forestiers eux-mêmes ne les
connaissent pas ; un ancien directeur de l'Ecole forestière
de Nancy écrivait tout dernièrement : « On dit que, dans
l'Aude, il existe des massifs intéressants... ». C’est partout
et toujours la même ignorance de notre pays que l'on se
représente comme une vaste plaine de vignes s’étendant à
droite et à gauche de la grande ligne du chemin de fer
parcourue à l’occasion d’un quelconque voyage dans le
Midi !
On trouve dans les traités courants de géographie des
renseignements complets sur les sapinières de la Forêt
Noire « dont les arbres, dit-on, atteignent jusqu'à 30 et 40
mètres de hauteur ». On cite comme un phénomène le fameux
« Président » de la forêt de la Joux, dans le Jura, que les
forestiers officiels vont contempler en un pèlerinage annuel
et qui mesure Ag mètres, d’après Joanne. |
Cependant, chez nous, les arbres de 30 et 4o mètres
foisonnent ; le massif de l’Abezaïille, dans la forêt de la
— 87 —
Plaine, comporte un arbre de 49 mètres, mesurant 3"75 de
circonférence à 130 de hauteur, admirable de venue et de
proportions. entouré d’une quinzaine de géants presque
aussi grands que lui. |
Nous avons consacré toute une journée à parcourir cet
incomparable massif forestier et nous ne pourrons malheu-
reusement en voir qu’une faible partie, non que les routes
fassent défaut, mais parce que seule, la voiture automobile
peut faire assez de kilomètres dans la journée pour les
traverser toutes. |
Notre exploration se bornera aux forêts de Callong, de
Picaussel, de la Benague et de la Plaine, le tout coupé par
un légitime déjeuner à Espezel.
Point par point le programme est exécuté. On quitte les
voitures et c’est à pied que toute la caravane parcourt la
forêt de Callong ; la route, trop facile, est abandonnée par
les plus intrépides qui s'engagent dans les taillis délicieux
de cet immense parc naturel ; plus on avance vers le cœur
de la forêt, plus grands et beaux deviennent les sapins ; ce
sont bien là « les fûts de colonne d’une immense cathédrale
qué la nature a lentement élevée à sa gloire ».
Nos voitures se sont imprudemment engagées dans
J'amorce de la future route de Belvis qui se termine en un
sentier étroit où les roues sont littéralement calées centre
deux rochers. Nous sommes obligés de prêter main forte
aux cochers pour les aider à sortir de ce mauvais pas. Cet
incident nous a fort heureusement conduits au pied d’un des
plus beaux sapins de la forêt; trois paires de bras sont
requis ; ils suffisent à peine pour l’entourer. Après une
heure de marche qui a paru trop courte à tout le monde,
on se trouve à la sortie de Callong, dans un petit vallon qui
descend rapidement sur le hameau de la Malayrède. Troi-
sième panorama : le ravin de Lescale par lequel passerait le
chemin de fer électrique de Montlouis... si jamais il était
construit ; dominant le ravin, la route de Puivert à Espezel
— 88 — 5
par le col de Babourade ; les forêts de Puivert et de Sainte-
Colombe, à droite, de Picaussel à gauche : au loin, le pic
Saint-Barthélémy élève sa crête dentelée au-dessus de ce
tableau impressionnant.
Le hameau de la Malayrède et sa petite chapelle sont
bientôt rejoints : on monte en voiture pour suivre la route
qui conduit à Belvis ; mais au bout d’un kilomètre on prend
à droite la route forestière de Picaussel.
__ Longue et dure montée dans la forêt de sapins ; les pentes
se font plus raides, les éboulis apparaissent : nous dominons
au sud le ravin de Lescale : belle échappée de vue sur Pui-
vert dont le château s’aperçoit dans tout son développement
et sur les collines du Plantaurel qui le dominent; en bas
une quantité de fermes blanches parsemées dans la campagne
portant toutes le même préfixe : Cammarcel, Cambonnaure,
Cambarberouge, Camferrier, Camsadourny, etc.; je respecte
l'orthographe des officiers d’Etat-major ; mais je crois encore
ici à une erreur. | | |
On monte dans les belles sapinières de Picaussel jusqu’à
la rencontre d’une autre route forestière ; voici le point cul-
minant (1000 mètres); nous descendrons désormais et la
forêt change de caractère ; c’est maintenant une magnifique
hêtraie aux arbres centenaires que nous traversons au grand
trot, ce qui nous amène bientôt au carrefour de la route qui
va de Puivert à Espezel.
La promenade sous bois fut si agréable que l’on s'enga-
gerait volontiers sur la route pleine de promesses du Bois
des Ombres et de la forêt de Coumefroide ; mais les chevaux
en ont assez et, raison majeure, nos estomacs crient famine.
La vue du clocher d’Espezel rassure les uns et les autres et
après une rapide traversée du plateau de Sault nous trou-
vons à l’hôtel Limouzy l’habituel et excellent repas. Il est
midi: nous avons regagné notre retard de Coudons ; l’ho-
raire est respecté.
À deux heures on remonte en voiture. L'itinéraire suit
200 =
d’abord la route de Bélesta et traverse le plateau de Sault où
nous admirons les magniques récoltes que le soleil de juillet
mürit en même temps qu’il fond la neige de l’Ourthizet et
du Saint Barthélémy.
Mais voici l’Arrémassadou, dénomination naturelle de
l'école qui réunit à cet endroit les enfants de toutes les fer-
mes voisines. On tourne à gauche sur la route forestière et
l’on entre bientôt dans les sapinières de la Benague : en
5 kilomètres on monte de 880 à 1020 et l’on atteint les bois
communaux de Belcaire dont les arbres encore jeunes pro-
mettent de devenir les plus beaux, les plus réguliers de tout
le pays. Tout d’un coup la forêt cesse et l'on se trouve
devant « la Plaine » sorte de vaste clairière dont le fond
plat donnerait assez l’aspect d’un ancien lac desséché, n'était
la constitution géologique du pays de Sault dont le sol
entièrement calcaire absorbe toutes les eaux à mesure
qu’elles tombent ; la Plaine est donc une des nombreuses
vallées sans issues que renferme le plateau. au fond de
laquelle sont accumulées et nivelées les terres descendues
des montagnes voisines.
Les voitures s'arrêtent: tout le monde descend ; nous
sommes à la fontaine de Langrail, à la limite de la forêt de
la Plaine. A pied l’on gravit le court sentier qui monte sur
les pâturages de Serre Sec et l’on a devant soi lé quatrième
panorama de la journée, un des plus beaux qu'il soit permis
de contempler ; qu’on en juge : au premier plan, s’étagent
à nos pieds les sombres sapinières de Bélesta, à droite ce
sont les forêts de Coumefroide, Picaussel et Callong, domi-
nées à l’horizon par le roc de Bugarach , devant nous, à
perte de vue, les chaînons parallèles du Plantaurel, l’Ariège,
la Haute-Garonne, le Razès et la plaine du Fresquel, bornée
au Nord par la Montagne-Noire ; la Cité de Carcassonne se
distingue parfaitement à la lunette ; nous en sommes à
60 kilomètres, en ligne droite ; enfin à gauche, la masse
du Saint-Barthélémy s’élève brusquement au-dessus des
11
— 90 —
prodigieux précipices de l’Affrau jusqu'à la pointe Galinat
(2.552 m.): mais le plus beau détail est encore le château de
Montségur. Célèbre dans l'histoire par les formidables
tueries des guerres de religion, il n'offre plus aujourd’hui
que de vastes ruines, mais combien pittoresques. Quelle
devait être au temps jadis l’allure de ses remparts et de ses
tours ! Perchée sur une sorte d’immense pain de sucre, la
forteresse dominait de 4oo mètres le petit village de Mont-
ségur qui semble écrasé par ce voisinage.
Nous grimpons à travers les herbages sans pouvoir déta-
cher nos yeux de ce magnifique panorama ; nous avons
gravi près de 200 mètres sans presque nous en apercevoir
et nous franchissons le mur de clôture de la forêt de la
Plaine ; les uns vont au Pas de l’Ours contempler de plus.
près les précipices de l’Affrau, gorge que la petite rivière de
l’'Hers a creusée à plus de 600 mètres en contre-bas ; ils
redescendent à travers les plus belles parties de la forêt par
le col de Lancize jusqu'aux voitures qui les attendent sur la
route ; les autres coupent au plus court et après une agréa-
ble promenade à travers de jolis taillis dégringolent la tire
de Langrail qui les ramène à la fontaine. |
En voiture nous traversons la forêt qui est sans contredit
la plus belle de tout le pays et nous descendons à pic sur
Belcaire par une route invraisemblable.
A Belcaire grande réception ; M. le Maire, M. le D' Martre,
M. Toustou, brigadier forestier, M. Bonnaïil. qui nous avait
pilotés depuis Espezel, Séraphin Bayle, l’hôte du pays, tout
le monde se met à notre disposition pour nous faciliter les
délicates opérations du logement. Il serait ingrat de notre
part de ne pas leur adresser à tous, au nom de notre COSIEte
nos plus vifs remerciements.
Après un excellent diner, dù aux talents culinaires de
Madame Bayle, grand conciliabule en vue de l’excursion à
pied du lendemain. On décide, sur l’avis de MM. Toustou et
Bonnail, de diviser la caravane en trois parties ; l’une se
—
— 91 —
mettra en route à 5 heures et entamera l'ascension par la
forêt de Niave, l’autre partira en voiture à 6 heures jusqu’au
col des Sept frères. d’où elle suivra le sentier de Cortalpic,
la troisième ira en voiture à Lafajole où les deux autres la
rejoindront après déjeuner.
Là-dessus chacun aurait dû s’aller coucher ; mais les
accords lointains de l'orchestre invitaient la jeunesse au bal
du 14 juillet et les derniers lampions ne s’éteignaient qu’à
onze heures. |
Aussi le lendemain les caravanes ne partirent pas à l'heure.
Lundi 15 juillet.— Il s'agissait pour les deux premiers
groupes de traverser tes deux chaînons parallèles qui
bornent la vallée d'Enpourna arrosée par le ruisseau de
la Coume, lequel se jetté dans le Rébenty un peu en dessous
de Lafajole. |
Le premier groupe, conduit par M. Bonnail et composé
des plus intrépides. partant de Belcaire (1020 mètres), mon-
tait directement dans la forêt de Niave par la traverse,
atteignait la route forestière en face la baraque (1300),
remontait par le chemin à la fontaine du Buc (1400), et
ensuite à travers la forêt grimpait sur l'extrémité occiden-
tale de la crète de Gébetz (1700); il lui fallut ensuite dégrin-
goler à pic dans le bac'd'Enpourna et après la traversée du
ruisseau (1400) remonter les pentes du Serrembarre (1800)
pour redescendre de nouveau à pic à la fontaine de Pradel
(1550).
Le second groupe, piloté par M. le brigadier Toustou se
fait conduire par la roule au col des Sept frères ; là les voi-
tures suivront la route forestière de Niave et descendront à
Belfort d'où elles remonteront la vallée du Rébenty jusqu'à
Lafajole, où tout le monde les rejoindra ; M. Séraphin Bayle
portera sur sa jardinière le déjeuner au col du Pradel pour
satisfaire les estomacs des deux premiers groupes.
On quitte donc les voitures au col des Sept frères (1260) ;
— 92 —
il est sept heures, c’est beaucoup trop tard et nous conseil-
lons pour les courses en montagne un départ plus matinal ;
on va voir pourquoi. Nous laissons à droite le village de
Camurac et en vue du moulin d’el Bosc nous nous enga-
geons dans le chemin du Bois de Cortalpic ; on ne pouvait
mieux baptiser cette forêt de hêtres dont la pente alteint
bientôt un pourcentage inquiétant: enfin après un bel
effort où quelques jambesise sont ressenties des ébats choré-
graphiques de la veille, le sommet est atteint et nous nous
trouvons dans un joli herbage, arrosé par une source gla-
ciale “qui alimente un abreuvoir (1570): halte et déjeuner
sur l’herbe, plaisirs champêtres... à nos pieds, un ravin où
naît l’un des bras de l’Hers, 2n face, les villages de Camu-
rac, Comus, Prades, Montaillou, dominés par le Saint-Bar-
thélémy dont nous ne sommes sépérés que par une dizaine
de kilomètres à vol d'oiseau.
Nous nous remettons en marche et nous atteignons immé-
diatement un passage que la carte appelle Col de Teil, mais
que personne ne connaît sous ce nom dans le pays. A
partir de ce point nous marchons dans l'inconnu ; M. le
brigadier Toustou est à l’extrême limite de son domaine et
nous ne pouvons nous diriger qu'avec les indications de la
carte ; or, celle-ci fourmille d'erreurs. Elle indique bien le
ravin d'Enpourna dont nous gagnons le fond en Île remon-
tant aussi haut que possible à flanc de montagne : mais on
a tracé deux branches au ruisseau de la Coume ®t c’est là
une première erreur ; nous suivons donc le ruisseau, à tort,
car nous allons tomber beaucoup trop au Nord et ällonger
inutilement notre course. En effet, nous grimpons lente-
ment 250 mètres environ dans les herbages, en poussant
toujours vers le Sud et, lorsque nous atteignons la crête
(1710), nous croyons triomphalement nous trouver au pied
du Serrembarre ; en réalité, nous sommes en face le pic qui,
sur la carte, domine le bois de Montaud, mais, à ce mo-
ment, nouùs ne le regrettons pas, car le plus magnifique des
s
= 109.2
panoramas (en”fait, nous ne les comptons plus) s'étale à nos
yeux ; toute la vallée de l'Ariège se creuse devant nous : à
droite, les vallées d’Ascou, d'Orlu, tout le massif de Car-
litte, couvert de neige, le pic de l'Homme, la dent d'Orlu,
le pic Péric, le Pédroux, le Carlitte enfin qui les domine
tous de ses 2.915 mètres, au loin les montagnes de l’An-
dorre ; en face, les crètes de Fontargente élalent leurs à-pic
invraisemblables ; au loin, le Montcalm, le mont Vallier :
à l'horizon les montagnes de Luchon ; au Nord, le Saint-
Barthélémy : pas un nuage au ciel ; l’atmosphère est d’une
pureté parfaite ; on dirait que les montagnes se FApEOCAEnt
de nous ; c’est un spectacle merveilleux.
Il est 10 heures 45 et nous sommes quelque peu en
retard ; heureusement, pensons-nous, le col est tout près
et dans une petite demi-heure nous serons rendus. Nous
contournons une montagne en forme de piton que gravis-
sent deux intrépides ; nous croyons, dé l'autre côté, rencon-
trer la route d’Ax au col, pas du tout, il faut encore franchir
un vallon ; l’un de nous part en reconnaissance, il monte
sur le plateau et nous fait signe que la route est à côté.
Et voici que se produit le phénomème redouté dans
toutes les excursions en Montagne : il ne reste plus à fran-
chir qu’un petit kilomètre de chemin avec une montée de
ho mètres et une descente de 60; mais il est midi : c’est
l'heure fatale où les découragements se produisent ; quelques
petits détails : un sac perdu, long à retrouver, la route que
l'on n’aperçoit que lorsque l’on est dessus, les voitures
cachées derrière les arbres à 100 mètres en dessous du col ;
cela suffit à fatiguer notre petite troupe, pleine de force
une demi-heure avant.
Enfin, l’on retrouve le sac, la route, les voitures, les
camarades, le déjeuner, mais il faut encore aller à la source
par un ravin assez escarpé ; c’est un supplément de fatigue
que certains supportent difficilement.
Après un déjeuner exquis autour de la source glacée. la
partie valide descend à Lafajole par la traverse (600 mètres
de dénivellation en 4 kilomètres environ); l’autre partie, les
fatigués, emprunte la jardinière de Séraphin Bayle et la voi-
ture que par une précaution très appréciée, nous avions fait
monter au col par la route.
Cette route du col du Pradel à Lafajole est d’ailleurs ma-
gnifique, la descente à travers la forêt est une des merveilles
encore trop ignorées de notre ESPRNERCRE Elle vaudrait
le voyage à elle seule. 2
Lafajole : repos, on se restaure comme l’on peut dans ce pays
privé de ressources : mais il est tard et nous ne pouvons pas
espérer retrouver le derniertrain à Quillan.Qu'à cela netienne!
Nous allons commander un bon diner, retenir nos chambres
et nous prendrons le train demain matin. M. Bayle se
charge des précieux télégrammes qu'il laissera à Espezel.
Tout le monde maintenant prend pendant 36 kilomètres
un repos mérité en contemplant les magnifiques paysages
que nous offre la valtée du Rébenty, les gorges de Mérial,
de Niort, le roc de Louis XVI, les jolies prairies de Bel-
fort, les gorges d’Able et de Joucou, les forêts de Marsa, la
Pierre Lys, toutes ces merveilles défilent agréablement
devant nos yeux. Voici enfin les quilles de Quillan.
Nous avons manqué ‘le train d’une demi heure, la demi-
heure du Serrembarre. Ah ! messieurs les officiers de
l'Etat-major, vous êtes bien coupables d'ajouter des ruis-
sceaux là où il n’y en a pas. |
Nous y gagnons un repas succulent chez Moulines et chez
Tournier et après une bonne nuit de repos nous rentrons
à Carcassonne, ayant presque oublié nos fatigues, ravis
de notre excursion faite en si aimable et gaie compagnie
et... prêts à recommencer.
Moralité : avant d’ahorder la montagne il faut s’entrainer,
ensuite il faut se pénétrer de cette maxime vieille comme le
monde :.si tu veux te lever tôt, ne te couche pas trop tard.
G. C.
TROISIÈME PARTIE
Notes et Travaux Scientifiques
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FAUNE ENTOMOLOGIQUE DE L'HÉRAULT
(Coléoptères)
nee
Les divisions administratives de territoire, telles que celles
de nos départements, ne sont pas d'ordinaire conformes aux
régions naturelles dépendant des fleuves, des montagnes, etc.
L'Hérault est relativement privilégié. Il est en effet constitué
par un grand quadrilatère, long d'environ 120 kilomètres, large
de 60, qui a pour limites naturelles, au Nord-Ouest les Céven-
hes, au Sud-Est la Méditerranée, le cours du Vidourle au Nord-
Est et celui de l'Aude au Sud-Ouest. Les cantons de la Salvetat
et du Caylar, empiétant, le premier sur le département du Tarn
et le second sur celui de l'Aveyron, sortent, il est vrai, de nos
limites naturelles, par contre du côté du Gard, les cantons de
Sommières, Quissac et Saint-Hippolyte franchissent le Vidourle
à notre détriment. Nous pourrions, du côté de l'Aude, réclamer
au même titre tout le canton de Ginestas et bonne partie de
celui de Coursan. :
Malgré ces irrégularités le géographe naturaliste n’a pas trop
à se plaindre et la faune de l'Hérault dans son ensemble a bien
un Caractère qui lui est propre.
Le cours d'une rivière, peu importante au point de vue poli-
tique et ethnique, forme parfois une limite tranchée en ce qui
concerne la faune. Pour beaucoup de naturalistes du Nord de
la France la différence de faune entre les rives droite et gauche
du Bas-Rhône, par exemple, n'existe guère et nous étonnons
souvent nos collègues en leur disant que dans l'Hérault nous
n'avons ni (maseus vulgaris, ni Pedinus, ni Dendarus, ni Biopha-
nes, ni Vesperus, ni Arima, etc., si abondants sur la rive gauche.
Que de formes ne franchissent pas le grand fleuve ! Bien plus,
que d'espèces l'ayant franchi, s'arrêtent au Vidourle, le petit
fleuve qui nous sépare du Gard. Du côté de l'Aude la différence
parait moins tranchée, la faune de l'Ouest semble se fondre
plus insensiblement avec la nôtre. Ce qui n'empêche pas la
rivière l'Aude d'arrêter brusquement certaines formes espa-
gnoles telles que Vesperus Xatarti, Cebrio Fabricii, etc.
En résumé le territoire de l'Hérault forme entre les faunes
provençale et espagnole un terrain de transition dont les limites
12
_— 98 —
sont sensiblement indiquées par les deux petits fleuves, Aude
et Vidourle. .
Aucun travail d'ensemble n'a été publié sur la faune des
coléoptères du département de l'Hérault (1). Fixé depuis plus
de quarante ans dans le pays, nous avions depuis longues
années projeté de combler cette lacune. Nous n'avons cessé de
prendre des notes et si plus tôt nous ne nous sommes mis à
l'œuvre, c'est que réduit où à peu près à nos propres moyens,
nous constations chaque année, par la rencontre d'espèces
ignorées jusque là, combien étaient incomplètes nos connais-
sances. Que de localités n'ont pu encore être visitées !
Il faut pourtant commencer et dussions-nous, comme nous
l'avons fait pour notre faune des Albères (2), publier un supplé-
ment considérable, nous nous mettons à l’œuvre,
Les quelques travaux publiés jusqu'à ce jour pourraient être
. intitulés contributions à la faune de la Région de l’OUlivier. Ce
sont des listes s’élevant à quelques centaines d'espèces recueil-
lies surtout aux environs de Montpellier, de Béziers et de
Lodève et si l'une d'elles cite quelques espèces des régions
montagneuses c’est que l’auteur a eu entre les mains des notes
fournies par nous-même.
Ces documents sont les suivants : 4° Une liste parue en 1824,
signée Marcel de Serres, et faisant partie du gros volume inti-
tulé Statistique du Département de l'Hérault, par Creuzé de Lesser.
Dans ce travail administratif auquel ont collaboré plusieurs
auteurs, la partie sciences naturelles a été confiée à Marcel de
Serres, le géologue montpelliérain bien connu. Pas plus alors
qu'aujourd'hui on ne pouvait être à la fois géologue, même
éminent et entomologiste. La liste dressée par le professeur de
(4) Montpellier qui a produit tant de botanistes, qui dans Rondelet
a vu naitre Je premier grand zoologiste français (Histoire des pois-
sons 1554), n'a pas fourni d’ entomologistes dignes de la postérité.
Dans tout le xix'° siècle l’entomologie n'y a été représentée que par
trois amateurs : de Villiers (Lépidoptères), dont la collection en vitri-
nes hermétiquement closes existe encore à la Faculté des Sciences de
notre ville; Daube, marchand-naturaliste (Lépidoptères et Coléop-
tères), et Guinard (Coléoptères), cité plusieurs fois par Jacquelin
Duval dans son travail sur ses chasses à Montpellier.
(2) Miscellanea entomologica, 1904.
— 99 —
la Faculté des Sciences de Montpellier, comprenant tous les
ordres d'insectes, s'élève à 1140 espèces dont 330 de coléoptères.
L'auteur ayant compris dans son énumération nombre de
formes qui ne se sont jamais rencontrées dans notre départe-
ment, telles que Carabus vagans, Vesperus strepens, etc., et en
ayant omis d'autres caractéristiques de notre faune, telles que
Carabus auratus var. lotharingus, etc., nous ne pourrons tirer
grand parti de son œuvre.
20 L'énumération des Coléoptéres trouvés dans le Midi de la
France et en Catalogne, par Von Kiesenwetter (Ann. Soc. Ent.
1851, p. 385 et 9717).,
3° Le travail intitulé Quelques observations sur les Coléoptères
des environs de Montpellier, par Jacquelin Duval et Lareynie
(Ann. de la Soc. Ent. de France 1852, p. 719), résultat d’un
séjour de huit mois dans notre ville. L'énumération comprend
120 espèces seulemeït, « choisies, disent les auteurs, parmi les
nombreux insectes recueillis dans nos chasses ». Nous n'avons
qu'un regret, c'est que la liste entière de ces chasses n'ait pas
été publiée. |
&o Le Compte-rendu du Congrès Entomologique de Montpelker en
1857, par Fairmaire (Soc. Ent. de France 1857, p. 619 et 627),
dans lequel nous trouvons citées 563 espèces.
5o Une Liste des Coléoptères capturés à Lodève du 15 mars au
34 août 1889 par le capitaine Minsmer, s'élevant à 700 espèces
(L'Echange 1890, p. 150 et 156).
6° Le Catalogue des Coléoptères du Languedoc, par Marquet, de
Toulouse, dont la dernière édition, la seule complète, est de
1899. Le titre est un peu prétentieux. De notre département
l'auteur ne connaissait bien que l'arrondissement de Béziers
d'où il était originaire et où il avait séjourné près de quarante
ans. Les notes par nous fournies sur le reste du département
ont été assez mal utilisées par l'ami regretté si souvent compa-
gnon de nos chasses. Ce travail, d'un octogénaire affaibli par
l'âge, semble de plus avoir été revu, à la correction des épreu-
ves, par quelqu'un qui n'était pas entomologiste. La note
publiée par Marquet sur l'étang de Vendres (Bulletin Soc. des
Sc. nat. de Béziers 1881) ne relate rien qui ne soit dans le
Catalogue des Col. du Languedoc. |
— 4100 —
Des documents sérieux nous ont en outre été. fournis par
quelques entomologistes ayant séjourné à Montpellier, tels que
nos amis le capitaine Minsmer, de Saint-Etienne, qui a été en
garnison plusieurs années dans notre ville, et le docteur
Sériziat, de Nancy, qui y a séjourné trois mois, d'avril à
juillet 4905. Mentionnons encore MM. de Peyerimhoft, Sérullaz
et Chobaut, qui ont chassé, les deux premiers à Ganges et à
Saint-Guilhem, le dernier à Balaruc-les-Bains, enfin nos collè-
gues Lavagne, Puel et Henri Sicard, tous les trois nos élèves
ét qui, depuis plusieurs années, sont devenus d'excellents
chasseurs. |
L'Hérault a enfin été exploré par beaucoup d'entomologistes
de passage. Nous avons eu, depuis quarante ans, le plaisir d'y
piloter de nombreux collègues parmi lesquels des maîtres,
tels que : Mulsant, Guillebeau, Rey, Aubé, Grenier, Ch. Brisont
de Barneville, de Bonvouloir, Géhin, Puton, Abeille, etc., etc.,
et plusieurs espèces ont été notées sur leurs indications.
Les carnassiers se nourrissant d'herbivores, on peut dire que
tous les animaux vivent de végétaux. La faune d'un pays est
donc sous la dépendance directe de sa flore et nous n'’hésitons
pas à adopter les régions naturelles admises par les botanistes
de l'Hérault : 4° Région maritime, entre0 et 20 m. environ au-
dessus de la mer ; 2° Jiégion de l'Olivier, entre 20 m. et 400 m.
environ ; 3° Jtégion des petites montagnes, appelée souvent dans
ses parties siliceuses Région du Châtaignier, entre 400 et 800 m .;
Région du hêtre, entre 800 et 1122 m., point culminant des
Cévennes de l'Hérault situé à la source de l’Agoeut (versant de
l'Océan) sur la montagne de l’Espinouse. |
Chacune de ces quatre zones, que l'on peut comparer à de
gigantesques gradins, offre une population animale assez tran-
chée, beaucoup plus que dans les départements voisins, le Gard
et l'Aude. Nous le devons surtout à la plaine de l'Hérault, large
de 40 à 50 kilomètres qui, surchauflée pendant l'été, éloigne du
littoral les espèces de montagnes. Nous n’en citerons que deux
exemples : le Carabus catenulatus qui, dans l'Hérault, ne se
trouve pas au-dessous de 500 mètres d'altitude, descend dans le
Gard jusqu'à Nîmes (Mingaud), à 50 mètres à peine au-dessus
de la mer, l’Ægosoma scabricorne qui met à mal les vieux
tilleuls et les ailantes de la promenade de la Fontaine à Nîmes
— 4101 —
est inconnu à Montpellier et ne commence à se rencontrer qu'à
Lodève. | | ;
Nous avons dit que la faune dépendait de la flore. L'absence
de forêts de conifères, sapins et pin sylvestre notamment, nous
prive d'une foule d'espèces, par contre la présence du pin
d'Alep dans la région de l'olivier et du pin laricio dans nos
Cévennes nous en fournit d’autres.
Dans chaque région entomologique de France il y a des lieux
de chasse privilégiés. Paris a Fontainebleau et Compiègne,
Lyon le mont Pilat, Grenoble la Grande Chartreuse, Avignon
le Ventoux, Marseille la Sainte-Baume, Carcassonne les val-
lées de l'Atée et de l'Ariège, etc. L'Hérault peut revendiquer
au même titre la forêt de Saint-Guilhem le Désert, arrondisse-
ment de Lodève, et l'étang de Vendres, près Béziers. Que
d'espèces ne se trouvent que là dans notre. département ! La
forêt de Saint-Guilhem, composée de pins laricio, étonne par
sa faune toute spéciale, et l'entomologiste qui, s'y trouvant
brusquement amené, aurait pour un instant perdu la notion du
méridien, pourrait se croire transporté dans les Maures ou
l'Estérel. Là seulemént se rencontrent : Temnochila cœrulea,
Chalcophora Mariana, Anthaxia parallela, A. sepulchralis var.
helvetica, Acmæodera 6 pustulata, Sphenoptera metallica, Oxypleu-
rus Nodieri, Cœnoptera Marmottani, Pogonochærus Caroli, Mono-
hamus galloprovincialis, Leptura unipunctata et sa var. noire,
Cryptocephalus Mayeti, etc., etc. L'étang de Vendres, où depuis
quarante ans nous avons piloté tant de naturalistes, offre aussi
nombre d'espèces qui paraissent cantonnées là : Oodes gracilis,
Pedius inæqualis, Drypta distincta, lPlatynus Thoreyi, Cardiopho-
rus Elconorae, Phytæcia erythrocnema, etc., etc. |
Nous eussions désiré, pour la nomenclature, suivre le dernier
catalogue paru, celui de Von Heyden, Reïtter et Weise de 1906 ;
mais notre travail était en partie rédigé avant son apparition.
Nous suivrons donc le catalogue des mêmes auteurs, de 1891,
nous eflorçant d'y introduire toutes les nouveautés parues
entre les deux éditions. Le signe ! suivant l'usage, désignera
les espèces capturées par nous-même. Pour les autres, en
dehors des vulgarités, le nom de l’entomologiste sera mentionné.
VALÉRY MAYET.
— 102 —
CATALOGUE RAISONNÉ DES COLÉOPTÈRES DE L'HÉRAULT
CICINDELIDÆ
1. Cicindela campestris L. — Printemps, dès la fin de mars
et parfois automne, terrains compacts plutôt que
sablonneux, rare dans la zone maritime, abondante
dans les trois autres régions ; la var. connata HEeR,
spécialement dans les premières petites montagnes.
Pic Saint-Loup, Saint-Guilhem, Causse de la Selle,
Saint-Chinian ! L'insecte parfait qui s'est envolé
devant le chasseur va de préférence se poser dans
l'herbe où sa robe verte le dissimule. De la larve
élevée en pot, nourrie pendant l'été avec des mou-
ches et de petites chenilles, nous avons obtenu la
nymphe les premiers jours de septembre et l’imago
à la fin du même mois. Ce dernier reste d'ordinaire
blotti dans sa loge nymphale jusqu'au printemps ;
mais si l'automne est beau, un certain nombre d'in-
dividus apparaissent avant les froids.
2. — hybrida L. — Mai à septembre, région du hêtre,
bords sablonneux des ruisseaux. Plateau du Som-
mail, La Salvetat, Fraïisse !
3. — trisignata Des. — Juin à septembre, région litto-
rale, de l'embouchure de l'Aude à celle du Vidourle,
sables fins salés, humides, plages et marais salés ; la
plus maritime de nos Cicindèles !
&. — circumdata LarTr. — Du milieu de juin au milieu
de septembre, région maritime, jamais aux bords
mêmes de la mer, marais salés, abondante sur les
efflorescences salines où sa robe claire la dissimule.
Grâce à ses longs pieds elle court plus qu'elle ne
vole. Les Onglous, Cette, Palavas, Maguelonne !
5. — flexuosa F. — De février à mai, enterrée l'hiver
dans le sable, l'éclosion se fait en automne. Régions
maritime et de l'olivier, sable fin salé ou non, plutôt
— 103 —
non salé, versant Nord des dunes maritimes, de
l'embouchure de l'Aude à celle du Vidourle, Mont-
pellier, Sablières de la Pompignane, Béziers bords
de l'Orb. La var. verte mélangée au type !
littoralis F. — Avril à septembre, toute la région
littorale, plages de la mer et des marais salés.
S'avance parfois dans l'intérieur des terres, Montpel-
lier bords des mares de la Pompignane, domaine du
Rochet, commune de Castelnau ; Béziers, bords du
ruisseau Saint-Antoine!
scalaris SERvV., paludosa Dur. — Juin à août, ter-
rains salés compacts, courant plutôt que volant.
Etang de Vendres, côté de l'embouchure de l'Aude,
Cette, bords du fossé séparant le chemin de ronde
de la montagne, de la Saline de Villeroy, Palavas,
sur les terrains de curages argileux des canaux,
canal des barques et canal des étangs ! Balaruc les
Bains, domaine de l'Usine Saint-Gobain (ingénieur
Denis).
germanica L. — De mi-juin à fin août, endroits
clairsemés des prairies non salées, courant dans
Jherbe. Montpellier, mare du pré d'Aréne ; Lattes,
terrains de la gare ; Celleneuve, prairies et luzer-
nières des bords de la Mosson !
CARABIDÆ
9. Cychrus rostratus L. — Eté et automne, région du hêtre,
10.
assez commun sous les pierres et la mousse dans les
bois. La Salvetat, le Soulié, forêt de la Blanque !
attenuatus F. — Septembre, région du hêtre, un
seul exemplaire, forêt de Bureau, au-dessus de la
cascade de Vézole ! C'est l'espèce dominante dans la
Montagne Noire (Tarn).
11. Calosoma inquisitor L. — Juin, rare dans l'Hérault. Deux
captures accidentelles seulement, l'une à la gare de
Vias, prés Agde, par feu Lichtenstein ; l'autre par
nous-même à Montpellier, traversant la route, près
le Pont Juvenal ! ‘
12.
13.
— 104 —
sycophanta. — Juin et juillet, régions littorale de
l'olivier et des petites montagnes, rare d'habitude,
abondant certaines années sur les chênes, les pins et
les saules attaqués par diverses chenilles. L'insecte
est diurne et se prend parfois au vol. Montpellier,
Cette, Agde, Béziers, Lamalou! Lodève /Minsmer)
Saint-Guilhem (Lavagne)
Maderae F., indagator F. — Juin et juillet, région
de l'olivier, peu commun d'ordinaire. Bien que
muni d'ailes l’insecte ne monte jamais sur les arbres.
Comme les Carabes, dont il a les mœurs, il se nourrit
de toutes les proies. On le trouve sous les pierres ou
courant vers quatre à cinq heures du soir dans les
luzernières dont les taupinières lui servent d'abri,
abondant parfois sous les tas de luzerne séchant
dans les champs (Marquet), venant parfois le soir, à la
lumière. jusque dans les villes. Montpellier, Béziers,
étang de Vendres ! Lunel {Dr Sicard). Nous avons
décrit la larve dans le Bulletin de la Société Ent.
1887, p. 171.
14. Carabus coriaceus L. — Printemps et surtout automne,
45.
16.
régions maritime, de l'olivier et des petites monta-
gnes, sous les pierres, au bord des champs. Montpel-
lier, Agde, Béziers, Vendres, St-Guilhem, Lamalou-
les-Bains ! Lodève {Minsmer!).
violaceus L. var. purpurascens DurrT. — Printemps
et automne, dans les quatre régions, prairies et bois
humides ; les exemplaires de la région chaude, de
grande taille, représentent la var. bitterensis LAPOUGE.
Montpellier, prairies de Lattes, Béziers, Lamalou,
La Salvetat ! Saint-Guilhem (Lavagne).
catenulatus Scop.— Printemps et automne, régions
montagneuses, plateau du Sommail (1000 m.), la
Salvetat, le Caroux. les Verreries de Moussan ! L'es-
pèce, qui à Marseille (vallée de l'Huveaune), à Nimes
et à Collioure descend non loin du niveau de la mer
par suite du voisinage des montagnes, ne se trouve
pas dans l'Hérault au-dessous de 500 mètres.
17.
18.
19.
— 105 —
intricatus L. — Automne, rare dans l'Hérault. Ré-
gion du châtaignier. Un seul exemplaire en septem-
bre, bords du Thoré, les Verreries de Moussan !
L'espèce est bien certainement dans les châtaigne--
raies qui environnent Lamalou-les-Bains.
hispanus L. — Printemps et automne, régions du
châtaignier et du hêtre, sous les pierres moussues
dans les bois et dans les souches pourries. La Salve-
tat, Fraïsse, bois de Salvagnères, commune du Poujol,
près Lamalou-les-Bains ! Lodève, ravin de Monplai-
sir (Minsmer). |
auronitens F. var. festivus Des — De fin septembre
à fin mai, région du hêtre. sous les pierres moussues
et la mousse recouvrant le pied des chênes et des
hêtres, une seule localité jusqu'à présent, bois des
Taillades près Fraïsse, vallée de l’Agout à environ
1000 mètres. L'auronitens type qui se trouve non loin
de nous, au Mont Aigoual (Gard), ne s’est pas encore
rencontré dans l'Hérault.
auratus L. — De mars à juin. Le type classique, au
corps allongé, à la robe vert doré et aux pieds jaune-
rougeâtre, ne se trouve bien pur que dans la région
du hêtre. Il court en plein soleil dans les prairies et
les sentiers herbeux. La Salvetat, Fraïsse, plateaux
du Sommail, du Caroux et du Larzac; la variété
brune, plus ou moins foncée, allant jusqu'au noir,
dans la proportion de À à 2 °/o. La variété lotharingus
DEs., c'est-à-dire aux formes épaissies, à la robe vert
olive etaux cuisses brunes, est des régions maritimes
et de l'olivier. On la trouve principalement dans les
luzernières. Dans la zone des petites montagnes,
Saint-Chinian, Lodève, Lamalou-les-Bains, etc., on
rencontre des exemplaires de transition, ayant les
formes lourdes du lotharingus et les pieds rouges de
l'auratus type ! Un lotharingus typique, mais d'un noir
profond, a été pris et à moi oftert par M. H. Sicard
dans la petite chaîne de la Séranne près Ganges.
21,*
22.
23.
24.
— 106 —
clathratus L. var. arelatensis LAPouGE. — Hiver et
printemps, région maritime, dans les marais saumä-
tres, abondant parfois en avril et mai, sous les gros
détritus et les débris de roseaux rejetés par les crues,
en hiver dans le terreau des vieux saules. Béziers,
étangs de Vendres et de Capestang ; Montpellier
bords des étangs de Pérols et de Mauguio, palus de
Gramenet près Lattes et de l'Estagnol près la station
de Villeneuve-les-Maguelonne !
cancellatus ILL. — De mai à septembre, Tr. du
hêtre, le. jour sous les pierres, le soir courant dans
les sentiers. Cette vulgaire espèce est rare dans
l'Hérault. Nous n’en avons pris que deux exemplaires
sur le plateau du Sommail, entre l'auberge du Caba-
rétou et la cascade de Vézole ; un troisième exem-
plaire trouvé par nous à Montpellier même, le 10 no-
vembre, fraichement écrasé, dans le domaine de
l'Ecole d'agriculture, doit être considéré comme d'in-
troduction accidentelle.
nemoralis MüLz. — Printemps et automne, régions
du châtaignier et du hêtre, dans les bois, sous les
pierres et la mousse. Les exemplaires typiques, à
robe d’un bronzé cuivreux, sont rares, les robes
foncées bleuàtres ou vert bronzé brillant plus fré-
quentes. Villecelle, près Lamalou-les-Bains, la Sal-:
vetat, Mont Caroux !
alysidotus IL. — De janvier à mai, zone maritime,
forme italienne (marais de la Toscane) rappelant par
ses élytres rugueux les C. Rossii et (enci. Elle a en
France plusieurs stations dont nous connaissons les
suivantes : dans le Var, montagne de Courmette près
Grasse, prairie tourbeuse (Sainte-Claire Deville),
dans les Bouches-du-Rhône, étang de Montmajour
près Arles (frère Zoël), étangs littoraux du Gard et
de l'Hérault, en decà de Montpellier, Aigues-Mortes
(Baron Tisson), Pérolset Lattes (de Lapouge, Lavagne,
Henri Sicard). Nous l'avons personnellement capturé
à la ferme du Maupas entre Lattes et Pérols. L'insecte
— 107 —
ne dépasse pas vers l'Ouest la longitude de Montpel-
” lier, ses apparitions sont intermittentes et paraissent
suivré les grandes inondations telles que celles de la
fin de 14907 (1).
29. — convexus. — Mai et juin, région du hêtre, peu
commun, quelques exemplaires seulement sur le
plateau du Sommail, entre le Cabarétou et la cascade
de Vézole.
26. Leistus spinibarbis. — Printemps et automne, endroits
humides et ombragés, sous les pierres, commun à
toutes les altitudes ! |
27. — montanus STEPH. puncticeps FAIRM. — Montpellier,
rare! Béziers {l’uel), Pérols, Lodève /Minsmer), Saint-
Guilhem (Lavagne). |
28. — fulvibarbis Des. — Avril et mai, région maritime
et de l'olivier, fossés humides, Montpellier, prairies
de Lattes, Béziers, étang de Capestang !
29. — ferrugineus. — Mai et juin, région du hêtre, talus
des chemins ombragés, sous les pierres. La Salvetat,
Fraïsse, Mont Caroux ! d
30. Nebria complanata L. — Printemps et automne, l'hiver
enterrée dans les dunes, région maritime, de l'em-
bouchure de l'Aude à celle du Vidourle, plages de
- Sable fin humide, non loin du flot. sous les galets,
les tas de fucus. les débris de toutes sortes !
(1) L'insecte a été trouvé en nombre une fois, en 1888, par M. de
Lapouge, bibliothécaire universitaire à Montpellier. aujourd'hui à
Poitiers, l'auteur bien connu de la Phylogénie des Carnbuxs. « Le
Carabus alysidotus, dit-il, est une espèce presque éteinte. Elle est
aquatique et préfère les eaux saumâtres. Sa larve vit sous le drap
. marin des étangs littoraux et sous les détritus inondés d'eau salée.
J'ai vu moi-méme l'adulte coùrir sous l’eau et j'ai pris des exem-
plaires sous vingt centimètres d'eau. {lysidotus devient une rareté
dont la capture est très accidentelle. J'en ai pris, en ISS8, soixante-
quatre exemplaires en une heure, dans les marais de Laltes, près
Montpellier, et cette chasse miraculeuse a permis à nombre d'entomo-
logistes de voir pour la première fois ce carabe. Avant et depuis cette
aubaine, je ne l’ai pris qu’isolément ». (Bull. de la Soc. scient. et méd.
de l'Ouest, 4° trimestre 1899, p. 12).
— 108 —
31. — psammodes Rossi. — De milieu mai à fin octobre,
région des petites montagnes, bords des rivières
sous les galets et les plaques de vase desséchée. Dans
la région de l'olivier, l'insecte descend assez bas le
long des rivières importantes. Béziers, Lamalou-les-
Bains, bords de l'Orb, Pézénas, bords de l'Hérault !
Lodève {Minsmer), Canet (Chégaray).
32 — brevicollis F. — Avril à octobre, à toutes les alti-
tudes, partout sous les pierres dans les endroits
humides ! |
33. Notiophilus palustris Durr. — Espèce peu. répandue dans
l'Hérault. Béziers, bords du ruisseau le Lirou (Puel).
34. — rufipes CurrTis. — Mai à septembre, régions du
châtaignier et du hètre, commun sous les feuilles
mortes et la mousse sèche. Lamalou, La Salvetat, le
Mont Caroux !
39. — biguttatus F., semipunctatus STurM. — Maï à sep-
tembre, à toutes les altitudes, mêmes conditions.
Béziers, Capestang, La Salvetat ! Moins commun.
36. — substriatus \WATERH., punctulatus SCHAUM. — Avril
à septembre. A toutes les altitudes, commun dans
les dunes maritimes aussi bien que dans la région
du hêtre, l'espèce la plus commune à Montpellier,
Cette, Palavas, Lamalou, La Salvetat !
37. Omophron limbatum F. — Mai à septembre, régions mari-
time et de l'olivier, enterré dans le sable fin, au
bord des eaux courantes et des mares saumâtres des
dunes maritimes. Il sort et court rapidement sur le
sable piétiné ou arrosé. Béziers, bords de l’Orb !
dunes d'Agde et de Vias à l'embouchure de l'Hérault
(Marquet).
38. Scarites arenarius Bon. — Mai à septembre, région mari-
time, jamais au bord même de la mer, uniquement
dans les marais salés où il n'est pas rare sous Îles
pierres et les débris d'algues. La larve, fortement
chitinisée et oculée, a les mœurs de l'imago, chassant
comme lui matin et soir. Cette, Frontignan, Palavas!
Béziers, parages maritimes {Marquet).
39.
40.
— 109 —
A plusieurs reprises, mais par individus isolés,
l'insecte a été capturé en dehors de la zone maritime,
non dans l'Hérault, mais dans le Vaucluse : étang de
la Bonde, commune de la Motte d’Aigues (Fagniez),
Avignon, bords du Rhône et de la Durance {Chobaut).
buparius Forsr. gigas F. — Printemps et automne ;
en hiver enterré à 25 ou 30 centimètres dans le sable,
exclusivement dans les dunes, chassant à l'affût le
matin et le soir, non loin de l'entrée de son terrier.
Agde, Cette, Palavas ! Béziers (Marquet). La larve
aveugle dont l'abdomen est peu chitinisé, presque
blanc, ne quitte jamais le sol (1). Nous l'avons trou-
vée à plusieurs reprises mangeant des larves d'Ano-
mala vitis abondantes dans les dunes.
laevigatus F. — Mai à septembre, région mariti-
me. Sur les plages de sable fin, enterré non loin du
_ flot ou abrité sous les tas de fucus. Partout, de l'em-
bouchure de l'Aude à celle du Vidourle !
EMA. Dyschirius numidicus Purz. rugicollis Fairm. — Mai à sep-
42.
43.
tembre, zone maritime. Une des espèces les plus
communes dans nos terrains sablonneux salés.
Comme toutes les espèces du genre on le capture en
arrosant le sable humide. Agde, Cette, Frontignan,
Palavas !
chalceus Er.—Zone littorale, peu répandu. L'espèce
est plutôt des bords de l'Océan, Vias, mares des
dunes de l'embouchure de l'Hérault {Marquet).
nitidus ScaauM. — Zones littorale et de l'olivier,
mai à septembre, bords sablonneux des rivières et
flaques des dunes maritimes, commun certaines
années. Béziers, Bords de l'Orb, Agde, Cette, Bala- -
ruc ! Palavas /Minsmer).
(1) Pour plus ämples détails sur les larves des divers Scarites voit
les descriptions par nous publiées dans les Opuscules Ent. de Mulsant
16° cahier, p. 77, sur S. arenarius et Bull, Soc. Ent. 1887, p. 162 sur
S. buparius. | |
44.
45.
46.
41.
48.
90.
— 110 —
macrodetrus CHAUD. — Zone maritime, rare. Séri-
gnan, à l'embouchure de l'Orb {Marquet). M. Gavoy
(Cat. de l'Aude) l'indique de Narbonne d'après
Putzeys et Puton.
cylindricus Des. — Mai à septembre, uniquement
au bord des eaux salées. Cette, bords de l'étang de
Thau, terrains voisins du laboratoire de Zoologie
maritime de la Faculté des sciences de Montpellier,
Agde, Balaruc, Palavas ! Sérignan /Marquet).
tensicollis Marseuz. — Terrains salés de notre
littoral ; longtemps confondu avec D. cylindricus, dis-
tingué et décrit comme nouveau par M. Sainte-Claire
Deville sous le nom de. Fleischeri (Bull. Soc. Ent.
27 janvier 1904), finalement ramené par lui au tensi-
collis Mars. (l'Abeille T. xxx, p. 261). Cette (Gavoy),
Palavas (Minsmer).
punctatus Des. — Mai et juin, zones de l'olivier et
des petites montagnes. Béziers et Lamalou- les-Bains
au bord de l'Orb!
substriatus Durr. — Mai, bords de l'étang de
-Vendres, quelques exemplaires après une forte
inondation de l'Aude (1). L'espèce est des montagnes
pyrénéennes et ne fait pas, croyons-nous, partie de
la faune naturelle de l'Hérault. Les insectes dits
d'inondation doivent être considérés comme d'ori-
gine douteuse !
salinus ScHaAuM. — De mai à septembre, région
maritime, sables salés, commun. Cette, Frontignan,
Palavas ! Agde {Marquet).
æneus Des. — Mai à juillet, sables salés ou non
salés. Cette, bords de l’étang de Thau, Béziers, bords
de l'Orb! |
(1) L'étang de Vendres qui, géologiquement, est un reste de l’ancien
estuaire de l’Aude, est assez fréquemment rempli par les inondations
de ce petit fleuve. Certaines espèces des Corbières et des FJFEnees
peuvent s’y rencontrer.
91.
#2.
54.
— 111 —9
chalybaeus Purzeys. — MArQuUET dit l'espèce com-
mune à Cette et à Vias, Gavoy (Cat. Col. de l'Aude) la
cite de Narbonne, d'après Fauvel. Nous ne la voyons
pas notée dans nos chasses personnelles. Selon
Benz (Faune du Bassin de la Seine, T. 1, p.158), ce
n'est qu'une variété de l'œneus.
apicalis Purz. — Terrains salés, peu commun, un
seul exemplaire noté Cette ! Béziers {Marquet) ; Fron-
tignan {Minsmer). Gavoy (loc. cit.) indique l’espéce
de Narbonne, d'après Pandellé.
_globosus HERBsT. — Bord des eaux, à toutes les
altitudes, mais plus commun dans les montagnes. La
Salvetat, en nombre en Aoùt dans les détritus de
l'Agout, Lamalou en juillet, bords de l'Orb ! Aussi
dans la région chaude, en certain nombre en hiver,
ei tamisant du terreau de saule au bord du marais
de l'Estagnol près la gare de Villeneuve-les-Mague-
lonne {H. Sicard).
luticola CHaup. liguriensis Purz. — L'espèce prise
par M. Puez en Camargue et à Aigues-mortes, à
quelques kilomètres des confins de l'Hérault, se
trouve bien certainement aux bords de nos marais
salés.
55. Clivina fossor L. — Printemps, aux diverses altitudes,
6.
bords des fossés sablonneux, assez souvent dans les
jardins maraichers sous les pierres et les pièces de
bois avoisinant les creux à fumier. Montpellier,
Béziers |
collaris HerBsT. — Printemps, mêmes conditions;
plus fréquent, semble-t-il, dans les montagnes.
Lamalou, La Salvetat ! Lattes (Lavagne).
57. Apotomus rufus OL. — Mars à juin, région maritime ; forme
africaine assez localisée dans l'Hérault, abondante
sous les pierres au bord de l'étang de Vendres près
Béziers, plus rare à Montpellier au bord de l'étang
de Pérols ! Lattes, ferme du Maupas' (Minsmer,
Lavagne).
— 112 —
58. Broscus cephalotes L. — Juin, région du hêtre, localisé
aux bords de certaines rivières. Il vit au fond d’un
terrier creusé dans le sable fin, parfois sous les
pierres. Plateau du Sommail, bords de l’Arn, Fraïsse,
bords de l’Agout ! L'espèce n’est pas exclusivement
montagnarde, nous l'avons prise dans l'Aude, à
Saint-Marcel, près Narbonne, aux bords mêmes de la
rivière, toujours dans les mêmes conditions.
59. Tachypus caraboides Scark. — Mai à septembre, zones de
60.
61.
63
54.
GS.
66.
l'olivier et des petites montagnes, bords graveleux
des rivières, peu répandu. Béziers, Lamalou, Ganges !
Lattes (Lavagne).
pallipes Durr. — Mêmes conditions, mêmes loca-
lités, commun !
flavipes L. — A toutes les altitudes, bords des
eaux un peu vaseux ou argileux, bords des fossés.
Montpellier, Lamalou, La Salvetat !
. Limnaeum Abeïllei Benz. — Mai et juin, zone maritime.
. Bembi
Cette, bords de l'étang de Thau, sous les galets et les
petits tas de zostères ou d'algues reposant sur le
sable, peu commun |
dion striatum F. foraminosum SrTurM. — Mai, un
seul exemplaire noté Vendres, amené peut-être dans
l'étang par une crue de l'Aude ! Nous doutons un
peu que l'espèce appartienne à notre faune.
pygmaeum F. — Avril à septembre, -bords des
cours d’eau, peu commun. Béziers bords de l'Orb,
Montpellier bords du Lez !
lampros HERBsT. — Février à octobre, à toutes les
altitudes. Une des espèces les plus communes, ter-
rains humides et découverts, courant de tous côtés
aux premiers beaux jours !
punctulatum DraPp. — Avril à septembre, plaine
et montagnes, commun au bord des cours d'eau
caillouteux ou salanneux. Béziers, Lamalou, Ganges,
La Salvetat ! |
67.
69.
70.
71.
72.
73.
74.
— 4113 —
varium OL. (4) — Avril à septembre, zones mari-
time et de l'olivier, bords des eaux sfagnantes dou-
ces, salées et surtout saumâtres. Montpellier, Cette,
Béziers et toutes les terres basses du littoral !
ephippium Marsa. — Février à septembre, zone
maritime, uniquement dans les terrains salés, sous
les algues desséchées. Cette, Palavas, Vendres !
fasciolatum Durr. — Avril à septembre, régions
de l'olivier et des montagnes, au bord des cours
d'eau. Le type spécifique rare, Béziers bords de l'Orb;
la var. cœruleum Des., commune, Montpellier bords
du Lez, Béziers et Lamalou bords de l'Orb, Saint-
Guilhem et Ganges, bords de l'Hérault !
conforme Des. — Région de l'olivier, rare. Saint-
Guilhem. (Lavagne).
atrocæruleum Srepx. — Avril à septembre, région
du hêtre, sous les galets des torrents. La Salvetat,
. Fraïsse |
Redtenbacheri DANIEL. — Juillet, région du hêtre,
mêmes conditions, plus rare. La Salvetat ! (2)
tricolor F., Erichsoni Duv. — Eté, région des peti-
tes montagnes, sous les galets des torrents. Saint-
Guilhem, Ganges, Lodève !
eques STURM. — Mai à septembre, région des
petites montagnes, sous les pierres des torrents, peu
commun. Lamalou, Ganges ! Béziers, inond. de
l'Orb (Marquet).
(1) Les Bembidion dentellum Thunb, noté par Marquet (loc. rit.) de
tout le Languedoc et B. adustum, signalé par Gavoy (loc. cit.) comme
des environs de Narbonne, n'ont jamais été rencontrés par nous dans
l'Hérault. Certaines variétés de B. varium sont faciles à confondre
avec ces deux espèces plus septentrionales que méridionales.
{2) Pour les Bembidion du groupe fasciolatum, cœruleum, atrocæru-
lem, tibiale et Redienbacheri qui offrent quelques difficultés, nons
avons eu recours aux lumières de notre ami Sainte-Claire Deville. Le
tibiale, que nous avions cru d’abord se trouver dans nos Herenne® de
l'Hérault, ne paraît pas s’y rencontrer.
143
— 114 —
75. — Andreæ F. — Avril à octobre, plaine et montagne,
abondant au bord de tous les cours d’eau ; la var.
femoratum SrurM.uniquement région montagneuse,
La Salvetat !
76. — ustulatum L. — Mai et juin, régions de l'olivier et
des petites montagnes, endroits humides, bords des
fossés et des marais, plutôt que bords des rivières.
Vendres, Capestang, Montpellier bords du Lez,
Lamalou ! Lodève {Minsmer), Castelnau /Lavagne).
77. — decorum Panz. — Avril à juin, à toutes les altitudes,
plus répandu dans les montagnes, graviers et galets
des rivières. Béziers et Lamalou, bords de l'Orb,
Ganges bords de l'Hérault, Montpellier, La Sal-
vetat !
78. — Fauveli Gancis.— Mai, région de l'olivier. 2exempl.
pris aux bords de l'Hérault, au-dessus de Saint-
Guilhem le Désert ! (1).
79. — nitidulum Marsa. — Mai à septembre, régions des
basses et hautes montagnes, çà et là dans la plaine,
dans les jardins, non loin des habitations, endroits
humides et ombreux sous les pierres. Lamalou,
La Salvetat, Béziers, Montpellier !
80. — monticola SrurM. — Juillet, région du hêtre, quel-
ques exemplaires. La Salvetat !
81. — hypocrita Der. — Région du châtaignier, rare; un
exemplaire marqué Lamalou! Lodève (Minsmer).
Marquet l'indique dans sa liste de l'étang de Ven-
dres, mais l’omet dans le Catalogue du Languedoc.
82. — Dahli Des. — Avril à septembre, région de l'olivier,
marais et bords de rivières, commun par places.
Béziers, Vendres, Capestang ! Nous ne l'avons pas
observé à Montpellier. Lodève (Minsmer).
(1) L'espèce soumise à M. Sainte-Claire Deville sous le nom de praeus-
tum Des. a été ramenée par lui au B. Fauveli GaAnGLs. Le praeustum
Des., maintenu comme espèce dans le Catal. Reitter 1906, se trouve-
til dans l'Hérault comme il est dans le Gard { Puel, in litt.) ? C'est à
rechercher.
84.
85.
86.
87.
88.
89.
90.
91.
92.
— 115 —
cribrum Duv. — Méêmes conditions, mais moins
localisé. Béziers, Agde, Cette, Montpellier, Lunel !
elongatum Des. — Avril à septembre, bords des
rivières, à diverses altitudes, mais plus fréquent
dans les régions chaudes. Montpellier, Béziers
Lamalou, Ganges ! Lodève (Minsmer).
aspericolle GERM., lepidum DEs.— Mars à septembre,
zone littorale, uniquement dans les marais salés,
mœurs des Pogonus, sous les algues avec B. ephip-
pium. Cette, Palavas, etc. ! Pérols (Lavagne).
minimum F.— Mars à septembre, régions maritime
et de l'olivier, bords des eaux douces et surtout
salées. Les var. latiplaga et rivulare avec le type.
Béziers, Cette, Montpellier, Palavas, Ganges!
normannum Des. — Mémes conditions que le mini-
mum, un peu moins halophile cependant. Cette,
Montpellier, Lamalou !
4 guttatum F. — Avril à septembre, gravier et
galets des bords de rivières. Béziers, Lamalou,
Ganges ! Un ex. marqué Cette, flaque salée, peut
être rapporté à la var. Genei, c'est-à dire à corps
plus allongé ! Castelnau, inondations du Lez
(Lavagne).
laterale Des., callosum KüsT. — Mêmes conditions,
régions de l'olivier et parfois des montagnes.
Béziers, Montpellier, Saint-Guilhem, La Salvetat !
4 pustulatum Serv. — Mèmes conditions, peu com-
mun dans l'Hérault: nos étiquettes de localités
sont : Béziers, Vendres et Lamalou, bords de l'Orb!
Castelnau, inondations du Lez (Lavagne).
4 maculatum L. — Béziers (Marquet). Nous ne
l'avons pas pris nous-même dans l'Hérault; mais
Gavoy le signale des bords de l'Aude qui baigne
la partie ouest du département.
tenellum Er. — Avril à septembre. Région littorale,
terrains non salés, bords vaseux des rivières et des
fossés. Béziers, Vendres, Montpellier, Lattes!
Lodève (Minsmer).
— 446 —
93. — articulatum GyLz. — Avril à septembre. Régions
littorale et des montagnes, bords des cours d’eau.
Etang de Vendres, Lamalou, bords de l'Orb!
94 — 8 maculatum Gorze, Sturmi PANz. — D'avril à octo-
bre. Région littorale. Une des espèces les plus
communes au bord de nos marais saumâtres ou
d’eau douce, sous les détritus. Béziers, Montpellier,
Lunel !
95. — fumigatum Durr. — Mêmes conditions et localités,
mais beaucoup moins commun |
96. — assimile GyLzz. — Avril. Marais peu ou point salés,
peu commun dans l'Hérault. Quelques exemplaires |
notés étang de Vendres, détritus, un exemplaire
noté marais de l'Estagnol ! Lattes (Lavagne).
97. — obtusum STURM.— A peu près toute l’année. Régions
maritime et de l'olivier, sous les détritus peu
humides, commun enhiver en tamisant les feuilles
mortes des Zamarix plantés en terrain sec. Cette,
Béziers, Montpellier! La var. rectangukum n'est
notée que de Béziers !
98. — guttula F. — Printemps et automne. Région mari-
time, bords des étangs sous les pierres et les détri-
tus. Vendres, Frontignan, Montpellier, prairies de
| Lattes !
99. — biguttatum F.— Mai à septembre. Région de l'olivier.
Bords des fossés de prairies irriguées, en nombre .
sous les détritus après les pluies. Béziers, Agde,
Montpellier, localisé, spécialement, prairie irriguée
de l'Ecole d'agriculture !
100. — iricolor Benez. — Mai à septembre, zone littorale,
terrains salés ; longtemps confondu avec le précé-
dent, toujours plus grand et de teiñte un peu irisée.
Cette, Frontignan, Palavas! Palus de Gramenet
(Laxagne).
4014. — lunulatum Fourcr. — Montpellier, un exemplaire
(Puel). |
102. Ocys harpaloides SErv. — Avril et mai, zones de l'olivier
et du châtaignier, endroits humides et ombragés,
— 117 —
sous les pierres, les écorces, dans le bois pourri,
parfois en battant. Béziers, Capestang, Lamalou,
Saint-Guilhem, Montpellier !
103. — 5 striatus GyLc. — Eté, régions montagneuses, en
battant les arbres ou sous les écorces. Lamalou,
” Saint-Guilhem, La Salvetat ! Lodève (Minsmer). L’es-
pèce pour nous est exclusivement arboricole ; un
exemplaire trouvé dans l'étang de Vendres sous une
pierre provenait, bien certainement, d'une crue de
l'Aude.
104. Tachys bisulcatus Nicoc., Focki Humm. —- A peu près toute
l'année, endroits humides et obscurs, terreau des
jardins, fréquemment dans les rez-de-chaussée humi-
des, les écuries, parfois même cavernicole. Béziers,
Lamalou, Montpellier grotte de la campagne, Pou-
tingon sur la route de Ganges !
105. — haemorrhoïdalis Des. — Mars à juillet, zones litto-
_rale et de l'olivier, une des espéces communes dans
les détritus de marais et le long des fossés de prai-
ries. Béziers, étang de Vendres, Montpellier, prairies
de Lattes ! D'après Fauvel (Faune Nouvelle Calédonie,
p. 220), l'espèce est cosmopolite.
406. — 6Gstriatus Durr., angustatus Des. — Rare dans la
| région de l'olivier, il est plutôt des petites monta-
gnes. Montpellier marais de l'Estagnol, Lamalou
bords de l’Orb, Béziers inondations de l'Orb, Palavas
détritus rejetés par le flot après une crue du
Vidourle ! (1)
(1) Sur la côte de l'Hérault les courants marins vont toujours de
l'Est à l'Ouest et les détritus rejetés après les crues du Rhône et du
Vidourle peuvent donner des espèces étrangères à la faune locale.
C’est ainsi que, sur la plage des bains de Cette, nous avons trouvé, il
y a quelques vingt ans, le cadavre d’un Castor du Rhône et que, plus
récemment dans le même endroit, nous avons constaté une véritable
couche de Rhizotrogus pygialis, espèce inconnue dans la localité, mais
commune en Camargue. De la même façon est expliquée la présence
d'un insecte du châtaignier, l’Helops cœruleus, trouvé à Palavas sous
des détritus marins par M. Lavagne.
107.
108.
109.
110.
11.
112.
— 8 —
Lucasi Duv. — Région littorale, janvier, un exem-
plaire inondation des marais de Lattes (Lavagne),
aujourd'hui in coll. Chobaut.
4 signatus DurrT. — Printemps, zones littorale et
de l'olivier, peu répandu, vivant dans le sable
des bords de rivières. Béziers bords de l'Orb et
du Libron, Ganges, bords de l'Hérault, sous les
galets !
parvulus Des. — Avril à juillet, zones de l'olivier
et du châtaignier, bords des ruisseaux, sous les
grosses pierres un peu adhérentes et les plaques
d'argile. Béziers, bords du Libron ; Montpellier,
bords de la Mosson, en dessous du village de Gra-
bels ; Lamalou, bords de l'Orb ! Saint-Jean de Buèges
(H. Sicard).
fulvicollis Des. — Mai et juin, zone maritime.
Marais de Vendres, prairies basses de Lattes près
Montpellier, d'habitude peu commun ! Cette (Rey).
Pour prendre en nombre cette espèce on doit se :
servir du procédé employé en Camargue par M. Puel.
Il consiste en un petit tas d'herbes arrachées sur
lequel on met une grosse pierre. Dès que les herbes
commencent à fermenter, les Tachys y arrivent en
nombre.
2 striatus Durr. var. elongatulus Des. et var.
gregarius CHAUD. — À peu près toute l’année, à
diverses altitudes, marais, prairies, bords de rivière.
et écorces, étang de Vendres, Béziers, bords de l'Orb,
Lamalou bois pourri de châtaignier, Montpellier
prairies de Lattes, terreau de saule ! Le type et les
variétés viennent souvent à la lumière. |
scutellaris Srepx. var. dimidiatus Morscs. et var.
atratus Cosra. — A peu prés toute l'année, région
maritime, de l'embouchure de l'Aude à celle du
Vidourle ; l'espèce la plus commune du genre dans
les marais salés, courant de tous côtés quand on
piétine ou qu'on soulève les algues! |
— 119 —
113. Tachyta nana GyLz. — Mai à septembre. Régions monta-
gneuses, dans les bois, sous les écorces, principale-
ment celles des souches. Lamalou, châtaignier, La
Salvetat, hêtre et chêne !
114. Limnastis galilaeus Bruz. — Septembre, bords du palus
de Gramenet débordé, un seul exemplaire (Lavagne).
L'insecte est aujourd'hui à Avignon dans la collec-
tion Puel.
115. Anillus Mayeti BrisouT. — Automne et printemps, région
de l'olivier, sous les pierres enfoncées, dans des
terrains à la fois boisés, humides et un peu décou-
verts. L'insecte capturé pour la première fois aux
environs d'Agde, a été retrouvé par nous à Saint-
Thibéry, vallée de l'Hérault, à Roquebrun, vallée de
l'Orb, à Lodève, vallée de la Lergue (localité précise
parc de Montplaisir), à Montpellier enfin, vallée de
la Mosson (localité précise parc de Caunel). L'insecte
se tient le plus souvent fixé contre la pierre, mais
on en trouve aussi dans les fissures du sol ou circu-
lant dans les galeries des lombrics ! Nizas (H. Sicard).
116. Perileptus areolatus CREUTZ. -- Avril à septembre, à
toutes les altitudes, bords sablonneux des cours
d'eau. Béziers, Lamalou, Saint-Guilhem, Ganges, La
Salvetat ! Castelnau (Lavagne).
117. Thalassophilus longicornis Srurm. — Mai à juillet, dans
le sable au bord des rivières, mœurs des Bembidion.
Béziers, Lamalou, bords de l'Orb !
114. Trechus 4 striatus Scaranck, minutus F. — A peu près
toute l'année, à toutes les altitudes, commun dans
les marais, dans les bois, sous les feuilles mortes, la
mousse et même sous les pierres dans les endroits
secs ! CR
119. Anophtalmus Simoni A8. — Mars et avril. Grotte de la
Coquille ou d'Aldène, près Minerve ! L'espèce décou-
verte par M. Simon en 1880 à, croyons-nous, disparu
depuis par suite de la mise en exploitation de la
caverne riche en phosphate de chaux (débris d'ours,
— 12 —
de cerfs, etc., de l’époque quaternaire) (1). D'après
nos calculs, le nombre des exemplaires recueillis
peut s'élever en tout à une vingtaine, capturés par
nos amis Simon, Gavoy, Cambournac, Argod et
nous-même.
120. Pogonus pallidipennis Des. — Région maritime, d'avril à
121.
122.
123.
124.
125.
126.
septembre, marais salés, de l'embouchure de l'Aude
à celle du Vidourle, sous les algues et les détritus.
En terrain découvert, près de la gare de Palavas par
exemple, l'insecte se creuse un puits vertical de
quelques centimètres, au fond duquel il se tient
blotti. :
gilvipes Des. — Mêmes conditions, mais ne se
creusant pas de terrier, une des espèces [es moins
répandues, toujours localisé. Cette, bord de l'étang
des aux blanches, Frontignan, étang d'ingril,
Palavas, étang de l'Arnel !
littoralis Durr. — Mêmes conditions, commun
dans les prairies demi salées. Etangs de Vendres et
de Capestang, Cette, Palavas, Gramenet !
chalceus Marnsx. — Terrains très salés, commun
dans les salines des Onglous, de Cette et de Fronti-
gnan ! Palavas, près le cimetière (Lavagne).
riparius Des. —Mêmes conditions, moins répandu
que le chalceus. Cette, Palavas !
meridionalis Des. — Mêmes conditions et locali-
tés, un des plus abondants, paraissant dès le mois
de mars, mélangé aux deux espèces précédentes !
gracilis Des. — Peu répandu, se prend surtout
(1) La voûte a été percée pour faciliter l'exploitation et le chantier
où les wagonnets étaient amenés et les bennes accrochées à la chaîne
du treuil a été établi à l'endroit même où nous capturions l’insecte,
c'est-à-dire dans la salle dite du pilier. Questionnés sur le résultat
financier de l'opération, les industriels qui ont ruiné cette localité
entomologique et mis au pilon des centaines de squelettes d'Ursus
spelœus ont répondu que c était à peine si l’entreprise avait pu joindre
les deux bouts.
— 121 —
sous les pierres dans les endroits dépourvus de végé
tation. Cette, Frontignan, commun parfois en mai
- dans le palus de Gramenet sous les plaques de vase
desséchée |
127. — ‘ testaceus Des. — Mémes conditions que le graci-
‘dis, réuni parfois en familles sous la même pierre
isolée. Quand l'eau envahit le terrain, l'insecte monte
prestement sur la pierre et prend son vol !
128. Deltomerus rufipennis Des. — Avril à juin, régions de
l'olivier et surtout des petites montagnes, ruisseaux
à sec, sous les pierres encore humides, talus des
chemins avec suintements. L'espèce se déplace faci-
lement, quittant parfois pour longtemps une localité
et y reparaissant sans cause apparente. Montpellier,
chemin creux argileux avec suintements, derrière
l'Ecole d'agriculture, Saint-Chinian, Lamalou, Cler-
mont-l'Hérault! Béziers (Marquet, Mathieu), Lodève
(Minsmer).
129. Atranus collaris MÉN. — Automne et hiver, bords des
rivières. Les mœurs étant inconnues, on ne prend
l'insecte que lors des inondations. Béziers, octobre,
inondations de l'Orb, sous les détritus, à l'écluse des
épanchoirs, rive droite ! C'est là que, pour la pre-
mière fois Marquet l'a capturé et il n'a été signalé
nulle part ailleurs dans le département. L'aire géogra-
phique de l'espèce comprend cependant toute l’Eu-
rope, des Pyrénées au Caucase. Marquet la signale à
| Toulouse et Gavoy à Carcassonne.
130. Perigona nigriceps Des. — Printemps, un exemplaire pris
dans du terreau de saule à Lattes, près Montpellier,
_par de Lapouge, en 1889. Deux autres exemplaires
ont été signalés d’Albaron (Camargue) par Sainte-
Claire Deville (F4 beille, T. xxx, p. 184) comme pris à
la lumière par notre ami Puel (1).
(1) L'espèce est cosmopolite, surtout américaine et parait ètre en
train de Se répandre en Europe. Des Gozis l’a prise à Cannes, les
exemplaires de notre collection proviennent de Bordeaux. « Elle a été,
— 122 —
131. Platynus (Anchomenus) ruficornis Goeze, pallipes F. — A
132.
133.
134.
135.
136.
137.
138.
peu près toute l’année, à toutes les altitudes, endroits
humides et sombres, sous les pierres, souvent près
des habitations ! :
(Limodromus) assimilis Payx., angusticollis F. —
Rare, peu commun dans l'Hérault, régions de l’oli-
vier et du châtaignier, d'habitude arboricole. Les
Verreries de Moussan, souche de châtaignier ! Lattes,
bois pourri de saule (Zavagne, coll. Puel); Béziers
Marquet).
(Agonum) 6 punctatus L. — Mai à septembre,
régions du châtaignier et du hêtre, sous les pierres,
au bord des sources et des rivières. Lamalou, bords
de l'Orb, La Salvetat, Fraïsse, bords de l’Agout |
viridicupreus Goëze, modestus STURM. — Mai,
région de l'olivier, peu répandu. Etang de Vendres !
Saint-Guilhem, bords du Verdus (Minsmer).
marginatus L. — Avril à juin, prairies humides,
peu commun. Etang de Vendres, palus de Gramenet!
Mülleri Herssr, parumpunctatus F. — A peu près
toute l’année, à toutes les altitudes, commun sous les
détritus, spécialement dans les jardins, sous les tas
. d'herbes fanées.
lugens DurrT. — Avril à juin, région maritime,
marais saumâtres, pierres et détritus. Vendres, Esta-
gnol, moins commun et plus localisé que les espèces
” suivantes !
viduus Panz. — Mai à septembre, pluë commun
en montagne qu'en plaine. Montpellier, sources du
Lez, Vendres et Capestang après les inondations de
l'Aude, plateau du Sommail, bords de l'Arn et des
tourbières !
dit Fauvel (Revue d'Entomologie 1903, p. 223), signalée de la Guade-
loupe, de la Nouvelle-Calédonie, etc. Je l'ai prise à Madère; la furia
descriptiva des auteurs a donné déjà sept noms de genre et dix noms
d'espèce à ce petit Carabique ».
439.
141.
142.
143.
144.
147.
— 193 —
_ Dahli Borre. — Avril à septembre, région de
l'olivier, marais et prairies saumâtres. Béziers, Ven:
dres, Capestang, Montpellier, le seul qui abonde .
dans la prairie irriguée de l'Ecole d'agriculture !
atratus Durr., lucidus Fairm. — Région de l'olivier,
marais et prairies saumâtres. Béziers, Vendres,
Capestang, Montpellier, un des plus communs dans
le palus de Gramenet !
fuliginosus Paz. — Rare dans l'Hérault ; un exem-
plaire dans notre collection est marqué Béziers, un
autre Balaruc, comme venu à la lumière en septem-
bre à l’'Usine Saint-Gobain, reçu de M. l'ingénieur
Denis.
piceus L. — Béziers, détritus d'inondations de
l'Orb (Marquet). Nous regrettons de ne pas avoir les
types sous les yeux. La collection Marquet a été .
acquise par M. René Oberthür.
Thoreyi Des. — Avril à juin. L'espèce, jusqu’à
présent, n'a été trouvée que sur les bords de l'étang
de Vendres, où elle n’est pas rare certaines années !
(Clibararius) dorsalis PonT.,prasinus THUNBERG. —
A peu près toute l’année, à toutes les altitudes, com-
mun sous les pierres et les détritus. contre les murs,
surtout dans les jardins où on le trouve souvent en
compaganie de divers Brachynus.
. Oliothopus rotundatus. — Petites montagnes. Saint-Jean
de Buèges, la Séranne (1. Sicard) (1):
glabricollis GERM. — Mai à septembre, région de
l'olivier, peu répandu, principalement en battant les
buissons de chêne, d'érable, etc. Montpellier, bois de
l'hôpital, Boisseron, vallée du Vidourle ! |
fuscatus DEJ. — Avril à septembre, régions mari-
time et de l'olivier, commun partout sous les pierres,
les détritus secs ou humides, dans le sable des dunes
. (4) Fairmaire et Laboulbène (Faune ent. fr. 1854) signalent l'Olistho-
pus rotundatus à Montpellier même, nous ne l’y avons jamais observé.
— 1% —
maritimes aussi bien que dans les terrains argileux
de l'intérieur !
148. Synuchus nivalis Panz. — Mai à septembre, région du
hêtre, sous les pierres, la mousse, dans les bois. Le
Sommail, La Salvetat, Fraïsse !
149. Bedelius circumseptus GErM. — Avril à septembre, ter-
rains sablonneux. Cette, dunes et terrains incultes
voisins des salins, Montpellier, sablières de la Pom-
pignane ! Béziers, jardins maraîchers des bords de
l'Orb, sous les détritus (Marquet).
150. Calathus luctuosus Larr., gallicus Farm. — Juin et juillet,
région du hêtre, sous les pierres. La Salvetat |
151. — fuscipes Gorze, cisteloides Paz. et var. puncti-
pennis GERM. — Mai à septembre, à toutes les altitu-
des, commun partout sous les pierres et les détritus ;
la var. punctipennis spéciale à la région de l'olivier !
452. — erratus Sauce., fulvipes GyLL. — Mai à septembre,
région de l'olivier, moins commun que l'espèce pré-
cédente, terrains un peu sablonneux. Saint-Chinian,
Agde, Cette ! Béziers (Marquet). |
153. — ambiguus PAnNz., fuscus F. — Régions maritime
et de l'olivier, terrains sablonneux. Cette, dunes et
champs sablonneux les avoisinant, Montpellier,
sablières de la Pompignane ! Béziers (Marquet).
154. — melanocephalus L. — A toutes les altitudes, à peu
près toute l’année, sous les pierres, les détritus, etc.,
une des espèces les plus communes !
155. — mollis Marsa. — Régions maritime et de l'olivier,
uniquement dans les terrains sablonneux. Dunes de
tout le littoral, Agde, Cette, Palavas, etc.! Montpel-
lier, sablières de la Pompignane, sables dolomiti-
que de la vallée de l'Hérault, Saint-Guilhem Île
Désert, Mourèze, etc. !
156. Laemosthenes complanatus Des. — Espèce exotique, pro-
bablement d'origine américaine, qui est en train de
se répandre en Europe. Marquet la fait figurer dans
son Catalogue de l'étang de Vendres (nous avons du
reste vu l’exemplaire) ; il n’y a rien d'extraordinaire
157.
158.
159.
160.
dans cette capture, vu que nous avons pris l'insecte
en certain nombre, il y a vingt ans, non loin de là,
aux environs de la gare de La Nouvelle (Aude).
venustus CLainv. — Mai et juin, région de l'oli-
vier, espèce d'ordinaire arboricole, rare dans l'Hé-
rault. Nous n’en connaissons que trois captures, à
Montpellier même, la première par notre ami, le
capitaine Minsmer, au pied d'un platane de la route
de Palavas, sous une écorce, la seconde par un de
nos futurs médecins, le jeune Héraud, dans un
poulailler abandonné, la troisième par nous-même
en enfumant le creux d'un chêne dans le parc de
Caunel, vallée de la Mosson !
algerinus Gory. —*A peu près toute l’année,
l'espèce la plus répandue dans les régions littorale
et de l'olivier, dans les caves, les écuries, les rez-de-
chaussée un peu humides, çà et là loin des habita-
tions, au pied des murs de pierres sèches ! Plus
commune dans l'arrondissement de Montpellier que
dans celui de Béziers !
terricola HEerBsT. — Régions de l'olivier et du
châtaignier, dans les mêmes conditions que l'espèce
précédente, mais cohabitant rarement avec elle.
L'algerinus domine de beaucoup comme nombre
dans la région chaude et cède entièrement la place
au terricola dans les montagnes. Celui-ci est fréquem-
ment arboricole même dans dans la plaine (vieux
châtaigniers et vieux saules). La variété cyanescens
est cavernicole (grottes de Minerve, de Saint-Pons et
de la Magdeleine, près Montpellier). Béziers, Mont-
pellier, Lamalou, Ganges ! |
oblongus Des. — Région des petites montagnes
et du hêtre. Le type est des Pyrénées centrales. L'es-
pèce n'est représentée chez nous que par les deux
variétés latebricola FairmM. et Balmae DELAROUZÉE, la
première vivant spécialement dans les forêts de
hêtres (grosses pierres et mousses) du canton de La
Salvetat, la seconde dans les grottes. Le type de
— 496 —
description du Balmae, indiqué à tort de Montpellier,
est de la grotte des Demoiselles, près Ganges, à 45
kil. N. de Montpellier. Nous l'y avons capturé et
l'avons pris également dans les grottes de Saint.
Guilhem le Désert, de Montplaisir près Lodève (1) et
de la Séranne, près Ganges |
161. Sphodrus leucophthalmus L.— A peu près toute l’année
dans les caves, les celliers, les magasins humides, à
toutes les altitudes. L'espèce, sans doute d'origine
étrangère (Asie Mineure, nord de l'Afrique), ne se
rencontre jamais loin des habitations de l’homme et
lui paraît inféodée !
162. Platyderus ruficollis Marsx. — Avril à septembre, à toutes
les altitudes, dans les bois peu humides, sous les
pierres et la mousse, assez répandu, mais toujours
isolé. Montpellier, bois de pins de Fontfroide,
Lamalou, châtaigneraies, La Salvetat, bois de hêtres !
Saint-Guilhem (Lavagne).
163. -—- rufus Durr. — Béziers, bords de l'Orb (Marquet).
164. Lagarus vernalis Panz. — Avril à juillet, à toutes les
altitudes, marais et bords de rivières. Les exemplai-
res de montagne plus petits que ceux de plaine.
Lunel, bords du Vidourle, Montpellier, bords du Lez,
Béziers, bords de l'Orb et étang de Vendres, plateau
du Sommail, tourbières et bords de l'Arn ; la var.
cursor DEJ., maritimus GAUBIL, c'est à dire de grande
taille à reflets irisés, exclusivement dans les marais
saumâtres du littoral, Vendres, Capestang pire
Béziers et Gramenet près Montpellier !
165. Poecilus punctulatus ScHazz. — Avril et mai ; insecte
. localisé dans une seule région de l'Hérault, la route
de Béziers à Vendres. La localité précise commence
a l'endroit appelé Garigue du roi et continue jusqu'au
(4) Un exemplaire pris par nous-mème dans la grotte de Mialet
(Gard), à 20 kil. des confins de l'Hérault, peut être assimilé à la var.
Jacquelini des Pyr.-Orientales, ce qui confirme la réunion spécifique
de ces diverses variétés au type oblongus des Pyr. centrales.
166.
4167.
171.
— 497 —
village de Vendres. Un exemplaire a été pris par
nous sous une pierre au bord même de l'étang, un
peu avant la distillerie.
dimidiatus OL. — D'avril à juillet, à toutes les
altitudes. Le type à corselet doré et aux élytres verts,
uniquement des montagnes, Lamalou, La Salvetat ;
la variété bronzée, unicolore, variant du vert au
brun en passant par le cuivreux, de la région de
l'olivier, commun partout au printemps sous les
pierres ou courant dans les chemins, rare certaines
années | .
Koyi GERM., viaticus Des. — D'avril à juillet,
plaines et montagnes, sous les pierres, plutôt dans
les terrains sableux, variant du bleu violet au noir
profond, rarement tirant sur le vert. Les exemplaires
métalliques, spécialement des régions montagneu-
ses, les noirs, de la région de l'olivier ; moins
répandu que le dimidiatus. Montpellier, Cette,
Béziers, Saint-Guilhem, Lamalou, La Salvetat !
lepidus Leske. — Mai à septembre, région du
hêtre, sous les pierres, prairies et bords des champs.
Le Caylar sur le Larzac, plateau du Sommail, La
Salvetat !
cupreus L. — Avril à septembre, à toutes les
altitudes, courant dans les chemins, sous les pierres
et les détritus, abondant aux bords des marais de
Vendres et de Capestang. Béziers, Montpellier, Saint.
Chinian, Lamalou, Ganges, La Salvetat ! Lodève
(Minsmer). Les exemplaires de montagne plus foncés
que ceux de plaine.
cœrulescens L., versicolor STuRM. — Juillet et
août, parties les plus élevées de la région du hêtre,
sous les pierres des pâturages. Cambon, Montagne
de l’Espinouse ! Saint-Jean de Buèges (H. Sicard).
cursorius Des. — Avril à juin, bords des marais
saumâtres, sous les pierres et les détritus, étangs de
Vendres et de Capestang, Lattes, palus de Gramenet !
172.
173.
174,
175.
176.
177.
178.
4179.
181.
— 19% —
— striatopunctatus Durr. subcæruleus ScHAUM. —
Un exemplaire pris à Palavas par M. Lavagne contre
le mur de la campagne de Saint-Maurice. L'insecte
_ provenait sans doute des crues du Rhône dans les
oseraies duquel il n'est pas rare.
— puncticollis Des. — Avril à juin. Zone maritime.
marais saumâtres de Vendres, de Capestang et de
Gramenet. Abondant sous les pierres, les détritus et
les plaques d'argile un peu soulevées!
— infuscatus Des. — Mêmes conditions et localités,
mais beaucoup moins répandu !
Pedius inæqualis Marsx.— Avril et mai, étang de Vendres,
sous les pierres et les détritus, commun certaines
années |
Lyperosomus aterrimus HerBsr.— Mai. Région des petites
montagnes, bords des rivières. Béziers, détritus
d'inondation de l'Orb ! Lamalou (AH. Sicard). La var.
nigerrimus Des. signalée de Béziers par M. Puel.
— elongatus Durr., meridionalis DEJ— Avril et mai.
Région maritime, marais saumâtres de Vendres, de
Capestang et de Gramenet. Commun sous les pierres
et les détritus, assez souvent en fauchant! :
Platysma niger SCcHALL. — Avril à juin, prairies humides
des régions montagneuses, çà et là dans la région de
l'olivier: La Salvetat, Lamalou, parc de Fontmagne,
près Montpellier, étang de Vendres après les inon-
‘dations de l'Aude!
Pseudomaseus nigritus F. — Avril à septembre, à toutes
les altitudes, marais et prairies humides. Mont-
pellier, Béziers, tourbières du plateau du Sommail,
La Salvetat ! Plus commun en montagne qu'en.
plaine.
— -gracilis Des. — Mèmes conditions et localités, plus
abondant en plaine qu'en montagne |
Steropus madidus F. — Avril à septembre. Régions des
petites montagnes et du hêtre, sous les pierres.
Lamalou, la Salvetat, Fraisse ! Lodève ({Minsmer), La
croix de Mounis (Lavagne). La var. concinnus à pieds
\
— 1499 —
noirs est mélangée au type dans la proportion de
& sur 10. La var. amplicollis FArrM. toujours à pieds
noirs est tellement distincte chez nous du type con-
cinnus, n'offrant avec lui aucune forme de transition,
qu'il faut l'autorité de Chaudoir et de Fairmaire (1)
pour que nous ne l'admettions pas comme espèce.
Elle est de forme obèse, d'une taille à peu près double,
atteignant 17 à 19 mill. de long sur 6 à 7 de large,
tandis que les concinnus, toujours sveltes de forme,
vont de 13 à 14 mill., 15 au plus, sur 4 à 5 de large.
Fauvel (Cat. de la Faune gallo-rhénane) indique Stero-
pus Lacordairei comme pris à Carcassonne. Il a eu
évidemment sous les yeux un de nos grands ampli-
collis pris dans la Montagne-Noire, à 40 kilom. de Car-
sonne. Entre le Lacordairei des Pyrénées cantabriques
et certains de nos amplicollis, nous ne voyons pas de
différence et Reïtter qui, dans le Catalogue de 1891,
faisait une espèce du Lacordairei, est logique, dans
celui de 1906, en l'admettant comme variété au même
titre que l'amplicollis.
Les localités de ees gros exemplaires sont, dans
l'Hérault, La Salvetat, Fraisse, le Soulié et les Verre-
ries de Moussan! Lodève (Minsmer); la croix de
Mounis (Lavagne).
182. Pterostichus cristatus Dur., parumpunctatus GERM. — Mai
183.
à septembre, partie ouest de la région du hètre, con-
finant à la Montagne-Noire (Tarn), sous les pierres,
le long des ruisseaux. Les Verreries de Moussan et,
comme stations avancées vers l'est, plateau du Mont
Caroux (1000 m.) au-dessus de Lamalou! Lodève
(Minsmer). L'insecte ne paraît pas cohabiter chez nous
avec le femoratus.
femoratus. — Mai à septembre. Région du hêtre,
sous les pierres humides, dans les bois et le long des
ruisseaux. La var. cantalicus, aux pieds noirs, dans
la proportion de 2 à 3 sur 10. Versant nord du Som-
(4) FAIRMAIRE. Miscellanea entomologica. Ann. Soc. Ent. 1862, p. 549.
14
— 130 —.
«. :, : mail et de l'Espinouse, la Salvetat, Fraïsse, Cambon,
le Soulié (1).
184. Abax ater Vizers, striola F. — Mai à septembre. Région
du hêtre. Mêmes conditions, peu commun. La Sal-
_vetat |
185. Stomis pumicatus Panz. — Avril à juin. A toutes les alti-
tudes, bords des rivières et prairies maréCcageuses.
Etang de Vendres, prairies de Lattes, palus de Gra-
menet ! Béziers, inondations de l'Orb, la Salvetat,
bords de l’Agout ! Lodève (Minsmer).
186. Abacetus Salgmanni GERM. — Avril à septembre. Régions
de l'olivier et du châtaignier, pierres et graviers des
bords des rivières, mœurs des Bembidion. Béziers et
Lamalou, bords de l'Orb, Saint-Guilhem et Ganges,
bords de l'Hérault ! Castelnau (Lavagne).
187. Amara fulvipes SERv., striatopunctata Des.— Mai à juillet,
à toutes les altitudes, plus commun toutefois en mon-
tagne, souvent sur les graminées dont il paraît se
nourrir. Montpellier, prairies de la Mosson, étangs
de Vendres et de Capestang, Béziers, détritus d'inon-
dation de l'Orb, Saint-Guilhem, prairie du Verdus.
| La Salvetat, commun en fauchant fin juin !
488. — rufipes Des., lepida Fainm. — Mai et juin. Région
de l'olivier, prairies marécageuses, en fauchant.
Etangs de Vendres et de Capestang, palus de Gra-
| menet |
489. — erythrocnemis Zimm., floralis Gau8.— Mêmes con-
| ditions et localités !
(1) Un exemplaire de P. femoratus aux pieds noirs devenu acciden-
tellement cavernicole, nous a été apporté des environs de Minerve
(300 m. d’alt.) par un spéléologue bien connu, M. E. Ferrasse de Mont-
pellier, comme recueilli par lui au fond de la grotte du. Torrent qui
s'ouvre. à quelques 20 mètres au-dessus du lit de la Cesse. L'insecte
entrainé sans doute par une crue, des hauteurs où la rivière prend
sa source (800 m.), arrivé en plein pays brûlé, s’est réfugié où il a pu
pour trouver de la fraicheur. Etant donné le P. microphthalmus de la
grotte de Betharram (Basses-Pyrénées), notre premier examen, on le
conçoit sans peine, s’est porté sur les yeux. Ils sont normaux.
84
190.
191.
192.
193.
194.
195.
196.
197.
201.
202.
203.
— 131 —
tricuspidata Des. — Octobre. Région de l'olivier,
rare dans l'Hérault, un seul exemplaire, détritus de
l'étang de Capestang !
plebeja GyLc. — Juin et juillet. Région du hêtre,
courant au soleil. La Salvetat !
similata GyLL. — Béziers (Puel).
nitida STurM. — Béziers (Marquet).
communis PANz.— Juin et juillet. Région du hêtre.
La Salvetat !
aenea DEGEER, trivialis GYLL. — A peu près idute
l’année, à toutes les altitudes, courant au soleil dès
le mois de mars, jusque dans les villes !
eurynota Panz., acuminata Payk.— Mars à juillet.
Régions maritime et de l'olivier, terrains sablonneux.
Béziers, Cette et surtout Montpellier, courant au soleil
ou sous les pierres ! |
familiaris Durr.— Avril à juillet, à toutes les alti-
tudes, courant au soleil ou sous les détritus. Mont-
pellier, Béziers, Lamalou, La Salvetat !
anthobia VizLa. — Béziers (Puel).
lucida Durr. — Rare dans l'Hérault. Régions
montagneuses ; 2ex. seulement, l'un de Lamalou,
l’autre de La Salvetat !
equestris Durr., patricia Durr. — Juin et juillet.
Région du hêtre, pâturages élevés, sous les pierres,
Plateau du Sommail l
ingenua Durr. — Avril à juin. Région littorale,
sables humides salés ou non, abondant certaines
années sous les pierres et les pièces de bois. Etang
de Vendres, Agde, Cette, Lattes, palus de Gramenet !
fusca Des. — Avril à juillet. Régions littorale et
de l'olivier, terrains sablonneux. Cette, salin de Vil-
leroy, Montpellier, sablières de la Pompignane, Saint-
Chinian, bords du Vernazobre! Palavas, rive droite
(Lavagne).
eximia Des. — Avril à juillet. Région de l'olivier,
collines calcäires connues sous le nom dé garigues,
204.
205.
— 132 —
sous les pierres. Commune à Béziers, Cette, Fronti-
gnan, rare à Montpellier |
apricaria PAyK. — Avril et mai. Régions littorale
de l'olivier et du châtaignier, terrains sablonneux,
même un peu salés, bords de rivières également.
Cette et Palavas dunes, Montpellier, sablières de la
Pompignane et polygone . génie, Lamalou, bords
de l'Orb!
fulva DEGEEr. — Avril à juillet, à toutes les altitu-
des, terrains sablonneux, salés ou non. Béziers, bords
de l'Orb, Cette, Palavas, Saint-Guilhem, bords de
l'Hérault, La Salvetat, Fraïsse, détritus de l’Agout !
aulica PaAnz. — Juillet. Région du hêtre, sous les
pierres et en fauchant sur les graminées dont elle
broute l’épi. La Salvetat !
207. Zabrus tenebrioides Goeze, gibbus F. — Printemps et sur-
” 208.
tout automne, à toutes les altitudes, terrains sablon-
neux. Agde et Saint-Thibéry, cendres volcaniques,
Cette, Palavas, dunes mises en cultures, Montpellier,
sablières ! La Salvetat, bords de l'Agout ! Comme tous
ses congénères, cet insecte est végétarien et dans les
sols sableux peut devenir nuisible aux céréales ; la
larve à mœurs souterraines attaque le collet de la
plante, l'insecte parfait l'épi. |
curtus Des. — Juin et juillet. Région du hêtre.
Sables dolomitiques du plateau du Larzac (7 à 800 m.)
au-dessus de Lodève, Le Caylar, sous les pierres!
L'insecte paraît répandu sur tout le plateau, dont la
plus grande partie est dans l'Aveyron. Nous l'avons
capturé notamment à la Cavalerie et au domaine de
Belvezet sur la route de Nant.
209. Daptus vittatus Fiscx. — Avril et mai. Région maritime,
assez localisé. Nous ne le capturons que dans deux
localités de notre littoral. Balaruc le vieux, à l'em-
bouchure de la Vène dans l'étang de Thau et Palavas,
à l'endroit dit des 4 canaux! L'insecte se prend faci-
lement au moyen d'un couteau, il se creuse un terrier
210
211.
212
213.
214.
215
— 133 —
d'abord vertical de 2 à 3 centimètres terminé par une
galerie horizontale dans laquelle il se tient blotti.
. Acinopus picipes OL., tenebrioides Durr. — Avril à septem-
bre. à toutes les altitudes ; mais plus rare dans les
zones élevées, sous les pierres ou circulant sur les
chemins. A la Salvetat nous ne l'avons pris qu'une
seule fois en septembre, traversant la route près de
l'aqueduc appelé arceau de Rieumajou.
megacephalus Rossi, bucephalus Des. — Avril à
juin. Zone maritime, terrains marécageux, sous les
pierres et les mottes de terre. Etangs de Vendres et
de Capestang, palus de Gramenet ! Bords de l'étang
de Vias, sous les détritus {Marquet).
. Aristus capito Des. — Mai et juin. Région de l'olivier, en-
droits secs, sous les pierres ou courant sur le sol. Peu
répandu. Béziers, Agde ! Nous ne l'avons pas observé
-à Montpellier. À Palavas, 1 ex. aux quatre canaux,
un autre à Saint-Guilhem (Lavagne).
clypeatus Rossi. — Mai à septembre, à toutes les
altitudes, l'espèce la plus commune, sous les pierres,
courant sur le sol ou sur les graminées dont il broute
les épis !
sphaerocephalus OL. — Juin et juillet. Région de
l'olivier, endroit les plus secs et les plus chauds, sous
les pierres, peu répandu. Béziers, Montpellier, com-
mun sur la montagne de Cette !
. Ditomus calydonius Rossi.— De fin février à fin mai. Zone
de l'olivier, difficile à trouver, étant données ses
mœurs nocturnes et le terrier profond qu'il se creuse
sous les pierres. Béziers, Agde, Montpellier ! On le
prend généralement courant le matin et le soir sur
les chemins. Nous en avons capturé plusieurs sur les”
terres de l'Ecole d'agriculture de Montpellier au
moyen de vases à moitié remplis d'eau, placés ras
terre, dans lesquels l'insecte tombe pendant ses
courses nocturnes.
fulvipes Dir. — D'avril à juin. Région de l'olivier,
prairies humides, sous les pierres ou broutant diver-
— 438 — | :
ses plantes, souvent en fauchant. Etangs de Vendres
et de Capestang, prairies de Lattes et palus de Gra-
menet ! Nous l'avons observé à Lattes broutant en
plein jour les feuilles de la Carlina corymbosa. Il les
entame par le bord et suce avidement le liquide
laiteux qui s'écoule de là blessure.
217. Scybalicus oblongiusculus Des. — Région de l'olivier,
rare dans le département. Trois captures seulement
par nous constatées, l'une aux bords de l'étang de
Vendres ; la seconde en juin, non loin de Mèze, aux
bords d’un fossé marécageux ! Mars, palus de Gra-
menet (H. Sicard) ; Béziers (Marquet).
218. Ophonus ditomoides Des. — Juin, région de l'olivier, deux
219.
220.
221.
222.
. exemplaires à notre connaissance. Montpellier,
Ecole d'agriculture, détritus d'inondation du ruis-
seau le Verdanson. Aimargues (Gard) à 4 kil. des
confins de l'Hérault {Baron Tisson).
sabulicola PANz. — Avril à juin, zone de l'olivier,
localisé, sables dolomitiques de Saint-Guilhem le
Désert, bords de l'étang de Vendres, assez abondant
certaines années ; la var. columbinus Des. mélangée
au type !
diffinis Des. — Avril à septembre, zones maritime
et de l'olivier, commun, ainsi que la var. rotundi-
collis Fairm., dans tous les terrains marécageux,
sous les pierres et les détritus. Etangs de Vendres et
de Capestang, étang de Pérols, palus de Gramenet,
Estagnol !
punctulatus Durr. — Mai et juin, zone de l'olivier,
aux bords des champs, sous les pierres et les mottes
de terre. Montpellier, domaine de l'Ecole d’agricul-
ture, toujours isolément, mais capturé chaque
année en un ou deux exemplaires |
incisus Des. — Mai à juillet, région de l'olivier,
localisé dans certains terrains secs ou humides où
croit le fenouil. L'insecte se tient caché tantôt sous
les pierres, tantôt à l'intérieur de l'ombelle dont il
broute la fleur et la graine. Béziers, étang de Ven-
224.
225.
226.
221.
228.
229.
230.
231.
= 435 —
dres, Monisolies garrigue de Maurin, creux de
Miège, etc. !
rupicol& STURM, — Avril à juillet, région de l'oli-
vier, endroits secs sous les pierres. Béziers, Mont-
pellier, montagne de Cette !
rufibarbis F. — Mai à septembre, zones des peti-
tes et des hautes montagnes, endroits secs et sablon-
neux. Saint-Guilhem, Causse du Larzac, le du
La Salvetat ! | |
puncticollis PAyk. — Avril à juillet, an de
l'olivier, sous les pierres, sur la lisière des champs
cultivés, bords des rivières. Béziers, bords de l'Orb,
Montpellier, champs de l'Ecole d' agriculture, détritus
d'inondation du Lez |
meridionalis Des., subquadratus Des. — Avril à
juin, régions maritime et de l'olivier, endroits
incultes sous les pierres, parfois dans les terrains
salés. Béziers, les Onglous, Cette, Montpellier, gari-
gue de Boisseron, vallée du Vidourle! Lodève
(Minsmer).
cordatus Durr. — Région de l'olivier, à la limite
des petites montagnes. Versant Nord du pic de Saint-
Loup. Valflaunès! Montpellier {Fairmaire), Béziers
(Marquet).
rotundatus Des. — Région de l'olivier, rare dans
le département; un seul exemplaire étiqueté Agde !
Montpellier (J. Duval), Mireval (Lavagne).
azureus F. — Mars à juillet, à toutes les altitudes,
rare dans la région de l'olivier. Lamaloue La Salve-
tat ! A Montpellier nous ne le prenons que dans la
vallée de la Mosson, dans le parc de Caunel ! Nous
n'avons pas observé la var. similis Des, décrite de’
Montpellier comme espèce. Béziers (Marquet), Pala-
vas, détritus d'inondation rejetés par la mer
(Lavagne).
cribricollis Des. — Béziers {Marquet, Puel).
_ maculicornis DurT. — Avril et mai, zones monta:
gneuses, sous les pierres et les détritus, bords des
| 232.
234.
235.
236.
237.
— 136 —
,
champs et des rivières. Saint-Jean de Buèges, Lama-
lou, La Salvetat ! Béziers, commun sous les détritus
d'inondation de l’Orb (Marquet).
hirsutulus Des. — Avril à juillet, plaines et mon-
tagnes, plus abondant dans ces dernières. Bords de
l'étang de Vendres, Béziers, bords de l'Orb, Lamalou,
La Salvetat! Nous ne l'avons observé que dans
l'arrondissement de Béziers.
mendax Rossi. — Avril et mai, région littorale,
prairies un peu saumâtres. Etangs de Vendres, de
Capestang, de Frontignan, de Pérols, palus de Gra-
menet |
cephalotes Farnm. — Cette belle espèce décrite de
la Dordogne et toujours rare en France, a été captu-
rée en mai aux bords de l'étang de Vendres par
notre ex-collègue à la Soc. Ent., aujourd'hui profes-
seur au collège de Tlemcen, M. Séguy. Nous possé-
dons l’exemplaire et sommes sûr de sa provenance.
D'après Reitter, l'aire géographique comprend
l'Europe centrale, la Russie méridionale et le Caucase.
pubescens MüLr., ruficornis F. — Mars à octobre,
à toutes les altitudes, friches et terrains incultes,
surtout près des habitations, sous les pierres et les
pièces de bois, insecte à peu près cosmopolite :
Europe, Algérie, Maroc, Canaries, Sibérie, Japon,
ile Bourbon, etc. |
griseus PANZ. — Avril à septembre, à toutes les
altitudes, mêmes conditions, mêmes mœurs, un peu
moins commun, venant fréquemment le soir à la
lumière. Nous avons pris plusieurs fois l'insecte
mangeant en plein jour les fleurs du Daucus carotta.
calceatus Durr. — Juin à septembre, régions de
l'olivier et des petites montagnes, terrains sablon-
neux, bords de rivières, pierres et détritus, venant
souvent le soir à la lumière. Béziers, Saint-Guilhem,
Lamalou, Montpellier !
238. Harpalus punctatostriatus Des. — Avril à juillet, régions
littorale et de l'olivier, peu commun, parfois mélangé
__
239.
240.
241.
242.
243.
244.
245.
246.
— 137 —
au dispar dont le distinguent sans peine les angles
droits de son prothorax. Montpellier, Lattes, Cette et
Agde, terrains salés ! Béziers (Marquet).
dispar Des., Chobauti ReITTER. — Mars à octobre,
région maritime, commun partout où le sol est salé,
sous les pierres et les pièces de bois. Etang de Ven-
dres, Agde, Cette, Frontignan, Palavas, palus de
Gramenet !
aeneus F. — Avril à septembre, régions monta-
gneuses, sous les pierres, les détritus et les feuilles
radicales des plantes ; on ne le trouve dans la plaine
que lors des inondations. Lamalou, les Verreries de
Moussan, La Salvetat, plateau du Sommail ! Béziers
(Marquet), sans doute après les crues de l'Orb.
psittaceus Fourcroy, distinguendus Durr. — Mars
à septembre, à toutes les altitudes ; mais plus com-
mun dans la plaine, où il remplace l'aencus, que
dans la montagne, courant au soleil au premier
printemps, jusque dans les villes !
oblitus Des., patruelis Des. — Mai, région de
l'olivier, rare dans l'Hérault ; plusieurs exemplaires
notés Montpellier, endroits humides tels que le bar-
rage de la Paillade, la vallée de la Mosson et le palus
de Gramenet ! Béziers {(Marquet).
cupreus DEJ. — Avril à juin, région maritime,
prairies marécageuses, sous les pierres et les détri-
tus. Etangs de Vendres, de Capestang et deFrontignan,
palus de Gramenet ! Béziers {(Marquet).
smaragdinus Durr., discoideus ER, — Avril et mai,
a toutes les altitudes, endroits sablonneux. Béziers,
plus rare à Montpellier, commun seulement dans les
terres sablonneuses du polygone du Génie, La Sal-
vetat !
rubripes Durr. — Mai à septembre, parties les
plus élevées de la région du hêtre sous les pierres.
Plateaux du Sommail, de l'Espinouse et du Caroux !
latus L. — Mëêmes conditions et localités ! |
247.
218.
249.
250.
251.
253.
256.
— 138 —
atratus LaTR., hottentota Durr. — Mai à septem |
bre, régions montagneuses. Lamalou, plateaux du
Caroux et du Sommail !
neglectus Des. piger Gyz. — Région de l'olivier,
peu répandu, mais à peu près toute l'année dans les
terrains sablonneux sous les pierres et les plantes
rampantes. Montpellier, polygone du Génie, sabliè-
res de la Pompignane, Cette et Palavas pas rare dans
les dunes ! Vias {Marquet).
rufitarsis DurT., ignavus DurT., decipiens DEs. —
Avril à septembre, régions de l'olivier et surtout des
montagnes. Lamalou, La Salvetat, un seul exemplaire
noté Montpellier ! Béziers, bords de l'Orb /Marquet).
honestus Durr. — Juin à septembre, régions des
petites montagnes et du hêtre. La Salvetat ! Saint-
Jean de Buèges (H. Sicard), Lattes, marais débordés
(Lavagne).
sulphuripes GERM. — Avril à septembre, endroits
secs, sous les pierres, à toutes les altitudes, plus
commun dans les montagnes. Montpellier, Cette,
Saint-Chinian, La Salvetat !
attenuatus Srepx., consentaneus Des. — Région de
l'olivier, endroits secs sous les pierres. Agde, Mont-
pellier, Pic Saint-Loup, Cette ! Béziers (Marquet).
pygmaeus DES. — Avril à juin, région de l'olivier,
endroits humides, pierres et détritus. Montpellier,
jardins maraïichers, sous les herbes fanées, polygone
du Génie ! Etang de Vendres, palus de Gramenet !
tenebrosus Des. — Avril à septembre, région: de
l'olivier, endroits secs, peu commun. Béziers, Mont-
pellier ! ;
litigiosus Des. — Mars et avril, région de l'olivier,
peu commun. Montpellier, deux exemplaires ! Lattes,
inondations des marais (Lavagne), Balaruc Le be
Denis), Béziers (Puel).
melancholicus Des. — Avril à septembre, région
de l'olivier, endroits sablonneux, souvent courant
au soleil comme un Amara. Montpellier, sablières,
987.
258.
260.
261.
262.
263.
— 499 —
Minerve, lit de la Cesse ordinairement à sec, Cette,
dunes ! Vias (Marquet). |
dimidiatus Rossi, caspius STEV., semiriolaceus DeE)y.
— Avril à septembre, à toutes les altitudes, endroits
cultivés, sous les pierres, aux bords des champs.
Béziers, Cette, Montpellier, La Salvetat, plateau du
Larzac, le Caylar !
Froelichi SrurM. — Avril à septembre, région de
l'olivier, mœurs du melancholicus, mais moins
arénicole, souvent dans les terres cultivées. Mont-
pellier, domaine de l'Ecole d'agriculture !
serripes QuExs. — A'’peu près toute l'année, à tou-
_tes les altitudes, friches et endroits incultes, sous les
pierres, plus abondant dans les quartiers sablon-
neux !
tardus Panz. -- Mars à juin. Région de l'olivier,
terrains sablonneux, rare à Béziers, commun à Mont:
pellier !
anxius Durr. — Mars à septembre, à toutes les
altitudes, friches et endroits incultes, sous les pierres!
modestus Des., flavitarsis Des. — Mai. Région du
hêtre, rare. La Salvetat !
picipennis Durr.— Juin. Région de l'olivier, rare.
Montpellier, quelques exempl. sous des herbes fanées
dans un jardin:maraîcher !
264. Pangus scaritides Srurm. — Rare, mais disséminé sur une
grande surface ; huit individus capturés, à notre con-
naissance, en Languedoc : deux dans les détritus de
l'Orb à Béziers, un. troisième à Narbonne, un qua-
trième et un cinquième à Toulouse par J. Duval et
Marquet, un sixième et un septième à Carcassonne,
inondations de l'Aude, par Gavoy,un huitième au pont
du Gard par Puel. D'après Reitter (Harpalini, Trad.
Carret, Miscellanea Ent. 1906, p. 49), l'aire géogra-
_ phique comprend l'Europe centrale et orientale, le
Caucase et les Régions transcaspiennes.
265. Anisodactylus binotatus F. — Avril à septembre, à toutes
les altitudes, endroits humides sous les pierres,
«
266.
267.
268.
— 440 —
Etangs de Vendres et de Capestang, palus de Grame-
net, La Salvetat ! La var. spurcaticornis Des. (à pieds
rouges) plutôt des montagnes que de la plaine!
intermedius Des. — Avril et mai, région de l'oli-
vier. Etang de Vendres, assez commun après certaines
inondations de l'Aude! Marquet le signale comme
pris à Coursan (Aude) dans les mêmes conditions.
nemorivagus Durr. — Juillet. L'insecte, rare par-
tout, a été trouvé par nous en un seul exemplaire à
Lamalou, aux bords de l'Orb! |
pœciloides STepx., virens Des. — Avril à juin.
Région littorale, marais saumâtres. Etangs de Vendres
et de Capestang, palus de Gramenet! Mare de la
Pompignane près Montpellier {/Minsmer). La variété
bleue dans la proportion de un sur dix.
269. Gynandromorphus etruscus Quexs.— Avril à juin. Région
210.
271.
212.
de l'olivier, coteaux secs sous les pierres, commun
à Béziers, rare à Montpellier, nous ne l'y avons guère
pris‘ que lors des inondations du Lez! L'insecte
signalé à Lattes sur le Lez par Minsmer doit avoir
Ja même origine.
Diachromus germanus L. — Avril à septembre, à toutes
les altitudes, prairies humides sous les pierres et les
détritus, parfois sur les graminées dont il broute les
épis. Béziers, Montpellier, Lamalou, la Salvetat!
Lodève {Minsmer). j
Dichirotrichus obsoletus Des. — Avril à octobre. Région
littorale. Marais salés argileux, sous les pierres et les
plaques d'argile, plus abondant qu'ailleurs près des
chaussées bordant ces marais. La nymphose se fait
dans leurs talus à l'abri des crues et en mars, en pio-
chant à quelques centimètres de profondeur, on
trouve l'insecte sous toutes ses formes. Etang de
Vendres, Cette, Palavas, palus de Gramenet !
_Bradycellus distinctus Der. — Avril à septembre, région
littorale, détritus des dunes et des marais salés,
enterré en hiver au pied des touffes de J'uncus mari-
213
2174.
— 141 —
nus. Etang de Vendres, Cette, Palavas ! Balaruc,
venant à la lumière {ingénieur Denis).
verbasci Durr., rufulus Des. — Régions maritime
et de l'olivier, de juin à octobre, prairies humides
salées ou non, venant le soir à la lumière. Vendres,
Lattes, en nombre une année (septembre, 9 h. du
soir), contre les fanaux de la gare de Frontignan !
harpalinus Des. — Juin à septembre, à toutes les
altitudes, plus commun dans les montagnes, détri-
tus des bords de rivières. Béziers, Lamalou, la Sal-
vetat ! ; ; | È
275. Stenolophus teutonus SCHRANK. — Avril à septembre, à
216.
271.
278.
279.
280.
toutes les altitudes, commun sous les pierres et les
détritus, dans les endroits humides, prairies et jar-
dins, jamais dans lee bois ! |
skrimshiranus STEP. — Mai à juillet, régions
maritime et de l'olivier, bords des rivières et des
marais, sous les détritus. Béziers, bords de l'Orb,
étangs de Vendres et de Capestang, Lattes et Grame:-
net, fossés des prairies !
discophorus Fiscx. — Avril à septembre, bords
des rivières à sable fin, peu commun ; on le prend
enterré dans le sable, en arrosant, parfois au vol le
soir. Béziers, bords de l'Orb, Lespignan, bords de
l'Aude !
mixtus Hergsr, vespertinus PANz. — Avril à juillet,
région maritime, pierres et détritus, marais saumäâ-
tres, commun. Etangs de Vendres et de Capestang,
palus de Gramenet, Estagnol de la Magdeleine !
proximus Des. — Mêmes conditions et localités |
marginatus Des. — Mai, région maritime, rare
dans l'Hérault. Un seul exemplaire pris à Cette, il y a
quelque trente ans, au bord de l'étang de Thau à
l'endroit où est aujourd'hui construit le laboratoire
de Zoologie maritime ! L'espèce, dont l'aire de dis-
persion comprend tout le pourtour méditerranéen,
qui est signalée du Gard, de l'Aude et des Pyrénées-
— 142 —
è
Orientales, doit avoir dans notre département d'’au-
tres localités que Cette.
281. Acupalpus elegans DES. — Avril à juillet, région mari-
284.
285.
286.
281.
288.
289.
time, terrains salés, sous les pierres et les détritus,
peu commun. Cette, Palavas!
flavicollis STurM, nigriceps Des. — Rare dans
l'Hérault, un seul exemplaire noté Cette, un second
de la collection Perris noté Montpellier (J. Duval) !
brunnipes STurM. — Printemps et automne,
régions maritime et de l'olivier, pierres et détritus,
prairies marécageuses. Etangs de Vendres et de
Capestang, Montpellier, mare de Grammont, prairies
de Lattes et de Gramenet !
dorsalis F. — Mêmes conditions !
luteatus Durrt., pumilio ScHAuUM. — Mêmes condi-
tions, moins commun !
luridus Des. — Mêmes conditions et localités :
difficile à distinguer de l'espèce précédente, confon-
dues dans le catalogue Reïtter (1891), séparées dans
l'édition de 1906.
exiguus Des. — Mêmes conditions !
meridianus L. — Avril à juillet, à toutes les alti-
tudes, souvent plaqué sous les pierres, dans tous les
endroits humides, sablonneux spécialement |
quarnerensis ReiTTER. — Printemps, région litto-
rale, détritus des marais, venant le soir à la lumière.
Béziers, étang de Vendres, Montpellier, palus de
Gramenet et Estagnol ! Lattes (Lavagne).
consputus DurT. — Avril à septembre, régions
littorale et de l'olivier, prairies marécageuses et
bords de rivières, sous les pierres et les détritus,
commun. Béziers, bords de l'Orb, venant le soir à la
lumière jusqu'en ville! Vendres, Montpellier, Lattes,
Gramenet ! Balaruc {ingénieur Denis).
291. Amblystomus metallescens DE. — A peu près toute
l'année, régions littorale et de l'olivier, un des insec-
tes les plus communs. prairies salées ou non, venant
le soir à la lumière, hivernant en nombre.sous les
écorces ! |
292. — : niger Heer. — Mars à juillet, régions de l'olivier
et des petites montagnes, moins commun que le pré-
cédent avec les petits exemplaires duquel il est facile
de le confondre. Montpellier, Pérols, mare de Gram-
mont en fauchant, Lamalou, détritus de l'Orb!
Lattes, abondant en hiver aux bords des étangs
débordés (Lavagne). |
293. Badister unipustulatus Box. — Printemps et automne,
; région de l'olivier, peu commun. Bords de l'étang de
Vendres, un exemplaire, fossés des prairies de
Lattes, plusieurs exemplaires! Capturé plus fréquem-
. ment par MM. Minsmer et Lavagne.
294, — bipustulatus. — Avril à septembre, commun à
toutes les altitudes, pierres et détritus humides des
prairies et bords de rivières !
295. — sodalis Durr., fumeralis Box. — Béziers, détritus
de l’Orb /Marquet).
296. — peltatus Paxz. — Avril à juin, régions littorale et
de l'olivier, sous les pierres et les détritus des prai-
ries saumâtres. Béziers, commun à l'étang de Ven-
dres, Montpellier, Estagnol de la Magdeleine !
297. Licinus granulatus Des., si/phoides F. — Juin à septembre,
dans toute la région de l'olivier, garigues et coteaux
secs sous les pierres, souvent par couples. Nous
avons décrit les métamorphoses de l'insecte dans le
15° cahier des Opuscules entomologiques de Mulsant,
p. 81. La nymphose a lieu les premiers jours de juin
sous les pierres dans une loge terreuse à peine
ébauchée !
298. Oodes gracilis ViLLa. — Avril à juin, région littorale,
marais saumâtres, pierres et détritus. Etang de Ven-
dres ! Estagnol de la Magdeleine {Minsmer).
299. Chlaenius chrysocephalus Rossi. — Avril à juin, régions
littorale et de l'olivier, dans les marais, sous les
pierres peu adhérentes, reposant même sur des
détritus. L'insecte se tient plaqué le ventre contre
300.
301.
302.
303.
304.
305.
306.
= 16 —
la pierre et cela parfois par centaines, aidé souvent
par des masses de Brachynus. On a pu dire que dans
certains de nos marais, l'étang de Vendres notam-
ment, il y avait des pierres noires d'insectes en
dessous. Bords des étangs de Vendres et de Capes-
tang, palus de Gramenet, Estagnol de la Magdeleine !
azureus Durr., rufipes Des. — Mars à juin, zones
chaudes, peu commun, toujours isolé, rarement sous
‘les pierres ; on le trouve plutôt courant matin et
soir sur les chemins dans le voisinage des marais et
des prairies irriguées. Vendres, Capestang, Lattes,
prairie irriguée de l'Ecole d'agriculture de Montpel-
lier ! |
tristis ScHALL., holosericeus F. — Avril à juillet,
zones littorale et de l'olivier, prairies humides plan-
tées de saules, rare sous les pierres, préférant à tous
autres abris les écorces un peu soulevées, le bois
pourri et les fissures des saules creux. Vendres,
Capestang, Lattes, commun dans les conditions
ci-dessus |
nigricornis F. — Avril à juin, mêmes conditions
et mœurs que C. azureus, se tenant toutefois un peu
plus fréquemment sous les pierres. Béziers, Mont-
pellier, Lattes ! |
tibialis Des. — Juin à septembre, régions monta-
gneuses, bords des fessés de prairies irriguées et des
rivières, sous les pierres, peu répandu. Lamalou,
mont Caroux, la Salvetat ! Montagnac, bords de
l Hérault (Chegaray).
vestitus PAyÿk. — Mars à septembre, à toutes les
altitudes, commun sous les pierres, près des sources
et des suintements plutôt qu'aux bords des rivières fl
variegatus Fourcroy, agrorum OL.— Mai à juillet,
à toutes les altitudes, bords des eaux courantes, sous
les pierres |
festivus F. — Avril à juin, régions littorale et de
l'olivier, étangs saumâtres sous les pierres et les
détritus au pied des touffes de Tamarix. Vendres,
309.
— 468 —
Capestang, palus de Gramenet ! Estagnol de la Mag-
deleine (H. Sicard). |
velutinus Durr. — Avril à septembre, mêmes
conditions que €. variegatus, plus commun en mon-
tagne qu'en plaine !
circumscriptus Durr. — Mêmes conditions et
localités que C. festivus, plus fréquemment qu'ailleurs
aux bords de l'étang de Vendres à la suite des crues
de l’Aude qui, le bassin rempli, font refluer sur la
rive orientale les détritus chargés d'insectes.
spoliatus Rossi. — Avril à juillet, région de l'oli-
vier. Bien que vivant par îlots dans le Nord de la
France (Bassin de la Seine, Bretagne, bords du
Rhône à Lyon, etc.), l'espèce est en réalité méridio-
nale (Pourtour méditerranéen, Canaries, etc.). Elle
est fréquente dans notre Midi, en raison directe de
l'abondance du sel marin dans le sol. Toujours peu
commune près de l'eau douce, elle pullule aux bords
de nos marais salés. En Camargue, à l'étang du Vac-
carès, notamment, accompagné de notre ami Puel,
marchant fin mai sur une couche de zostères rejetées
par les hautes eaux de l'hiver, nous faisions lever ces
Chlænius, non par dizaines, mais par centaines. Les
mêmes mœurs halophiles ont été observées en Espa-
gne par notre collègue, l'abbé Pantel, dans la pro-
vince de Cuenca, aux bords du Rio Salado (Ann. de
la Soc. Esp. d'Hist. nat. 1888, p. 206).
310. Panagaeus crux major L. — Printemps et automne, zone
311.
littorale, prairies humides, au pied des arbres. Ven-
dres, Capestang, Lattes |
_bipustulatus. — Mai et juin, région du hêtre,
sous les pierres, au pied des haies. Bains de Rieu
Majou, près la Salvetat |
312. Masoreus Wetterhali GyLL. — Juillet, région du hêtre,
terrains sablonneux granitiques, endroits stériles
sous les pierres, plateau du Sommail, la Salvetat,
peu commun ! Béziers, sables du bord de l'Orb,
19
— 146 —
enterré au pied d’un Verbascum, probablement amené
par les inondations {Marquet).
313. Somoplatus fulvus -Muzs. — Cette espèce cosmopolite,
d'origine sénégalaise, décrite sur nos types par Mul-
sant (Opuscules 45° cahier, p. 128), trouvée par nous
en mars, courant sur les quais:de Marseille, a été
signalée de Cette par Reitter.
314. Lebia pubipennis Durr. — Régions de l'olivier et des peti-
315.
316.
347.
318.
319.
tes montagnes, peu commune, éclose dès l’automne,
on la prend en hiver en creusant au pied des arbres
(peupliers, châtaigniers), de mars à mai sous les
pierres, sous les écorces de platane, ou courant en
plein jour sur les chemins. Montpellier, Lamalou !
Béziers, sous les pierres au milieu des touffes de
fenouil (Marquet).
cyanocephala L. — Mars à juillet, régions de
l'olivier et des petites montagnes, commune en bat-
tant les buissons, spécialement les divers genèêts
fleuris, aussi sous les écorces des platanes. Béziers,
Lamalou, Montpellier, Cette, Pic Saint-Loup, Saint-
Guilhem, Ganges ! Lodève /Minsmer).
chlorocephala HorrM. — Juin, région du hêtre,
rare ; deux beaux exemplaires en battant un genêt,
Sarothamnus purgans, la Salvetat | |
rufipes Des. — Mars à juin, région de l'olivier, en
battant les genêts épineux fleuris {Genista scorpius),
en hiver, sous les écorces de platanes, moins répan-
due que L. cyanocephala. Béziers, Saint-Guilhem,
Mourèze, Montpellier ! Lodève (Minsmer).
crux minor L. var. nigripes Des. — Avril et mai,
rare dans l'Hérault. Montpellier, quelques exemplai-
res seulement sous les pierres aux sablières de la
Pompignane! Nous n'y avons pas trouvé le type
crux minor. Ce dernier a été capturé au mont Marcou,
au-dessus de Saint-Gervais, par M. Lavagne.
trimaculata Vizza, cyathigera Rossi. — Avril à
juillet, région de l'olivier, endroits secs, au prin-
temps sous les pierres, en été en battant les arbres
921.
— 147 —
touffus, chênes-verts, cyprès, orme, etc., plusieurs
fois au vol vers midi. Cette, Montpellier ! Béziers, en
nombre une fois sur des ormes en buissons attaqués
par Galerucella luteola (Marquet et Pellet).
marginata Fourcroy, haemorrhoidalis F. — Juin
“et juillet, région du hêtre. La Salvetat, en battantles
buissons de peupliers ! |
scapularis Fourcroy, turcica F. — Mars à juillet,
en hiver sous les écorces, région de l'olivier. Une des
espèces les plus communes, spécialement sur l’orme
où elle vit aux dépens des larves de (Galerucella
luteola ! |
322. Lionychus quadrillum Durr. — Mars à juillet, régions
323.
montagneuses, ne se prenant dans la plaine qu'à la
suite des crues, mœurs des Bembidion, graviers des
rivières. Lamalou, Ganges, la Salvetat ! Béziers, crues
de l'Orb (Marquet) ; Lodève (Minsmer) ; Lattes, inon-
dations du Lez (Lavagne).
albonotatus Des. — Hiver et printemps, région
de l'olivier, d'avril à juin, gravier des rivières, d’oc-
tobre à mars, sous les écorces de platane, assez loca-
lisé. Montpellier, Ecole d'agriculture, Agde, Saint-
Guilhem ! Béziers, Vias (Marquet).
324. Apristus subaeneus CHo., Prophettei REicHE. — Un seul
exemplaire trouvé à Lodève par le capitaine Mins-
mer et à nous communiqué. Îl est identique à ceux
que nous avons capturés en Algérie.
325. Metabletus obscuroguttatus Durr. - Mars à septembre,
326.
régions littorale et de l'olivier, partout dans les ma-
rais et prairies humides, sous les pierres et les détri-
tus !
Myrmidon Farm. — Région de l'olivier, deux
exemplaires seulement; le premier, (le type de
description), trouvé à Bellevue, près Béziers, par
feu Pellet, en 1857 ; le second, par notre ami Puel
. qui l’a pris, croit-il, dans les mêmes parages, c'est-
à-dire à Peytavie, route de Béziers à Pézénas. Un
troisième exemplaire a été pris dans l'Aude par
321.
— 148 —
M. Gavoy à la Malepère, non loin de Carcassonne,
sur un genêt épineux.
foveatus Fourcroy, foveola GyLL. — Avril à sep-
tembre, régions montagneuses, pierres, feuilles
mortes et détritus, courant souvent en plein jour
dans les prairies un peu sèches. Lamalou, mont
Caroux, la Salvetat ! Béziers, détritus de l'Orb {Mar-
quet) ; Saint Jean de Buèges (H. Sicard) ; Castelnau
(Lavagne).
328. Microlestes (Blechrus) minutulus Goeze, glabratus Durr. —
329,
330.
331.
392.
333.
A peu près toute l'année, à toutes les altitudes, écor-
ces, détritus et feuilles mortes ! La var. Apfelbecki
Hop. signalée de Béziers par M. Puel.
fulvibasis RerrTer. — Région de l'olivier, mêmes
conditions que minutulus avec lequel il est facilement
confondu. Nous ne saisissons pas pourquoi le catalo-
gue Reïitter de 1906 en fait une variété de plagiatus.
Montpellier, Béziers |
exilis SCHAUM, maurus GANGLB. — Région de l'oli-
vier, mêmes conditions, plus rare que minutulus.
Montpellier ! Béziers (Marquet).
Abeillei Bris. — Région de l'olivier, peu répandu.
Béziers !
plagiatus Durr. var. corticalis Durr. (1) — A peu
près toute l'année, région de l'olivier, endroits secs
ou humides, pierres et détritus, abondant en hiver
sous les écorces !
Dromius longiceps Des., capitalis FARM. — Mars,
région littorale. L’insecte, qui est de l’Europe cen-
trale, qui est cité de Nanty par Bourgeois (Cat. des :
Vosges et régions limitrophes), n'a été trouvé dans
l'Hérault qu’en très petit nombre. Le premier exem-
plaire capturé par Marquet et sur lequel Fairmaire
(1) Avec Reitter (Cat. 1906) nous conservons le nom spécifique de
plagiatus et malgré le travail de Holdhaus (Bestimmungs-Tabellen,
1906), faisons de notre insecte français, à taches élytrales ovales légè-
rement divergentes en arrière, la var. corticalis Duft.
334.
339.
336.
337.
398.
339.
340.
— 149 —
avait décrit son D. capitalis, a été pris vers 1870 non
loin de l'embouchure de l'Hérault, aux bords du
petit étang de Vias, en battant des roseaux secs ; huit
autres exemplaires ont été pris le 15 mars 1872 par
feu notre frère, Benjamin Mayet, aux bords de
l'étang de Vendres, sous des détritus secs datant de
l'année précédente. Aucune autre capture n'a été
signalée depuis.
linearis OL. — A peu près toute l’année, à toutes
les altitudes, l'espèce la plus commune, détritus
secs, écorces, aussi en fauchant et en battant !
agilis F., var. bimaculatus Des. — Juin et juillet,
à toutes les altitudes, mais plutôt dans les monta-
gnes, en battant les arbres, spécialement les conifè-
res. La Salvetat, sur le sapin, Montpellier, parc de
Grammont, sur le chène ! Lattes {(Minsmer).
meridionalis DE. — Printemps et été, zone de
l'olivier, en battant les pins, en hiver sous les écor-
_ces de platanes. Montpellier, Béziers, Cette ! Lodève
(Minsmer).
bifasciatus Des. — Janvier. Lattes, bords des
étangs débordés, quelques exemplaires (Lavagne).
quadrisignatus Des. — Mars à septembre, à toutes
les altitudes, arbres feuillus et conifères, en hiver
sous les écorces. Béziers, Montpellier, Lamalou, La
Salvetat !
nigriventris THoms., /fasciatus Des. — Mêmes
conditions, à toutes les altitudes, aussi en fauchant
dans les marais saumâtres ; un des plus communs,
en hiver, sous les*écorces de platane. Montpellier,
route de Palavas, Béziers, Lamalou, La Salvetat !|
melanocephalus Des. — Régions littorale et de
l'olivier, printemps et été en battant, en hiver sous
les écorces, parfois dans les gros détritus des marais ;
moins commun que le précédent. Montpellier,
Béziers ! Lodève {(Minsmer).
341. Demetrias imperialis Germ., var. ruficeps ScHauM. — Mars
à juin, région littorale marécageuse, en battant :
— 150 —
les grands débris de roseaux secs, également en fau-
chant dans les marais au coucher du soleil. Etangs
de Vendres et de Capestang, palus de Gramenet!
atricapillus L. — Mars à juin, régions littorale et
de l'olivier, marais et prairies humides en fauchant.
Béziers, étangs saumâtres ; Montpellier, Lattes,
mare de Grammont, palus de Gramenet !
343. Cymindis humeralis Fourcroy. — Mai à septembre, région
344.
346.
du hètre, pâturages élevés sous les pierres. Le Som-
mail, l'Espinouse ! |
axillaris F., homagrica Durr., et var. lineola Dur.
— Avril à octobre, région de l'olivier, collines cal-
caires sèches connues sous le nom de garigues, sous
les pierres. Chaîne de la Gardiole, de Montpellier à
Balaruc, Pic Saint-Loup, Cette, Agde, Frontignan ;
la var. lineola mêlée au type, mais beaucoup plus
.commupne dans le voisinage de la mer! Sur la mon-
tagne de Cette, par exemple, à l'endroit dit des l'ierres
blanches, on ne prend guère que le type, tandis que le
long de la mer, sur les falaises qui s'étendent du Fort
Saint-Pierre au Lazaret, il n'y a que la var. lineola !
Béziers (Marquet). |
melanocephala Des. — Mai à septembre, régions
du châtaignier et du hêtre, endroits découverts sous
les pierres. La Salvetat, le mont Caroux, les Verre-
ries de Moussan, plateau du Larzac, Pic d'Anjau!
Cette forme pyrénéenne s'avance dans nos Cévennes
jusqu à Langogne (Lozère).
coadunata Des. — Juin et juillet, région du hêtre,
quelques exemplaires mélangés à l'espèce précédente.
La Salvetat, plateau du Sommail !
8347. Cymindoidea Faminii Des. — Avril à juin, zone maritime,
terrains salés, non sablonneux sous les pierres, espèce
assez localisée. Frontignan, bords de l'étang, contre
les terrasses soutenant les vignes, étang de Vendres,
berges au delà de la distillerie ! Palus de Gramenet,
près le pont de la Mosson, 2 exemplaires (Lavagne).
348. Polystichus connexus Fourcroy. — Avril à juin, régions
: — 151 —
maritime et de l'olivier, commun dans les marais
saumâtres de Vendres, Capestang, Gramenet, etc.,
également dans les terrains non salés humides.
Pézénas, bords de l'Hérault, Béziers, détritus de l'Orb!
349. Zuphium olens F. — Avril à juin. Région maritime, dans
390.
nos marais saumâtres, généralement plaqué sous les
pierres, parfois en hiver dans le terreau de saule.
Etang de Vendres et de Capestang, pas rare certaines
années, étang de Pérols un exemplaire ! Lattes
(Minsmer).
L'aire de dispersion de l'espèce est vaste. Elle com-
prend tout le pourtour méditerranéen et le Caucase.
Nous l'avons reçue de l'Inde (Trichinopoly) et du
Siam (Bangkok).
Chevrolati Casr. — Mars et Avril. Région de l'oli-
vier, une seule localité dans l'Hérault située sur la
pente Nord du volcan d'Agde ou Mont Saint-Loup.
L'insecte vit là sous les blocs de lave qui, retournés
au levier, nos ont donné les premiers A{nillus Mayeti.
Entre les divers entomologistes que nous y avons
conduit, MM. Marquet, Chobaut, Minsmer, Lavagne,
Puel, Théry et nous-même, il ne s'est pas pris plus
de neuf exemplaires, un par chacun de nos amis et
trois par nous-même, en plusieurs séances. Ces
Zuphium ayant un faciès un peu particulier, la tête non
rembrunie, une faible taille, 4 à 4 mill. au lieu de 6,
étant privés d'ailes, méritent un nom de sous-espèce
et pourront être appelés Z. Agathense Mayer (1).
851. Drypta dentata Rossi, emarginata OL. — Mars à septem-
bre. Régions maritime et de l'olivier, commune dans
les prairies humides saumäâtres ou d'eau douce.
Montpellier, bords du Lez et de la Mosson au pied
des arbres, prairies de Lattes et de Gramenet, Pala-
(1) Une seconde localité vient d’être découverte, dans le départe-
ment de l'Hérault, pour cette espèce dont un exemplaire nous a été
soumis par M. H. Sicard, de Montpellier, comme pris à Saint-Jean de
Buèges, près Ganges, sous une pier&e enfoncée. Il est aptère comme
ceux capturés à Agde et il a les élytres encore plus courts (Note
ajoutée pendant l'impression).
392.
__ 159 —
vas, quartier des quatre canaux, Béziers, étangs de
Vendres et de Capestang, sous les pierres |
distincta Rossi, cylindricollis F. — Mai. Région
maritime, rare. Etang de Vendres sous des détritus,
un seul exemplaire ! trouvé également par Marquet
et Minsmer. Etang de Capestang, 1 ex. (Puel).
353. Odacantha melanura L. — Mai. Zone maritime, prairies
saumâtres, sous les débris de roseaux, peu commune.
Saline de Frontignan, une seule fois le 20 mai, une
dizaine d'exemplaires ! Etang de Vendres, 2 ex.
(Marquet); même localité, plusieurs ex. (Mathieu) ;
Lattes, écorces de platane (Lavagne).
354. Brachynus humeralis Aur., causticus Des. — Avril et mai.
395.
396.
391.
358.
Zone maritime, prairies marécageuses saumäâtres,
sous les pierres peu adhérentes, assez localisé, rare-
ment isolé, vivant en société comme tous les Brachy-
_ nus. Aux environs de Montpellier nous le prenons à
à Lattes, ferme du Maupas, à Gramenet et à Pérols.
Dans cette dernière localité, sous une seule grosse
pierre, aidé de MM. Minsmer et Lavagne, nous en
avons recueilli d'un coup une quarantaine. Aux envi-
rons de Béziers, aux bords de l'étang de Vendres, les
colonies sont moins populeuses, mais occupent une
région plus étendue.
exhalans Rossi. — Avril à juin. Région maritime,
marais saumâtres de Vendres, de Capestang, de
l'Estagnol et de Gramenet, en nombre sous les pierres
et au pied des plantes ! Pour le prendre sans peine
par centaines au moment du vol on n'a qu'à faucher
fin mai, un peu avant le coucher du soleil !
incertus BRULLÉ, atricornis FAIRM. -- Mêmes con-
ditions et localités, mais beaucoup moins commun ;
il est même rare certaines années!
immaculicornis Des. — Mêmes conditions et loca-
lités ; on le trouve aussi dans les prairies humides
non salées ! | |
crepitans L. — Avril à juin. Commun dans les
montagnes, au bord des champs sous les pierres,
399.
360.
361.
362.
363.
— 153 —
jamais dans les marais. Saint-Pons, Lamalou, La
Salvetat ! Bédarieux (Marquet). Cette espèce ne craint
pas les terrains secs.
. Obscurus HEER. — Avril et mai. Région de l'oli-
vier, où il paraît remplacer le B. crepitans des régions
montagneuses, vivant comme lui au bord des champs.
Montpellier, domaine de l'Ecole d'Agriculture, Saint-
Martin de Londres, Viols le fort !
psophia Des. — Avril et mai. Régions de l'olivier et .
des petites montagnes, bords desprairies, des marais,
des rivières ; parfois aux bords des champs, mélangé
là à des espèces de terrain sec. Montpellier, prairies
de Lattes ! Béziers, étang de Vendres ! Saint-Chinian
bords des champs, Lamalou châtaigneraies des bords
de l'Orb!
bombarda Der. — Avril à juin. Région littorale ;
marais salés, plutôt argileux que sablonneux. Mont-
pellier, route de Palavas, au palus de Gramenet et à
l'embouchure de la Mosson, Béziers, étangs de Ven-
dres et de Capestang !
sclopeta F. — Mars à juillet, à toutes les altitudes,
terrains secs, sous les pierres. L'espèce la plus répan-
due, aux bords des champs, le long des murs de
pierres sèches, jusque dans les jardins, surtout s'il y
a des tas de pierres ! (1)
explodens Durr.— Mars à juillet. Régions monta-
gneuses, terrains secs, mêmes conditions que l'espèce
précédente, souvent mélangée avec elle, mais ne se
rencontrant pas, à notre connaissance, dans la zone
de l'olivier.
(1) Les habitudes sociales des Brachynus sont connues ; ma's nulle
part nous n'avons vu mentionnées leurs migrations ou plutôt leurs
émigrations. Toutes les fois qu’une colonie est fortement dérangée,
elle commence par se remiser où elle peut, puis la nuit venue, elle
émigre au vol vers une destination inconnue. Dans une note publiée
récemment (Bull. Soc. Ent. de France, 1907, p. 114) nous citons une de
nos observations confirmant le fait.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L'AUDE
Par l'Abbé A. SABARTHÉS :
Correspondant du Ministère de l'instruction Publique.
I nous a paru utile de réunir ici, dans un ensemble précis
et commode, tout ce que l’on trouve disséminé un peu par-
tout sur la géographie de notre département. Cet ensemble
aidera, croyons-nous, à mieux connaître notre petite patrie :
la variété des richesses de tout genre qu’elle contient, bien
que sommairement décrites ici, frappera le lecteur et lui
fera apprécier un sol si fécond, un climat si salubre, une
végétation si luxuriante et si riche.
Le coup d'œil rétrospectif que nous ‘jetons parfois sur le
passé lui rappellera, vaguement il est vrai, mais d’une façon
certaine, le souvenir de nos ancêtres, qui furent ici les Cel-
tes, les Ibères, les Ligures, les Romains, les Visigoths, les
Sarrazins. En relevant les traces de leur passage, en voyant
leurs nombreuses stations historiques, quelques-unes en
ruine, il est vrai, d’autres encore habitées, le lecteur n'aura
pas de peine à croire que c'est avec complaisance que cha-
cun de ces peuples foula un pays si bien doué de la nature.
Enfin si modeste et si imparfait que soit notre travail,
nous souhaiterions qu'il aidât à réaliser un vœu depuis long-
temps émis : à savoir, que la Géographie de l’Aude fut ins-
crite au programme des études primaires; que cette matière,
à titre facultatif et avec tel coëfficient que l’on voudrait, fut
ajoutée aux divers programmes des examens élémentaires.
I. — Description
Compris pour sa majeure partie dans le versant de la Mé-
diterranée, le département de l’Aude s’étend entre le 42°, 38°
ho” ct le 43°, 26°” 22° de latitude Nord; et entre le o°, 38” 52”
de longitude Ouest, et o°, 54’ de longitude Est. Il est enclavé
— 155 —
entre les départements de l'Hérault et du Tarn, au Nord,
ceux de la Haute-Garonne et de l'Ariège à l'Ouest, et celui
des Pyrénées-Orientales, au Sud. Il est baigné à l'Est par la
Méditerranée sur un développement de 50 kil. environ. Sa
plus grande longueur de l'Est à l'Ouest est d'environ 120
kil.; sa plus grande largeur du Nord au Sud est d'environ
85 kilomètres ; son pourtour est de {50 kil. environ; sa
superficie totale est de 631.324 hectares: sa population est
de 310.513 habitants.
Le département de l’Aude‘tire son nom du principal cours
d’eau qui le traverse du Sud au Nord jusqu’à Carcassonne,
de l'Ouest à l’Est jusqu'à la Méditerranée. L’Aude prend sa
source dans les Pyrénées-Orientales, au pied du pic Carlitte,
et sort d'un étang, en un point bien digne d'observation : à
3 kil. de là, en effet, prend naissance la Sègre qui coule vers
le Sud et entre en Espagne par Puycerda ; à 8 kil., la Tet
se dirige vers l'Est et passe à Perpignan: à ro kil. se trouve
la source de l'Ariège qui passe par Foix, entre dans la
Garonne et par à dans l'Océan. Le cours supérieur de l’Aude
dans les Pyrénées-Orientales est de 28 kil. : pénétrant dans
notre département, cette rivière traverse des terrains grani-
tiques, en des détours multipliés et en une course rapide ;
elle s’élargit au-dessous de Quillan jusqu’à Couiza ; à Alet, les
bancs se rétrécissent, maïs, après Alet, le lit de l'Aude s’élar-
git à nouveau, recevant jusqu’à Carcassonne l'apport de
nombreux affluents qui descendent des Corbières et du chai-
non de montagnes qui depuis Limoux se dirige vers Saint-
Benoît, Fanjeaux et le col de Naurouze. Au-delà de Carcas-
sonne, l'Aude dévie presque à angle droit (direction O E.) et
reçoit désormais les eaux du revers méridional de la Monta-
gne-Noire et du bassin des Corbières (l’Orbieu et ses
affluents...). Rétrécie un instant jusqu’à Sérame, l’Aude entre
désormais dans les plaines plus vastes de Canet, Cuxac-
d’Aude, Coursan, devient moins rapide, changeant parfois
de route, et, multipliant ses embouchures, se jette dans la
f
— 156 —
mer à la limite des départements de l'Aude et de l'Hérault.
Son parcours total est de 208 kilom., dont 180 dans le dépar-
tement ; flottable depuis Quillan, cette rivière servait, avant |
la création de la voie ferrée (ligne de Carcassonne à Quillan),
au transport des bois des forèls supérieures. Très variable
dans son régime, son volume d'eau varie, selon les saisons,
de 5 mètres cubes à 3.000 inètres cubes par seconde, elle
dépose sur le littoral, annuellement, 1.700.000 mètres cubes
de limon. |
L’Aude reçoit, à droite : la Guette (Aïguette), la Valette, le
‘ Couleurs, la Sals, la Valette d’Alet. le ruisseau de Saint-Po-
lycarpe, le Lauquet, le Basalac, le Merdeaux, la Bretonne, le
Rieutort, l’Azagual, la Jourre d’Escales, la Jourre de Lézi-
gnan, l’Orbieu ; à gauche, le Rébenty, le ruisseau de Fa, la
Corneilla. le Lagagnoux, le Cougain, le Sou, le ruisseau
Grand, le ruisseau de Gaure ou de Villarzel, le ruisseau de
Saint-Thomas, le ruisseau de Baudrigue ou de la Caune,
le Taure, le ruisseau de Fontaine-Catuffe, le Fresquel, l’Or-
biel, l’Aiguille ou rigole de vidange de l’étang de Marseil-
lette, l’Argentdouble, l'Ognon, le Répudre, la Cegse, le Rec-
Audier, et les ruisseaux de vidange de l'étang de Capestang.
L’Aude baigne ou approche à sa droite : Escouloubre,
Axat, Saint-Martin-Lys. Cavirac, Couiza, Luc, Alet, Vendé-
mies, Pieusse, Pomas, Cornèze, Couffoulens, Cavanac, Car-
cassonne (Cité), Berriac, Fontiès-d'Aude, Floure, Barbaira,
Capendu, Douzens, Saint-Couat, Roquecourbe, Castelnau,
Tourouzelle, Canet, Marcorignan, Moussan, Narbonne,
Coursan, Salles-d’Aude, Fleury: à sa gauche : Campagna,
Bessède, le Clat, Artigues, Caïlla, Belvianes, Quillan, Cam-
pagne, Espéraza, Montazels, Cornanel, Limoux, Villemartin,
Cépie, Rouffiac, Preixan, Carcassonne, Villedubert, Trèbes,
Marseillette, Blomac, Puichéric, la Redorte, Azille, Homps,
Argens, Roubia, Paraza, Ventenac-d’Aude, Saint-Nazaire,
Saint-Marcel, Sallèles-d’'Aude, Cuxac-d’Aude,
— 157 —
Au point de vue orographique, le département de l’Aude
est formé par trois grandes rides parallèles : les Pyrénées, les
Corbières et la Montagne-Noire. A la région Pyrénéenne,
‘appartiennent les cantons de Belcaire, d’Axat, de Quillan,
et une partie du canton de Chalabre ; aux Corbières, les
cantons de Tuchan, Durban, Mouthoumet, Sigean, Lagrasse,
Narbonne, Couiza, Limoux, Alaigne : à la Montagne-Noire, les
cantons de Saissac, du Mas-Cabardés, le canton de Castel-
naudary-Nord et la partie supérieure des cantons d’Alzonne
et de Peyriac-Minervois. Les autres Faiene appartiennent à
la région des plaines.
Les sommets les plus élevés des Pyrénées de l'Aude sont :
le pic de Bernard Sauvage(2.437 m.), le Sarrat de Bellaire
(2.029 m.), le Pic de la Fajole (2.027 m.), le pic de la Glèbe
(2.024 m.), le Sarrat des Esclots (1.827 m.), le pic de l’Aguzou
ou la Guzou (1.882 m.), la montagne Rase- et le Tuc
Dourmidou (1.845 m.), le Tuc d'Espenchens (1.567 m.), le
roc d’Embrides (1.513 m.), le roc de Gasteldos (1430 m.),
le pic de la Rouquette (1.390 m.).
Les Corbières, qu’on divise en Corbières orientales et Cor-
bières occidentales, forment un relief montagneux, qui s'étend
depuis les derniers contreforts de Tuchan et la forêt des
Fanges jusqu'aux premiers contreforts de la Montagne-
Noire. Les principaux reliefs des Corbières occidentales
sont : les collines de Laurac au nord de Fanjeaux (412 m.)
les crêtes au sud de Montréal (420 m.) jusqu’à Preixan,
qu’on nomme la Malepeyre, et les collines de Saint-Benoît
(602 m.). Les Corbières orientales, ou simplement Corbières,
s'étendent depuis la vallée de l’Aude jusqu’à la Méditerranée;
les points principaux sont : le pic de Bugarach (1.231 m.),
le mont Alaric (600 m.), les chaïnons de ROSES et le
massif de la Clape (200 m..).
Entre les Pyrénées de l’Aude et les Corbières existe une
bande (E.-0.) de montagnes de moyenne élévation (800 à
1.000 m.) qui sert d'’intermédiaire orographique autant que
— 488 —
géologique entre les deux régions : le plateau de Sault, le
plateau des Fanges, et la chaine de Saint-Antoine-de-Gala-
mus à Tuchan. Cette bande sert de limite entre le bassin de
l'Orbieu, affluent de l’Aude, et les bassins de l’Agly et du
Verdouble (Pyr.-Or.)
La Montagne-Noire, dernière ramification des Cévennes,
s'étend, sur une longueur de 60 kilom. enWiron. du col de
Naurouze (190 m.) ou col de Saint-Félix jusqu’à la source
. du Jaur (Hérault). Elle est séparée des Corbières par la vallée
du Fresquel et le cours moyen et inférieur de l’Aude. A
l'inverse des Corbières: la Montagne-Noire n'offre pas de
solution de continuité; mais profondément déchirée dans
ses flancs, elle laisse passer dans ses rides de nombreux
cours d’eau sensiblement parallèles : le Tenten, le Lampy,
l’Alzau, le Trapel. l'Orbiel, l’Argentdouble, , l'Ognon et la
Cesse. D'une altitude de 212 m. à l'Ouest, elle s'élève peu à
peu (bassin de Saint-Ferréol, 665 m.; Villemagne 651 m.;
Ramondens 916 m.; Montaud, 1.024 m.: pic de Nore
‘1.210 m.), pour redescendre à 913 m. à la limite du dépar-
tement.
La disposition des montagnes de l'Aude rend ce dépar-
tement, à cheval sur la ligne du partage des eaux, tributaire
de l'Océan et de la Méditerranée. Mais ce qui rend cette posi-
tion plus précieuse, c’est qu'elle a offert l’idée et fourni Îles
moyens d'exécution du Canal du Midi ou des Deux-Mers. I]
s'agissait de capter les eaux supérieures de la Montagne-
Noire et de les conduire au col de Naurouze pour en faire, à
ce point de partage, la distribution à l’ouest vers Toulouse
et l'Océan, à l’est vers Cette et la Méditerranée. En 1662,
Riquet fitconnaître son plan : de 1664 à 1665, ce plan fut véri-
fié sur les lieux ; en mai 1665, Riquet faisait construire la
rigole de la Montagne-Noire et enlevait tous les doutes.
Cette œuvre exigea une dépense de 16.279.508 francs ; elle
comprend dans le département de l’Aude : la Rigole de la
— 159 —
Montagne qui capte les eaux de l’Alzau, de la Bernassonne
(du Lampy, après la création du Canal de Jonction) et du
‘Rieutort et oftre, de la prise d’Alzau aux Cammazés, une
longueur de 24 kil. 351 m.: la Rigole de la Plaine (long.
(34 kil. 206 m.) est en partie seulement comprise dans l’Aude.
Aqueducs, ponts-aqueducs, ponceaux, épanchoirs à siphon,
déversoirs, prises d’eau sur les rivières d’Orbiel, du Fresquel
et de la Cesse, écluses pour vaincre les obstacles naturels,
pour parer aux nécessités de la navigation, pour franchir les
différences de niveau : rien n’a arrêté le génie de l'homme.
La création du Canal de Jonction, la canalisation de la Ro-
bine, la création du nouveau bassin de Lampy, le nouveau
tracé du Canal à Carcassonne ont successivement complété
cette œuvre d’une manière générale, tout spécialement
assaini les basses plaines de Narbonne et mis une seconde
fois cette ville en contact avec la mer. Dans un temps où les
voies rapides n'étaient pas connues pour l’avantage du com-
merce et de l'industrie, ces cours d’eau artificiels ont sin-
gulièrement favorisé les relations et la fortune du Langue-
doc et de la région de l’Aude en particulier.
Néanmoins, encere aujourd’hui, la batellerie tire grand
avantage des canaux ; la statistique suivante nous en don-
nera une idée suffisante.
4° Longueur des cours d'eau dans le département de l'Aude :
Canal du Midi........................ 122.012 m.
Canal de Jonction..................... 4.871 m.
Traversée de l’Aude................... 389 m.
Robine de Närbonne.................. 31.662 m.
TOTAL, cire aus 158.934 m.
Rigole de la Montagne et partie de la
rigole de la Plaine.................. 47.695 m.
TOTAL GÉNÉRAL...... . 206.629 m.
2° Différence de pente à racheter : Nombre d'écluses :
Ligne ‘principale. ............ 157 48 39
Jonction..................... 23% 09 7
Robine:.ii iii css se 8" 48 6
— 4160 —
3° Tonnage effectif :
_ Ligne principale... 329.925 tonnes (pour 1899).
Jonction et Robine.. 74.474 — Le
ToTaLz....... 404.399 tonnes
4° Frais d'entretien pour le département.... 178.164 fr. 50.
Le littoral de l’Aude est pour ainsi dire la terre classique
des naturalistes et des géologues, particulièrement dans les
terrains fossilifères d’Armissan et les Sidrières de Fitou. Au
point de vue économique, ce littoral n'est pas sans impor-
tance : ses pêcheries alimentent les marchés de Narbonne
et de Carcassonne de poissons et de coquillages ; il fournit
à notre marine une partie de ses équipages de matelots ; ses
salins fournissent une abondante provision de sel marin;
son port, si mauvais soit-il, a pourtant sa valeur et son ‘
utilité.
La mer baigne le département sur un espace de 50 kilo-
mètres environ ; sur ses bords existent de grands étangs qui
communiquent avec elle par des ouvertures appelées graus
(gradus). Les principaux de ces étangs sont : l’étang de Bages
et de Sigean, l’étang de Peyriac-de-Mer, l'étang de Gruissan,
l'étang de Leucate et de Lapalme ; ils représentent une
superficie totale de 12.010 hectares.
Le seul port de l’Aude est celui de la Nouvelle, primiti-
vement Saint-Charles : port rudimentaire, car il consiste
simplement en un chenal de 2,200 m. de long, sur 60 m.
de large, formé par deux levées qui s’avancent vers la mer;
port bien insuffisant, car les sables l’'envahissent journelle-
ment, et où ne peuvent conséquemment aborder que des
navires d’un faible tirant d’eau (3 à 4 m.) et de 4o à 50 m.
de longueur, ou des vapeurs atteignant 65 m. de longueur
et mouillant de 4 m. à 4 m. 25. Le port de la Nouvelle est
relié au Canal du Midi par le Canal de la Robine dont il est
le point terminus.
— 161 —
Voici pour 1899 le mouvement de la navigation pour la
Nouvelle :
Entrés ou sortis, 1032 navires jaugeant 74.876 tonneaux
et montés par 7.244 hommes d'équipage.
Dépenses d’entretien du port : 76.000 francs.
= Verra-t-on jamais d’autre port dans ces parages ? un ca-
nal maritime viendra-t-il bientôt modifier la situation
actuelle et redonner à ce pays quelque peu de sa splendeur
passée ? .
Si l’on compare en effet les descriptions des anciens géo-
graphes avec l’état actuel des côtes maritimes de l'Aude, on
constate que la mer n'était qu’à 1200 pas de Narbonne (1).
Depuis longtemps, elle s’est retirée, laissant un long espace
de terre qu’elle baignaït autrefois ; recouvertes jadis par le
Lacus Rubresus. les basses-plaines sont aujourd’hui atterries
et livrées à la culture ; au lieu de vastes lagunes, aujour-
d’hui des vignobles et des prairies. La main de l’homme, il
est vrai, aidant la nature, a creusé des canaux (le rec Mayral,
le Canal du Passelis, le Canal de Grand-Vignes, le Canal
Sainte-Marie) pour dessécher l'Etang Salin, et aider au
colmatage, lors de l’inondation des plaines de Cuxac, de
Coursan et de Narbonne.
Néanmoins, malgré cet appauvrissement général et l’é-
panchement, dans l'étang de Bages, d’un énorme volume
d’eau douce.et sablonneuse, excédent de la batellerie de la
Robine, la pêche n’y est pas trop en souffrance. h
Voici la statistique de la pêche côtière en 1899 : 128.378
kilogrammes de poisson, représentant une valeur de 63.986
francs (le poisson se vend en moyenne 2 francs le kilo pour
la qualité supérieure, 1 fr. 4o pour la qualité inférieure).
La pêche côtière a occupé 78 bateaux, jaugeant ensemble
160 tonnes, montés par 103 hommes d’équipage.
(1) Puine, lib. 3, cap. 4.
”
16
— 162 —
D’autres étangs ne communiquent plus avec la mer ; ce
sont : l'étang de Mateille, l’étang de Pech-Maynaud et
l'étang de Gamarre (c"* de Gruissan), et l’étang du Doul
(c"° de Peyriac-de-Mer). |
Ne quittons pas le littoral sans mentionner les îles ; ici
encore de profondes modifications. On sait qu’Aviénus men-
tionne deux groupes d'îles entre la mer et les étangs qui
régnaient alors sur la côte de Narbonne : fres maæimæ
insulæ... insulasque quatuor piplas. Ont été atterries par les
alluvions successives de l'Aude, l’île de la Clape ou del Lec,
l'île de Gruissan, l’île Saint-Martin: l'île Sainte-Lucie ou de
Cauquenne est devenue une presqu'ile par la bande de
terre qui donne aujourd’hui passage à la Robine et au che-
min de fer de Narbonne à Perpignan.
À ce premier groupe, il faut joindre sùrement l’île de
Leucate, le massif montagneux de. Peyriac-de-Mer, car
l'étang de Saint-Paul communiquait autrefois avec l’étang
de Bages, et enfin l'ile Mouisset, en face de l'étang de
Deume. | | |
Seuls existent encore, au milieu de l'étang de Sigean, les
îlots de la Planasse, de la Margotte, du Soulier, des Ouillous,
de l’Aute et de la Nadière : dans l'étang de Leucate ou de
Salses, les îles rocheuses des Sidrières, les îles de la Rascasse
et de Vy, et, sur ses bords, des îles changeantes de vase et
d'herbe. ;
Dans l’intérieur des terres existaient autrefois plusieurs |
‘étangs d’eau douce aujourd’hui desséchés : les étangs d’A-
zille, de Castelnau, de Cruscades, d’Escales, de Jouarres,
de Lézignan, de Marseillette, de Montredon près Narbonne,
de Fleury, de Puivert, de Boyé et de Sainte-Croix près de
Sigean ; de Pudre près de Peyriac-de-Mer, de Deume, près
du Lac. Ces deux derniers ont servi à l'établissement de
salins : les autres ont été desséchés et livrés à la culture.
— 163 —
II. — Climat et météorologie
- Si l’on excepte quelques endroits marécageux sur les
bords de la mer, l’Aude jouit d’un air pur et salubre ; dans
les régions de Narbonne et de Carcassonne, le climat est
généralement doux, plus chaud que tempéré ; il est plus
froid dans les régions de la Montagne- Noire et du pays de
_ Sault. Le département est plus fréquemment exposé à une
longue sécheresse qu’à une grande humidité ; si les années
sèches se reproduisent plusieurs fois de suite, il en résulte
une période nuisible aux sources et à la végétation. Voici
d’ailleurs le résultat des observations météorologiques pen-
dant l’année 1899.
À Pradelles-Cabardès (altit. 800"), la plus grande chaleur
(28°, 5°) a été observée le 5 août : le plus grand froid (—%o, 8’),
le 15 décembre. A Chalabre (384"), la plus grande chaleur
(39°, 5’) a été observée le 30 juillet ; les plus grands froids
(— 0°, 4°) les 2 et 25 mars. À Carcassonne (120"), au 31
juillet, le thermomètre montait à 35°, 5” ; il descendait à
— 6°, 8’, le ri décembre. À Bize (60"), la plus grande cha-
leur (35°) était observée le 30 juillet ; le plus grand froid
(—5°) le ro décembre. A Narbonne (5"), le thermomètre
s'élevait à 34°, 3 le 28 juillet : il descendait à — 6° le 11
décembre. A ces divers points d’observation, la moyenne de
l’année est sensiblement différente ; elle est de ro, 77° à
Pradelles : de 13°, 05’ à Chalabre : de 14°, 27° à Carcassonne ;
de 18, 13’ à Bize ; de 15°, 8 à Narbonne. Carcassonne étant à
peu près le point central du département, voici la moyenne
des saisons : pour l'hiver, 8.73"; pour le printemps, 15°, 85’;
pour l'été, 21°,86° ; pour l’automne, 10°,6’.
Le régime des pluies est aussi varié que le climat. Dans
cette même année 1899, il est tombé sur les Pyrénées de
l'Aude: 569""* 5 au Bousquet (1114" d’altit.) ; 713""% 9 à
Mérial (944") ; 758""° à Rodome (946%) ; 650""* à Belcaire
— 164 —
-(1023*) ; 731" à Gesse (551") ; 477""? à Quillan (285) ; à
Chalabre (384"), 953% r.
Sur la Montagne-Noire, il est tombé BG rm de pluie aux
Martys (780") ; 1127"% à la Loubatière (761") ; 1029""% 7 à
Pradelles-Cabardès. |
Dans les Corbières, versant N. de l'Alaric : 424""% 49 à
Barbaira ; 2795""° 9 à Moux ; dans la vallée du Rialsesse,
759""% 2 à Arques ; 733" 5 à l’Estagnol ; 595""#à Cas-
tillou ; à Montlaur, 572""% 8 ; à Mouthoumet, 767""% 5 : à
Couiza, 548""% 6. #
Dans la plaine de Castelnaudary, il est tomhé 668 "" de
pluie ; au Bosc, ferme-école, 577""* 9. Dans les plaines de
Narbonne : à Bize, 343""# : à Narbonne, 459"", le plus fort
volume à la mi-octobre (101""*); le plus faible (8""%), le 15
juillet. |
Quant au nombre de jours de pluie, dans l’année, on
constate qu’il a plu 84 jours à Arques ; 88 jours à l’Estagnol :
68 jours à Castillou ; 4o jours à Montlaur ; 64 jours à Mou-
thoumet ; 68 jours à Couiza ; 43 jours à Barbaira ; 22 jours
à Moux ; 76 jours à Caunes (Bibaud et sous hois): hors
bois, 51 jours ; enfin r07 jours à Lespinassière.
Ces dernières données de la statistique prouvent bien
l'influence des forêts sur le régime des pluies, et l'intérêt
qu’aurait l’agriculture à peupler les collines si nues et si
stériles de la plupart de nos montagnes. |
Durant le xIx° siècle, on compte quatre années de pluies
exceptionnelles qui ont produit de grandes inondations. Le
6 octobre 1820, l'Aude s'élevait à Carcassonne à 7"40 au
dessus de l’étiage ; le 1° août 1872, à 6"50 ; le 23 juin
1875, à 5"5o ; le 25 octobre 18g9r, à 7"80.
Si l’on prend Carcassonne comme point central d’obser-
vation pour établir le régime moyen de la pluie dans
l'Aude, on constate qu'il est tombé 564""# 04 d’eau, dont
91" 49 en hiver ; 169""* 6 au printemps; 162""* 85 en été:
14o""% 1 en automne. D'autre part, pendant que la neige
— 165 —
séjourne des mois entiers sur les Pyrénées de l'Aude, à
Narbonne il a neigé quatre jours : il a gelé pendant 18
jours ; le brouillard s’est montré pendant 11 jours ; la grêle
est tombée deux fois.
Deux sortes de vents, sans tenir compte de leurs dérivés,
soufflent sur le département alternativement et livrent au
pays des combats presque continuels : le cers, ou vent du
nord-ouest, et le rnarin qui souffle du sud-est. Modérés aux
points extrêmes du département, ils deviennent l'un et
l’autre impétueux en s’avançant vers les points opposés, le
marin vers Castelnaudary ; le cers, vers Narbonne. On
explique ce phénomène des vents par la disposition des
montagnes de l’Aude. L'air est généralement sec et froid
par le vent de cers ; il est chaud et humide par le vent
marin.
Malgré le climat tempéré dont jouit généralement notre
pays, il éprouve parfois les rigueurs d’un grand froid. En
1709, par exemple, « l’hyver fut si rude, qu'homme vivant
« n’en avoit veu un pareil (—18°) et le vent fut si fort... que
« les oliviers périrent et les figuiers ». Les communautés du
diocèse de Narbonne se ressentirent pendant trente ans de
la perte de leurs oliviers\; la récolte du blé tomba de
180.000 seliers à 34.233 : de 725 setiers, la récolte du méteil
fut réduite à 25 setiers : la récolte des fèves de 5.000 à 170
setiers ; les légumes de 990 à 190 setiers. La perte, pour le
diocèse de Narbonne, s’éleva à 1.000.000 de livres ; elle
aurait été de 1.500.000 livres, aux prix de l’année com-
mune. On cite encore comme très rigoureux l'hiver de
1829.
III, — Géologie.
C1
Après avoir promené nos regards sur la superficie du sol,
il est temps de pénétrer plus avant, pour étudier les riches-
ses naturelles qu'il recouvre. D'ailleurs au point de vue géo-
logique, le département de l’Aude est l’un des rares de la
— 166 —
France que l'on puisse étudier avec fruit, car à lui seul il ren-
ferme tous les étages classiques de la géologie : aussi bien
les découvertes paléontologiques, faites dans ses divers ter-
rains, ont contribué largement à faire connaître la flore et
la faune des premiers âges de notre planète.
L'Aude, aw point de vue géologique, peut-être divisé en
trois régions distinctes : les Pyrénées de l’Aude, la Monta-
gne Noire et les Corbières, dans lesquelles il faut compren-
dre, non pas seulement les montagnes désignées géographi-
quement sous ce nom, mais encore tous les reliefs qui
s'étendent depuis la vallée de l'Ariège et le col de Naurouze
jusqu'à la Méditerranée. Parcourons, sans aucune prétention
scientifique et successivement, ces trois régions et leurs
divers reliefs, car c’est autour de ces noyaux que, sous l’im-
pulsion de mouvements divers et sous différentes orienta-
tions, se sont produits les phénomènes géogéniques, les
dépôts divers et les formations successives du département.
$ 1. TERRAIN PRIMITIF. — Dans les Pyrénées de l'Aude, ce
terrain est représenté par une pointe granitique que le
département envoie vers le Sud entre l’Ariège et les Pyré-
nées-Orientales. Cette pointe comprend Roquefort-de-Sault,
le Bousquet, Escouloubre. Quelques -îlots granitoïdes se
montrent, dans une bande E.-O. du calcaire primitif, dans
les régions de Salvezines, Bessède, Aunat, Galinagues, et
aux environs de Comus et de Camurac.
Dans la Montagne-Noire, le granite et le gneiss granitoïde
forment de l'E. à l'O. toute la limite nord du départément,
se rattachant ainsi aux formations de l'Hérault et du Farn.
Appartiennent au terrain primitif, le roc de Peyremaux,
le pic de Nore, les villages de Pradelles-Cabardès, les Mar-
tys, Laprade, Fontiès-Cabardès, Saint-Denis, Brousses,
Saissac, Cennes-Monestiés, Villemagne. 11 faut y compren-
dre encore un îlot granitoïde, compris entre la Pomarède.
le bassin de Saint-Ferréol, les Cammazés et Labécède-Lau-
— 167 —
raguais. Cet îlot est séparé de la précédente surface par une
bande de terrair de transition comprise entre Verdun et la
Rigole de la Montagne. |
Si l’on admet que le calcaire primitif appartient au terrain
primitif, il faut signaler ici une bande O.-E., qui, depuis
Saint-Béat (Haute-Garonne), Vicdessos, Prades (Ariège),
entre dans l’Aude à Comus, Rodome, aux Gorges de Saint-
Georges, à Gincla, pour reparaître à Sournia et à Estagel
(Pyrénées-Orientales).
$ 2. TERRAIN DE TRANSITION. — Les terrains primaires
(silurien, dévonien et carbonifère) sont représentés, dans les
Pyrénées de l'Aude, par une bande O.-E. qui, de Montail-
lou (Ariège) et le bois de Cortalpic (Aude), traverse le dépar-
tement jusqu’à Gincla et la forêt de Boucheville et pénètre
dans les Pyrénées-Orientales. À cette bande appartiennent :
la Fajolle, Mérial, les crêtes de Pailhères, le pic de Laguzou,
_ Campagna-de-Sault, Fontanés, Sainte-Colombe-sur-Guette
(avec une pointe sur Counozouls et le Tuc Dourmidou) et
Montfort. : |
Le silurien ne se montre qu'aux Pailhères : le carbonifère,
en une étroite bande entre Mérial et la Fajolle, le bois de
Cortalpic, col du Teil, au $S. de Camurac, Fontanès, forêt de
Canelle, forêt de Gesse, col de la Malayrède.
Dans ces régions, on trouve des gisements métallifères
peu importants : filons de galène, de cuivre carbonaté vert
et de cuivre oxydé au N. d'Escouloubre : de cuivre panaché
et de fer oxydé, à la forêt de la Fajolle; de fer et de manga-
nèse, près de Montfort. Enfin on trouve des carrières de
gypse à Campagna-de- Sault.
Le terrain de transition forme la plus grande partie du
massif des Haules Corbières. C'est une longue bande de 45
kilomètres de long, sur une largeur moyenne de 10 kilomè-
tres, limitée par Couiza et Limoux, à l'O.: par Saint-Jean-
de Barrou à l'E. ; par Albas, Vignevieille et Villardebelle au
— 168 —
N.: enfin au S. et d'une manière très-irrégulière, par
Tuchan, Padern, Fourtou et les Bains-de-Rennes. On
remarque encore quelques affleurements de ce terrain sur
les contreforts et au sommet du mont Alaric, ainsi que près
de Treilles et Fitou.
C'est dans cette partie du département que l’on trouve le
calcaire griotle et ses variétés (à Missègre, à Cascastel, au
Pech, aux Grouillets, à Font-de-Razouls, à Mouthoumet et à
Félines) ; notons encore les gîtes métallifères des régions
de .Davejean, Palairac, Padern, Montgaillard, Maisons,
Canelle. Sainte-Marie, Massac, Cédeillan, Montgaillard,
Blanchefort, Duilhac, Cascastel, Embres, Lanet, Bouisse,
Auriac, Mouthoumet, Albas, Montjoi, Serremijeanne (Vil-
lerouge), la Pouzzanque (près de Limoux), Villardebelle.
Ici les poudingues supérieurs au dévonien présentent
un plus grand développement que dans les Pyrénées de
l'Aude ; on les constate dans trois grands îlots successive-
ment compris entre Véraza, Terroles et Valmigère, entre
Valmigère, Bouisse, Lanet et Albières, entre Auriac et Four-
tou. Quelques bassins houillers sans valeur industrielle
existent à Durban et à Ségure.
Dans la Montagne Noire, les terrains de transition sont la
continuation de ceux de l'Hérault. Ils occupent dans l’Aude:
1° Une bande qui se développe au N.-0. de Castelnaudary
entre Verdun et Labecède-Lauraguais, pour entrer dans le
Tarn aux Cammazés ; 2° Une autre bande est limitée au N.
par le terrain granitique et descend jusqu'au parallèle de
Villardonnel, Salsigne, Sallèles-Cabardès et Caunes où elle
entre dans l'Hérault. A cette région appartiennent les gîtes
métallifères de Salsigne, de Villanière, de Lastours, de
Fournes, de Gitou, de Castanviels, de Villerambert, de
Saint-Andrieu, de Villeneuve-les-Minervois, de Cabrespine,
ainsi que les carrières de marbre de Caunes et de la Cau-
nette (vallée de l’Orbiel). On y constate quelques traces de
gisements carbonifères, découverts depuis peu dans les envi-
rons de Caunes,
— 169 —
$ 3. TERRAINS SECONDAIRES. — 4). Dans l’Aude, les terrains
triasique el jurassique sont peu développés en surface et en
épaisseur. Largement représentés dans les Pyrénées de
l'Ariège, ils disparaissent complètement dans les Pyrénées de
l'Aude, pour ne se montrer que dans les Corbières : au col
de Saint-Louis, à Sougraigne. au Pic de Bugarach (revers
méridional), dans le relief à l’ouest de Duilhac, à Cucugnan.
Au nord de ce dernier village, le trias se développe près du
Mont Tauch, au nord de Padern, à Massac, à Montgaillard et
à Dernacueillette.
À partir de Tuchan, les terrains secondaires se dévelop-
pent vers le Nord formant une bande d'une largeur irrégu-
lière mais qui n’est pas interrompue jusqu'à Narbonne :
Tuchan, Fitou, Treilles, Fontjoncouse, Embres. Saint-Jean-
de-Barrou, Fraissé, Durban, chaîne de Fontfroide, collines
des environs de Narbonne, Montredon, \évian, Ornaisons
et de la région de Boutenac. Ils reparaissent enfin, après
une large interruption, aux environs de Bize. Dans cet étage
géologique, on compte, dans l'Aude, jusqu’à soixante-deux
espèces de la faune jurassique.
B). Le crélacé inférieur, au contraire, est plus largement
représenté. 1° Dans les Pyrénées de l'Aude, dont il constitue
presque entièrement la masse, il apparaît dans une bande
limitée au nord par la forêt de Carbone, les forêts de Sainte -
Colombe et de Coumefroide, et au sud par la vallée du
Rébenty. Cette bande traverse encore la vallée de l'Aude et
comprend Quillan, Saint-Just, Saint-Julia. Saint-Louis, la
forêt des Fanges, Axat et Puilaurens.
2° Dans les Corbières, on retrouve le crétacé inférieur dans
les chaînes de Lesquerde et de Saint-Antoine (limite sud du
département), dans les régions de Padern et de Paziols en
remontant jusqu'au mont Tauch, d'où il prend la direc-
tion N.-E., région de Roquefort-des-Corbières, Montpé-
zat, jusqu'à l’ouest de la Nouvelle et au midi de Portel. Les
massifs de la Clape, les îles de Gruiïissan, de Saint-Martin
170. =
appartiennent encore au crétacé inférieur. C’est dans ce
terrain que les géologues retrouvent une faune riche et
variée qui ne comprend pas moins de {9 espèces.
C). Au crélacé moyen et supérieur appartiennent Îles
régions de Puivert. Saint-Jean-de-Paracol, Nébias, Rouve-
nac, Fa, Espéraza, Campagne. Brenac : sur la rive droite de
l’Aude : Granès, Saint-Ferriol, Rennes, Couiza, jusqu'à
Alet au nord et jusqu’à Soulatge et Rouffiac-des-Corbières à
l'ouest. Ce terrain reparaît dans les environs de Lagrasse,
Ribaute et le versant méridional du mont Alaric, ainsi qu’à
Thézan, Saint-André-de-Roquelongue, Montséret et Biza-
net.
Dans la Montagne-Noire, il occupe une bande irrégulière,
limitée au nord par les terrains primitifs et primaires déjà
- décrits, et suivant au midi les derniers replis de la monta
gne par Trausse, Villeneuve-les-Minervois, Conques et Mon-
tolieu : il est à remarquer cependant que, dans cette partie
du département, l'étage supérieur du crétacé est seul repré-
senté.
$ 4. TERRAINS TERTIAIRES. — À). Au lerrrain nummuli-
tique appartiennent les régions de Sainte-Colombe-sur-
l'Hers, Rivel, la velléc de Festes, Bouriège, Roquetaillade,
les reliefs de la Serpent. Antugnac, Montazels, Couiza, Cas-
saignes, Peyrolles, Luc-sur-Aude. Une étroite bande, pas-
sant par Vendémics, Belcastel-et-Buc, Caunettes-sur-Lau-
quet. relie cette région à la Val de Daigne et à la vallée
inférieure de l’Orbieu (Saint-Laurent, Coustouge, Fontjon-
couse), et aux reliefs de Conilhac, Montbrun, Argens, Tou-
rouzelle et Pouzols. Dans la Montagne-Noire, les dernières
ramifications (Carlipa, Saint-Martin-le-Vieil, Raissac-sur-
Lampy. Moussoulens, Aragon) appartiennent au même ter-
rain nummulitique, qui se développe un peu plus large-
ment à l'est, dans la même région, c'est-à-dire à Montolieu,
— 171 —
Conques, Villegly et Trausse, où il disparait sous le calcaire
à lignites de l'Hérault.
B). Mais la majeure partie du département est occupée par
le grès de Carcassonne. Le Lauraguais. le Chalabrais, le
Razés, le Carcassés appartiennent à cet étage qui va se per-
dre, en des îlots. jusqu’au Minervois inférieur et jusqu'à
Ginestas, à l’ouest; jusqu’à Saint-Martin-des-Puits, Saint-
Pierre-des-Champs, Talairan et Tournissan au sud. Il est à
remarquer qu’à ce dernier étage, d'origine exclusivement
lacustre, appartiennent les gisements fossilifères de Ville-
neuve-la-Comptal et du Mas-Saintes-Puelles, dont les espè-
ces pour la plupart ont été déterminées par Cuvier.
C). Enfin l’Oligocène apparait à Narbonne (le Quatourze),
à Bages, à Portel, Armissan, Peyriac-de-Mer, Sigean, Lapal-
me, — le Miocène, à Argeliers, Moussan, Sainte-Lucie et
quelques autres points des côtes de la Méditerranée. — Le
Pliocène si largement développé dans les Pyrénées-Orienta-
les n'est indiqué dans l'Aude que par accident dans quelques
ilots des environs de Leucate.
$ 5. TERRAINS QUATERNAIRES. — Îl s’agit ici de cette grande
assise de terrain de transport qui forme presque partout la
terre végétale, et qui n’est recouverte, en quelques lieux,
que par les alluvions des eaux actuelles.
Au terrain quaternaire, comme alluvions fluviales ou
fluvio-marines, appartiennent les vallées de nos fleuves ou
rivières, la longue plaine qui commence depuis Castelnau-
dary à Bram, se rétrécit de Pézens à Trèbes, pour se déve-
lopper entre Marseillette et Capendu jusqu’au Narbon-
nais.
Par suite des modifications apportées au cours inférieur
de l’Aude, et en raison du régime spécial des eaux. les
basses plaines de Narbonne, Cuxac, Coursan, Fleury, Gruis-
> _— 1792 —
san, Bages, Sigean, Lapalme et autres terres limitrophes
des étangs salés, appartiennent au qualernaire actuel.
Dans l’intérieur du département, quelques plaines ont été
aussi modifiées par le desséclrement, l’atterrissement de plu-
sieurs étangs. Les unes, comme les plaines d’Espezel, appar-
tiennent au quaternaire des alluvions anciennes ; les autres
appartiennent aux alluvions modernes, ce sont les étangs de
Puivert, d’Azille, de Jouarres, de Laredorte, d’Escales, de
Lézignan, de Cruscades, de Montredon (Narbonne), et sur-
tout l'étang de Marseillette, le plus grand par sa superficie
et le dernier desséché.
IV. — Minéralogie
À la suite du géologue, le minéralogiste veut aller plus
profondément pour rechercher les gisements divers que
recèle la terre. Esquissons donc rapidement le régime miné-
ral de l'Aude. |
Les écrivains de l’époque romaine ne nous ont rien con-
servé sur les mines du pays des Atacins et des Volces. Il
existait bien dans la Narbonnaise des fermiers concession-
naires de mines « conductor ferrariarum » (1), ce qui sup-
pose une exploitation ; maïs c'est tout. Néanmoins les
nombreux vestiges d'anciens travaux miniers ; les scories,
abondantes en certains endroits et de toute sorte, que l'on
trouve aux alentours des anciennes exploitations minières
prouvent bien l’activité que l’on a déployée à diverses épo-
ques. Exécutés à l’aide du feu et avant l'invention de la
poudre, ces travaux doivent être attribués aux Romains,
aux Visigoths et aux Sarrazins, durant leur occupation
successive. |
Au moyen-âge, les travaux dans les mines de l'Aude sont
constatés dans les documents. En rig1, un différend exis-
=
(4) TourNaL, Catal. du musée de Narb., p. 27, n° 157.
— 4173 —
tait entre Roger, vicomte de Béziers, et les seigneurs de
Termes, au’sujet des mines de Palairac et des environs, et
de celles du Termenès (1). En 1252, il est fait mention d’une
mine d’argent à onze cannes du monastère de Fontfroide (2).
En 1259, Bérenger, abbé de Lagrasse, concède à Olivier de
Termes la moitié des mines de Palairac et de Quintillan (3).
L'approfondissement des travaux et l’imperfection des
moyens entrava pour longtemps l'exploitation des mines de
l’Aude ; celle ne fut reprise que vers 1667. De cette épo-
que datent les forges et les martinets qui existent encore,
mais en ruines, ou au repos, dans la Montagne Noire, au
pays de Sault ou dans les Corbières. Ce fut la période d’acti-
vité et de production.
A Mérial, l'archevêque de Narbonne possédait une forge à
fabriquer le fer. un martinet pour affiner le fer et fabriquer
la clouterie; on y manipulait 80 quintaux de fer par semaine
environ, et le martinet travaillait, en moyenne, de trois à
six mois de l’année. A Gesse, encore une forge et un mar-
tinet, appartenant au Chapitre de Saint-Paul-de-Fenouillèdes.
La famille de Poulpri possédait des forges et des martinets
à Montfort, à Sainte-Colombe-du-Roquefortés et à Couno-
zouls ; le marquis d’Axat, à Axat: le marquis d'Hautpoul, à
Roquefort-de-Sauit : M. Varnier, à Quillan; M. Rivals, à
Puilaurens et à Gincla ; le marquis de Puivert, à Sainte-
Colombe. Voilà pour les diocèses d’Alet et de Mirepoix.
Dans le diocèse de Närbonne, il existait des forges à Auriac,
à Cubières, à Maisons, à Montgaillard ; à la forge de Padern,
on manipulait le fer de Cascastel; à la forge de Saint-
Pierre-des-Champs, on traitait les fers de Villerouge et de
Saint-Pierre. Les documents nous apprenent même ce détail:
le fer coûtait 15 livres le quintal pris à la forge ; il revenait
(1) Hist. Lang., VIE, pr. 75.
(2) Arcb. Aude, H 211, f. 23.
(3) Ibid., H 26.
— 174 —
à 16 livres, chez le marchand, lequel le revendait au public
à 18 livres.
Dans le diocèse de Carcassonne, mentionnons les forges
et martinets suivants : la Fargue, commune de Castans ;
la Ferrière, commune de Cuxac-Cabardès ; la forge de
Lacombe, au terroir de la Galaube ; la Fonde, commune de
Fontiers-Cabardès : la Fargue, commune de Saint-Denis : la
Fargue de Montrouch, commune des Martys... et autres que
nous passons (1).
Mais une nouvelle accalmie devait cruellement frapper
l’industrie minière dans l’Aude : nous voulons parler de la
manie du défrichement et du déboisement qui se fit surtout
sentir de 1789 à 1825. La disparition des forêts féodales
supprima le combustible des usines, l’exploitation minière
ne pouvait que succomber. Depuis lors, de nouveaux tra-
vaux ont été repris avec des méthodes nouvelles, si pas
toujours avec succès, avec l’espoir du moins que les
moyens de transport rapide donneront aux minerais un
écoulement plus facile et plus rémunérateur.
Après cet exposé général, nous donnons d’abord l’état
nominatif des mines concédées avec leur étendue ; nous
relèverons ensuite celles qui sont l’objet de recherches en.
attendant la concession, enfin les divers affleurements que
l’on relève dans l’Aude.
$ 1. Concessions. — FER. — Mine de Balança, concédée
le 18 juillet 1831 et comprenant 220 hectares, situés dans les
communes de Cascastel et de Villeneuve.— Mine de fer et man-
ganèse à Castanviels, concédée le 24 juillet 1875 et comprenant
une superficie de 516 hectares, situés dans les communes
de Caunes, Citou ‘et Villeneuve-Minervois. — Mine de la
Caune des Causses, commune de Palairac, comprenant 570
(4) Voir, dans notre Dictionnaire topographique de l'Aude, leë mots
Fargue, Fargues, Ferrière, Ferrières, Forge.
— 475 —
hectares, concédée le 25 novembre 1843. — Mine de La
Caunette, commune de Lastours, comprenant 87 hectares,
concédée le 28 août 1845. — La Falliera, concédée le 21
août 1848, comprenant 71 hectares situés dans les commu-
nes de Villerouge et de Talairan. — La Ferrière, concédée
le 25 septembre 1848, comprenant 119 hectares dans la
commune de Montjoi. — Fourques et lu Bouchère des Clau-
zels, concédée le 15 décembre 1848, comprenant 115 hecta-
res, situés dans les communes de Talairan, Palairac, Ville-
rouge et Quintillan. — Péchairoux, commune de Montjoi,
concédée le 25 septembre 1848, comprenant 66 hectares. —
. Salsigne (fer et pyrites), concédée le 24 décembre 1847, com-
prenant 278 hectares, situés dans les communes de Salsigne
et de Villanière. — Serremijeanne et las Coupes, concédée le
10 janvier 1821, comprenant 170 hectares situés dans les
communes de Villerouge et de Palairac.
MaANGaNèsE. — La Ferronnière, concédée le 16 juillet 1835,
comprend 493 hectares situés dans les communes d’Arques,
de Bouisse et de Valmigère. — La Pou:anque, concédée le
29 juin 1839, comprend 225 hectares dans la commune de
Villardebellé. — Villerambert, concédée le 12 juin 1838,
comprend 122 hectares, commune de Caunes. — Saint-
Andrieu, commune de Villardébelle, concédée le 8 avril
1838, comprend 24 hectares.
Cuivre. — Auriac (cuivre et plomb argentifère), concédée
le 7 décembre 1859, comprend 1173 hectares. commune
d'Auriac. — Puy Merle, commune de Saint-Polycarpe, con-
cédée le 16 juin 1876, comprend 180 hectares.
PLOMB ET ARGENT. — La Caunetle, commune de Lastours,
concession du 10 février 1879, comprend 87 hectares, 15
ares. — Padern et Monlgaillard, concession du 17 juin 1872,
comprend 1428 hectares. — Villeneuve-les-Chanoines, con-
cession du 24 février 1844, comprend 1590 hectares,
æ
— 1796 —
ANTIMOINE. — Mine de la Boutole, concédée le 27 avril
1838, comprend 37 hectares, situés dans les communes de
Maisons et de Palairac.
ARSENIC. — Villanière, concédée le 11 avril 1898, com-
prend 684 hectares, situés dans les communes de Villanière,
les Ilhes et le Mas-Cabardès.
Houizze. - Durban, concédée le 19 avril 1826, comprend
116 hectares dans la commune de Durban. — Ségure, con-
cession du 28 mai 1812, comprend 1643 hectares, situés
dans les communes de Tuchan, de Quintillan et de Palairac.
Lente. — Mine de Mailhac, concédée le 30 avril 1828, et
comprenant 569 hectares. — Pouzols et Sainte-Valière, con-
cédée le 16 juin 1830. comprend 2535 hectares situés dans
les communes de Pouzols, Mailhac, Sainte-Valière, Paraza,
Ventenac et Ginestas.— Bice (lignite, alun, couperose), con- .
cédée le 2 décembre 1814, comprend 1646 hectares.
$ 2. MINES A L'ÉTUDE. — À Limouzis, une instance est
_ faite en concession d’une mine de cuivre, d'or et d’argent.
— À Alet et aux environs, des recherches ont lieu en vue
d’une mine de cuivre, urane et phosphates. — A Arques et
aux environs, pour des phosphates noirs.
$ 3. AFFLEUREMENTS. — Dans la Montagne-Noire, depuis
Fournes, Marmorières, Limouzis, Trassanel, jusqu’à Cabres-
pine, Citou et Castanviels, tout le pays contient des gise-
ments de fer plus ou moins importants. Dans les Corbières
et le pays de Sault, les gites de fer sont encore plus nom-
breux. On signale ce minerai à Vignevieille, à Fourtou, à
Bugarach, à Durban, à Gincla, Axat, Montfort, Puilaurens,
forêt de Mérial, étang de Rébenty, Espezel, Camurac ; à
Bouisse, Lanet, Félines-Termenès, Villerouge-la-Crémade,
Villardebelle, Alet, Comigne….
À Leucate, existent des traces d’exploitation remontant à
— 177 —
cinquante ans ere le fer y est mêlé au manganèse et au
plomb en des proportions insignifiantes. Le gîte y affecte la
forme de filons en chapelet. Une nouvelle tentative d’ex-
ploitation a été opérée (1906-1907) ; mais la pauvreté du gîte
ferreux, les infiltrations des eaux de l'étang voisin ont fait
cesser les travaux.
On trouve quelques filons de manganèse à la métairie de
la Pasquière, c"° de Villardebelle ; à Rennes-les bains ; à
Bouisse, près du hameau de Salagriffe : al Clot dal Bosc,
c"° de Peyrolles ; à Salza ; à Montfort ; au Prunet, c" de La-
net.
Des gisements de cuivre peu importants sont signalés à
Salsigne, lieu dit aux Asprès ; à Villanière, aux domaines
de la Farenque et du Cammazou, et au versant méridional
des ruisseaux de l’Ahélanet et du Grésillou ; à la montagne
de Fendeilles, c"° de Lastours ; au col de la Grave, c"° de
Fournes ; au ruisseau des Cors, c" de Limousis, le mine-
rai de cuivre est mêlé au plomb argentifère : enfin à Labas-
tide-Esparbairenque, on trouve du fer mêlé à des pyrites de
cuivre. .
Dans les Corbières, depuis Tuchan jusqu’à Escouloubre
d'une part. et depuis la Fajolle et Salvezines jusqu’à Alet de
l’autre, on compte plus de quinze gisements de cuivre
argentifère. En dehors des concessions déjà citées, mention-
nons les affleurements de Puychinier, c" de Saint-
Polycarpe ; de Sainte-Marie, les Canals, le Sarrat d’en
Poutz et Pech-Agut, c'"° de Maisons ; à la Guiraude, lieu dit,
c"° de Lanet; al Sarrat d'al Bouich, c"° d’Albières ; al col
d’al Blaou, c"° de Salvezines ; à la Boudine, c"° de Villarde-
belle ; aux Bals, c"° de Vendémies : aux Caussès, c”° d’Alet ;
” à Laffrau- basse, c"° de Terroles..…….
Des filons de plomb et d'argent sont signalés à la Lou-
batière, à Couize, à Peyrecouverte, à Davejean et à Cascas-
tel : à Rennes-les-bains, lieu dit Roquenègre ; à Bugarach,
lieu dit les Capitaines ; à Saint-Ferriol ; à Alet, lieu dit
17
— 178 —
Pech Misier et au col de la gare : au Clat, près de la rivière
d’Aude, et à Escouloubre, lieu dit à la Coneille das Cas-
tels... On signale enfin du mispickel ou arsénio-sulfure
d’arsenic à Villanière (montagne de Carrus) et à Salsigne,
lieu dit à la Font de Santat. |
Comme combustibles minéraux, des affleurements de
lignite sont constatés à Lescale (c"° de Puivert), à Saint-
Benoit, à Tourreilles, à Véraza, à Luc sur-Aude, à Crausse
(c"° de Saint-Hilaire), à Fourtou, à Sougraigne, à Massac,
lieu dit à la Bade (houille): à Saint-Martin-des-Puits, à
Boutenac, à Gasparets, à Donos, à Thézan, à Villerouge-la-
Panouse, à Gaussan, à Saint-Martin-de-Toques, à Tauran,
à Portel, à Gléon, à Taurize, Paziols, la Caunette, Villar-
debelle, Clermont, Saint-Hilaire, Albières, Arques : à Alet
entre Véraza, le ruisseau de la Valette et la rivière de Fajol : à
Castel-Viala (c"° de Tuchan), à Soulatge, à Armissan.…….
En 1841, le service des mines en France était divisé en 5
inspections, formant cinq arrondissements d'ingénieurs en
chef, subdivisés en 38 stations d'ingénieurs ordinaires.
L’Aude et les Pyrénées-Orientales formaient la 31° station
dépendant de la 3° Inspection. En 185r. l'Aude dépendait
de la 3° Inspection (division du Sud-Est) ; le chef-lieu d’ar-
rondissement minier était Alais, il comprenait l'Ardèche,
l’Aude, le. Gard, l'Hérault, la Lozère et les Pyrénées-Orienta-
les. | | | |
Aujourd’hui l’arrondissement minéralogique de Toulouse,
à la tête duquel est placé un ingénieur en chef des mines,
comprend. huit départements. Le sous-arrondissement de
Toulouse-Est, à la tête duquel est placé un ingénieur ordi-
daire, comprend le Tarn, l’Aude et les Pyrénées-Orientales,
ayant chacun un contrôleur des mines pour le service
local. | | |
A cette richesse minérale du sol, il convient d'ajouter en-
core les matériaux de construction (pierre dure, sables et
graviers, chaux, plâtre, argile tuilière), les matériaux d’in-
— 179 —
dustrie (argile à faïence et à poterie, engaube, dalles, ballast),
les matériaux pour l’agriculture (chaux pour amendements,
gypse, talc), les matériaux d’ornements (marbres, stéatites),
que l’on trouve dans l'Aude et qui produisent, année
moyenne, un revenu de 850.000 francs.
Mentionnons les sources d'eau salée à Sougraigne, au-
jourd'hui abandonnées, mais qui en 1839 donnaient 800
mètres cubes d’eau salée par 24 heures et qui produisaient
16 grammes 4025 de chlorure de sodium par litre. Neuf ma-
rais salants sont livrés à l’industrie, pour une superficie de
553 hectares et donnent 5.582 quintaux de sel marin et un
revenu, sur le carreau, de 62.630 francs.
On compte dans le département 38 sources minérales. Les
unes sont restreintes aux seuls habitants du pays; ce sont
les sources d’Alzonne, d’Arzens (terroir de Corneille), de
Bize, de Bouriège, de Cabrespine, de Couffoulens (terroir de
Cornèze), d’Issel, de Ladern (au terroir de Roque-Argen-
tière), de Lagrasse, de Lastours (au Prestil). de Leuc (aux
Jusègues). de Limoux (chemin de Ladigne), de Limousis,
des Martys (au Fau-Grand), de Narbonne (à Tauran), de Pa-
ziols (à la montagne de Villarzel), de Raïssac-sur-Lampy (à
la Boudouïre), de Rivel (Font de fer, Font de Catséou), de
Roquefère (Rahuls), de Saint-Martin-le-Vieil, de Salles- .
d'Aude, de Salsigne, de Ventenac-Cabardès (à Ventaillole),
de Villanière (au Pesquié). D’autres. comme Alet (3 sour-
ces), Campagne (3), Escouloubre, Ginoles, Rennes (2), atti-
rent beaucoup d'étrangers, et leurs eaux sont transportées
au dehors. La statistique moyenne donne le chiffre de 4.500
malades traités dans les établissements, et 580.000 bouteil-
les d’eau expédiées au dehors.
Deux sources minérales ont disparu : l’une à Conques,
près du Pont, par suite d’une inondation de l’Orbiel : l’au-
tre à la Boual, c" de Lavalette. j
— 180 —
V. — Agriculture.
Mais la richesse du pays dépend surtout de la fertilité et
de la culture intelligente du sol. Nous verrons que sous ce
rapport et d'une manière générale l’Aude n’a rien à envier
à ses voisins.
Ïl n'en fut pas toujours ainsi. Durant la période gauloise,
en effet, le pays était couvert de nombreuses forêts : le be-
soin d’une culture étendue ne se faisant pas sentir, les défri-
chements étaient bien restreints, la charrue était abandon-
née pour le soin des troupeaux, et chaque pays produisait
tout au plus ce qui était nécessaire à ses habitants. D'’ail-
leurs, les habitudes guerrières des Gaulois, leurs divisions
en tribus ennemies, ou n’ayant entre elles aucun lien, les
voies de communication et les moyens de transport res-
treints, tout était un obstacle à la production et à la culture
du sol.
Ce ne sera qu'après la conquête romaine que nos aïeux
s’adonneront à l’agriculture ; ce sera aux Romains que notre
pays devra sa civilisation et sa fortune. Ceux-ci en effet,
comme dit Bossuet (1), n'établissaient pas « leur domination
« sur la ruine des peuples vaincus: ils rendaient meilleurs
« ceux qu'ils prenaient ». Malheureusement des gouverneurs
concussionnaires, des spéculateurs, des fermiers des impôts
se jetèrent sur le pays pour en absorber le plus clair de ses
revenus, retardant ainsi le progrès de l’agriculture (2).
L'administration impériale fut plus ferme et plus futélaire.
Aussi, grâce à la fertilité et au climat de notre pays, vit-on
se produire de grandes transformations. Perpendiculaire-
ment à la voie Domitienne, des voies secondaires furent
(A) Hist. univ., III part.
(2) Fontéius, gouverneur de la province (70 av. J.-C.), établit un
droit de quatre deniers par amphore sur les vins transportés de Nar-
bonne à Toulouse.
— 181 —
tracées, facilitant le commerce et les transactions, activant
conséquemment la culture et la production. De plus, sous
César et principalement sous Auguste, tout le midi de la
Gaule se peupla de colonies et de villes latines (1).
De ces centres agricoles, l'activité romaine exerça son
génie colonisateur dans les belles plaines des alentours,
créant partout des villas, centre de vastes et riches domaines
qui furent le berceau de nos villages modernes ; dès lors,
les colons, les indigènes se partagèrent les terres, en alten-
dant que les vétérans des légions romaines, prenant leur
part de butin, apprissent aux Gaulois à devenir agriculteurs.
- C’est sous ce rapport surtout que l'influence romaine se
fit sentir. Chez les Gaulois, l’amour de la guerre paralysait
l'agriculture, qui, d’ailleurs, était réservée au peuple, véri-
table esclave sur qui pesaient le travail et l’impôt, tandis que
les druides et les grands composaient la nation et le gou-
vernement. Le romain, au contraire, aimait la vie des
champs, non seulement comme séjour de repos, mais com-
me source de production et de revenus. Après la victoire,
plus d’un patricien retrouvait la charrue ; et César, après
Sylla et Pompée, ne crut pas pouvoir mieux récompenser
les vétérans de ses légions victorieuses qu’en leur donnant
des terres. Dans notre pays, les vétérans de la dixième lé-
gion vinrent s'établir à Narbonne, « colonia Decumanorum. »
N'était-ce pas le meiïlleur-moyen d’assurer au pays des bras
pour cultiver les terres inoccupées, et à Rome des défen-
seurs capables de résister aux indigènes ?
Les Romains aimaient le vin, ils couvrirent de vignes nos
côteaux ensoleillés. Dès lors, après avoir parlé des vignes
et des crûs de l’Italie, Pline pourra décrire nos vignobles et
juger nos vins ; il nous dira qu’à cause de la violence des
vents on se servait d’échalas pour soutenir la vigne ; il men-
(1) Dans l'Aude, Narbonne appartient à la première catégorie ; Car-
cassonne, à la deuxième.
— 182 —
tionnera la vilis helviana, qui fut le cépage planté dans toute
la Narbonnaise, nunc lola provincia illam inseril, et qu’on
appela à cause de cela vitis Narbonensis (1). Enfin le climat
de l'Aude le permettant, les Romains apportèrent aussi de
la péninsule italique l'olivier, qui tend à disparaître des ré-
gions chaudes de l’Aude, pour faire place à la vigne, désor-
mais bien envahissante.
Quant à la prospérité du pays et aux progrès de l’agricul-
ture, les termes pompeux, avec lesquels Sidoine Apollinaire
décrit la vie des agriculteurs dans les villas de la Narbon-
naise (2), ne laissent aucun doute à cet égard jusqu’au V°
siècle. À cette époque, l’invasion des barbares exerça une
lamentable influence sur l’état de nos campagnes si souvent
dévastées par le fer et le feu. Mais vienne la période carlo-
vingienne, et l’agriculture verra encore des jours prospères.
Sous le bénéfice de la protection royale, en effet, naïîtront et
se développeront rapidement les abbayes de Lagrasse, de
Saint-Hilaire, de Montolieu, de Saint-Polycarpe, de Caunes,
de Villelongue, d’Alet, de Joucou, de Saint-Martin-Lys, pour
ne parler que des plus connues ; d'autre part de nombreux
aprisionnaires s'installeront dans le pays, s’adonnant à la
culture de la terre et fondant en quelque sorte la propriété
rurale. À cette époque il faut attribuer le défrichement des
bois, le desséchement des étangs intérieurs, la création de
roules répondant aux relations nouvelles, ia construction de
nombreuses « cella », l'érection de prieurés autour des gran-
ges monastiques qui multipliaient ainsi les centres agri-
coles. |
Longtemps, l’agriculture demeura confinée dans ces limi-
tes étroites; mais elle assurait déjà la prospérité du pays.
Sous des restrictions plus apparentes que réelles, la période
(1) PLinE, Hist. nat., lib. XIV. — Nous croyons qu'il faut voir là le
fameux cépage appelé Terret. |
(2) Lib. VIII, epist. IV. !
— 483 —
féodale elle-même favorisera l’agriculture, car le seigneur,
occupé à la guerre, ne pourra pas par lui-même cultiver les
fiefs qu'il possède. 1l sera donc amené à les bailler à cens
(reconnaissances, censives), d'en autoriser la mutation (lods,
lauzimes) ; conséquemment, la propriété finira par se mor-
celer, les seigneuries et les fiefs se subdiviseront en petits
domaines ; et, si, dès le treizième siècle, chaque village a
son petit seigneur, par voie de conclusion et aussi d’évolu-
tion, chaque village aura ses tenanciers et ses agriculteurs.
Voilà ce qu'ont fait les siècles et nos devanciers. Grâce à
leurs efforts et à leurs exemples, grâce dux efforts des admi-
nistrations modernes et contemporaines, notre département
occupe une bonne place dans la carte agricole de la France.
Les collines calcaires sont couvertes de taillis de chênes-
verts, chênes noirs, chênes blancs, pins de toute espèce ;
les sapins, les hêtres et quelques essences exotiques cou-
vrent ses hauteurs granitiques ; les vallées de la Montagne-
Noire sont peuplées de châtaigniers, de noyers . de nom-
breuses prairies verdissent le pays de Sault, les vallons de
l’Argentdouble, du Clamoux, de l’Orbiel, du Rieutort, de
l’Alzau et du Fresque]. Les collines inférieures et ensoleil-
lées nourrissent des oliviers, trop rares aujourd’hui, pen-
dant que la lavande, l’aspic, la sauge, le thym, le serpolet,
le romarin embaument l’air de leurs parfums.
Si, par aventure, des collines comme le Saint-Brès, la
Madeleine et autres, sont parfois dénudées, elles offrent pour
l'espèce ovine de bons, quoique maigres, pâturages. Le
Razès, le Lauraguais, nous donnent de bonnes céréales :
blé, avoine, maïs, millet, fourrages : la Montagne-Noire et
les autres pays froids, le seigle, le blé noir; partout, sauf
de rares exceptions, des arbres fruitiers nombreux et variés.
Mais l’œil se promène particulièrement satisfait sur le large
et luxuriant tapis qui, depuis la plaine de Bram jusqu'à
Carcassonne et de là à la mer, depuis les derniers plis du
Cabardés jusqu’à Quillan et Tuchan, sans oublier nos Cor-
— 184 —
bières, empourpre les plaines et les côteaux : car la vigne
est la plus abondante et la plus lucrative production du
département.
La superficie totale de l’Aude est de 631.324 Dore
ainsi répartie :
1° Superfie agricole cultivée....... 395.083 hect.
‘ { non cultivée... 205.866 »
2° Superficie non agricole ........... 30.375
Par superficie non agricole, nous entendons, avec la sla-
tistique décennale de 1892 à laquelle nous empruntons les
détails de cet article, les lais de mer, la superficie des eaux
courantes, Îles glaciers, les routes.
La superficie agricole non cultivée comprend :
Landes et bruyères.................. 101.022 hect.
Montagnes et rochers ............... 100.369 »
Marécage: isa ein 7. 4.412
Tourbières seems udsmstens 63 »
La superficie agricole cultivée se répartit de Îa manière
suivante :
Céréales (blé, seigle, orge, maïs, etc.). 106.661 hect.
Autres graines alimentaires ........ 2.806 »
Tubercules et racines alimentaires... 9.725 »
Terres Prairies artificielles et fourrages an-
labourables : DUÉIS:.. Lei cedusau 35.525
199.210 hect. Cultures industrielles. ............. | 152 »
Jardins d’alimentation.............. 2.442
JACDOFES aussi ess 41.899 »
Vignes. ais din e eias 115.408 »
Prairies naturelles................. 10.512 »
Terres non Herbages permanents .............. 5.710 »
labourables : Bois et foréts...................... 61.377 »
195.873 hect. Cultures arborescentes..... ss 1.646
NOIRE nina audi ae 125 »
! Jardins d’agrément................. 495 »
395.083 hect.
— 185 —
De la superficie totale cultivée, 13.783 hectares appar
tiennent à l'Etat : 3 hectares au département ; 24 628 aux.
communes; 665 hectares aux hôpitaux ; 354.705 aux parti-
culiers ; 1.299 à tous autres propriétaires.
De la superficie totale non cultivée, 8.603 hectares appar-
tiennent à l'Etat: 38 au département : 67.603 aux commu-
nes ; 352 aux hôpitaux ; 128.379 aux particuliers : 891 à tous
autres propriétaires, |
Sous le rapport de la production. la statistique agricole
de l’Aude est très intéressante. Dans le département, la
vigne occupe 18 hectares 2, par 100 hectares du territoire
total ; sous ce rapport, le département de l'Hérault seul a le
pas sur l'Aude, car la vigne y occupe 27,6 par 100 hectares.
. Sous le rapport du rendement, l’Aude produit par hec-
tare une moyenne de 28 hectolitres 48 de vin, quand l’Hé-
rault produit 42 hectolitres 11, et les Bouches-du-Rhône
43 hectolitres 75.
Le froment occupe dans l'Aude le 8 °,, du territoire total,
le 9°/, du territoire agricole, le 26 °/. du territoire labourable.
Comme production, le froment donne 123 hectolitres pour
100 hectares du territoire total ; son rendement moyen est
de 14 hectolitres, 8, par hectare. Sous ce rapport. le dépar-
tement de l'Aude occupe le 59° rang, les Alpes-Maritimes
occupant le dernier avec un rendement de 9 hectolitres, 4,
et la Seine occupant le premier. avec un rendement de 26
hectolitres, 8, par hectare de froment.
L'avoine donne dans l’Aude un rendement moyen de 22
hectolitres, 4. par hectare, le minimum étant attribué à la
® Lozère (10 hectolitres, 3), le maximum au département du
Nord (47 hectolitres. 8).
Pour les prairies artificielles, Aude occupe le 82° rang,avec
un rendement de 705 quintaux, 4, pour 100 hectares de
terres labourables. Il occupe le 78° rang, pour les racines
fourragères avec 52.534 hectares, la Vendée occupant le
premier rang avec 248.892 hectares ; la Seine, le dernier
— 186 —
avec 3.402 hectares. Il occupe le 28° rang, sous le rapport
de la production des pommes de lerre ; le 55°, pour l’horticul-
ture maraichère. Enfin, les cultures industrielles (plantes
textiles, oléagineuses et autres) occupent dans l’Aude 152 hec-
tares, alors que les Pyrénées-Orientales oecupent le dernier
rang avec 14 hectares : et l'Aisne, le premier, avec 67.135
hectares. |
Si nous observons dans l’Aude la division du sol, on
compte 40.205 exploitations au-dessous d’un hectare ;
25.465 exploitations de 1 à 5 hectares ; 8.139 exploitations de
5 à 10 hectares : 5.630 exploitations de 10 à 4o hectares ;
enfin 2.144 exploitations de 4o hectares et au-dessus. La
culture directe y est représentée par 68.226 propriétaires
exploitant leurs terres par eux-mêmes et avec leur famille.
La culture indirecte est représentée par 5.098 métayers et
colons, et par. 1.859 fermages ou locations verbales; 337
moteurs et machines agricoles viennent en aide à la main
des hommes et fournissent une force de 170 chevaux-va-
peur. Enfin la population agricole s’élève au chiffre de
61.652, dont 44.755 propriétaires cultivant leurs terres et
travaillant aussi pour les autres, et 16.897 non propriétai-
res, c'est-à-dire fermiers, ou journaliers.
VI. — Forêts.
Il serait sans doute très intéressant de rechercher la topo-
graphie des forêts de l’Aude à ses différentes époques, car
la majeure partie du département est une conquête sur les
_ forêts ; mais cette recherche est bien difficile, et nous man-
quons d'éléments D’une manière générale, César nous
apprend (1) que les Gaulois élevaient d'ordinaire leurs ha-
bitations au voisinage des bois et des fleuves ; cela prouve
qu'ils aimaient les arbres, mais rien ne détermine positive-
(4) De Bello Gallico, VI, 90.
Li
— 187 —.
ment le nombre de leurs oppida, de leurs stations, et, par
voie de conséquence. l'étendue des forêts à cette époque
reculée.
Les documents du moyen-âge seuls nous donneront des
indications sûres, en nous faisant reconnaître les respecta-
bles survivants d’une époque antérieure. Il faudra tenir
compte, néanmoins, qu'à l’arrivée des Romains le pays fut
livré à la culture, que le défrichement commença de bonne
heure ; d’ailleurs, l'exploitation des mines par le feu, sous
les Romains et leurs successeurs, contribua dans une large
mesure à l'épuisement des forêts.
Relevons ce que les documents nous ont conservé sur des
forêts dans l'Aude. En 830, l’abbaye de Saint-Ililaire possé-
dait des terres hermes « cum selvis, arboribus fructiferis-et
infructiferis » : en 959, il est question aux environs d'Or-
sans d'un bois quæ vocant Solanum ; déjà en 1040, la forêt
de Gébels appartient à l'Archevêque de Narbonne : en rrat,
l'archevêque Arnald réclame, comme lui appartenant, les
garrigues, les bois, les foréts, de la seigneurie de Fontjon-
couse, ainsi que le droit d'y chasser les sangliers, les cerfs el
les ours (1). En 1152 et 1153, l’abbaye de Villelongue possède
le boschus de Serrineia, et le boschus de Capramortua ; en 1165,
la forél de Saint-Benoît (commune de Saint-Martin-le-Vieil)
En 1206, nous connaissons la forêt de Caranlianum, fief de
l'abbaye de Saint-Hilaire ; en 1220, le bois de Saissaguès et
la forêt de Ramondens, l’un des beaux fiefs du monastère de
de Prouille ; en 1247, la forêt de Mala Pera (Montréal).
L'abbaye de Lagrasse possédait des forêts à Fourques, à
Félines et à Palairac (1259), ñnemora lerre nostre ; le Chapitre
de Carcassonne, le bois de Gramentés et la forêt de la Grèze
(1270); dans le territoire de Saint-Denis, boscus de lu Serra
(1307). En 1300, Fitou semble entouré de bois où la chasse
était abondante : in nemoribus el montanis de Filorio (2).
(4) Arch. Aude, G 10.
(2) Arch. Nat., J 1029.
\
— 188 —
Existent encore: en 1310. nemus vocalum de Nujac; en
1317, les forêts de Pignols et de Pechluna ; en 133r, les fo-
rêts de Valhorquière. Mentionnons. en terminant, la forêt
de Valhésie, de Huute-Niboul qui confine au Tarn ; le bois du
. Vicomle de Narbonne près de Fontfroide, les bois de Castans,
nemora seu devesia vocata vulgariler Batut (1341); le bois de
Bagnères, commune de Mireval-Lauraguais. nemus ad co-
mam de Banheris (1371); nemus vocalum planum de Monte
Nero (Montné, commune d’Escouloubre), en 13:17. Enfin
ces formules générales et fréquemment inscrites dans les do-
cuments : loca nemorosa et arbores de quercu el de ausino ..,
devesia cervorum et bicharum et cuniculorum, 1360 (Mah., IV,
430) prouvent surabondamment la grande étendue de bois
et de forêts, même à des époques relativement près de nous.
À cetle respectable liste qui est loin d’être complète. ajou-
tons les défrichements opérés par les communautés reli-
gieuses, les nombreux lieux-dits : garrigue, Issarts, Issaxs,
Eicharts, Ichart, et nous aurons une idée de la partie recou-
verte par les bois dans l’Aude |
Rien d'étonnant que, dès 1340, il soit question de la ré-
formation des eaux et forêts dans notre région. A cette date,
en effet, Guillaume de Fontaines. enquêteur et réformateur
des eaux el forêts dans le Languedoc, vient fixer les limi-
tes de Castans et de Pradelles-Cabardés. En 1355, Hugues
d’Arse, seigneur de Rivarolles et de Dernacueillette, est mai-
tre des eaux et forêts des sénéchaussées de Carcassonne et
de Béziers ; en 1408, le maitre des eaux et forêts de Lan-
guedoc tranche une difficulté dans les environs de Saint-
Pierre-des-Champs; enfin, en 1553, Pierre de Rivière, sei-
gneur de Cayrac. est maître des eaux et forêts du comté de
Lauraguaais. |
Mais l’administration forestière ne prend corps qu’au dix-
seplième et au dix-huitième siècles. En février 1680, en
eflet, Louis XIV rend un édit portant création de seize
grands maitres des eaux et forêls ; un grand maître est
— 189 —
établi à Toulouse. Il avait dans son département les maî-
trises particulières de Castfelnaudary, Villemur. Rhodez,
Saint-Pons, Montpellier et Quillan.
Le registre de la Réformalion de la maîtrise de Quillan
énumère (1736, T. L.): 1° les forêts du Pays de Sault : 2° les
forêts du Roquefortés, montagne de Madrés et du Donne-
zan : 3° Îles forêts des Fanges et celles du pays de Fenouil-
lèdes.
Si nous voulions entrer dans le détail, il faudrait men-
tionner : la forêt du Gravas, l’Aguzou, la forêt du Bousquet
et d’Escouloubre, le Bac d’Insantou, le Tuc de la Sagaille,
la forêt de Villeneuve et Rébiscagné, la forêt de Fontanés, le
Linas, le Bac de la Gouge, la forêt d’Aspre, l'Arex de la
Combe des Noyers, Comefroide, Picaussel. l’Epinette, les
bois de Coudons et Galinagues, Bacapis, Callong, Bac-
Estable, Baquet, Faussibre, Ayguesbonnes et Boucheville,
la Galine, la Bunague, la Plaine, Rieuvernier, Niave, les
forêts de Niort, Roquefeuil, Camurac et Comus ; la Fraîchi-
nouse, Pechpoudroux, l’Agre, Mérial, Gébex ; Ladoux à Ra-
bouillet, Gesse, Campagna, l’Escarrassou, Bacarissi, Sarre-
biau, En Malo, Débat, Trabanet ; enfin, dans le Donnezan :
les forêts de Quérigut, Carcanet, Mijanès, Salvanière, la
Toffe, les Hares, Navinal, et les forêts de Prades et
Montaillou. Dans le Termenès, dépendaient aussi de la
maîtrise de Quillan, les forêts de. Massac, de Carcassès et
de la Roque-de-Fa ; les bois des communautés suivantes:
Vignevieille, Quintillan, Villerouge, Paziols, Tuchan, Palai-
rac, Villar-en-Val, Cubières, Labastide-du-Val de Daigne,
. Saint-Martin du-Puy, les bois de Rieunette, Rustiques,
Lairière, Rouvenac, Brenac, Greffeil. Clermont, Villelon-
gue, Saint-Hilaire, Villebazy, Ladern, Nébias, Leuc, Four-
tou, Pomas.…
À la maîtrise du Lauraguais (1767, Insinual. concern. la
mattr.), appartenaient les bois des communautés suivantes :
Pechbusque, Labastide-d’Anjou, Mayreville, Avignonet,
— 190 —
Saint-Assiscle, Verdun, Villenouvette, la Graulet, Carlipa,
Montauriol, Gibel, Mireval, Souilhe, Laforce, Villasavary,
Plaigne, Fontiers-Cabardès, Saint-Amanset, Saint-Gaudéric,
Orsans, Salles-sur-l'Hers, Issel, les Cammazés, Laurabuc,
Laurac-le-Grand, Peyrens, les Roussés, Villefranche, Renne-
ville, la terre de Belloc, Fendeille, Cumiès, Peyrefite, Barai-
gne ; la forêt de Baziège, la forêt royale de la Selve, la forêt
de Gramentés, propriété du chapitre Saint-Nazaire de Car-
cassonne, le bois du chapitre de Montréal, la forêt de Saint-
Rome, la forêt royale de las Tiradoures, la Greusse, la forêt
de Tauré, la forêt de Crabes-Mortes, le bois des Bénédictins
(de Sorèze), la forêt de la Loubatière, propriété des Char-
treux de Castres, la forêt de l’Eguille, la forêt de Serremège,
les forêts des grands Carmes et des Jacobins de Toulouse...
A la Révolution, les forêts domaniales prirent de l’exten-.
sion par suite de la vente des biens des émigrés ou des
corps religieux.
En l'an XI, l'Aude est compris dans la 14° conservation
forestière, chef-lieu Montpellier : un inspecteur des forêts
est établi à Castelnaudary ; des sous-inspecteurs à Carcas-
sonne, à Limoux et à Narbonne. |
Toutefois, de cette époque jusque vers 1825, la manie
du défrichement fit disparaître plus d’une forêt ; et il a fallu
la ténacité de l'administration forestière et le bon sens des
administrations communales pour conserver, défendre et
améliorer ce qui existait. Bien mieux, depuis cette époque,
la situation s’est grandement améliorée, car, dans l’Aude,
l'Etat et les communes possèdent de belles et nombreuses
forêts. Voici, d’ailleurs, quelques chiffres qui feront mieux .
ME notre pensée.
: Sous le rapport des eaux et forêts, l’Aude forme, depuis
longtemps, avec le Tarn et les Pyrénées-Orientales, une
méme conservalion. En 1841, c'était la 27°. Or, à cette date,
et en dehors des forêts particulières, il existait à peine dans
le département 16.914 hectares 54 ares de bois ou de forêts,
?
— 191 —
appartenant : 14.408 ha, 36 a. à l'Etat; 2,496 ha, 18 a. aux
communes ou autres établissements publics. En 1851, Île
régime forestier a multiplié les résultats : à cette date. l'Etat
possédait dans l’Aude 40.957 ha, 44 a. de forêts donnant un
revenu de 285.770 francs ; les communes ou autres admi-
nistrations publiques possédaient 34.557 hectares 29 ares,
‘ donnant un revenu de o.boo francs. Soit un total de
75 514 hectares, 73 ares, et un rendement de 326.270 francs.
Aujourd’hui, Carcassonne est le chef-lieu de la 25° conser-
vation. Nous donnons ci-dessous les détails des forêts de
l'Aude à l'heure actuelle (1905).
A.) Terrains domaniaux.
Forêts domaniales................. 10.680 ha.
Séries de reboisement......... ….. 8.5% °
Total; 2 ve 49.971 ha.
Elles ont donné à l'Etat (bois de futaie ou taillis, coupes
d'amélioration, produits accessoires, droits de pêche et de
chasse), un revenu de 482 028 francs 80 centimes. |
B.) Foréts communales. |
- Contenance : 18.620 ha. Elles ont donné un revenu toial
de 94.512 francs.
| VIL. — Commerce et Industrie.
Bien qu'il soit difficile d’assigner l’époque à laquelle le
département de l’Aude commença à se livrer au commerce,
tout porte à croire qu'elle remonte à la plus haute anti-
_ quité (1).
Polybe, Diodore de Sicile, Strabon, Pomponius Méla,
(4) On trouvera de nombreux et précieux détails sur ce sujet, non
seulement dans l’Essai sur l'histoire du commerce maritime, de Célestin
Port,mais surtout dans les -Registres de la Chambre de Commerce
(Arch. Nat., F 12). |
— 41499 —
Ausone, parlent avec éloge de la situation avantageuse de
Narbonne, de son port, le plus marchand de la côte, de
son commerce, le plus florissant des Gaules. D'après Sulpice
Sévère, le commerce narbonnaiïs était florissant au Vre siè-
‘cle, et Narbonne était le rendez-vous des vaisseaux mar-
chands du nord de l'Afrique et même de l'Egypte.
En 1146, le comte de Barcelone concède aux marchands
de Narbonne un marché public à Tortose en Catalogne, avec
exemption de tous droits et de tous péages. Aux XIT°et XIIT-
siècles, Narbonne conclut des traités avec les Républiques
de Gênes, de Pise et la ville de Marseille ; elle entretient des
des relations commerciales avec Nice, Savone. Vintimille,
avec la Sicile, Chypre, Rhodes, Constantinople, la Syrie,
l'Asie, l'Egypte, le Maroc, l’Aragon, la Catalogne, l’Angle-
terre et la Flandre.
Vers la fin du XIII: siècle, on trouve sur le marché de
Narbonne toutes les denrées et marchandises du Levant (1);
cela dura jusqu'à la fin du XV° siècle. A cette date, le com
merce de Narbonne est en décadence. D'une part, en Orient,
les marchés sont déserts par suite de la ruine des Latins et
par la chute successive des principautés franques. En
France, la guerre des Albigeoiïs, la création du port d’Ai-
guesmortes, l'extension de Montpellier qui devient la rivale
de Narbonne, l'expulsion des Juifs, les incursions des cor-
saires, le changement du cours de l’Aude, telles sont les
causes générales de la décadence du commerce maritime de
Narbonne.
A l’intérieur des terres, le pays est hérissé de montagnes
plus ou moins arides, certains cantons sont peu fertiles :
tout démontre que l’agriculture avait fait peu de progrès,
l'élevage des bêtes à laine était donc la meilleure ressource
du pays. Des rivières aux eaux limpides et au cours régu-
lier le sillonnent en tout sens, il était naturel de songer à
l'industrie drapière. On se garda d'y manquer. |
(4) Voir Doat, 50. f. 289 ; 52, f. 75 et seq. ; 53, f. 226 à 243.
— 193 —
De bonne heure, l’industrie des draps est connue dans la
région de l’Ande. En 1218, Raymond de Miraval chantait
dans ses vers les manufactures de Carcassonne ; en 1303,
Philippe-le-Bel envoyait un commissaire pour conférer
avec les surintendants des manufactures de draps de Car-
cassonne, de Narbonne et de Limoux En 1317, Philippe le
Long interdisait la sortie des laines et des bêtes à laine de
la sénéchaussée de Carcassonne. En 1331, Frédéric, roi de
Sicile, accordait aux marchands de Narbonne la faculté
d’avoir, à Messine et dans d’autres places de ses états, un
consul et un marché. Ces mêmes marchands avaient un
consul à Constantinople, à Rhodes et à Alexandrie.
Mais c'est surtout au X VIT° siècle que le commerce pren-
dra un vigoureux essor. En 1666 surgissent à Carcassonne
les corps de métiers avec leurs jurandes et les règlements
confirmés ou modifiés suivant les circonstances jusqu’en
1737. Dès lors, la famille de Saptes établit à Conques un ate-
lier qui reçoit bientôt le titre de manufacture royale. A leur
suite et avec le même titre viennent les manufactures de
Carcassonne (Trivalle), de Montolieu, co Cuxac-Cabardès,
de Pennautier et de Bize.
Indépendamment de ces grands ateliers, des manufac-
tures existent à Limoux et dans les villages de Cabrespine,
Castans, Caudebronde, Caunes, Cennes, Chalabre, Fourtou,
Fraissé-Cabardès, Labastide, Lastours, la Tourette, Les
Ilhes, Limousis, Mas-Cabardès, Miraval, Montréal, Pradel-
les, Quillan, Roquecourbe, Roquefère, Sainte-Colombe-sur-
l’Hers, Saint-Denis, Saissac, Sallèles-Cabardès, Trassanel,
Villanière et Villardonnel.
Des établissements de filature sont établis à Limoux, à
Alet, à Brasse, à Camplong, à Couiza, à Quillan, à Puilau-
rens, à Roquefort-de-Sault, à Belfort, à Mérial, à Maquens,
à Brousses, à Fontiers-Cabardès, à Lacombe et à Saissac ;
des effilochages à Carcassonne (8), à Caudebronde, à Sais-
sac et à Villalier ; des fouleries dé draps, 23 sur l’Orbiel de
18
— 194 —
_Lastours à Conques, 9 à Montolieu, à Cennes et à Limoux.
Si nous entrons dans le détail, nous trouvons des afi-
neurs de draps. des apprentis, un bureau de marque, une
chambre de commerce à Carcassonne. Dans cette même
ville, des « drapiers drapants et autres fabricants », tels que
fabricants de bas, gantiers, fabricants d’étoffes pour le Le-
vant, une manufacture de mouchoirs de soie façon d’Espa-
gne, des pareurs, des tisseurs. A Limoux et à Chalabre, on
tisse « à la manière de Hollande des draps seizains et lon-
dres larges » ; à Saissac, on fabrique « des draps destinés au
commerce du Levant ».
À Alet et'à Limoux, on fabrique des « draps, des cadis, des
serges ».À Narbonne, des serges et des cadis.Le département
de Carcassonne est surveillé par un inspecteur des manufac-
tures, à qui les gardes-jurés doivent remettre « tous les
« trois mois un estat de leurs fabriques contenant la qua-
« lité, la quantitéet le poids de chaque espèce d'’étoffes
« qu'ils auront visitées et marquées, et un autre estat cha-
« que mois des procès-verbaux de visite tant des mes-
« tiers que des fabricans et autres artisans, avec les extraits
« des jugements rendus contre les contrevenans ».
Aujourd’hui, des méthodes nouvelles, plus expéditives,
plus économiques que les anciennes, ont été introduites, et
c'est avec peine que quelques ateliers soutiennent la gloire
d'une vieille industrie.
Parallèlement à l'industrie drapière, existaient, notam-
ment à Carcassonne, à Cennes-Monestiès, à Montolieu et à
Saint-Denis, des teintureries jouissant de tout temps d'une
grande réputation, grâce à la qualité des eaux qui rendent
les couleurs plus vives, tout en absorbant les principes non
fixés. Cette industrie est ici connue de bonne heure, puis-
que la Nolitia dignitatum Imperii mentionne un « procura-
tor baphii Narbonensis ». |
Au XVI: siècle, les documents mentionnent encore à
— 195 —
Narbonne des moulins pastelliers et de rédou (1). Mais c’est
surtout le Lauraguais qui s’adonnait à cette industrie des
matières colorantes; de là le nom de pays de cocagne
qu'on lui donnait parce qu'on y préparait le pastel en pâle
ou pastel de cocagne.
La mégisserie et la tannerie étaient établies, la première à
Carcassonne et à Narbonne, la deuxième, à Azille, à Lagrasse
et à Paziols. Ces diverses industries, malgré les nouvelles
conditions sociales, se maintiennent encore dans l’Aude.
Mais l’industrie qui a été la plus répandue est celle du
fer. Les nombreuses mines, anciennes ou encore en acti-
vité, ne pouvaient que multiplier dans le pays les forges,
les laminoirs, les martinets. Il suffit de relever dans les loca-
lités de l’Aude, les mots : fargue, Jfarguelte, ferrière, forge,
marlinet, pour apprécier cette industrie. On parle encore des
forges d’Auriac, de Padern, de Saint-Pierre-des-Champs,
de Lacombe, de Montolieu, d’Axat, de Sainte-Colombe-sur-
Guette, de Counozouls, de Sainte-Colombe-sur-l’Hers, de
Gesse, de Gincla, de Montfort, de Mérial, de Quillan et de
Roquefort- de-Sault.
En revanche, par suite du perfectionnement de l’industrie
meunière, de nombreux moulins à vent et à eau sont ré-
duits au silence ou à l’inaction.
La verrerie a disparu à Gaja-la-Selve, à Molières, à Vigne--
vieille et surtout à Villefort, où la famille Robert de la Salle
sut s’acquérir une grande notoriété. Au contraire, la tuile-
rie. la briqueterie, la poterie grossière, sont encore connues
et pratiquées dans presque toutes’ les régions du départe-
ment. L
Aujourd’hui, sans compter les industries secondaires et
de peu d'importance, l’industrie proprement dite s'exerce
sur la chapellerie à Chalabre et à Espéraza. Quant au com-
_() Compoix de 1576, p. 301.
— 196 —
merce, il porte à peu près exclusivement sur le vin et les
eaux-de-vie, car l'Aude, sous ce rapport, occupe le troisième
rang, après l'Hérault et les Bouches-du-Rhône.
VIII. — Voies de communication.
Avant les Romains, la viabilité en Gaule n’a laissé aucune
trace appréciable. Toutefois on ne saurait nier l'existence
de chemins gaulois, reliant ensemble, en des directions
fixes, les centres des peuples, peut-être même les oppida les
uns aux autres. N’étant pas toutes construites, ces voies de
communication régulières n’ont pu laisser des vestiges po:
. sitifs qui permettent d’en fixer l'origine, le nombre et la di-
rection. Relativement aux moyens de communication des
peuples fixés en Gaule, une seule indication certaine peut
nous diriger, c'est la nécessité constatée et bien reconnue
des cols et des passages des montagnes ; nous citerions vo-
Jontiers dans l'Aude: le col de Saint-Louis, le col de Nau-
rouze, le col de Jonquières et le col de Boucocers (Nar-
bonne), et le col de Lagarde, aux environs de Pouzols.
Mais poussés par leurs intérêts, excilés d’ailleurs par la
gigantesque entreprise d’Annibal à travers l'Espagne, les
Pyrénées et les Alpes, les Romains comprirent la nécessité
d’une route à travers la Gaule. Déjà Polybe, mort 145 ans
avant J.-C., mentionne une voie romaine jalonnée de bornes
milliaires entre Ampurias et le passage du Rhône (1). Mais
une voie plus soignée, que l’on attribue à Domitius Aheno-
barbus, fut construite de 122 à 118 avant J.-C., réparée de
76 à 73 par Fontéius. Ge fut la voie Domitienne. Elle tra-
versait le département, se dirigeant de Béziers à Toulouse
par Narbonne et Carcassonne, avec bifurcation de Narbonne
aux Pyrénées.
(4) IE, xxxix, 8.
— 197 —
La Commission de la topographie des Gaules (1864) a
donné un tableau des voies romaines indiquées par les iti-
_néraires, croyant que les documents qu'elle avait à sa dispo-
sition suffisaient pour fixer définitivement la position de
diverses stations jusqu'alors contestées. Nous donnons ici-
un extrait de ce tableau, simplement comme référence, car
la commission elle-même « appelait de nouvelles lumières »,
et ne voyait dans son résumé qu’un « point de départ pour
_ des études plus complètes ».
LI. — VOoiE PRINCIPALE.
Chiffres |n; sci :
STATIONS. | lune | des documents. | Identification. | qe documents.
Narbo ........ XVI 16 Itinéraire 389. Narbonne. Itin. 552. Civitas.
Usuerva ...... XV 15 id. 552. Lézignan ? Mutatio. (1)
Liviana. ...... XI 11 | Table de Peutinger. | Capendu ? (2?)
Carcaso. ...... XII 12 id. _ Carcassonne. |Itin.552. Civitas. (3)
Cedros...,..... VIII 8 Itinéraire 551. | Villesèque ? Mutatio. (4)
Eburomagus ..| VI 6 "id. Bram. Vicus. (5)
Sostomagus...| X 10 id. astelnaudary ? Mutatio. (6)
Fines......... (deest) & | Table de Peutinger. | Les Pesquiès ? (7)
(4) L'itinéraire porte Hosuerbas au lieu d'Usuerta. T. P., XVI
(2) Plusieurs éditeurs lisent Lunaria.
(3) L'itinéraire 552 donne la voie tout autrement, à savoir : Narbo-
Hosuerbas XV,Tricensimum VIII, Carcaso VIII, ne comptant, ainsi, que
XVI de Usuerva à Carcassonne, tandis que la Table donne XXIII, dis-
tance réelle si la Commission ne se trompe pas sur les attributions.
L'itinéraire n'est évidemment pas exact.
(4) Identifications différentes : Passage de la Rougranne, d'après
Walckenaër ; Montsoulens = Moussoulens, d'après Lapie.
(5) T. P. porte Carcassone Eburomagum XVII, au lieu de AZIIT
(VIII + VI); XVII est probablement une altération de XZ/11.
(6) La Table ne donne pas la station Sostomaqus.
(7, Identifications différentes : Pechbusque, d'après d'Anville. —
Fines est donné par la Table après Eburomagus, mais sans distances.
— 198 —
IT. — EMBRANCHEMENT DE NARBONNE AUX PYRÉNÉES. (1)
rennes TRS | Distance | Désignation | -
6: gnation « |
STATIONS. de réelle. | des documents. Identification.
Narbo ......... | Narbonne.
Ad Vicesimum..| XX. 20 Itinéraire 397. Passage du Rieu.
Combusta. ..... XII. 1% | Itinéraire 397. ! St-Hippolyte ?
VARIANTE.
Narbo ......... | Narbonne.
Salsulis........ XXX. : 30 Itinéraire 389. Salses.
De Narbonne aux Pyrénées, comme de Narbonne à Tou-
Jouse y avait-il d’après les itinéraires une seule voie, y avait-
il deux voies distinctes ? 11 y a longtemps que la question
est posée. L'existence des deux voies étant admise, les docu-
ments nous donnent-ils ces deux voies, ou bien n'en don-
nent-ils qu’une? voilà le véritable problème. Bien micux,
toutes les identifications qu’on a essayées ne sont que pré-
sumées, ne reposent que sur des conjectur?s relatives au
calcul des distances. Peut-être vaudrait-il mieux rechercher,
dans les premiers temps du moyen-äge, les chemins en
état de viabilité qui suivaient le même parcours que les voies
de l'itinéraire romain. Or, il est certain que plusieurs che-
mins, dans ces mêmes directions, ont subsisté jusqu’après
le XV° siècle ; ils portent dans les textes des noms particu-
liers : chemin ferré, chemin de fer, chaussée (ralciata, caussade,
mounède), peyrou, chemin romieu, eslrade, chemin de Saint-
Jacques, Mercadal, et presque partout, en France, on les dé-
signe comme ayant élé d'anciennes voies gauloises ou
romaines. |
Parcourons les divers pays de l’Aude, nous les trouverons
sillonnés par ces sortes de voies.
(1) La Commission croit que la voie de la Table est la mème que
celle de l'itinéraire 397, mais diffère de celle de l'itinéraire 389.
— 199 —
\
Venant de l'Hérault, à Agel, une première voie romaine
entrait dans le Minervois, à la hauteur de Pépieux, passait
par Violet (commune de Trausse), par Rivière (commune de
Caunes), et, après un embranchement sur Cabrespine (via
in parlbus Albigensium), se dirigeait sur Carcassonne. Une
deuxième, venant encore de l'Hérault par la Garde-de-
Rolland, mellait en communication le Bitterrois avec le
Bas-Minervois et le Carcassés. À Homps, elle se joignait avec
l'embranchement de Roubia, se dirigeait par Jouarres, Azille,
Saint-Frichoux, Naucadéry (commune de Laure), vers Car-
cassonne.
Sans compter la voie qui de Béziers passait par Ouveillan,
Argeliers, Mirepeisset ‘et Mailhac, le Narbonnais était des-
servi par cinq voies bien distinctes : la voie de Narbonne à
Béziers, par Cuxac et Pontserme; la voie de Narbonne à
Marcorignan, Sérame, avec embranchement sur la rive gau-
che de l’Aude par Ventenac et Roubia : la voie de Narbonne
à Montredon, par le col de Boucocers : la voie de Narbonne
à Lagrasse, par Aussières, Bizanet, les Palais, avec embran-
chemenis : le premier sur Hauterive et Prat de-Bosc, le deu-
xième sur Fontjoncouse, Durban, Fraissé-des-Corbières ; en-
fin la voie de Narbonne aux Pyrénées.
Sans compter les routes du Minervois, deux routes prin-
cipales, venant du Narbonnais, pénétraient dans le Carcassès,
l'une sur la rive gauche, l’autre sur la rive droite de l’Aude,
par Saint-Couat, Douzens, Fontiès-d’Aude.
De Carcassonne, encore deux voies desservaient la vallée
de l'Aude, l’une par la rive gauche: Villalbe, Preixan, Rouf-
fiac, Cépie, la plaine de Flacian et Limoux ; l’autre par la
rive droite : Cavanac, Verzeille, Saint-Hilaire, Gardie. Ces
deux voies aboutissaient à Alet, Espéraza, Quillan, Belvia-
nes et le pays de Sault, où nous la retrouvons d’un côté à
Belcaire, de l’autre à Roquefort-de-Sault.
À Taïllecbois, près de Limoux, la route de la rive gauche
bifurquait par Lauraguel, Routier, la Courtète, et desser-
—_ 900 —
vait le Razès. A Chalabre, une voie secondaire mettait le
pays de Chercorb en relations avec les plaines du Bas-
Razès. à
Venant de Carcassonne, trois voies se dirigeaient vers le
Lauraguais et le Toulousain. Deux desservaient la vallée du
Fresquel : l’une, rive gauche. par Pezens, Alzonne, Saint-
Martin-la-Lande : l’autre, rive droite, par Sauzens, Villesè-
que-Lande, Bram et Pexiora ; une troisième desservait
Arzens, Montréal, Laforce, Villasavary, Laurabuc, Fendeille, |
Mas-Saintes-Puelles, Saint-Michel-de-Lanès. -
: À son tour, le Cabardès était desservi par deux routes:
l'une par Conques, la Caunette, Vilkmière; l’autre par
Saissac et Sorèze vers Castres.
Plus pauvre en viabilité était le Termenès ; c'est à peine si
l’on retrouve trace d’anciennes voies à Laroque-de-Fa, à
Termes et à Davejean.
Nous négligeons les tronçons de raccord : Bagnoles-Ville-
gly, Villalier ; de Carcassonne à Ladern par Saint-Martin-
de Villaudry ; de Maquens à Pennautier par Salvaza. -
Evidemment nous ne prétendons pas donner à ces diver-
ses voies la même antiquité, la même importance, le même
genre de construction ; mais on voit là un réseau complet
qui montre la multiplicité et la facilité des rapports entre
les divers pays de l’Aude ou circonvoisins. On ne s’éton-
nera point de ce résultat ni de ce programme de colonisa-
tion, si l’on se rappelle les nombreuses villas romaines,
centres d'agriculture ou de vie patricienne, que nous comp-
tons dans l'Aude.
Plus tard, les centres féodaux ou religieux (abbayes, mo-
nastères) amenèrent la création de nouvelles routes. La
stratégie n’ayant rien à faire ici, les chemins bravèrent les
pentes, abrégeant les distances, évitant les cours d’eaux,
recherchant les gués; routes étroites et muletières, car
elles suffisaient bien au motif de leur création. Ces routes,
on les trouve aujourd’hui partout, délaissées, coupées mé-
— 90 —
me à certains endroits, réduites parfois à servir de ruisseau
pour l’écoulement des eaux. Citons au hasard : l’ancien che-
min de Carcassonne à Lagrasse par Garcassonne-Cité, Saint-
Foulc, Palaja ; l’ancien chemin de Leuc à Lagrasse par Sainte-
Marie des Pins ; l'ancien chemin de Cavanac à Lagrasse, dit
aujourd'hui de Saint-Martin : l’ancien chemin de Ladern à
Carcassonne ; le chemin de la Montagne ou des Charbonniers,
descendant de Caudebronde par la Farenque, la Jourdanne,
Requieu, Villemoustaussou, Gougens et Carcassonne; le
chemin du Saly, à Bizanet et à Ginestas ; le chemin du Sergent,
dans le Lauraguais. Ce furent longtemps les chemins battus.
C’est à cette période de la viabilité de l’Aude que se rat-
tache la création des diverses leudes ou péages que l’on
trouve : à Aiguesvives, Albières, Alet, Arzens, Azille, Bize,
Bram, Capendu, Caunes, Carcassonne, Castelnau-d'Aude,
Corbières, la Fajole, Fanjeaux, Gaja-la-Selve, Homps, La-
grasse, Laredorte, Lapalme, Laure, Limoux, Mailhac, Mont-
réal, Mouthoumet, Narbonne, Névian, Palairac, Pexiora,
Peyriac-Minervois, Pouzols, Raissac-d’Aude, Roquefort-des-
Corbières, Saint-Benoît, Saint-Denis, Saint-Julia-de-Bec,
Trausse, Termes, Ventenac, Villanière, Villasavary, Ville-
neuve-la-Comptal, Villegly..
Vinrent enfin les routes créées ou améliorées par les
Etats de Languedoc ou les diocèses : belles et grandes voies
que nos ingénieurs modernes ont conservées, à part quel-
ques rectifications, et qui sont le plus beau lot de notre via-
bilité moderne. Çà et là, sur les accotements, pour marquer
les distances et les carrefours, on voit encore de solides bor-
nes : ou, sur le voussoir central des ponts à arc surbaissé, Les
armoiries du diocèse et de la Province : ce sont des souve-
nirs du XVIIIe siècle.
Mais les barrières intérieures ayant été abaissées, le com-
merce va prendre une nouvelle extension ; à de nouveaux
besoins, il faudra de nouveaux moyens de transport.Depuis un
siècle, en effet, les voies de communication se sont multipliées
au point que chaque village a aujourd’hui sa grand'route,
— 202 —
_ Grâce à ces efforts, le département de l’Aude est aujour-
d'hui couvert d'un immense réseau. Cinq roules nationales
le traversent en tout sens, sur une longueur de 367.029",
exigeant une dépense de 376.000 francs. Le département et
les communes entretiennent des chemins de grande commu-
nicalion pour une longueur de 1.357.852" et une largeur
moyenne de 11°. donhant une superfice de 14.936.000 mètres
carrés ; enfin des chemins d'intérét commun, pour une lon-
gueur de 1.532.370", unc largeur moyenne de 8"95, don-
nent une superficie de 13.715.000 inètres carrés. L’entretien
des chemins de grande communication exige une dépense
de 631.396 francs; l'entretien des chemins d'intérêt com-
mun, 494.852 francs ; soit, pour le département et les com-
munes, une dépense lotale (ressources en argent el en na-
ture), de 1.502.248 francs.
Longueurs | Dépenses.
Routes nationales ....... 367029 316.000!
Chemins de grande communication. ..| 1.357x852 631.396!
Chemins d'intérêt commun......... ..| 1.532:370 494.852!
Total général.............| 3.257k251 | 1.502,248/
Après ces diverses routes, mentionnons les voies ferrées
qui se sont multipliées dans l’espace d'un demi siècle.
Ï. — CHEMINS DE FER (LONGUEUR DANS LE DÉPARTEMENT).
1.
Voie principale (Cette à Bordeaux) ............ 117.320
Voies secondaires : de Castelnaudary à Castres
(limite)......... TT CU 14.690
Voie de Narbonne à Perpignan (limite).......:. 38.445
— de Limoux à Pamiers (limite)............. 30.896
— de Bram à Belvèze....................... _ 15.561
— de Moulin-Neuf à Lavelanet (limite)....... 13.914
— de Moux à Caunes. .............,....,... 27.771
— de Narbonne à Bize...................... 20.960
— de Carcassonne à Quillan................. 54.300
— de Quillan à Rivesaltes ‘limite)........... 20.617
Total........................| GS4k476
— 903 — | | «
a IT. — TRAMWAYS DÉPARTEMENTAUX.
kil,
Lézignan à Olonzae (limite) ................... 14.306
Lézignan à la Nouvelle......................., 54.202
Ripaud à-Tuchan............................. 24.872
Carcassonne à Caunes..,............ ni pic 23.600
Carrefour de Bezons à Lastours ............... 11.524
Narbonne à Thézan........................... 26.745
Ouveillan à Fleury ........................... 30.007
Les Palais à Mouthoumet ..................... 29.750
Castelnaudary à Belpech...................... 40.571
Fabrezan à Saint-Pierre-des-Champs........... 14.552
Prouille à Saint-Denis .............,... ou 35.916
1OIAlS Sen aies 305K705
Après cet exposé géographique et descriptif, il est facile de
comprendre la valeur et l'importance du département de
l’Aude. À vrai dire, il présente, grâce à sa position et à son
climat, comme une carte réduite de la France * ses richesses
nalurelles, ses productions industrielles et commerciales lui
procurent de nombreux avantages, longtemps elles lui don-
nèrent une prospérité digne d’envie : les monuments utiles
qui couvrent et vivifient ceite contrée attestent l'initiative et
la sagesse de ses habitants. Sua si bona norint...! le passé,
même en ces matières, ne pourrait-il pas être un modèle el
une leçon pour l'avenir | |
A. SABARTHES,
Correspondant du Ministère de l'Instruction Publique.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Pour servir à l'étude. des Mispickels du Cabardès {:)
Par R. ESPARSEIL Firs
Considérations sur l’âge des fractures de Mispickel
Variation du gite en profondeur
En 1903, apres avoir étudié sous ses différents aspects le gîte
de mispickel qui a fait l'objet d'importants travaux dans le
Cabardes ; après avoir décrit et discuté les travaux effectués à
cette époque et le projet de ceux que l'on devait effectuer dans
la suite, nous terminions notre étude en mentionnant, pour mé:
moire, une galerie”appelée galerie Arton, qui avait été creusée
dans la continuation du gîte de mispickel, dans le prolonge-
ment de celui de Bordeneuve, mais sur la rive opposée de l'Or-
viel. Le fait de signaler cette galerie dans le prolongement des
travaux de Bordeneuve, impliquerait que le gite se poursuit
vers le Nord, et que les prospecteurs avaient pensé à cette par-
ticularité, puisqu'ils y avaient effectué certains travaux. En
effet, le fameux banquier Arton avait eu l’idée de mettre en
rapport ce gite et avait choisi précisément le niveau de la route
du Mas-Cabardès à Carcassonne pour y faire déboucher une
galerie d'écoulement, par où seraient roulés tous les minerais
exploités dans le haut de la montagne. L'idée était excellente,
mais il fallait compter sur l'abondance du minerai, ce qui
nest précisément pas arrivé. Le filon, d'une épaisseur exploi-
table à l’affleurement, est allé en se rétrécissant, sans toutefois
disparaître, mais à l'avancement actuel, il est si mince qu'il
aurait fallu, pour pousser les travaux, compter sans lui et avoir
pour unique souci l'écoulement des minerais que l'on devait
exploiter plus tard. Pour effectuer un pareil travail, il ne fal-
lait pas songer faire de l'argent avec le mispickel abattu, mais
(1) R. EsrarseiL.— Etude sur les nouvelles exploitations souterraines
de quelques gisements du Cabardès (Bull. de la Soc. d'Et. scient. de
l'Aude, 14° année. Tome XIV, 1903).
— 205 —
au contraire il fallait être décidé à en dépenser, quoi qu'il ar-
rive, sans l'espoir d'une récupération immédiate, ce qui a été
impossible au banquier en question, puisque c'est justement
à ce moment-là qu'a éclaté comme un coup de foudre son fa-
meux krack que tout le monde connait. Cette banqueroute expli-
que l'abandon dé la galerie qui a été murée dans la suite.
Nous avons eu l'occasion d'y entrer à l'époque : le. filon et le
minerai Sy comportent comme les filons N.S. de la région
étudiés en 1903 ; il est dans les micaschistes avec une épaisseur
de 0m75, et forme deux lits de mispickel, dont la teneur
moyenne en arsenic est de 42 °/,, sans argent. Cependant,
l'épaisseur à l'avancement est bien moindre et presque inex-
ploitable. Quoiqu'il en soit, il était intéressant de savoir si le
gite se poursuivait vers le nord d'une façon exploitable, et si,
dans le prolongement de la galerie Arton, il serait possible de
trouver des affleurenments révélant l'existence du mispickel en
profondeur ; on aurait eu alors un amont pendage extraordi-
paire qui aurait pleinement justifié l'exécution de la galerie
d'écoulement au bas de la montagne. En effet, si nous suivons
la direction du filon Arton, vers le nord, nous arrivons au
hameau de Cupserviés : c'est là que se trouve une série de
filons parallèles, qui nous à été signalée et que nous nous
sommes empressé d'aller étudier sur place. Le résultat de
nos investigations minières à Cupserviès et à Labastide que
nous nous proposons de consigner dans ce travail complètera,
sur l’âge des fractures de mispickel du Cabardès et sur leurs
variations en profondeur, le préambule nécessaire dont une
partie a déjà paru (1). Il nous sera peut-être possible de dire un
mot des travaux effectués dans les gîtes de Salsigne et de
Villaniêre depuis notre précédente étude ; dans tous les cas,
l'intérêt qui s’en dégagera ne sera que secondaire, si l'on.
considère que ces travaux étaient déjà prévus et nont fait
que corroborer nos déductions d'alors relativement à l'allure
du filon.
2
(1) R. EsPARSEIL.— Loc. cit.
— 906 —
Gîte de Cupserviès (1). — Pour se rendre de Lastours, point
terminus de la gare des tramways de l'Aude, à Cupserviès, il
faut suivre la route départementale du Mas-Cabardès, pendant
7 kil. environ, jusqu'à l'embranchement de la route de Roque-
fère que l'on suit jusqu'au village pendant 1 kil. C’est à Roque-
fere qu'aboutit le chemin sinueux de Cupserviès, qui s'accroche
sur les flancs des soulèvements constitués par des schistes mé-
_tamorphiques à séricite et à minéraux. Ces derniers passent
insensiblement et très rapidement aux schistes micacés du type
dit de Saint-Léon, jusqu'à Cupserviés, qui est à la limite des
gneiss (cambrien métamorphisé) et des schistes micacés. Nous
pensons qu'il est inutile d'insister davantage sur la géologie de
la région, qui est très simple, comme on le voit du reste, nous
risquerions de nous répéter, car elle a éte indiquée d’une façon
plus complète dans notre première étude dont celle-ci est le
complément (2).
De Roquefère à Cupserviès il y a trois kil. environ, ce qui fe-
rait 11 kil. de route descendante qu'il faudrait parcourir pour
arriver au tramway. | |
Le gîte qui nous occupe se trouve dans le hameau même, il
se compose de plusieurs filons parallèles, dont les plus éloignés
sont à 1502 es uns des autres. Le premier affleuremñent se
trouve à côté du moulin ; sa direction est N-S heure 10. Il se
compose d'une belle pyrite arsénicale, à grains très fins, dont
le quartz prend la place quelquefois. Son épaisseur, à l’affleu:
rement, nest que de Om10, mais nous savons par les résultats
obtenus dans la concession de Salsigne, qu'en profondeur tous
ces filons, si minces à la surface, sont parfaitement exploita-
bles. Nous l'avons suivi sur le. flanc de la montagne pendant
plus de 40®. 11 disparaît sous la route, au niveau de laquelle on
a pris quelques échantillons qui ont donné une moyenne de
25 °/o d'arsenic et 10 gr. d'or.
(U) Nous avons appris, une fois cette étude écrite, que l’on venait
d'entreprendre des travaux de recherches à Cupserviès ; ces derniers
sont encore trop peu avancés pour qu'il soit possible de juger le gtte :
l'avenir nous dira ce qu'il réserve.
(2) R. EsPARSEIL. — Loc. cil.
— 907 —
Il se continue sous des prairies, vers le sud, où on le retrouve,
il plonge presque verticalement à l’ouest, ce qui ferait croire,
si on le compare aux autres, à un effet de torsion provenant,
soit d’une dislocation partielle du filon ou des roches avoisi-
nants, soit d'un mouvement quelconque de ces mêmes roches.
Nous l'avons suivi vers le nord, sur une distance de 50, jus-
qu’à sa disparition dans des prairies.Trois autres fractures rem-
plies par du mispickel lui sont parallèles non loin de là ; la pre-
mière, que pour plus de clarté nous appellerons le deuxième
filon, a la même épaisseur que la précédente,et lui est identique
comme formation. L'érosion, quelquefois, le laisse plaqué à la
roche encaissante qui est le gneiss ; comme le précédent, il dis-
paraît sous des prairies, mais se retrouve sur la route, et de
l’autre côté du ravin. Comme l’autre, il plonge à l’ouest, de 15°.
11 est de même très compacte, à grains très fins et oxydés sur
la surface. Le troisiéme filon se retrouve presqu'au bout de la
cascade, et se continue sur une grande longueur des deux côtés
dn ravin: c'est celui qui nous a paru le moins oxydé; il se
rapproche, comme aspect, de celui de Bordeneuve, de la con-
cession de Villanière, à gros grains ; il pourrait être d'une ex-
ploitation très rémunératrice dès l'attaque. Le quatrième est à
50n sous le village, son épaisseur est de Om80, mais il est très
oxydé à la surface et par là même très friable. Il constituerait,
à lui seul, un filon pouvant parfaitement devenir très exploita-
ble ; on le retrouve daus les schistes micacés en direction, mais
nous n'avons pu vérifier s'il y a eu glissement au contact des
gneiss avec ces derniers. Ces quatre filons sont séparés environ
de 150n les uns des autres, sauf le deuxième et le troisième, qui
ne le sont que de 60"; ils sont tous parallèles.
Après ce petit aperçu général au sujet de ces quatre filons,
jetons maintenant un coup d'œil sur le gîte lui-même et sur
sa formation. Nous nous trouvons en présence de quatre fractu-
res remplies par du mispickel; l'effort de fracture ne semble
pas avoir eu des effets immédiats sur les roches avoisinantes,
si ce n'est quelques dislocations partielles et peu importantes
qui sembleraient des ramifications stériles des filons. Par
contre, il n'en est pas de même pour la région affectée par les
exploitations de Salsigne et de Villanière, surtout pour Villa-
: — 908 —
nière, où l'effort de dislocation a été tel qu'il a eu pour effet
un bouleversement général des schistes lequel a créé des failles
et des dislocations un peu en toussens, et dont certaines ont été
rempliesenmêmetempsquelesfractures initiales ou consécutive
ment ; par exemple le filon E.-W. de Narteau, qui est situé au
contact des schistes et des calschistes (1). A Cupserviès, nous nous
trouvons dans un milieu primitif ; or, l'effort, quoique d'une
certaine intensité, a pu disloquer et séparer les roches excessi-
vement dures de ce terrain d'une façon moins intense que dans
les roches primaires qui sont toujours plus tendres.
(1) Serait-ce à une de ces ramifications résultant d'un effet quelcon-
que de dislocation ou plus simplement à une fracture parallèle qne
l'on doit rapporter le filon de Villardonnel, qui est, en ce moment,
l'objet de travaux très importants. Le peu de renseignements que nous
avons actuellement sur ces travaux ne nous permettent pas de nous
prononcer sur ce point. Nous espérons toutefois qu'il nous sera
donné, dans la suite, l'occasion de l'étudier par nous-même. Dans
tous les cas, d’après ce que nous en savons indirectement jusqu’à
présent, il paraitrait que les travaux entrepris pour la reconnaissance
du gite ont acquis, à ce jour, une certaine importance, puisque
le minerai reconnu par les galeries de recherches est suffisant pour
justifier la création d'une usine de traitement en construction aux
abords de la mine. La direction générale du filon est N.-S, 40 heure 9,
par conséquent parallèle aux fractures déjà décrites. Depuis la rédac-
tion de ce travail, nous avons trouvé, au cours d'une prospection dans
le pays, quelques nouveaux affleurements de mispickel qui, sans nul
doute, font partie du grand système filonien de la région. Ces affleu-
rements ressortent dans des ravins situés au nord des travaux de
Villardonnel ; en seraient-ils le prolongement ? C'est ce qu'une obser-
vation géodésique pourrait faire voir. Dans ce cas, le filon de Villar-
donnel devrait être classé franchement dans la catégorie des filons
parallèles, ce qui n’est pas encore démontré scientifiquement. Il peut
ètre considéré comme ne sortant pas de la catégorie des filons étudiés
déjà relativement à leur irrégularité, car la composition du filon est
excessivement variable, comme du reste celle des filons de Salsigne et
de Villanière. Nous citerons à Villardonnel une boule de mispickel,
d'un poids de plusieurs kilogr., qui titrait, à la tonne de mispickel,
1.800 grammes d'or, alors qu’à la suite de cette accumulation de
richesse le filon reprenait presqu'aussitôt sa constitution normale.
; — 999 —
C'est pour la même raison'que le filon a une épaisseur plus
grande dans les schistes du silurien inférieur que dans le
gneiss. Puisque le même effort se fait sentir sur des roches d’i-
négale résistance, il doit en résulter forcément une inégale
épaisseur. Le passage des gneiss aux schistes micacés est pres-
que insensiblé à Cupserviès:; il faut en chercher la raison dans
le métamorphisme ; un seul filon, le quatrième, peut s'observer
dans la zone de contact: il s’y caractérise par une oxydation
ferrugineuse ; de plus, à cet endroit seulement, il semblerait
qu'il y a eu une sorte d'imprégnation du magma éruptif dans
les deux épontes. Est-ce que la cause de cette imprégnation se-
rait due au métamorphisme ? et serions-nous en présence d'un
gîte d'imprégnation et de contact ? Sur le premier point, ilsera
très difficile de se prononcer. En effet, on sait que dans les
gites d'imprégnation il peut parfaitement arriver que, pour une
cause ou pour une autre, la matière, s'épanchant à droite ou à
gauche, la gangue apparaisse seule dans la fracture; ici, nous
sommes dans un milieu siliceux, donc la gangue doit forcément
être quartzeuse, et par conséquent il faudrait rechercher dans
le prolongement du filon si le remplissage n'est pas limité au
quartz seulement. Cette observation nest pas possible,
à cause de la profondeur du précipice. Toujours est-il que
si dans la zone de contact il y a imprégnation, on ne peut
pas dire que celle-ci est complète, parce qu'indépendamment du
quartz, qui est la gangue rationnelle du gite, on peut observer
une certaine quantité de sesquioxyde de fer arsénié, ce qui nous
faisait dénommer ce point le chapeau de fer de ce filon. Evi-
demment, ces particularités observées dans la zone de contact
des deux roches ne peuvent être imputables qu'au métamor-
phisme pour l'imprégnation et à l'oxydation par les eaux super-
ficielles ou intérieures, chargées d'acides, pour le chapeau de
fer. Serait-ce un gîte de contact ? Nous pensons que telle ne doit
pas être l'opinion de l'observateur qui étudierait ce gite, parce-
que le filon est absolument perpendiculaire au contact, et se
prolonge dans les deux roches. Les trois autres affleurements
sont situés dans les gneiss, on ne peut dire, par conséquent,
s'ils se comportent comme le quatrième filon, étant donné que
le point de contact est situé vraisemblement sous des prairies ;
19
— 210 —
toutefois, il est plus facile de s'assurer de leur allure dans le
prolongement. Ils se poursuivent dans les deux directions
d’une façon très normale : parfois, l'oxydation a complètement
enlevé le mispickel, laissant le quartz seul plaqué à la roche
encaissante, mais on ne peut pas dire qu'il y a, à proprement
parler, imprégnation ou substitution, du fait de rencontrer le
quartz isolé, étant donné que si ce phénomène existait, on le
constaterait dans la roche avoisinante, car cette dernière s'y se-
rait prêtée, soit par sa porosité, soit par son affinité naturelle à
l'oxydation ; or, il n en est pas ainsi. Dire que l'on ne remarque,
le long des parois, aucune altération, serait peut-être aller un
peu loin. On constate, au contraire, une certaine altération, mais
celle-ci est sûrement due à des mouvements mécaniques qui ont
produit la fracture, ou encore au contact de certaines solutions
thermales métallisantes, accentuées par le circuit des eaux
superficielles, Nous ne devons donc pas nous refuser à considé-
rer comme vraie l'explication qui tendrait à prouver que l'ab-
sence du mispickel, par parties, dans ces filons, est purement et
simplement due à une érosion quelconque, à une sorte de dis-
solution de la matière effectuée par l'eau chargée d'alcalis et de
sels empruntés à d’autres roches ou encore par les acides des
agents atmosphériques. Les affleurements des filons sont
imparfaitement oxydés à la surface, de telle façon qu'au moin-
dre coup de marteau le mispickel apparaît sans oxydation,
avec un vif éclat métallique. Dans le quatrième filon,
au contraire, nous avons affaire à un véritable chapeau
ferrugineux et arsénical, dont la seule composition consisterait
en arsenic, fer et métaux précieux. L'examen attentif
de ce chapeau ferrugineux pourrait nous fournir certaines indi-
cations intéressantes sur la constitution du gîte; c'est ce que
nous allons tenter.
On peut dire que presque toutes les concentrations
métallifères ont pour origine. les fumerolles dégagées
en profondeur par les roches éruptives et associées à
de la vapeur d’eau, qui les entraine en dissolution, dès que
cette dernière s’est condensée (1); finalement, ces fumerolles
DELAUNAY. — Science géologique.
#P
— 211 —
se reprécipitent par des réactions diverses qu'il est inutile d’é-
numérer ici. Ceci posé, le chapeau de fer sera le résultat de
l'oxydation des parties superficielles, oxydation produite soit
par l'infiltration des eaux de surface, soit par la lutte
entre les eaux superficielles descendantes et les eaux
minérales ascendantes (1), soit encore par les agents atmosphé-
riques. On conçoit donc que l'étude d’un chapeau de fer d'un
gîte métallifère quelconque est d’une importance exception-
‘nelle pour les conséquences à prévoir dans ce même gîte, c'est
du reste ce que nous démontrions dans un travail précédent
sur le Plomb dans la Montagne Noire, où les chapeaux des
gîtes étaient surtout mis en évidence pour les conclusions qui
en découlaient. Le chapèau de fer qui nous occupe est ici d'une
très grande simplicité et renferme, comme: éléments prédomi-
nants susceptibles de nous intéresser, du sesquioxyde de fer,
de l’arsenic et des métaux précieux. Suivant le même procédé
que dans l'étude à laquelle nous faisions allusion tout à l'heure,
nous dirons qu étant donné le milieu inerte dans lequel nous
nous trouvons, les réactions opérées sont les suivantes : d’abord
l’altération à dù se porter sur le fer, qui s’est dissous en partie,
puis reprécipité en sesquioxyde. L'analyse, comme à Salsigne
et à Villanière, ne mentionne pas le cuivre dans le chapeau, ce
n'est pas une raison pour que l'on ne le trouve pas en profon-
deur,comme cela a eu lieu dans ces deux exploitations.En effet, si
primitivement il y a eu du cuivre,l'altération s'est sûrement por-
tée sur ce métal, qui a dû se dissoudre sans reparaître. comme
le fer, sous une autre forme, de telle sorte que par l’étude-du
chapeau il ne nous est pas possible de signaler le cuivre en pro-
fondeur, malgré qu'il y soit, car il peut y paraître sous forme
de minerai sulfo-arsénié d'abord, et de pyrite ensuite, comme
cela a lieu à Salsigne et à Villanière. Quant à l'or, quoique pou-
vani se trouver en liberté dans le chapeau, il peut apparaître
en plus grande quantité en profondeur, où il sera associé à l’ar-
senic, sous forme d'’arséniure. Pour l'argent, il peut exister
dans le gîte, associé à l'arsenic, sous forme de sulfo-arséniure
d'argent. En somme, les métaux précieux, dans ces sortes de |
(1) DE LAPPARENT. — Eléments de géologie.
— 99 —
gites, se rencontrent le plu$ souvent associés au mispickel qui
est l'élément prédominant. Donc, d'après ce qui précède, le
mispickel restera, malgré son association possible avec d'autres
sulfures, l'élément normal toujours en évidence; c'est du moins
ce que nous pensons, et il serait bien extraordinaire qu'en pro:
fondeur il en fut autrement, étant donné l'examen que nous ve-
nons de faire du chapeau. |
Considérations sur l’âge des venues métallifères
des filons de mispickel de la région. |
Un autre considération sur laquelle il sera bon de nous appe-
santir, c'est celle relative à l'âge des fractures et à l’âge du rem
plissage. Dans notre étude sur le mispickel, en 1903, nous avons
réservé cette question parce que notre travail, n’embrassant
qu'une partie du réseau filonien du Cabardès, nous autions dû
forcément anticiper sur ce que faisons aujourd'hui, et par là
même nous aurions eu un travail incomplet. Pour déterminer
l’âge des fractures et du remplissage, nous devrons embrasser
d’un coup d'œil la formation générale du pays, voir si vers le sud
ou vers le nord ces fractures se prolongent à travers les mou-
vements géologiques régionaux, et examiner les terrains atta-
qués par ces dernières. Il est un fait certain que si nous avons,
comme c'est ici le cas, des fractures traversant plusieurs terrains
d'âges difiérents, l'âge réel de ces fractures sera le même que
celui du terrain le plus jeune parmi les terrains traversés. Ceci
posé, examinons notre Champ de fracture qui est immense, puis-
qu'il sort, à notre avis, des limites de notre département. Nous
avons dans le pays deux sortes de fractures, les unes N. S. et les
autres seulement E. W.; celles-ci, sûrement, seraient le résultat
du double plissement provenant d'une compression venue du
Sud et dont l'effort à butté contre le massif cristallophyllien du
Mas-Cabardès; elles auraient donc la même orientation que la
montagne. C’est des premières que nous avons à nous occuper,
puisque l'important gîte de mispickel que nous étudions est
sensiblement N.S. Il est vrai, quelques filons croiseurs de mis-
pickel E. W. sont exploités, mais ces filons orientés comme la
— 213 —
montagne, à proprement parler N. 50 E. (1), doivent être
considérés comme des ramifications des fractures générales,
comme des sortes de veines minérales découlant du nerf princi-
pal, et ayant été remplies à l’époque de la formation N.S. Il se
peut très bien que lors d’un remplissage des fractures dont
nous cherchons l'âge actuellement, l'ascension du magma mi-
néralisé se soit épanchée dans certaines fraétures déjà fermées,
surtout si ces dernières n'étaient pas minéralisèes. Il se peut
encore que lors de la dislocation qui a eu pour résultat la for-
mation des fractures actuelles, il se soit produit un boulever-
sement géologique qui aboutit aux quelques cassures E. W.
dont le remplissage est de mispickel. Cette dernière hypothèse
est peu probable pour la généralité des filons, et nous pensons
qu'il conviendrait de considérer comme la bonne celle qui
aboutit à regarder les cassures E. W. comme devant être con-
temporaines du plissement général de la Montagne-Noire et
leur remplissage comme un épanchement résultant de celui
des filons N.S.Il en est de même pour les filons de con-
tact, s'ils sont remplis par du mispickel, comme à Narteau.
Donc, la question se trouvera simplifiée : étant donné que les
cassures E. W. sont attribuées à l’époque du plissement général
de la montagne, est-ce que les fractures N.-S. ne sont pas posté-
rieures ? Pour cela, il est nécessaire de jeter un coup d œil sur
la tectonique générale du pays. Evidemment, si nous partons
du point le plus ancien, c'est-à-dire des gneiss de Cupserviès, et
si nous passons en revue les différents terrains traversés, nous
trouveronsles micaschistes quisontau contact des gneiss, ensuite
(1) Ilest bon de faire remarquer que nous nous servirons commu-
nément des expressions filons N.-$., filons E. W., alors qu'à propre-
ment parler les filons N.-S. ont une direction N.-S. heure 10 à heure 11
et les filons E. W. unc direction N.-30° à 80° E., ce qui établit une petite
différence de 20° à 40° seulement ; il y a loin de cette différence à celle
de 90° comme nos expressions communes le feraient croire. Cette re-
marque a une grande importance pour l'orientation des fractures, car
les redressements des plis vers le N. paraîtront alors plus rationnels,
ainsi que l'âge des fractures que l'on devra attribuer au pli le plus
voisin de méme direction.
— 214 —
les schistes siluriens etles calcaires géorgiens à travers lesquels
sont les exploitations de Villanière, de Salsigne et de Villar-
donnel, et toujours en descendant vers le Sud, nous arriverons
au dévonien contre lequel viennent butter les terrains récents
de Salsigne, sous lesquels disparaissent les fractures. Si donc
nous arrêtons là nos investigations, en vertu du principe posé
plus haut, nous dirons que ces fractures sont ou con-
temporaines du dévonien, puisqu'elles traversent ce dernier, ou
postérieures à ce terrain, mais sûrement antérieures aux ter-
rains récents sous lesquels elles disparaissent. Nous sommes donc
conduits à chercher sous ces terrains s'il n'y a pas un autre
étage plus jeune que le dévonien qui serait affecté par ces frac-
tures. De là à poursuivre notre observation au-delà des ter-
rains récents, il n y a qu'un pas. Nous chercherons donc vers
le Sud un point où dans la prolongation des filons N.-S émer-
geront des roches anciennes. Nous arriverons dans les Hautes
Corbières et plus loin au Canigou. Etudiant la tectonique des
Corbières, après des auteurs autorisés comme MM. Bresson
et Doncieux, nous verrons que la région des Corbières,
depuis Arques et Alet, jusqu'à Tuchan, en passant par Mou-
thoumet, est affectée d'un grand nombre de plis synclinaux et
anticlinaux orientés E. W. avec une tendance à se redresser
vers le Nord, comme ceux de la Montagne-Noire. Et c'est ainsi
que le premier de ces auteurs dira « que les plis des terrains
anciens des Corbières, dessinés déjà vers la fin du Carbonifère,
ont épousé vers la fin de l'Eocène la direction des rides hercy-
niennes de la Montagne-Noire, vers laquelle ils tendent tou-
jours à se déverser ». Plus loin (1) on peut lire qu’il a eristé, sur
l'emplacement actuel des Corbières, un dessin primitif lors des
plissements hercyniens, dont les plissements ultérieurs ont
épousé les lignes essentielles. Ces plis sont parsemés également
d'un grand nombre de fractures qui sont, les unes contempo-
raines de leurs formations, et orientées comme la montagne ;
les autres N.-S., dans la direction et le prolongement de celles
de la Montagne-Noire. Certaines de ces fractures sont remplies
par du mispickel, les autres par de l'antimoine. Or, nous savons
(1) Comptes-rendus'du Congrès des Sociétés savantes en 1901.
— 215 —
que l'antimoine et le mispickel ont certaines affinités commu-
nes. En outre, ils font partie du même groupe que Delaunay
appelle arsenic-antimoine-soufre-selenium-tellure et de plus
s'isolent même de ce groupe par certaines aflinités que les au-
tres membres n'ont pas. C'est ainsi qu'on trouve le mispickel et
l'antimoine dans un grand nombre de gisements. Ils offrent des
combinaisons particulières entr'eux et font partie dans ces gi-
sements des mêmes remplissages complexes. Ainsi, le mispic-
kel est un élément normal de certains groupes dans lesquels do-
mine l'étain ; la stibine, qui est un sulfure d'antimoine comme
le mispickel est un sulfure d'arsenic et de fer et alterne le
plus souvent dans des filons complexes et s’isole pour former
avec du quartz et du mispickel des filons tout-à-fait analogues
a ceux d'étain (1), et comme ce dernier en relation intime
avec des roches acides. Enfin, on retrouve également Île
sulfure d'antimoine comme le mispickel associé à l'or dans le
même gisement, où l'or est à rapprocher de l'étain. On voit
donc que si nous trouvons dans les Corbières des fractures
d'antimoine nous pouvons les considérer comme des prolonge-
ments de celles remplies par du mispickel, étant donné que le
mispickel a été aussi signalé dans la même région ainsi que dans
le massif du Canigou, en direction vers le Sud (2). Le gite du
Canigou se trouve N.-S. dans les environs d'Estoher, enclavé
dans les micaschistes et dans le prolongement des filons d'an-
timoine des Corbières ; de plus, le gîte du Canigou est un gîte
excessivement complexe où l’antimoine et l’étain sont alliés au
(1) DELAUNAY. — Loc. cit.
(2) À ce sujet, nous ferons une remarque qui viendra à l'appui de
notre thèse. C'est qu'indépendamment des filons N.-S. d'antimoine et
de mispickel des Corbières, cette région est également parsemée de
fractures remplies par du cuivre gris ; on sait que les cuivres gris
peuvent former dans leur composition deux minerais différents, les
uns à base d’antimoine (la Panabase (Ag. Cu) *Shb?2 S°), les autres
à base d’arsenic(La Tennautite (Cu° Fe‘) AS’ S'), qui ont à peu près les
mêmes formes et Ics mêmes couleurs. Or, il est à remarquer que dans
la plupart des filons Nord-Sud des Corbières, ces deux variétés do-
_minent, et surtout l'arséniure de cuivre, ce qui prouvera d'une façon
évidente la présence de l’arsenic, et vient corroborer notre raison-
nement d'une façon indiscutable au point de vue des relations mu-
tuelles des différents gîtes dont il est parlé dans cette étude.
— 216 —
mispickel avec l'or, l'argent, le plomb et le cuivre ({). La région
du Canigou est affectée comme la région des Corbières de cer-
tains plis synclinaux et anticlinaux d'une direction E. W. Ces
grands plis anticlinaux, dans lesquels se montrent de préféren-
ce les roches anciennes, sont séparés par autant de plis syncli-
naux dans lesquels affleurent des roches plus récentes. L'anti-
clinal du Canigou est la ride la plus importante, et mérite à
plus d’un titre d'être considéré comme l'axe véritable de la
chaîne des Pyrénées. L'intensité du phénomène de plissement
semble avoir acquis le maximum de sa puissance au point mé-
me où il s'atténue très brusquement au-dessus de la plaine rous-
sillonaise. Il résulte de cet abaissement rapide de l'anticlinal
cristallin du Canigou que les terrains primaires forment autour
(1) Plusieurs autres fractures à remplissage de mispickel nousont été
signalées avec une direction parallèle à celles d’Estoher dans les envi-
rons de Balestany. De mème, un ingénieur très distingué étudie en
ce moment un gite situé dans la même direction que celui d’Estoher,
mais au Sud du massif du Canigou. Nos investigations pourront
encore aller plus loin, si nous parlons d'un autre gite de mème
direction, sur le versant Espagnol, dans les environs du Perthus. Le
gite étudié par M. Lemaitre, situé à l'est du Pic de la Souque, dans le
Canigou, au sud d'Estoher, est situé sur une bande N.-S., de 5 kil. de
longueur, sur 2 de largeur. Les filons se trouvent dans les schistes
satinés ; 2 seulement sont dans les gneiss. Leur orientation générale
est E. W., mais quelques-uns sont N.-S. Ces derniers surtout sont in
téressants pour nous parce que ce détail indiquerait que dans cette
région les phénomènes géologiques du Cabardès se sont reproduits.
Mais cela nous entrainerait trop loin si nous voulions nous y appesan-
tir. Toutefois, qu'il nous suffise de savoir que le minerai est trés
riche (27 °/,, 31 °°, 39 ° 0, 38 ‘/, d'arsenic), se grillant très facilement.
Les teneurs en Au, en Ag et en Co sont insignifiantes. Au maximum
4 gr. à la T. Ag. 120 gr. Ceci posé, on voit que les tilons N.-S.
avec remplissage d'arsenic n'ont pas un champ de fracture limité à
la région du Cabardès, mais qu'au contraire on rencontre vers le Sud,
dans la même direction, ou dans une direction parallèle, non seule-
ment les mêmes éléments, mais ces derniers avec les mèmes allures
et les mêmes phénomènes, dans les mêmes terrains que dans la région
qui nous occupe. Sans vouloir tirer toutefois une conclusion qui au
premier abord est faite pour surprendre, il n’en est pas moins vrai
— 217 —
e
de ce massif une véritable ceinture (1). C'est dans ces derniers
que se trouvent les calcaires compactes qui constituent les cé-
lèbres gisements de fer de la région ainsi que les schistes sati-
nés qui sont parsemés des fractures que nous supposons pro-
longer celles des Corbières. Il résulte donc que plus nous nous
dirigeons vers le Sud, plus le mispickel se trouve associé dans
le gîte avec une série de métaux, dont il semblerait l'élément
minéralisateur avec l’antimoine. Dans la Montagne-Noire, il est
l'élément prédominant, et se trouve associé aux métaux pré-
cieux ; dans les Corbières, le mispickel commence à être asso-
cié à l'’antimoine, au cuivre. et souvent même leur cède la place;
enfin, par une communauté de propriétés chimiques, dans le
Roussillon, le mispickel et l'antimoine se trouvent associés à
l'étain qui, lui aussi, pour la même raison, a pu très bien être
entrainé vers la surface avec le plomb et les métaux précieux.
Le cuivre, comme nous l'avons fait observer plus haut, ne se
trouve dans les affleurements que par partie, et à condition que
qu'un observateur attentif est obligé, devant tant d'évidence. de
tenir compte des relations si étroites qu'ont les filons entr'eux,
malgré l'optimisme qui semble se dégager d'un semblable point de
vue. Nous admettrions, à la rigueur, la thèse contraire, mais il n’en est
pas moins vrai que les faits eux-mèmes prouvent d'une façon presque
indiscutable ce que nous essayons de démontrer dans cette étude qui
permet de poser, en la discutant toutefois, l'idée qu'il y a sûrement
parmi toutes ces fractures N.-S. à remplissage arsénical une relation
que les esprits les plus rebelles à cette manière de voir sont obligés
d'admettre en principe et avant toute discussion. Il est fort regretta-
ble que nous n'ayons pas pu étendre notre champ d'investigations
vers le Nord, comme nous l'avons fait vers le Sud, car en somme, |
nous avons pu étudier sur cinq points les mêmes phénomènes qui
se reproduisent dans une même direction. dans des terrains identi-
ques, quoique dans des régions diverses, tout en étant dans le
prolongement les unes des autres. Si nous ne craignions pas
d'allonger malencontreusement cette étude, nous nous étendrions un
peu plus sur les gites d'Estoher et du Perthus, et nous démon-
_trerions encore d'une façon péremptoire l'intime relation de ces der-
niers gites avec ceux du Cabardès, des Corbières et du Sud du
Canigou. |
(1) Ch. DEPÉRET. — Aperçu sommaire sur La yéologie du Canigou,
— 218 —
ceux-ci ne soient pas oxydés et transformés en véritables cha-
peaux de fer. Une explication, ici, nous semble nécessaire
pour répondre à une objection n'ayant qu'un rapport indirect
avec le sujet de ce travail, mais qui se présente tout naturelle-
ment à l'esprit. Dans les Corbières, l'antimoine semble dispa-
raître pour laisser la fracture stérile. De ce que la fracture est
stérile sur certains points, il ne s'ensuit pas que nous devions
nous refuser à la considérer comme la prolongation des
fractures qui nous intéressent. En effet, le point de fusion
de la stibine est très faible, il ne faut pas s'étonner que, par
suite de la chaleur excessive provoquée par le métamor-
phisme, l’antimoine se soit dissous. Il se peut donc que la frac-
ture ayant été au début régulièrement remplie, le métamor-
phisme arrivant ultérieurement et mettant en fusion le magma
déjà solidifié, ce dernier se soit enfoncé dans les profondeurs, où
sûrement on le trouverait en combinant un sondage qui recou-
perait le filon. Nous croyons donc : qu'étant donné trois points
constitués par des roches de même nature, émergeant au milieu
des terrains récents, et dans lesquels on trouve en direction ou
dans une direction parallèle les mêmes fractures remplies par
des éléments de la même famille, il y a beaucoup de chance
pour que ces fractures soient de même origine. On va même
plus loin, et les auteurs ‘les plus autorisés attribuent le même
âge aux fractures de même direction, bien que de remplis-
sages différents, dans une même région. Par extension, nous
pourrions ramener les fractures N.-S du pays, sous le coup
de la même loi. Ce sera l'objet d'un autre travail ; pour le
moment, contentons-nous de déterminer l’âge probable des
fractures de mispickel. |
On à vu que parmi ces trois régions, qui sont pourtant assez
distantes les unes des autres, il a existé un mouvement géologi-
que commun qui a eu les mêmes résultats. En effet, nous venons
de faire remarquer que daus la Montagne Noire comme dans les
Hautes Corbièreset dansles montagnes du Roussillon, il y a eu un
même effort qui a plissé et orienté les soulèvements de la même
facon, 1l ne faut donc pas trouver étrange que ce mouvement
se soit adressé aux fractures E.-W. qui se seraient déterminées à
ce moment pour ces trois régions. Du reste,au sujet de cette loi
— 919 —
des plissements, nous lisons dans un compte-rendu du Congrès
des sociétés savantes en 1901 : Que vers la fin du carbonifère il a
existé, de la Montagne-Noire à la chaîne catalane, une zone faible
de l'écorce qui s’est ridée sous l'influence d'efforts partis du Sud ou
du S.-E. créant des accidents elliptiques (Canigou, massif de Mou-
thoumet, etc.), tendant à se relever vers le Nord et vers le Plateau
central de la France. Plus loin, on lit encore : Une couverture dis-
cordante de formations secondaires et tertiaires s'est déposée ensuite
sur celte zone plissée que les érosions avaient déjà sans doute partiel-
lement et irrégulièrement abrasée et dont les portions centrales étaient
seules émergées. Le dessin d'ensemble étant établi, les plissements
pyrénéens ont achevé l'œuvre commencée sur l'emplacement des rides
et des fractures préexistantes. Après une affirmation aussi auto-
risée, il nous restera à dire que si ces plissements ne sont pas
antérieurs à la fin du carbonifère, les fractures E.-W. observées
sont sûrement contemporaines de cette période, mais alors celles
N.-S. seront postérieures à cette dernière. Or, comme nous
venons de voir que ce qui forme aujourd'hui le détroit de Carcas-
sonne n'a pu être pénétré par la mer secondaire et qu'au contraire
le tertiaire s’y trouve indistinctement avec le secondaire, il y a eu
sûrement arrêt dans l'échelle géologique, ce qui nous amènera
à dire que le secondaire n'ayant pu pénétrer successivement
pour couvrir le primaire d'une façon rationnelle et les fis-
sures en question n'existant pas dans le secondaire, nous
devons considérer l’âge des fractures N.-S. de la région comme
contemporaines de la fin du carbonifère ou du commencement
du permien, alors que celles dont la direction est orientée
comme la montagne seraient du carbonifère supérieur, date des
plissements eñ question. On voit donc que si les premières sont
plus jeunes que les secondes, celles-ci ne sont guère plus
anciennes, l'intervalle qui a séparé leur formation peut être
considéré comme relativement très court. Du reste, étant donné
que l'effort de plissement a une tendance à redresser les plis
vers le Nord, que même certains plis sont orientés de cette façon,
il faudra nous demander si ces derniers sont contemporains
des premiers, car alors, comme il est de règle de rapporter
l'âge des fractures à celui des plis les plus voisins. de même
direction, il faudrait considérer les fractures N.-S. comme étant
— 990 —
du même âge que ces plis : ce qui établirait par là même une
donnée pour la différence d'âge des fractures de direction diffé-
rente. Ce qui revient à dire que les fractures N.-S. tout en étant
un peu plus jeunes que les fractures E.-W., devront être rappor-
tées à l'âge du pli le plus voisin susceptible d’avoir influencé
leur formation. Or, ce redressement de certains plis vers le
Nord ne peut s'expliquer que par la poussée venant du S.-E.
qui,elle-même,adù être influencée par la formation de la chaine
-hercynienne. C'est donc à,.cette dernière qu'il faudra rapporter
l'âge des différentes fractures et nous dirons que les fractures
qui nous occupent ainsi que celles E.-W. devront être rappor-
tées à la période que de Launay appelle la période hercynienne
en attribuant toutefois une certaine ancienneté aux fractures
E.-W. (1). Cette différence s'établira difficilement pour le filon
de Narteau, car ce dernier est un gite au contact des schistes et
des’ calschistes. Sa formation, dans une certaine mesure,
pourrait se rattacher à celle N.-S. dont le remplissage doit
sûrement être considéré comme étant de même date que ce
dernier. Nous avons vu plus haut comment cette fracture se
serait formée. Le filon de Labastide doit être considéré au
contraire comme rentrant dans la catégorie des filons E.-W.
orientés comme la montagne et non comme un gite de contact.
Filon de Labastide. — Labastide se trouve à deux kilomètres
de Roqueîère, sur le passage d'une belle route qui aboutit à
Pradelles. Le filon dont il est question dans cette étude se
(1) DE Lauxay groupe en quatre grandes phases les principales
venues métallifères : 1° l'hase huronienne ; 2° Phase calédonienne ;
3 Phase hercynienne ; 4° Phase alpine. Nous pensons que c'est dans la
phase hereynienne qu'il faut placer les venues métallifères qui
nous occupent dans cette étude. C'est à cette même période que
de Launay attribue les filons d'antimoine du Plateau central. De Lap-
parent comme de Launay serait assez enclin à rapporter l’âge des
fractures à l'âge des plis Ics plus voisins. (Cette manière de voir n'est
pas toujours partagée par certains auteurs et notamment par Kuss et
Fèvre qui prétendent, dans leur Cours d'exploitation des mines,
page 63, que lorsqu'il s'agit de filons métallifères et non de faille de
plissement, c'est s’avancer beaucoup que soutenir cette théorie.
— 99 —
remarque à 150 mètres du village. Sa direction est la même
que celle des autres fractures E.-W. Le terrain encaissant est
le schiste à séricite et à minéraux. Sa tranche se compose d’un
filon de mispickel oxydé et ferrugineux formant le nerf du
filon entouré d'une salbande argileuse et ferrugineuse l'isolant
de ses deux épontes. L'épaisseur de la fracture est de Om 10 à
l'affleurement, mais il a été tâté par quelques coups de mine
sur 5 à 6 mètres de profondeur et à cette distance il a de On 35
à 0,40 d'épaisseur. Le minerai donne à l'analyse 2 gr. 6 d'or et
52 gr. d'argent. Les terres ne contiennent pas d'or, mais 84 gr.
d'argent. [l n'a pas été fait d'analyse d'arsenic parce que le mi-
nerai sulfuré n'ayant pas été mis à jour, il est absolument
impossible d'avoir une donnée exacte sur la teneur arsénicale.
La minéralisation de ce gîte se rapproche de celle de Limousis
étudiée dans un travail précédent. Nous n'avons donc pas à y
revenir. D’autres affleurements se remarquent. encore dans le
prolongement de ce gîte en direction vers l'Ouest. On nous a
même affirmé qu'on le retrouvait de l'autre côté du soulève-
ment de Labastide. Evidemment ce filon doit se rattacher aux
précédents et, quoique le point de croisement ne soit pas
encore bien déterminé, il est certain que l'âge de ce filon doit
avoir une relation avec celui des N.-S. que nous avons étudiés.
L'âge d’un filon se détermine par deux observations, d’abord la
connaissance de l'époque à laquelle la fracture s’est produite,en
second lieu celle de l'époque du remplissage. Nous sommes
arrivés à établir la fin de la période carboniférienne
comme devant être l'époque pendant laquelle se seraient pro-
duites les fractures orientées comme la montagne et l'épo-
que postérieure au carbonifère que nous ne pourrions pas
nous refuser à considérer comme étant le permien pour les
fractures N.-S. Resierait maintenant à connaître l'époque
du remplissage de ces différentes fractures pour déter-
miner exactement leur âge. Ces deux phénomènes sont
bien distincts et s'il est arrivé dans certains filons que le
remplissage ait suivi la formation de la fracture, il est arrivé
dans d'autres que ce dernier l'a suivi de très loin. En général,
on admet que le phénomène a suivi la formation de la fente,
mais s’il y a un filon croiseur et que le point de croisement soit
— 999 —
de la même matière comme remplissage, c'est l'âge du croiseur
qui détermine l'époque de la nouvelle venue (1). Or, à La-
bastide et à Narteau le remplissage est de même nature que-
dans le croîseur N.-S., ce sera donc l'âge de ce dernier qui
devra être considéré comme le vrai. Le point de croisement
n'est pas connu pour le filon de Labastide, on pourrait donc
admettre que ce filon, dont nous ne connaissons en somme que
le chapeau de fer très oxydé au point de vue arsenic, se trans-
forme en profondeur. Cette hypothèse doit sûrement être écar-
tée si on considère la prolongation du filon qui est bien à rem-
plissage d'arséniosulfure de fer. Nous devons donc considérer
Je point de croisement comme étant de même nature, et par
là-même son âge devra être rapporté à celui du filon N.-<S.
L'étude de notre champ de fracture devrait régulièrement
s'étendre aux autres filons de la région. Ce travail serait trop
vaste pour le moment et sortirait du cadre de cette étude. Cela
fera l'objet d'un autre travail ultérieur. Pour le moment, bor-
nant là nos observations de tectonique générale, nous repren-
drons le fil de notre travail pour chercher, maintenant que les
travaux de Salsigne et de Villanière sont suffisamment déve-
loppés en profondeur, quelle est la véritable allure de ce gîte.
Nous avons vu que les affleurements de mispickel se poursui-
vent dans une même direction à travers plusieurs départements.
Vers le Nord il apparaît dans les environs de Mazamet (Tarn),
et dans la direction du Sud on l'a signalé dans les Corbières et
dans le massif du Canigou (Pyr.-Orient.). Un aperçu superficiel,
comme nous l'avons fait à diverses reprises pour Chacun des
affleurements, ne suffit pas et nous pensons que la connaissance
de ce gîte ne sera complète que si les travaux effectués en pro-
fondeur dans les différentes exploitations permettent de se
faire une idée exacte des variations du filon, de son allure, de
la façon dont il se comporte. En un mot, il faut que l'exploitant
comme le théoricien puissent être renseignés sur les moindres
particularités de ce gîte en profondeur. Pour y arriver, ilnya
qu'à suivre les travaux qui ont été faits sur le filon depuis le
jour jusqu'à l'extrême limite des travaux actuels et noter au
(4) DE LAPPARENT. — Eléments de géologie.
_— 993 —
fur et à mesure qu'on les a rencontrés les différents phénomè-
nes qui se sont produits avec leur explication. On comprendra
que forcément ce travail ne dira pas son dernier mot sur le
gite et que les futurs travaux peuvent parfaitement nous réser-
ver de nouvelles surprises scientifiques que nous allons essayer
de prévoir en les expliquant.
Travaux de Salsigne. — Dans l'exploitation de Salsigne les
travaux, depuis 1903, ont porté principalement sur la reconnais-
sance du gîte d'abord, ensuite sur l'exploitation de ce dernier
sans abandonnerlestravaux derecherches. Pour cela lesefforts de
l'exploitant se concentrent en premier lieu sur un point au nord
du puits Bru (1). A cetendroit on a rencontréune ramification du
filon principal qui se perd en direction à tous les étages mais
qui, complètement décomposé aux étages supérieurs, se raffer-
mit en profondeur pour passer de la. terre ferrugineuse,
boueuse, remplie d'éclats de schiste stérile, parfois parsemée de
taches de mispickel presque inaltéré, à la sidérose tachetée de
_sulfure de cuivre, de fer et d'arsenic. Cette terre ferrugineuse
a été exploitée fiévreusement en raison de sa forte teneur en
métaux précieux. ”
Au sud du puits Bru, les travaux d'exploitation ont porté
dans le filon de mispickel non décomposé. D'abord presque pur,
le mispickel, au sud de l'exploitation, se salit de sidérose au
fur et à mesure que l’on descend ; ensuite tes pyrites de cuivre
font leur apparition et bien après les pyrites de fer qui même
quelquefois prennent la place du mispickel dans la fracture ;
tout cela est intimement lié à une gangue quartzeuse qui vrai-
semblablement leur a servi de véhicule. Au nord de l'exploita-
tion les mêmes phénomènes se rencontrent au fur et à mesure
que l'on descend, avec cette différence que la sidérose fait son
apparition au premier niveau. La direction du filon est presque
constante, seulement il semble exister dans les environs du
puits Bru une sorte de rejet vers la gauche de la colonne non
décomposée, alors que la colonne décomposée semblerait pro-
longer le mispickel inaltéré au sud. Ce rejet est manifeste à
(1) Figure 6 de l'Etude sur Le mispickel du Cabardès, en 1903,
— 9% —
tous les étages, à proprement parler on aurait affaire plutôt à
un effet de torsion qu'à un rejet ; cet effet de torsion aurait eu
pour résultat quelques cassures qui auraient affecté plusieurs
directions à ce point là. Un travers banc de 72 m. au fond
du puits pour recouper le filon n’a encore donné aucun résultat
appréciable tandis que la descenderie que l’on effectue au sud
de ce point dans le mispickel inaltéré n'a pas perdu le filon.
La conclusion qui semblerait ressortir de ces travaux est
que l'on aurait bien eu dans le voisinage du puits Bru une sorte
de torsion (1) du filon qui a cassé les roches suivant certaines
directions, affectant au véritable un écart vers la gauche tandis
que les autres seraient décomposés (2). :
(1) Ce qui nous ferait croire à un effet de torsion, ce serait le redres-
sement du filon précisément à cet endroit. On conçoit que si, comme
l'examen du plan nous le fait supposer, il y a eu réellement un mou-
vement de terrain de ce genre, il y a eu forcément éclatement des
roches encaissantes, ce qui a occasionné certaines fissures adjacentes
dans lesquelles Rà solution thermale a dû brusquement s’épancher,
provoquant sûrement une certaine décompression, phénomène à rete-
. nir pour l'intelligence de ce qui suivra relativement à la variation de
ce méme filon en profondeur. |
(2) Il est inutile, pour le but que nous poursuivons, d'indiquer le
détail des travaux effectués. Ces derniers se composent surtout de
galeries de recherches à tous les niveaux, d'agrandissement de puits,
pour faciliter la circulation des bennes actionnées par un moteur à
gaz pauvre qui contribue aussi à l'épuisement de la mine qui est
inondée surtout pendant l'hiver au 4°‘ niveau, en dépilages sans rem-
blayage (on laisse simplement de forts piliers de minerai pour suppor- .
ter la poussée de la voûte et on ne remblaye pas). Cette méthode a
l'inconvénient de laisser sur place une certaine quantité de minerai
utilisable ayant une valeur marchande. Reste à savoir si le prix
de remblayage ne serait pas inférieur à la valeur du minerai resté en
place. Il est probable que non, puisque l’on n'utilise pas ce mode
d'exploitation. Voici comment l’on opère. Après avoir pratiqué les
cheminées nécessaires pour mettre en communication les galeries de
roulage, on enlève le minerai intermédiaire en commençant par le
haut et en laissant les piliers nécessaires, le minerai arraché est jeté
dans la cheminée jusqu’à la galerie de roulage. Cette méthode a un
avantage appréciable sur celle qui consiste ordinairement à attaquer
Je minerai par le bas en ce sens qu’il est plus facile à l’ouvrier de
— 228 —
Travaux de Villanière. — A Villanière on a exploité active-
ment les gîtes qui forment la prolongation de ceux de Salsigne.
Les filons très décomposés à l’affleurement donnent à peu près
les mêmes résultats qu'à Salsigne ; les gîtes qui sont les plus
voisins de Salsigne voient la sidérose apparaître de bonne
heure ainsi que les pyrites de cuivre et de fer. Un affleurement
a été attaqué dans un flanc calcaire en face Ramelle ; ce filon
très décomposé d'abord passe rapidement au mispickel inal-
téré. Une analyse a donné 30 à 40 gram. d'or, 15 à 20 gram.
d'argent, 2 à 8 °/ de cuivre. Il commence presque au niveau
de la vallée avec 1 mètre 50 de puissance pour se terminer
à l'avancement à 30 ou 40 centimètres ; c'est vraisemblablement
un des points les plus bas. Le croiseur de Narteau (1) au contact
des schistes et des calschistes s’est trouvé très vite épuisé on à
essayé de le recouper dans le fond de la vallée, l'affleurement
qui était superbe n'était presque pas décom posé.
Entre deux couches de quartz aurifère à la surface, le mis-
pickel se trouvait très pur et exempt de pyrite de fer et de
quartz ; au fur et à mesure de l'avancement le quartz semble
pénétrer dans la masse arsénicale, et il arrive un moment où
les pyrites de fer faisant leur apparition le minerai forme un
mélange quartzeux de mispickel, de pyrite de fer, sans sidérose
et pyrite de cuivre, et c'est sous cette forme qu'on le rencontre
ensuite (2).
travailler et d’arracher le minerai qu'il a sous les pieds que celui qu'il
a sur la tête qui offre moins de sécurité, le dégagement du chantier
par les manœuvres étant effectué avec une certaine célérité. En 1905
et en 1906 les travaux ont donné 3.000.000 kil. de minerai extrait et
expédié en Angleterre, en Belgique et en Espagne avec une moyenne
de 155 ouvriers. En 1907, la proportion de l'extraction est un peu
supérieure. Depuis la rédaction de ce travail, le travers banc infé-
rieur a été poussé jusqu’à la rencontre du minerai qui s’est remontré
avec une certaine richesse à ce niveau.
(1) Figure 5 de l'Etude sur le mispickel du Cabardès, en 1903.
(2) Les travaux exécutés ont nécessité la création de plusieurs puits
dont l'installation au jour offre assez d'intérêt, les autres modes
d'exploitation sont les mêmes qu'à Salsigne, sauf en ce qui concerne
les abattages. La production de 1905 est arrivée à 2.900.000 kilos de
minerai à 810 d’arsenic à Ramelle : à 1.330.000 kilos au Roc Soufrat, et
à 200.000 kilos dans le nouvel affleurement,.
20
_— 996 —
Variation du gîte de mispickel en profondeur.
Discussion des résultats scientifiques obtenus par les
travaux.
Une des questions les plus intéressantes pour le théori-
cien et les plus importantes pour l'exploitant est celle de la
variation du gite en profondeur. Elle répond à deux besoins :
19 à ce qui intéresse le théoricien au point de vue de la connais-
sance des lois qui régissent la concentration des métaux au sein
de l'écorce terrestre ; 20 à ce qui intéresse l'exploitant au point
de vue pratique, c'est-à-dire à la nécessité de savoir comment
se comporte le gîte en profondeur pour le profit qu'il doit en
retirer par son exploitation.
Nous venons de suivre pas à pas quelques résultats
obtenus par les travaux dont nous venons de parler, il est
. évident que malgré les phénomènes qui nous ont été révélés.
par ces derniers, ces résultats sont trop peu importants si
on les compare à la profondeur initiale de la fracture ; nous
n'aurons donc, malgré tout, qu'une certaine approxima-
tion parce qu'il faut non seulement tenir compte des plusieurs
kilomètres de profondeur mais surtout de ceux que l'érosion a
pu nous enlever. Il est évident que sur le terrain qui nous
occupe, les calcaires ont existé sur une épaisseur considérable,
si on considère la racine même des plis qui nous restent.
M. Bergeron a pu reconstituer l'épaisseur de ces plis et
nous devons compter sur une érosion considérable. Ceci posé,
on comprendra que les variations de ce gîte peuvent être de
deux sortes (1) : les unes résulteront des différentes conditions
chimiques ou physiques auxquelles les eaux métallisantes ont
pu être soumises dans leur circuit souterrain avant leur con-
densation ; les autres, du produit d'altération, résultant de
(1) Nous avons puisé les renseignements d'ordre général qui nous
ont aidé à conclure sur les variations du gite de mispickel dans un
mémoire de de Launay, « Les variations des filons métallifères », paru
dans la Revue des Sciences pures et appliquées du 30 avril 1900, ainsi
que dans «Contribution à l'étude des gîtes métallifères 5, du même
auteur (Annales des Mines 1897).
— 221 —
certaines actions météoriques ou atmosphériques. Les affleure-
ments se présentent de deux façons : d'abord sous la forme de
quartz pleins de cavités attribuées à la disparition des sulfures
defer, du cuivre ou du mispickel qui primitivement les comblait.
L'arsenic en s'échappant est resté imprégné dans le quartz sans
se dissoudre sous la forme d'arséniate de fer, leur donnant une
couleur vert sale, le fer se reprécipitait après s'être dissous el
apparaissait en sesquioxyde sous la forme d'une limonite
boueuse adhérente aux cavités ; le cuivre n’a pas laissé de
traces, son sulfure s’est dissous säns reparaître.
En d'autres endroits l'affleurement n'est pas quartzeux, ce
dernier apparaît sous la forme d'un véritable chapeau de
fer et correspondrait à la colonne ferrugineuse exploitée. La
même réaction s'est opérée, le fer s'est dissous puis reprécipité
sous la forme de sesquioxyde tandis que l'arséniate de fer
restait insoluble et donnait au tout un aspect vert et brun sales.
Le cuivre fait ordinairement défaut dans les affleurements,
quant aux métaux précieux qui ont provoqué l'exploitation de
cette colonne ferrugineuse, ils semblent s'y être concentrés.
L'or, quoique associé en profondeur aux arséniures, se trouve
généralement mis en liberté dans la zone d'oxydation surtout
dans les parties les plus basses de cette oxydation ; il semble
qu'il y a eu, suivant l'expression d'un de nos savants auteurs,
« nourrissement d'or », dont on ne retrouve jamais l'équivalent
dans les filons inaltérés. Ici, quoique cette colonne décomposée
pénètre à une certaine profondeur alors qu'au même niveau le
sulfure inaltéré existe non loin de là, il est certain qu'elle
peut être considérée comme une zone d'oxydation. Cette
altération locale du filon ne peut être attribuée qu'à une
différence de porosité des roches qui ont favorisé plus ou moins
la circulation des agents oxydants. Toute fracture ouverte pour
une cause ou pour une autre a eu une tendance à se remplir
mécaniquement par des fragments de roches, par des éboulis de
toutes sortes ou encore chimiquement par incrustation due à
une circulation d’eau thermale quelconque. Il est évident qu'ici
nous avons eu affaire à ces deux modes de remplissage. Les
eaux oxydantes grâce à la porosité des roches venant soit de la
surface, soit de la profondeur, si le mouvement qui a disloqué
— 998 —
les roches encaissantes à cet endroit a été postérieur à la for-
mation de la fracture initiale, ce qui semblerait l'expression de
la vérité si on considère les rejets vers la droite de la colonne
inaltérée, les eaux oxydantes, dis-je, ont dissous certaines subs-
tances qui ont disparu sans se reprécipiter, de là un vide qui
forcément s'est comblé mécaniquement et qui explique cette
terre rouge boueuse où l'on remarque une quantité d’ébou-
lis de toutes sortes venant vraisemblablement de la dislocation
des épontes. |
Dès que le filon est attaqué, soit à Salsigne, soit à Villanière,
le mispickel apparaît sans oxydation ; dans le croiseur de Nar-
teau et au voisinage de la surface, il est pur; à Salsigne et dans
les autres gîtes de Villanière prolongeant ceux de Salsigne, les
pyrites de fer font leur apparition de bonne heure, ensuite les
pyrites de cuivre, avec des fougères de cuivre natif dans les
schistes et enfin la sidérose même dans les schistes. L'aspect du
minerai est alors celui d'un mispickel à grain très fin, mélangé
intimement à du quartz qui se reconnaît quelquefois très diffi-
cilement, où la sidérose, tachetée de pyrite, de cuivre et de fer,
apparaît intimement liée à ce mélange. »
A l'aspect de ces transformations, il se présente au premier
abord une anomalie qui semblerait contredire à toutes les théo-
ries admises jusqu'à ce jour, c'est la présence de là sidérose
dans un milieu schisteux. En général, le carbonate de fer se
trouve comme gangue dans des calcaires et il est même arrivé
que dans certains filons qui affectent aussi bien les schistes que
les calcaires, la sidérose disparaît dès que l’on entre dans
un milieu inerte comme les schistes. Nous allons essayer
d'expliquer ce phénomène. Evidemment la sidérose peut pro-
venir de plusieurs causes dont la première pourrait être cher-
chée dans la présence des calcaires dans les environs calcaires
qui, nous l'avons vu, ont primitivement recouvert les roches
schisteuses qui nous intéressent. Nous avons dit qu'il est très
difficile d'évaluer l'érosion, si on considère que les calcai:
res n'existent dans le pays que par la racine même de
leurs plissements ; il nous suffira donc d’avoir la certitude que
les calcaires actuels, dont on n'a plus que les vestiges, recou-
vraient primitivement les schistes de Salsigne et de Villanière
TT
RS mn À —" :
— 229 —
et nous ne chercherons pas à évaluer l'importance de l'érosion
actuelle qui doit être considérable, sûrement de plusieurs mil-
liers de mètres. Dans ces conditions on concevra qu'il sera très
difficile de dire ce qu'était primitivement le filon, ainsi que de
constater des phénomènes qui ont dû être déterminés par une
diminution de pression, comme nous le verrons plus loin,ou de
température ou par une allure spéciale du filon-au voisinage de
la superficie Nous ne pourrons donc expliquer la présence
de la sidérose dans les schistes qu'en nous basant sur des rai-
sonnements scientifiques et non sur des faits précis, car les con-
ditions qui ont amené le dépôt des minerais dans les filons sont
très mal connues. On comprendra qu'il ne soit pas possible
d'établir une donnée exacte, car nous ignorons actuellement le
fait le plus important du phénomène, la profondeur et la dis-
tance du magma éruptif et par là même la température et la
pression qui jouent toujours un rôle considérable. Nous allons
voir pourtant que pour la présence de la sidérose dans les
schistes, nous serons obligés de tenir compte de la pression. En
effet, nous ne pouvons l'expliquer que de deux façons, ou par |
l'influence probable du milieu calcaire disparu ou encore pré-
sent, ou par un excès d'acide carbonique. L'excès d'acide
carbonique peut aussi tenir à deux causes, à la carbona-
tion de la chaux des mêmes calcaires ou au dégagement des
roches éruptives. Je m'explique. Gauthier, d'après ses analyses
des roches éruptives, a montré qu'en profondeur et sans carbo-
nation superficielle de la chaux, les calcaires contenaient un
résidu de carbone ; le métamorphisme ou la refusion profonde
d’une roche ne peut manquer de produire des carbures qui se
combinent avec l'hydrogène et de là résulte l'acide carbonique,
dès que l'air peut intervenir. Considérons maintenant la colonne
d’eau métallisante chargée d'acide carbonique empruntée aux
aux roches éruptives dans son ascension à travers les schistes
d'abord et les calcaires ensuite, c'est maintenant que la pres-
sion va intervenir après la température comme nous venons de
le voir. La pression au voisinage du contact des schistes et des
calcaires sera égale au poids de la colonne d'eau depuis la sur-
face jusqu'au point observé, mouvement ascensionnel déduit,
Si nous acceptons la possibilité d'une croûte terrestre énorme
enlevée par l'érosion, comme c'est indéniable, on comprendra
que cette pression sera considérable. Grâce encore à l’inter-
vention de certains gaz résultant des fumerolles des roches
éruptives qui ne peuvent s'échapper assez rapidement dans
la colonne à cause de la pression, cette pression sera assez
forte pour amener à l'état liquide l'acide carbonique prove-
nant soit des roches éruptives, soit de l'altération des calcaires
au passage de la colonne métallisante. De là la formation de la
sidérose et des quartz métalliques grâce aux carbonates alcalins.
Même sans liquéfier l'acide carbonique, cetté pression a sûre-
ment dù être assez forte pour le maintenir en excès dans l’eau
et dissoudre un certain nombre de sels qui seront reprécipités
par suite d'une décompression. Cette dernière peut résulter soit
du voisinage de la surface et, dans le cas qui nous occupe, d'un
accroissement momentané de la largeur de la fracture (1). L’est
ce qui est arrivé dans le voisinage du puits Bru, les dislocations
observées ainsi que l’échappement du magma dans divers sens
en témoignent. La même charge étant répartie brusquement
sur une section plus grande, oy une fuite se produisant aussi
brusquement, comme dans ce cas là, la décompression existe
réellement et le phénomène en question ne tarde pas à se pro-
duire. On voit par là que sans nous baser sur des faits précis
parce que les éléments nous sont mal connus, nous arrivons
tout de même avec un certain raisonnement à attribuer à telle
ou telle cause la formation de la sidérose. Nous avons même
envisagé l'éventualité où le magma minéralisé serait passé au
travers des calcaires, et nous l'avons fait avec juste raison, car
nous avons dit plusieurs fois au cours de cette étude que les
calcaires existaient encore par leurs racines au niveau des
schistes et des exploitations actuelles. Si on ne veut pas admettre
un mouvement du magma de hauten bas, il est certain qu'avant
sa condensation ce dernier a circulé tout au moins dans
le sens horizontal et de bas en haut; et si on admet la circu-
lation dans le sens horizontal, à priori on admettra que les eaux
métallisantes, avant de passer par les schistes, aient très bien pu
passer par la racine des plis calcaires d'où elles ont charrié l'acide .
(1) Voir note f, page 224. |
— 231 —
carbonique qui, ajouté à celui provenant des roches éruptives,
a formé la sidérose ou le sulfure de fer s'il n'y a pas abondance
de soufre.
En somme, plus les travaux des deux exploitations avancent
en profondeur et plus on a la certitude que le minerai n'offre
qu'une complexité fort relative que nous laisserons aux mis-
pickel des Corbières et du Canigou." A part l'anomalie de la
sidérose dans les schistes, rien de ce qui n'est prévu scientifi-
quement ne s’est produit. Le cuivre a disparu aux affleurements |
et ne se reprécipite pas, en profondeur on le retrouve sous la
forme de sulfure et de cuivre natif. Le cuivre natif se produit
dans les remises en mouvement quand les sels cuivreux ren-
contrent des matières réductrices. On le rencontre ordinaire-
ment dans les fissures des roches encaissantes ; c'est, du reste,
dans les schistes du mur qu'on en a remarqué à Salsigne. Il
peut aussi être produit par une sorte de cémentation sous l’ac-
tion de qnelques grains de fer oxydés ou encore par un phéno-
mêne de métamorphisme sur les minerais préexistants et c'est
encore ce qu'il y aurait de plus plausible dans le cas qui nous
occupe. Il se peut que plus bas nous trouvions encore des
cuivres gris si l'antimoine faisait son apparition, mais c'est peu
probable. L'or reste toujours associé aux pyrites en profondeur,
c'est ce qui est arrivé jusqu'à présent. Je ne parlerai pas du
cas de Narteau où les quartz sont presque séparés par moments
du nerf du filon et où l'or semble avoir été déplacé et concentré
par les eaux métallisantes de manière à venir les nourrir spé-
cialement. Ce cas, toutefois, n'est guère qu'un Cas particulier
de surface, car nous avons vu que cette séparation spéciale du
quartz d'avec le mispickel ne s'est pas prolongée et qu'au
contraire le gite de Narteau est vite tombé dans la catégorie des
autres gîtes de la région {avec la sidérose en moins, ce qui
tient sans doute à son peu de complexité et par là-même à
l'abondance du soufre), c'est-à-dire que le quartz ne fait quun
avec le mispickel où l'or se trouve dissimulé, quelquefois même
introuvable sur certains points et difficilement mis en évidence
par des combinaisons qui ne sont pas faciles à traiter métallur-
giquement. En somme, l'or est un des métaux sur lesquels
l'altération superficielle a eu des effets les plus marqués, nous
— 232 —
l'avons vu dans la terre rouge décomposée; l'or habituellement
associé au quartz se présente ici disséminé dans le mispickel,
la pyrite de fer et la chalcopyrite à la surface. Ces sulfures ont
subi des modifications que nous avons fait ressortir : ces diffé.
rents métaux se sont déplacés et l'or qu'ils contenaient, en
l'absence des quartz, s’est concentré . dans la zone d'oxydation.
Cette concentration spéciale de l'or dans la partie décomposée
ainsi que sa dissémination plus parfaite dans la plus grande
“partie du filon jusqu'a devenir indéterminable sur certains
points, sont des faits très généraux que l'on rencontre, d'après
M. de Launay, très souvent dans la pratique.
Pour conclure, reprenant ce que nous disions au début de ce
chapitre, nous dirons, qu'en effet. les variations de ce gîte,
dans la mesure où les travaux effectués nous ont permis de
l’étudier, ont résulté de deux causes. Nous venons de voir que
le magma éruptif, ou mieux les eaux thermales, ont été soumi-
ses dans leurs circuits souterrains à diverses modifications, que
nous nous sommes efforcés de mettre en relief. Nous avons
essayé également d'établir une relation entre les filons du
Cabardès et ceux des Corbiéres et du Canigou par un essai de
tectonique générale. Ces différentes études nous ont permis de
considérer ces gîtes sous un certain jour, ce qui peut avoir de
l'utilité pour les exploitants ainsi que pour les théoriciens. Ces
derniers peuvent avoir une certaine satisfaction à connaître
l'allure de ce gîte qui, en réalité, offre des particularités
%
curieuses à certains points de vue. D'abord {la continuité
indéniable de ces filons à travers une étendue de terrain très con-
sidérable et leur relation avec certains plissements généraux
comme les hercyniens ; ensuite les modifications dans la constitu-
tion même du nerf principal et ses ramifications qui s'étendent à
droite et à gauche d’une certaine façon grâce à un mouvement des
roches encaissantes qni, en cédant ou en se fissurant, ont permis à
la matiére métallisante de se condenser d’une manière spéciale, par
suite d'une brusque décompression, puis leaésultat de cette conden-
sation et la distribution des matières utiles irréqulièrement, ensuite
un phénomène chimique qui, au premier abord, n'aurait aucune
relation avec tout ce que l’on-a observé jusqu'à aujourd’hui, et
\J
enfin l’irrégularité même du filon relativement à son épaisseur
— 933 —
comme à sa constitution. Tout cela a été mis au net dans ce mo-
deste travail et par les matériaux que nous y avons réunis,
grâce aussi au COnCOUTS d'auteurs célèbres dans la littérature
scientifique nous espérons être arrivé à faire considérer avec
juste raison le gîte de mispickel du Cabardès comme faisant
partie du prolongement vers le Nord d'un certain nombre de frac-
tures sensiblement N.-S. qui se seraient déterminées au commence.
ment du Permien ou à la fin du Carbonifère, grâce à l'influence
- des grandes rides hercyniennes. Ces fractures de mispickel se
seraient remplies par suite de la circulation d’un magma éruptif à
gangue quartzeuse dont la composition devient de plus en plus
complexe au fur et à mesurs que l'on s’avance vers le Sud. Certaines
irrégularités, reconnues partiellement dans leur constitution et
leur composition, seraient dues à de simples remises en mouvement.
R. ESPARSEIL fils.
Le PONT NATUREL de SAINT-JEAN
A AIJGUESVIVES (Aude)
Par M. le Dr Ch. BOURREL
Laissons à notre droite le village d'Aiguesvives surmonté de
ses deux tours carrées, à notre gauche le groupe scolaire nou-
vellement bâti, et engageons-nous vers le Nord, sur la route de
Laure. Le chemin est plat, uni, horizontal, bordé par des saules
séculaires creusés presque jusqu'à l'écorce. Jetons un regard
sur Île fossé profond dans lequel coule très lentement une eau
claire, fournie par le ruisseau des prés {lé rèc das prats) ; quel-
ques traits rapides indiquent le passage d'Epinochettes peureu-
ses; des Tritons tachetés ou d’un gris jaunâtre se trainent lente-
ment sur la vase du fond ou bien, par ondulations brusques,
passent d’un bord à l’autre; de nombreuses Limnéesrampent sur
les plantes ou même, au grand étonnement du spectateur, se
promènent tranquillement, flottant la coquille en dessous, le
pied étalé à la surface de l’eau presque au contact de l'air; çà et
là un gros Hydrophile paresseux va pâturer sur les herbes aqua-
tiques et des Gyrins se livrent à une ronde effrénée.
Encore quelques pas; dépassons le pont, artificiel celui-ci,
qui franchit le lit presque toujours à sec du ruisseau de Saint-
Jean et, laissant à notre droite la route de Laure, dirigeons-
nous sur le château de Bonhomme par Îè chemin carrossable
qui s'allonge devant nous. A notre gauche, la colline de la
Leude, au pied de laquelle se voient encore les très anciennes
marques du chemin de Rieux à Carcassonne, nous rappelle les
péages d'autrefois, remplacés très avantégeusement dans les
temps actuels par les octrois ou douanes (1). Nous arrivons à la
ee ee
(1) Le voisinage de ce tènement de la Leude et d'un autre tènement
dit de Bonpas me remet en mémoire un nom semblable signalé dans le
Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 2°” semestre
1906 :
« Jean Murtafe, poissonnier de Narbonne, quand il atterrissait près
« de l'embouchure de l'Agly..... ; quand il arrivait dans les territoi-
« res de Fitou et de Leucate, aux lieux dits de Bonpas et de Podium,
« il payaït la dime..... » Appeler Bonpas un endroit où il faut vider
l'escarcelle !
— 93# —
Croix de Saint-Jean, but de processions à l'époque des Roga-
tions. Le sol, tout autour, est presque uniquement constitué
par des vestiges de civilisations disparues : débris de grandes
jarres, pointes et anses ; tuiles et briques à rebords ; dalles de
toutes grandeurs; fragments de vases en poterie rouge, quel-
quefois d’un grain très fin, dont certains sont délicatement or-
nés ; peu ont échappé à la destruction : on a pu cependant conser-
ver certain vase en poterie brune, sans ornement aucun, et non
pourvu d’anses, qui, à dire d'expert, paraît dater du XVesiècle.
À part cet objet, rien n'est intact ; la défonceuse a violé d’an-
ciens tombeaux à dalles et ramené à la surface des ossements
_ humains en quantité, qu'elle a éparpillés aux talus des sillons ;
peu à peu la végétation, la pluie, les agents atmosphériques
émietteront ces restes et les rendront à la terre en débris im-
palpables.
Un important prieuré eut son siège en cet endroit même .
mais depuis longtemps les murs en sont écroulés et son souvenir
ne persiste que dans les vieux documents ; M. l'Abbé Uthéza,
curé d Aiguesvives, en a exhumé l'histoire dans un travail fort
intéressant (1).
- Nous voici enfin rendus au but de notre excursion.
Nos regards plongent dans un véritable petit cirque limité du
côté du Nord par une ceinture de rochers; le grand axe de cet
espace est dirigé sensiblement du Sud-Est au Nord-Ouest ; le
sol, bien loin d’être horizontal comme celui d’une arène, va s'a-
baissant depuis les points les plus éloignés de l'ovale jusqu'à
son petit diamètre, représenté en l'espèce par un ruisseau pro-
fond drainant cet enfoncement et, à l'extrémité Nord de cette
tranchée, s'ouvre dans la muraille rocheuse le pont naturel de
Saint-Jean. Certainement il y a de par le monde des phénomè-
nes naturels du même ordre, plus imposants par le site ou par
la grandeur ; mais comme, à ma Connaissance du moins, notre
département ne me paraît pas favorisé à ce sujet, je crois inté-
ressant de le signaler dans le Bulletin de notre Société.
Les dimensions n'en sont pas négligeables cependant : l'épais-
(1) Abbé Urnéza. — Monographie d'Aiguesvires. — Imp. Bonnafous-
Thomas.
— 936 —
seur de la voûte, très irrégulière, varie entre 0,40 centimètres
et 2 mètres ; la largeur du tablier est d'environ 3 mètres, ce qui
constitue un chemin assez large ; la hauteur du pont, du bord
supérieur du tablier jusqu'au fond du fossé, est d'environ 7 mè-
tres ; quant à la largeur de l'entrée, prise du côte du Sud, à un
mètre du sol, elle dépasse 12 mètres. |
Fort curieuse du côté Sud, la vue de ce pont est peut-être en-
core plus pittoresque pour l'œil de l'observateur quand il l'exa-
mine du chemin de Laure à Aiguesvives, du côté Nord, par
conséquent : ici, au lieu d'une voûte souvrant presque au ni-
veau du sol, c’est, au contraire, près du faîte d'une bande ro-
cheuse que se font passage les rayons lumineux ; cette différence
d'aspect s'explique par la dénivellation brusque du terrain à
partir du pont naturel, car de ce côté du ressaut mollassique
-nous nous trouvons au niveau de l'un des anciens prolonge-
ments de l’étang de Marseillette, les Estagnols.
Comment s’est constitué ce tunnel? Y avait-il un bassin à
travers les bords duquel l’eau s’est infiltrée, dissolvant et désa-
grégeant les masses jaunâtres sur lesquelles repose la masse
dure ; ou bien l’eau de pluje s'est-elle glissée à travers les fissu-
res de la roche qui recouvrait primitivement ce site et sortant
en dessous par suintement, a-t-elle parcelle à parcelle enlevé le
terrain meuble d'abord, puis, par blocs de plus en plus gros,
déblayé complètement cet espace ? Cette hypothèse est peut-être
la vraie. Le travail de destruction se continue incessamment :
dans le fossé qui passe sous le pont, gisent d'énormes masses
rocheuses ; leur chute affaiblit d'autant l'épaisseur de la voûte
qui finira par s'effondrer.
Très intéressant par lui-même, splendide observatoire permet-
tant à l'œil d'examiner tous les replis de terrain depuis la Mon-
tagne-Noire jusqu'à l’Alaric, un pareil site ne pouvait manquer
d'exciter la verve des conteurs durant les longues veillées d'hi-
ver : « Tout le monde sait qu'à une époque le pays était dé-
« cimé par les fièvres paludéennes. Les villages d’'alentour se
« trouvaient chaque année plus ou moins atteints. À ce propos,
« les malins racontent qu'après la disparition des moines du
« prieuré, tous les ans, le 2% juin, vers minuit, des fées en
« grand nombre se rendaient sur ce pont pour clôturer à leur
PONT NATUREL DE SAINT-JEAN, PRÈS AIGUESVIVES (Face Nord)
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— 937 —
« manière la fête de Saint-Jean. Tandis que tout dormait aux
« environs, ces fées, revêtues ce soir-là de leurs plus beaux
« atours, se vovaient servir comme par enchantement le festin
« Je plus somptueux qu'on puisse imaginer ; à la fin, ivres de
« joie, elles ôtaient leurs riches parures et, tout autour d'un
« grand feu, dont la flamme montait, montait jusqu'au ciel,
« elles dansaient la farandole in albis. Puis, après de nouvelles
«_ et copieuses libations, elles tiraient au sort pour désigner le
« village qui aurait les fièvres l'année suivante. Maïs, soit pré-
« férence, soit rancune à l'égard de tel ou tel village, certaines
« fées en venaient parfois à se quereller, à se disputer furieu-
« sement, à se prendre même aux cheveux!!!
« Finalement, suivant que le sort en était jeté et proclamé,
« Aiguesvives, Saint-Frichoux, Laure, Puichéric, Badens ou
« Marseillette devenait, l'année d'après, victime des fièvres
« pestilentielles (4) ».
Pauvres fées ! Le défrichenrent de l'étang et l'assainissement
de toute la région circonvoisine, conséquence heureuse de cette
œuvre remarquable, leur ont causé un irréparable dommage,
au grand dam des curieux qu'aurait singulièrement intéressés
la scène du feu de la Saint-Jean. Pour comble de malheur, de
par la science, la distribution des fièvres, fort rares d’ailleurs
dans le pays, ne se fait plus que par le stylet des anophèles: les
ailes de fine gaze de ces moustiques ne rappellent que de très
loin les voiles vaporeux qui enveloppaient les légères appari-
tions surnaturelles ; quelques gouttes de pétrole répandues à la
surface des flaques d'eau staguante donneront le dernier coup
aux fièvres intermittentes : maladie et légende auront vécu.
Dr BOURREL.
me qe meme ht mm mo mm tem RE
(1) Abbé Uraéza. — Loc. cit.
LES ALBÈRES
Quoique n'appartenant pas au domaine immédiat des bota-
pistes audois, les Albères, par leur silhouette si pittoresque,
s'estompant dans un horizon brumeux, à l'extrémité occidentale
du golfe de Lyon, sont bien faites pour exciter la curiosité et
les recherches de la Société d'Etudes scientifiques. Le petit
groupe des botanistes narbonnais (Delpont, Bru, Gautier) a
voulu leur consacrer, dans le courant de c@t été, quelques jour-
_ nées d’herborisations, heureux si les résultats pouvaient ins-
pirer à la Société le désir d'aller y compléter cette rapide et
partielle étude. :
Partis à la première heure de Narbonne, nous traversons ra-
pidement les plages maritimes qui nous séparent du Roussil-
lon, saluant au passage Sainte-Lucie, Leucate avec leurs Statice,
la Font-Estramer avec ses Phragmites gigantea et Alkana
lutea, pour atteindre bientôt cette belle plaine, d'une étonnante
fertilité, qui est formée par les estuaires de l'Agly, de la Tet, du
Réart, de la Massane et du Tech, qui de Salces s'étend jusqu'au
pied même des Albères. Cette région a un faciès plein d'intérêt
avec ses beaux canaux d'irrigation, ses riches jardins fruitiers
‘et maraîchers, ses prairies artificielles et naturelles, ses haïes
formées d’Agave et d'Opuntia, d'Arundo Donax, de Paliurus,
d’Atriplex Halimus, ses jardins abrités où croïssent en pleine
terre les orangers, les citronniers, les Gleiddisstechia triacanthos,
Nicotiana glauca, Eucalyptus, Solanum Bonariense, etc. Le long
des cultures, des ruisseaux, croissent abondamment quelques
plantes spéciales comme : Brassica fruticolosa, Hypecoum grandi-
florum, Lamium fleruosum. On peut dire que l'an voit là un
coin de la région de l'oranger.
Les Albères Orientales, partant de la onde dépression du
col du Perthus, ne sont qu'un prolongement de la chaîne des
Pyrénées, allant plonger par un dernier rameau de 30 kilomè-
tres dans les eaux chaudes de la Méditerranée. Leur sommet,
déchiqueté et souvent couronné de tours de l'époque maures-
que, atteint à plusieurs reprises des hauteurs de plus de mille
mètres. C'est spécialement cette chaîne, limitant au Sud la
plaine roussillonnaise,qui a reçu le nom de «Massif des Albères » ;
étroite, quand elle se détache du col du Perthus, elle forme
comme un large éventail vers la côte, qui s'étend sur 20 kilo-
mètres entre Argélès-sur Mer et Rosas, en Espagne.
Ce qui frappe d'abord dans ce massif, c'est la teinte foncée
- de ses rochers dénudés depuis les temps historiques par des
érosions qui ont laissé presque à nu les flancs de la montagne ;
elle est formée de schistes noirs cristallins très anciens qui s'é-
lèvent au-dessus des sédiments quaternaires de la plaine. La
sombre végétation d'arbres et d'’arbustes à feuilles persistan-
tes, qui couvre les pentes, s'harmonise bien avec la couleur de
de ses rochers ; on se demande pourquoi cette dénomination
« d’Albères » {/albus), qu'il serait bien plus juste d'appliquer
aux calcaires blancs des Corbières qui limitent la plaine au
Nord.
Les Albères constituent une des régions les plus pittoresques
à la fois et les plus riches des Pyrénées-Orientales ; cependant
la variété de leur végétation est due à la situation géographique
plutôt qu'à la variété du sol, comme nous venons de le dire.
Leur latitude, la plus australe de la France, leurs coteaux,
baignant leur pied dans les eaux surchaufiées de la Méditerra-
née, en formant d'abord de nombreuses anses si bien abritées
des vents froids, au fond desquelles se cachent Port Vendres,
Collioure, Banyuls, Paulille et Cerbère, la proximité de l'Espa-
gne et la facilité des migrations végétales qu'elle comporte, les
cours d'eau et le principal d’entre eux, la Massane, s'enfonçant
profondément dans la montagne, enfin l'altitude, qui atteint,
au Puig-Naülous 1357 mètres, suffisent à expliquer cette ri-
chesse. Aussi voit-on dans les jardins les plus abrités de nom-
breux représentants d'une végétation intertropicale qui a été
introduite, tels que divers Palmiers, Opuntia, Cactus, Aloës,
Eucalyptus, Gomphocarpus, etc., mélangés aux Citronniers et
aux Orangers, mürissant leurs fruits. Puis ce sont dans les ro-
Chers maritimes et les bas coteaux de nombreuses colonies de
plantes espagnoles, telles que : Cytisus capitatus et triflorus,
Adenocarpus grandiflorus, Silene crassicaulis, Melandrium macro-
carpum, Polycarpon peploides, Scolymus grandiflorus, Centaurea
spina-badia, Teucrium fruticans, etc., un certain nombre de
fougères rares: Grammitis leptophylla, Cheilanthes odora, Notho-
— 940 — o
clæna Maranthæ et vellea, etc. En s'élevant ensuite au flanc de la
montagne surgit toute la végétation siliceuse méridionale, qui
peu à peu, vers les sommets, cède la place aux représentants
les plus rustiques de la Flore pyrénéenne, tels que le hêtre et le .
bouleau, Quercus pedunculata, Ribes alpinum, Rubus idœus, Pedi-
cularis comosa, Vaccinium Myrtillus, Allium ursinum, Mercurialis
perennis, Anemone nemorosa, Leucanthemum palmatum, Veratrum
album, Mœhringia muscosa, Galeopsis pyrenaica, Angelica silvestris,
Siler trilobum, Asperula odôrata, Aconitum Anthora, Prenanthes
purpurea, etc., et tant d'autres. |
Mais ce qui donne son faciès propre à la végétation générale
des Albères, ce qui lui imprime en même temps cette teinte
sombre qui se marie si bien avec celle des rochers, c'est le
grand nombre d'arbres et d'arbustes à feuillage persistant qui
les couvrent ; citons les Quercus Ilex, coccifera et suber, l'Oli-
vier, les J'uniperus, Arbutus, Ilex, Rhamnus, Phyllirea, Pistacia,
Erica, Spartium, Cistus, Tamus, Ruscus, etc. qui forment les bois
et les sous-bois. C'est presque l'Espagne siliceuse.
On comprendra par ce rapide exposé tout l'intérêt qui s'atta-
che à visiter avec quelque soin le massif des Albères, qui du
reste a de tout temps attiré vers les localités, devenues classi-
ques, de Collioure, Banyuls, Consolation, la Tour de la Massane
et de Madeloc, Valbonne, tant de botanistes qui ont illustré la
science. En donnant aujourd'hui le résultat de quelques-unes
de nos courses, nous espérons faire partager à nos collègues de
la Société d'Etudes le plaisir que nous avons nous-mêmes
ressenti et surtout les engager à nous imiter. : |
Pour aujourd'hui, nous allons limiter notre étude à Collioure,
N.-D. de Consolation, la Tour Madeloc, Valbonne et la Tour de
la Massane. | | |
Une des stations les plus favorables pour aborder les Albères
est celle de Collioure. Au sortir de la gare la route traverse une
partie de la petite ville, et l'herborisation est fructueuse dès les
premiers pas. Prenant à gauche, avant d'entrer dans la ville
même, on voit se dérouler devant soi un vaste terrain, dominé
au Sud et au Nord par d'anciens forts, qui va s’abaissant ensuite
jusqu'à la mer. Ces terrains sont connus sous le nom de Pla de
las Fourques, de la Moulade, et offrent une des plus riches her-
#
borisations connues ; je cite de mémoire : dès les premiers pas,
en s’élevant vers les glacis des forts : Scolymus grandiflorus,
seule localité française de cette curieuse chicoracée espagnole
et algérienne. Elle est perdue au milieu de touftes de Sylibum
Marianum, d'Onopordon Illyricum, Scolymus hispanicus.
Puis en foule se présentent : .
Kentrophyllum lanatum.
Senecio viscosus.
Lamarkia aurea.
Serapia Lingua.
Ononis reclinata.
Dorynopsis Gerardi (rare légu-
mineuse spéciale à cette région).
Bellis sylvestris.
Hetianthemum guttatum.
Asphodelus microcarpus.
Medicago Murex.
| — minima.
Stipa tortilis.
Echium plantagineum.
Paronychia argentea.
Trifolium scabrum.
_— Cherleri.
Allium Chamæmoly.
Plantago albicans.
Linaria Pelisseriana.
Erodium Chium.
Bunias Erucago.
Raphanus Landra.
Brassica asperifolia.
Hioseris radiata qui couvre les murs dans les fossés des forts.
Sur les rochers maritimes, Armeria ruscinonensis, Polycarpon
peploides, spéciale à cette région, Passerina hirsuta, Daucus mari-
timus.
Sur les coteaux :
“ Helianthemum niloticum.
Scleropoa loliacea.
Sedum cæspitosum.
Trichonema Columnæ.
Scorpiurus subvillosa.
Trifolium suffocatum.
Azarum europæum.
Anacyclus clavatus.
Tillæa muscosa.
Ulex parviflorus.
Lotus edulis.
Lithospermum apulum.
Romulea ramiflora.
Orchis tridentata V. acuminata.
Dans les suintements d'un petit ruisseau se dirigeant vers la
mer : l'Isoetes Duriœi très abondant.
Nous revenons sur nos pas, et franchissant la voie sous le
pont du chemin de fer, nous prenons le chemin qui, par les
stations, nous conduira à la célèbre dévotion de Notre-Dame de
21
— 242 — .
Consolation ; dans ce sentier, souvent bordé de vieux murs et
de rochers, vous recueillerez entre autres : ;
Orobanche hederæ.
Andryala sinuata.
Chrysanthemum segetum.
Grammitis leptophvlla. Asplenium Adianthum-nigrum.
Cheilanthes odora. — Trichomanes.
Pteris aquilina. Ceterach officinarum.
Rosa sempervirens. Umbilicus pendulinus.
Convolvulus altheoïides. Azarum europæum. .
Paronychia argentea. Rumex bucephalophorus.
Spergularia Atteniensis. _ Polycarpon alsinæfolium.
Cistus salvifolius. Fumaria speciosa.
— albidus. Silene italica.
— Monspeliensis. Trixago viscosa.
Briza minor. Calycotome spinosa.
Tolpis barbata V. dichroa Brachypodium ramosum.
Phagnalon saxatile.
Erodium Chium.
Polypodium vulgare.
Et encore un des fleurons de la flore des Alhères, le Centaurea
cœrulescens.
. A chaque pas de nouvelles surprises nous distraient et nous
conduisent, sans trop de fatigue, à Notre-Dame de ('onsolation.
Ses beaux ombrages, sa fraîche et abondante fontaine, nous
font oublier l'ascension de la gorge schisteuse surchauffée de
soleil.
Tout autour de Notre-Dame, de ses vieilles murailles, dans
les châtaigneraies des environs, sur les bords du ravin du
Douy, nouvelles récoltes :
Helychrysum serotinum. /
Allium polyanthum.
Aspidium Filix-fæmina.
Helosciadium nodiflorum.
Aceras anthropophora.
Andropogon hispidus..
Jasione montana.
Geum urbanum.
Cracca minor V. eriocarpa.
— disperma.
Paliurus australis.
Equisetum ramosum.
Lagurus ovatus.
Gaudinia fragilis.
Ægylops triuncialis.
Milium paradoxum.
Lathyrus Nissolia.
Sisymbrium Altiaria.
Lathyrus angulatus.
Myosotis intermedia.
Cyperus longus.
Aquilegia vulgaris.
Osmunda regalis. Filago germanica.
Trifolium Bocconei. Trifolium nigrescens.
— lævigatum. Geranium lucidum.
Lychnis Flos-Cuculi. Malva moschata V. laciniata.
Armeria bupleuroides. Festuca arundinacea. |
Dianthus brachyanthus. Plantago Bellardi.
Brunella pyrenaica. - Mœbringia pentandra.
Crucianella angustifolia. Ranunculus albicans.
Geranium purpureum. Veronica hederæfolia.
Briza maxima Uropetalum serotinum. »,
Barbarea præcox V. longisiliqua. ‘ Lugula Forsteri, etc.
Mais nous faisons surtout honneur aux Jsoetes Duriæi, dans
les berges gazonnées des bords du Douy, aux Sarothamnus
catalonicus, migration de la Flore espagnole et encore au Notho-
clæna Maranthæ, très commun sur les anciens murs de soutè-
nement des vignobles disparus. Signalons à cette occasion le
Nothoclæna velleæ, fougère plus rare encore, découverte par notre
maître, M. Flahault, dans une des gorges qui avoisinent la
frontière. | |
Notre ascension se continue en nous dirigeant par les pentes
qui dominent Notre-Dame de Consolation vers le col de Mollo.
Traversant d’abord des châtaigneraies, puis à travers les colli-
nes incultes ou d'anciennes cultures, nous constatons la pré-
sence de deux Hieracium peu connus: Hieracium scorpioideum
A. T., du groupe des Cerinthoidea olivacea et Hier. anchusoides
A.T. du groupe des Cymellina setigera. Cette dernière espèce,
très rare en France, est nouvelle pour le département. Les
Hieracium prasiophæum, cyaneum var, subpræcox et quelques au-
tres espèces ubiquistes les accompagnent. |
Dans cette zone nous notons encore :
Geum sylvaticum. Phelipæa Muteli.
Epipactis microphylla. | Saxifraga granulata.
Sarothamnus arboreus. Arabis verna.
Euphorbia segetalis. ‘ Oxalis corniculata.
Hypochæris maculata. Hypericum Androsæmum, etc.
dont l’ensemble annonce déjà l'action de l’altitude sur la végé-
tation. |
— 24h —
En outre, nous constatons la présence des :
Piptatherum cœrulescens. Cirsium italicum.
Campanula Erinus Cytisus triflorus.
Linaria arvensis. Nardurus tenellus V. aristatus.
Pistacia Terebinthus. Lycopus europæus.
Crepis bulbosa. Lepidium campestre.
‘ Potentilla hirta. Echium plantagineum.
C'est, aussi la région du Silene crassicaulis Willk, nouvelle
introduction de la Flore espagnole.
Arrivés à la route stratégique et aux environs du col de
Mollo, nous récoltons une magnifique plante qui spécialise la
Flore des Albères : Euphorbia biumbellata. Dans les taillis voisins:
Androsæmum officinale, Bupleurum junceum, Myrtus communis ;
sur les rochers : Plantago subulata que l’on ne trouve guère que
dans ce massif soit sur les rochers maritimes, soit sur les hau-
teurs de la montagne.
Le col de Mollo et la route stratégique sont dominés par les
contreforts du Pic de Taiïllefer ; la route qui les longe nous con-
duit jusqu'aux bâtiments du casernement (bonne fontaine), et
enfin à l'altitude de 650% à la Tour de Madeloc. Dans ce trajet
quelques pointes faites dans les flancs du Pic nous enrichissent
encore ; ce sont : |
Dianthus attenuatus, espèce bien roussillonnaise encore, ainsi
que Sideritis rusciconensis.
Silene saxifraga. Medicago suffruticosa.
Thapsia villosa. Ornithopus ebracteatus.
Galeopsis Ladanum V. latifolia. FϾniculum officinale.
Cuscuta alba. Erysimum ruscinonense.
Armeria bupleuroides. Festuca spadicea.
Allium polyanthurn. Biscutella coronopifolia.
Orchis picta. Trifolium lævigatum.
— morio. Allium fallax.
Serapias Lingua. ‘Conopodium denudatum.
Aceras densiflora. Asplenium Halleri.
Centaurea cœrulescens.
Dans les pentes rapides et herbeuses envahies par le Pteris
aquilina croît le Peonia peregrina.
— 245 —
Nous voici arrivés au casernement: quelques pas encore et
nous touchons à la Tour Madeloc.
Signalons :
Centaurea pectinata. Carduus nutans.
Galium vernum. Campanula rotundifolia.
Cerastium arvense. Scleranthus polycarpus.
Senecio lividus. Antirrhinum Asarina.
Meum athamanticum qui descend ici bien bas au-dessous de
son habitat ordinaire, et une autre rareté de la Flore fran-
çaise : {rmeria majellensis. |
Quelques Hieracium peu connus : H. prærosum, colorhyzum
et amplexicaule var. subtuberosum.
Visiter la Tour de Madeloc et la Tour de la Massane dans une
même journée serait peut-être s'imposer une trop grande fati-
cue. Nous conseillerions plutôt d'aller coucher à Mas-Ram-
beau ou à Valbonne, pour faire le lendemain l'ascension de la
Massane.
Aux environs de Mas-Rambeau, et en se dirigeant ensuite sur
Valbonne, se présentent les : |
Geranium lucidum. Pisum arvense.
Sarothampus vulgaris. Aquilegia vulgaris V. ruscinonensis.
Hypericum Androsæmum. Linaria italica. |
Veronica Teucrium. | Malva moschata V. laciniata.
Genista candicans. Echium plantagineum.
Et l'élégant Lamium fleruosum, peu répandu autre part en
France ; nous continuons à noter :
Sedum Cepæa. Geum sylvaticum
Acer pseudoplatanus. Cracca atropurpurea.
Veronica oflicinalis Andropogon distachyon.
Bupleurum junceum Euphorbia biumbellata.
Rosa canina. Rubus discolor.
Aristolochia rotunda. Viola sylvatica V. grandiflora.
Orobanche minor. Ornithogalum tenuifolium.
à Sideritis romana.
Ed
Et encore le rare Dorycnopsis Gerardi aux délicates fleurs
bleues.
Sur les bords du Ravanel, au-dessous et au-dessus de Mas
Rambeau : Asplenium lanceolatum, Trifolium ligusticum, micran-
thum et hirtum, Ornithopus ebracteatus, Linum gallicum, Uropeta-
lum serotinum, Radiola linoides, qui échappe facilement aux
yeux par sa gracilité.
Dans les taillis, entre Mas Rambeau et Valbonne : (Graleopsis
pyrenaica, Dianthus Armeria, Hypericum montanum et Androsæ-
mum, Brachypodium silvaticum.
Il faut rayonner autour de l’ancienne abbaye de Valbonne ;
on peut y observer: Atriplex patula, Polygonum dumetorum, Odon
tites serotina, Mercurialis perennis, Equisetum Telmateya, Phyllirea
media, Quercus Ilex var. angustifolia, Draba muralis, Corylus,
Carex præcox, etc.
Au-dessous du ravin de la Fount dé l'Angé, cueillons: Epilo-
bium lanceolatum, Leucanthemum palmatum var. ruscinonense,
magnifique et rare composée, Epipactis latifolia, Lavatera olbia,
Andryala ragusina.
Nous dirigeant vers le Correc del Llam, nous pouvons rencon-
trer : Viola alpestris, Astragalus glycyphyllos, Orchis latifolia.
Vers la Fount das Arels : Cytisus triflorus, (renista candicans
et pilosa, Carex Linkii, Fragaria collina, Doronicum Pardalian-
ches, Montia rivularis, etc.
À l’entour de la Fajouse : Alsine verna, Linaria striata et
italica, Trifolium striatum, Medicago suffruticosa, Genista sagitta-
lis, Sanicula europæa, Sedum anopetalum var. ochroleucum, etc.
De Valbonne, des sentiers se dirigent sur la Massane. La flore
y devient franchement montagnarde, avec: Verbascum Lychni-
tis, Myosotis silvatica, Epilobium montanum, Cynoglossum Dios-
coridis, Carduus vivariensis, Digitalis lutea, Epilobium virgatum,
Anthyllis vulneraria, Brunella grandiflora, Helianthemum vulgare,
Erysimum australe var. ruscinonense, Armeria bupleuroides, Tees-
delia nudicaulis, Phyteuma orbiculare.
Ce caractère se dessine de plus en plus dans l'ensemble de la
\ — 9h77 —
végétation, car nous notons en nous dirigeant vers le Roc del
Roumagné et le Roc del Gorp :
Chelidonium majus. Erysimum australe.
Valeriana officinalis. Saponaria ocymoides.
Doronicum Pardalianches. Cerastium arvense V. Soleirolii.
Euphorbia amygdalina. Orchis mascula.
Draba muralis. | Primula elatior.
Stellaria holostea. Anthemis montana V. major.
* Tamys communis Leucanthemum palmatum V. rus-
Cerastium arvense. ‘ cinonense
Malus acerba. Silene nutans.
Cerasus avium. Genista pilosa.
Lathyrus macrorhizus V. pyrenaicus. | Carduus nigrescens.
Rosa Pouzini. Potentilla”argentea.
— dumialis. Cota Triumfetti. :
_ Près la Fount del Roumagné : Stellariu uliginosa, Silene diur.
na, Vicia serratifolia, Specularia falcata.
Nous approchons de la Tour de la Massane et du Puig Rou-
doun ; en passant nous constatons :
°
Arabis perfoliata. Dianthus Armeria.
Cota Triumfetti. Hypericum humifusum.
Anthemis montana. Cirsium eriophorum
Medicago turbinata. _—. V. microcephalum.
Malva Towrnefortiana. Trifolium micranthum.
Rumex acetosa. : Asplenium Filix-fæmina.
Dianthus brachyanthus. " hrysanthemum leucanthum
Cerastium arvense. ne V. atratum.
Sedum anopetalum. Dianthus subacaulis.
Uarduus vivariensis. : Sedum birsutum.
Silene saxifraga. Cirsium palustre.
Çà et là quelques Hieracium peu connus ; entre Valbonne et
la Tour de la Massane: Hier. præcor var. horripilum : aux envi-
rons de la Tour et au col Baladon: lier. echinanthum, que
Timbal-Lagrave, dans son herbier, donne à tort pour l'Urea-
des Fries, Hier. præcox, confondu par le même auteur avec
l'H. Retziü Griesb. H. rupicolum Fries. var. albereanum (albe-
— %8 —
reanum Timbal-L. in herb.) et le sonchoides AÀ.T. pris par Tim-
bal pour le compactum Lapeyr. Maïs l'histoire des erreurs de ce
spécialiste dans le genre Hieracium nous entraînerait trop
loin. |
Au col Baladon même, et sur quelques rares autres points
croît dans les rochers l'Hieracium olivaceum Gren. et God. qui
sert de type à toute une longue série de Cerinthoidea, groupe
olivacea. |
On peut redescendre à Collioure par le Mas Christine et ré-.
colter encore quelques plantes non citées jusqu'ici : Dianthus
monspessulanus, Circea lutetiana, Lathyrus angulatus, Ranuncu-
lus parviflorus, Trifolium tomentosum, etc., etc.
Nous avons résumé, dès le début de cette rapide étude, le
caractère que donne”aux Albères cette riche végétation ; nous
p'abuserons pas plus longtemps de la patience de nos lecteurs.
DELPONT, BRU, G. GAUTIER.
Narbonne, le 8 Décembre 1907.
ETUDE GÉOLOGIQUE
SUR LA
FEUILLE de PERPIGNAN
Par L. DONCIEUX
Docteur ès-Sciences, Préparateur adjoint à la Faculté des Sciences de l'Université de Lyon
Collaborateur adjoint
J'ai consacré la campagne de 1906 à combler quelques lacu-
nes laissées dans la région de Fitou et de Treilles et à tracer les
contours de l'angle nord-ouest de la Feuille. Mes explorations
m'ont permis de faire un certain nombre d'observations inté-
ressantes et je complèterai dans cette note ce qui avait été dit
touchant ces points dans une note précédente.
I. Région de Fitou. — Le pli anticlinal de Fitou allongé de
l'0.-S.0. à l'E.-N.E., profondément érodé au centre dans sa par-
tie occidentale montre une succession complète depuis le Trias
jusqu’à l'Aptien. Le Trias (Keuper) affleure largement sur le
bord occidental et méridional de la dépression des Platrières,
le gypse y est exploité soit à ciel ouvert, soit par des galeries
allant le chercher en profondeur. Le Rhétien avec ses grès et
ses cargneules est peu distinct du Trias et il passe aussi insen-
-siblement à l'Hettangien dolomitique et en bancs minces à la
base ; ce dernier se montre sur tout le pourtour de la cuvette
des Platrières sauf sur le côté oriental où le Lias seul est visible.
Les calcaires du Charmouthien sont beaucoup plus développés
et forment une ceinture ininterrompue.
Lês marnes du Charmouthien supérieur et du Toarcien dessi-
nent une bande étroite à peu près continue au Nord, mais à
l'état de lambeaux isolés et largement espacés à l'Ouest et au
Sud, et sur ces deux côtés les calcaires et dolomies noires du
Jurassique (Bajocien-Bathonien) sont presque partout en contact
direct avec le Charmouthien inférieur.
La bande de Jurassique est continue et se prolonge à l'Est
jusque sur les bords de l'étang de Leucate.
La brèche de base de l'Aptien est partout nettement visible ‘et
permet de séparer facilement l’Aptien du Jurassique même là
où ce dernier. n’est pas dolomitique. |
— 950 —
Le profond et étroit vallon du village de Fitou est creusé dans
les calcaires du Lias moyen qui constituent une large bande
allant des Platrières à l'étang de Leucate, flanquée de part et
d'autre de Jurassique. La diorite affleure sur un kilomètre au
Sud-Ouest de Fitou à partir des dernières maisons, elle est en
contact purement mécanique soit avec l'Infra-Lias, soit avec le
Lias qui ne montrent pas trace de métamorphisme, ainsi que
l'avait déjà fait remarquer M. Viguier (1). ,
‘Au Nord de Fitou les schistes et quartzites ordoviciens for-
ment une grande ellipse orientée S. O.-N. E., de 2 kil. de long
sur plus de 500 m. de large. Ils sont en contact direct avec les
dolomies jurassiques, sauf au Nord-Est et à l'Ouest où s'inter-
calent de l'infra-Lias et du Lias.
II. Région de Treilles. — Le brachyanticlinal de Treïlles un
peu allongé comme le précédent de l'0.-S. 0. à l'E.-N. E. laisse
afleurer au centre les schistes avec quartzites du Silurien infé-
rieur. À l'Est et à l'Ouest de Treilles la tranchée de la route
montre au-dessus des schistes une série de grès, cargneules,
marnes vertes, calcaires dolomitiques minces et en bancs
moyens représentant le Trias, le Rhétien et l'Hettangien.
Le Charmouthien inférieur est à l'état de lambeaux isolés à
l'Ouest, au Nord et à l'Est.
Les marnes charmouthiennes et toarciennes se montrent pres-
que sans interruption mais avec des étirements de temps à au-
tre, sur les côtés Nord et Est ; là elles sont surmontées par le
Jurassique (Calcaires et doldmies noires) largement développé
et recouvert par les calcaires aptiens à Toucasia. |
Sur les bords Ouest et Sud l’Aptien vient en contact direct
avec l’Ordovicien ou le Trias, il y a suppression de tous les au-
tres termes. Le Trias affleure dans le fond et sur le bord de toute
la dépression qui s'étend de l'Ouest au Sud de Treilles. Il est
accompagné d'importants pointements de roches éruptives
(Porphyrites.)
III. Région de Durbas, Saint-Jean-de-Barrou, Fraïssé-des-
Corbières, Villesèque-des-Corbières. — La bande de terrains
(1) Etudes géologiques sur le département de l’Aude, 1887, p. 237.
— 28 —
secondaires comprise entre le bord du massif ancien dessinant
une ligne N.-S allant d'Embres à Durban et le bord du grand
bouclier aptien de Montpezat Périllos est en entier constituée
par le Trias, le Rhétien et l'Hettangien avec quelques lambeaux
de calcaires du Lias moyen. Le Trias forme le fond de toutes
les dépressions (plaines, vallons, ravins) et c'est lui qui domi-
ne. Les pointements de porphyrites y sont très nombreux no-
tamment à l'Est de Saint-Jean-de-Barrou.
Les schistes noirs gothlandiens ne franchissent les rivières
du Barrou et de la Berre pour passer sur leur rive droite qu'en
trois points : au Nord de Saint-Jean-de-Barrou où ils se mon-
trent sur 1.500 mèêtres surmontés par le Trias, au Sud-Est de la
même localité où affleure un petit lambeau au milieu du Trias
et au Nord-Est de Durban où ils poussent une longue pointe à
l'Est au milieu de l'Infra-Lias.
. IV. Région de Durban, Villeneuve-des-Corbières, Cascastel,
Albas. — Les schistes subsatinés ou terreux de l'Ordovicien
qui couvrent une immense surface entre le bord occidental de
la feuille, Embres et Saint-Jean-de-Barrou, sont surmontés par
les schistes noirs à cristaux de gypse et nodules calcaires sou-
vent pyriteux et les calcschistes à Orthoceras bohemicum Barr. et
Cardiola interrupta Brod. du Gothlandien. Ce dernier s'étend
bien plus au Sud que ne l'ont indiqué MM. Viguier (l) et
Roussel (2) sur leurs cartes et couvre une surface beaucoup
plus vaste. Dans le voisinage de Durban, la bande a déjà plus
de 1.500 mètres de large du Sud au Nord et au niveau de Ville-
neuve elle a plus de 3 kilomètres et demi, car les schistes pénè-
trent au Sud sur la route du col d'Extrême jusque bien au-delà
des Courtals. Au nord elle est limitée par une ligne allant du
grand coude de la Berre (à l'Ouest de Durban) au point où la
route de Cascastel à Quintillan pénètre sur la feuille de Quillan,
là la bande est réduite à 300 mètres de large.
La bande de Dévonien qui s'étend au Nord du Gothlandien
(1) Loc. cit.
(2) Etude stratigraphique des Pyrénées or Sert, Carte géol., n° 35,
t. V., 1893-94).
#
— 282 —
présente assez exactement le trajet indiqué sur la carte de
M. Viguier. Le Dévonien inférieur (dolomies avec cristaux de
quartz) et moyen (calcaires gris, calcaires noirs veinés de
blanc, calcaires gris blanc à grain fin, calcaires à Encrines,
calcaires gris-rougeâtre amygdalins) domine à l'extrémité orien-
tale, tandis que dans le centre et à l'Ouest (Nord de Cascas-
tel, entre Cascastel et Albas), il n'y a plus que du Dévonien su
périeur (griottes). Là le Dévonien supérieur forme des bandes
orientées S. O.-N. E. ou O.-S. O.-E.-N. E. au milieu des lydien-
nes, schistes et grès dinantiens. Les schistes dinantiens satinés,
brillants, gris ardoise, verts ou rougeâtres qui affleurent dans
le profond ravin descendant vers l'Ouest de la Pinède de Dur-
ban (point 357) sont surmontés par les marnes bariolées à cris-
taux de quartz et énormes masses de gypse du Keuper.
A partir du Keuper qui se retrouve dans l'étroit ravin abou-
tissant au grand coude de la Berre (à l'Ouest de Durban) on
trouve sur l'espace de 2 kilomètres et demi qui sépare ce ravin
du bord nord de la feuille toute la série des terrains jusqu'au
Lutétien inclus. Les bandes sont orientées de l'O.-S. O. à l'E.-N.
E. et les couches plongent régulièrement au N. ou au N.-N. O.
Les calcaires dolomitiques de l'Hettangien et du Sinémurien
redressés presque jusqu'à la verticale, puis les calcaires du Lias
moyen en gros bancs forment un premier ressaut très abrupt
et très élevé, puis vient un méplat de largeur très variable sou-
vent presque masqué par les éboulis, correspondant aux mar .
nes du Charmouthien et du Toarcien. Les extrémités Ouest et
Est un peu dilatées de cette bande marneuse sont très fossilifè-
res et renferment : Amaltheus spinatus Brug., Belemnites paxillo-
sus Schlot., Pecten aequivalvis Sow., (iryphaea Maccullocchi Sow.,
Terebratula punctata Sow., T. subpunctata Dav., Waldheimia sub:
numismalis Dav., Rhynchonella tetraedra Sow., etc., pour le
Charmouthien, et: Hildoceras bifrons Brug., H. Levisoni Simp.,
Belemnites tripartitus Schlot., etc., pour le Toarcien. La bande
s'étire et finit en pointe à l'Ouest au niveau de la limite des
communes d'Albas et de Cascastel.
Un nouveau ressaut est constitué par les calcaires en gros
bancs gris clair, riches en rognons de silex, criblés par places
de Orbitolina discoidea Gras et O0. conoidea Gras de l'Aptien. Il
*
— 953 —
forme une ellipse qui va jusqu'à la route de Durban à Coustouge
à l'Est, à l'Ouest il s’étire et va finir en pointe sur le bord Sud
du profond ravin orienté E. N. E.-0. S. O, et dont les eaux de
la moitié occidentale se jettent dans le ruisseau d'Albas un peu
au Sud de ce village, et celles de la moitié orientale dans l'af-
_ fluent de la Berre qui longe la route de Durban à Coustouge.
Le centre de l'ellipse est occupé par des grès d'un brun rou-
geätre, graveleux, caillouteux par places, à cailloux de quartz
blanc abondants, donnant sous l'action des agents atmosphéri-
ques des accumulations de blocs énormes d’un effet très pitto-
resque grâce aux pins qui parsèment la surface gréseuse et la
délimitent d'une façon parfaite : c'est la Pinède de Durban. Ces
grès représentent l'ensemble de l'Emscherien et de l’Aturien
car ils reposent d'une part sur des marnes argileuses grises ou
noires, ligniteuses, identiques à celles du Cénomanien supé-
rieur saumâtre de Fontfroide (feuille de Narbonne) et que je
rapporte aussi à cet étage, et sont surmontés d'autre part par
les grès et poudingues de la base du Danien. Les marnes sont
visibles sous le point 357 et n'affleurent que très peu, elles vont,
comme les grès, finir en pointe sur le bord Sud du ravin dont
il a été question.
Le ravin est d'un bout à l’autre sur une longueur de 4 kilo-
mètres et demi creusé dans les marnolithes gréseux rouges, les
grès rouges durs et fins, les poudingues versicolores à gros élé-
ments unis par un ciment gréseux, de la base du Danien. Du
côté Est cet ensemble repose normalement sur les grès aturiens,
mais dans la moitié occidentale il est en contact direct avec le
Lias moyen par suite de l'étirement et de la suppression de
tous les termes intermédiaires contre une faille qui suit le bord
Sud du ravin. C'est au niveau de la ligne de partage des eaux
des deux ruisseaux du ravin que les bandes s'étirent et dispa-
raissent le long de la cassure. Aux grès et poudingues succède
une longue alternance de calcaires lacustres blanchâtres gru-
meleux en bancs énormes formant de grosses barres saillantes
et de marnolithes rougeâtres, ce sont les marnes et calcaires du
Rognacien qui constituent la longue arête rectiligne allant
d’Albas à la route de Durban à Coustouge (points 329 et 341).
Les bancs calcaires très épais dans la partie moyenne s'atté-
— 984 —
nuent vers le sommet et passent insensiblement à des marnes
grumeleuses rougeâtres ou panachées de blanc, à des marnoli-
thes panachés avec intercalations de grès jaunes. Cet ensemble
marno-gréseuüx représente le Vitrollien ou Montien; la vallée
d'Albas est ouverte dans ces couches.
Au dessus viennent des calcaires lacustres gris en plaquettes
ou en bancs minces avec traces ligniteuses, alternant avec des
grès et des Marnes gréseuses et qui d'après leur position corres-
pondent au Thanétien et au Sparnacien. [ls sont recouverts par
des couches marines débutant par des calcaires à Miliolites et
Alvéolines et continuant par une alternance de calcaires mar-
neux gris ou jaunâtres, de grès jaunes et de marnes grises avec
Miliolites, pinces de Crustacés, débris de fosiles et Natices indé-
terminables. Le moulin en ruines qui se voit sur la colline au
N. O. d’Albas est construit sur les grès jaunes en gros bancs du
sommet de la formation que je rapporte au Londinien, car au-
dessus commencent les marnes grises et les calcaires marneux
‘lu Lutétien inférieur à faune de Coustouge (marnes à Turritel-
les): Turritella ataciana d'Orb., T. Figolina Carez, Nummulites
atacicus Leym., Assilina granulosa d'Arch., À. Leymeriei d'Arch.,
Operculina granulosa Leym., O0. ammonea Leym., Polypiers, etc.
Le Lutétien comme le Londinien ne pénètre que très peu sur
la feuille de Perpignan où il se montre seulement à | PR NeUINE
de l'angle Nord-Ouest.
(Extrait du Bulletin de la Carte géologique de France,
n° 415. Tome XVII (1905-1906). — Janvier 190%.
Comptes-rendus des Collaborateurs pour la
Campagne de 1906).
La campagne de 1907 a été consacrée à l'achèvement des
contours de la partie Nord-Ouest de la feuille (région de Ville-
neuye des-Corbières, Cascastel, Albas) dans laquelle se rencon-
tre la succession complète des terrains depuis le Silurien infé-
rieur jusqu'à l'Eocène moyen inclus. Je complèterai dans cette
note ce que j'ai dit l'année précédente touchant les terrains pa
léozoïques et secondaires et donnerai plus de détails pour le
| — 988 —
sommet du Crétacé et la base de l'Eocène qui m'ont fourni des
faits nouveaux intéressants.
Terrains paléozoïques.— Les schistes gothlandiens gris ou
noirs à cristaux de gypse et nodules calcaires aplatis souvent .
énormes, ‘et les calcschistes à Orthoceras bohemicum sont déli-
mités comme je l'ai indiqué dans le dernier Compte-rendu. Ils
renferment, surtout dans la partie méridionale et sud-orien-
tale, de nombreuses bandes étroites régulièrement orientées
*S. 0.-N. E., plongeant au N. O de calcaires blancs ou gris à
Encrines du Dévonien moyen. Ils constituent au milieu des
schistes des reliefs tres saillants. Deux de ces bandes assez
courtes, aux bancs extrêmement redressés, en formes d'arêtes,
forment mème des points culminants de la région (point 340 au
Sud-Ouest de Durban et Signal de Rocaufa | Signal de la Bade
de la carte de l’Etat-major]). |
Les dolomies massives grises ou jaunâtres souvent criblées
de filonnets de quartz du Dévonien inférieur sont peu dévelop-
pées, l'affleurement principal est situé au pied Sud-Ouest du
Signal de Rocaufa. La dolomie normale est grise, à grandes
facettes, mais la plus grande partie de la masse est fortement
injectée, imprégnée, de quartz et recoupée par plusieurs filons
importants, très élargis par places, d'hématite compacte ou
concrétionnée accompagnée de fer carbonaté et de manganèse.
Plusieurs de ces amas ou filons ont donné lieu à des tentatives
d'exploitation (concession de Balança); le minerai, assez beau
par endroits, a une teneur moyenne en silice trop considérable
pour pouvoir être exploité.
Au Gothlandien succède au Nord une zone orientée aussi du
Sud-Ouest au Nord-Est, de 1 kil. 5 à 2 kil. de largeur, consti-
tuée en totalité par le Dévonien supérieur (Frasnien-Famen-
nien) et le Carbonifère inférieur (Dinantien). Le Dévonien supé-
rieur est à l'état de calcaires amygdalins rouges ou verts
(Griotte) affleurant en nombreuses bandes de largeur variable,
formées de bancs soit épais, soit minces, orientées régulière-
ment S. O.-N. E., se suivant souvent sur de longues distances
sans injerruption. Il constitue l'axe de plis anticlinaux serrés
au milieu du Dinantien formé à la base par des lydiennes tou-
jours plissées d’une façon intense et des schistes verdâtres et
— 986 — À ;
au-dessus par des schistes brunâtres ou jaunâtres assez durs,
micacés mais non satinés, souvent gréseux, se débitant DEL en
lames irrégulières et épaisses.
A la limite du Dévonien supérieur et des schistes dinantiens
ainsi que dans les griottes dévoniennes on observe plusieurs
amas d’hématite avec sidérose de bonne qualité, accompagnés
de divers oxydes de manganèse exploitables (gîte de la Mayré à
l'Ouest-Nord-Ouest de Cascastel, galeries au Nord-Ouest de Cas-
castel près le point 169). Les calcschistes et schistes dinantiens
à l'Est de Villeneuve-des-Corbières contiennent un filon de fer
carbonaté abondamment moucheté par places de chalcopyrite :
(puits de recherches) et le même Dinantien au Nord et Nord-
Ouest de Cascastel montre aussi des filonnets de cuivre carbo-
naté bleu.
Terrains secondaires et tertiaires. — Le Trias et le Rhétien
(gypse. calcaires en bancs minces dolomitiques, caverneux, al-
ternant avec des marnes vertes ou grises) forment une bande
très mince au contact du Dinantien, ils sont surmontés par les
calcaires hettangiens-sinémuriens en gros bancs, dolomitiques,
spongieux, du sommet du flanc Nord du ravin orienté O.Ss.
O.-E. N. E. qui descend de la Pinède de Durban (point 357)
pour se jeter dans la Berre. Tout le sommet de la crête orientée
comme le ravin et qui va du pont d'Albas, à l'Ouest, au voisi-
nage du point 357, à l'Est, est en calcaires gris en bancs épais
du Charmouthien inférieur. | |
A partir de ce Lias moyen la succession devient des plus irré-
gulières et il y a de nombreux contacts anormaux par suite de
cassures qui ont fait disparaitre par places certains termes de
la série. Pour trouver le Charmouthien supérieur et le Toarcien
(marnes à Amaltheus spinatus et marnes à Hildoceras bifrons et
Belemnites tripartitus) il faut aller à l'extrémité orientale de la
crête de Lias, au pied du point 352: là se termine la bande
étroite qui vient du Nord-Ouest de Durban, au contact d'une
faille dirigée du Nord-Ouest au Sud-Est, presque perpendicu-
lairement aux autres, qui a même produit un léger décroche-
ment ; le Rhétien, l'Hettangien et le Charmouthien inférieur se
terminent aussi brusquement contre cette faille, butant contre
2 —
le Jurassique, et le prolongement de ces terrains à l'Est se
trouve dans une bande orientée O0. N. O.-E.S. E., à 400 mètres
plus au Sud.
En contact normal avec le Toarcien au Sud et l'Aptien au
* Nord, et anormal avec l'Hettangien et le Charmouthien à
l'Ouest, sont des calcaires massifs, gris foncé, à pâte fine, durs,
fétides, riches en rognons de silex et en petits cailloux ou
grains de quartz blanc, bréchoïdes ou dolomitiques et caver-
neux selon les bancs : en raison de leur position je les attribue
au Jurassique (Bajocien-Bathonien) bien qu'ils aient un faciès
très particulier que je ne connais qu’en ce point. Pendant plus
de 1.500 mètres ils sont en contact avec le Lias moyen sur le
flanc Sud de l'étroit et profond ravin du ruisseau d'Albas. A
l'Est, ce Jurassique s'étend fort peu et s'étire rapidement entre
le Toarcien et l'Aptien. Ce dernier qui se prolonge à l'Est sur
près de 2 kil. et demi s’étire aussi à son extrémité occidentale
et finit en pointe au fond du ravin sur le côté Sud.
Les marnes argileuses grises ou noires, ligniteuses, du Céno-
manien supérieur affleurent sur une faible surface plus au Nord
sous le point 357 et vont finir en pointe sur le bord du même
ravin au niveau de l'Aptien.
Les grès brun rougeâtre, graveleux, caillouteux par endroits,
à cailloux de quartz blanc abondants, portant la Pinède de
Durban, représentent l'ensemble de l’Emschérien et de l'Atu-
rien, ils s'étirent aussi à leur extrémité occidentale et cessent
au fond du ravin comme les formations précédentes.
A partir de ce niveau la succession est plus régulière et les
bandes sont rigoureusement orientées, comme du reste le ravin
du ruisseau d’Albas, de l'O. S. O. à l'E. N. O. et se suivent tou-
tes sur plus de 5 kil. du bord Ouest de la feuille à la route de
Durban à Albas, Coustouge et Fontjoncouse, elles plongent au
Nord ou au N. N. E. et on peut relever du Sud au Nord à partir
de ce point jusqu'à la limite de la feuille la coupe suivante :
4. Danien (Calcaire de Rognac). — Calcaires blanchâtres ou
gris clair, un peu panachés de jaune, grumeleux et noduleux,
massifs ou en bancs evtrêmement épais. De l'Est à l'Ouest les
calcaires daniens sont en contact successivement avec les grès
22
— 958 —
aturiens, le Cénomanien, l'Aptien, le Jurassique et le Lias
moyen. À l'Est et à l'Ouest du pont d'Albas le Danien est en
contact avec les calcaires du Charmouthien inférieur par une
cassure très oblique, inclinée au Sud.
2. Montien. — Marnolithes gréseux rouges, grès rouges fins et
durs, poudingues jaunâtres, panachés, à gros éléments unis par
un ciment gréseux, développés tout le long de la rive droite du
ruisseau d'Albas.
3. Landénien. — Le ravin du ruisseau d’Albas est limité au
Nord par une longue arête qui se poursuit parallèlement à lui
sur près de 4 kil., séparant ce ravin de la vallée d’Albas (ruis-
seau du Prat), elle forme un reljef très important atteignant
341 mètres à l'Est. Cette crête qui porte à l'Ouest le village d’Al-
bas est formée par une longue alternance de calcaires lacustres
blanchâtres ou gris clair, parfois grumeleux, en bancs énormes,
et de marnolithes rougeâtres. Les bancs, épais de plusieurs
mètres à la base, sont constitués par un calcaire à pâte fine,
très compact, très dur, cassant, panaché de rouge ou de jaune,
susceptible d être poli, et exploité comme marbre, connu dans
la région sous le nom « griotte d'Albas » à cause d'une vague
ressemblance avec la vraie griotte dévonienne. J'avais précé-
demment (1) rapporté ces calcaires au Danien et les marnes et
marnolithes panachés de la vallée d’Albas au Montien, mais la
découverte du Sparnacien marin faite au cours des tournées de
1907 sur le flanc Nord de la vallée d'Albas m'oblige à modifier
cette attribution et d’ailleurs l'épaisseur des calcaires d'Albas
est trop considérable pour le Danien seul. x.
Les marnolithes rougeâtres, les marnes grumeleuses pana-
chées séparant les bancs calcaires s'épaississent progressive-
ment vers le sommet aux dépens des bancs calcaires qui s'atté-
nuent et toute la vallée d'Albas jusqu'au niveau de la route, et
même bien au-dessus dans la partie occidentale, est ouverte
dans des marnolithes et calcaires noduleux panachés alternant
(4) Comptes-rendus des Collaborateurs, Camp. 1906, feuille de Perpi-
gnan, p. 111.
— 259 —
avec de minces bancs de grès jaunes qui représentent le som-
met du Landénien.
&. Sparnacien. — A 1.500 mètres environ à l'Est d'Albas on
voit reposer sur les grès jaunes affleurant le long de la route
(côté Nord) et appartenant au sommet du Landénien, des mar-
nes gréseuses jaunes noduleuses, puis des marnes et argiles
grises en profondeur, jaunes à la surface, contenant une faune
marine de plus de quarante espèces nouvelles presque en tota-
lité où sont représentés les genres suivants: Ampullina, Eopse-
phæa, Voluta, Pseudoliva, Eopleurotoma, Clavilithes, Collonia,
Turritella, Tiaracerithium, Ptychocerithium. Batillaria (4 espèces),
Pyrazus, Tylochilus, Ptychopotamides, Cerithidea, Rhinoclavis,
Cardita, Ostrea (3 espèces au moins), etc. Les espèces connves
ou voisines d'espèces connues sont : Rhinoclavis (Semivertagus)
unisulcatus Lk, Ptychopotamides cinctus Brug. (variété), Turri-
tella cf. hybrida Desh., Eopleurotoma cf. expedita Desh., Ostrea
uncifera Leym. C’est la faune que l’on trouve dans les marnes
. du versant oriental de la vallée du Rabet (1) et de tout le Sud-
_ Est de la feuille de Carcassonne, comprises entre les calcaires
lacustres landéniens à Physa prisca et les calcaires yprésiens à
Cérithes, petites Alvéolines et Miliolites sur lesquels reposent
les marues inférieures à Turritella trempina Car., Nummulites
atacicus Leym., Orthophragmina, Assilines, d'âge Lutétien infé-
rieur. Cette faune marine qui sera décrite dans un mémoire en
cours de publication est absolument distincte de la faune laguno-
marine du Landénien de Thézan (Vente Farine) et de Tournis-
san et de la faune yprésienne qui la surmonte.
. Les marnes deviennent grumeleuses, un peu gréseuses à la
partie supérieure et passent à des grès et marnolithes avec
petits bancs ou plaquettes de calcaire lacustre gris à traces li-
gniteuses visibles au Nord d’Albas, représentant les calcaires
lacustres du Sparnacien supérieur à Physa prælonga et Planorbis
subcingulatus de la vallée du Rabet et de la région de Fabrezan.
(1) Doncieux, « L'Eocène inférieur et moyen des Corbières septen-
trionales », Bull. Soc. géol. de France, 4‘ sér., t. VI, 1906, pp. 452,
453 et 456.
_—— 960 —
5. Yprésien. — Au-dessus reviennent, formant un petit res-
saut, des couches marines à l'état de calcaires et grès à petites
Alvéolines et Miliolites, de marnes noires, de calcaires gris à
Miliolites et de calcaires jaunâtres en gros bancs à pâte fine
avec pinces de Crustacés, petites Alvéolines et Miliolites, consti-
tuant l’abrupt et le sommet de la crète. Du côté occidental, au
Nord d'Albas, le calcaire est moins dur et moins compact, mar.
peux, gris ou blanc jaunâtre, avec débris de fossiles, moules
d'Ampullina, pinces de Crustacés, petites Alvéolines et Milio-
lites ; au sommet il y a des marnes grises, des grès et des cal-
caires marneux sans fossiles.
6. Lutétien inférieur et moyen. — Au niveau des bergeries du
point 365, à l'Est, et au pied Nord de l’ancien moulin d’Albas, à
l'Ouest, commence le Lutétien inférieur formé d’une alternance
indéfinie de marnes et marno-calcaires à Turritella trempina,
Nummulites atacicus, Assilina Leymeriei d’Arch., Orthophragmina,
Alveolina subpyrenaica Leym., Flosculines, etc. 11 se continue au
Nord par le Lutétien moyen en entier qui passe sur la feuille
de Narbonne. | :
J'ai cru devoir donner avec détails la composition de l'Eocène
inférieur, la découverte d'une faune marine dont la position est
bien fixée par les coupes si nettes du Sud-Est de la feuille de
Carcassonne permettant de faire des divisions certaines dans
cet énorme ensemble gréso-marneux de la vallée d'Albas. -
(Extrait du Bulletin de la Carte géologique de France,
n° 419. Tome XVIII (1907-1908). — Mai 1908
Comptes-rendus des Collaborateurs pour la
Campagne de 1907.
COMMUNICATIONS
pendant les #séances de l’Année 1907
Faites
G. Sicard...
G. Rebelle..
D' Courrent.
G. Sicard...
C. Renaux..
G. Sicard...
A. Fages....
L. Gavoy...
D' Bourrel..
À. Fages....
— Appel aux membres de la Société s’occu-
pant comme lui d'études préhistoriques .
en vue de lui signaler les enceintes pré:
historiques dont ils auraient pu recon-
naître des indices dans notre départe-
— Présentation de quelques échantillons d’un
champignon recueilli aux environs de
Carcassonne, Cyathus sericeus (Lyco-
perdacél}sn sites mesamrehes
— À propos d'un Sceau du prieuré de Saint-
Michel de Duilhac....................
— À propos de la disposition particulière des
rues du village de Saint-Denis (Monta-
gne-Noire)............ iso
Sur un Oppidum aux environs de Montou-
liers (Hérault).................,.....
— Présentation d’une bague en bronze trou-
vée aux environs de Lézignan........
— Sur quelques meules à grains et un moulin
ancien ressemblant au Trapelum, décou-
verts dans l'arrondissement de Grasse
(Alpes-Maritimes), par M. Paul Goby..
— Analyse du Bulletin de la Société histori-
que et scientifique des Deux-Sèvres,
1900: ne ann ne ei near
— Découverte d’une mâchoire humaine dans
la Grotle du Saut près Fourtou (Aude).
— À propos d'un vœu de M. Salomon Reinach
relatif à la protection des stations et
grottes préhistoriques................
— Rectification au Compte-rendu de la séance
du {8 mars 1906......................
— À propos de trois échantillons de porphyre
de Saint-Raphaël (Var)........,...., :
XXXVIII
XXXIX
XL
XLI
XLIII
XLVIII
XLIX
— 262 —
/
G. Sicard... — Projet de reconstitution de la carte ancienne
du territoire de la commune de Laure.
G. Rebelle.. — Liste de Lichens, Champignons et Algues
n intéressants pour la région de l'Aude.
L. Gavoy... — Sur une Fougère (Scolopendrium officinale)
ANOLMAIC SE seine spés ia:
G. Sicard... — Sur un Oppidum aux environs de Laure
OS T00 LE PP
— Empreintes de mains humaines dans la
grotte de Gargas(Hautes-Pyrénées), par
M..E. Régnaull:.: sis: és
TABLE DES MATIÈRES
Contenues dans le Tome XIZX
IN TRODUCTION
Liste des Membres fondateurs.
I': PARTIE
Liste des membres de la Société au 31 Décembre 1907. .... IX
Liste des Sociétés correspondantes....................... XXV
Administration de la Société pour l'année 1908............ XXXI
Procès-verbaux des séances de 1907....................... XXXIII
Etat des Recettes et des Dépenses de la Société au 31 Dé-
ComDRe HOUR Li SAR es duos saunr ac oue LXXI
II: PARTIE
Excursion du 14 avril 1907 aux Gorges de Fontjoncouse, à
Ripaud, les Gorges de la Berre et Gléon, par M. le D' P.
OONTTONL 15 ii ends ni daiticuiraduides 3
Excursion du 5 mai 1907 à Cuxac-d'Aude, au Mont Carétou,
à Raonel et à Matefer, par M. À. Blanquier............ 16
Excursion des 19 et 20 mai 1907 à Bugarach et Fourtou, par
MA PARC. 51 nuire maciuuosoaueeisoocrscte 46
Excursion du 30 juin 1907 à Saint-Denis et Saissac dans la
Montagne-Noire, par M. G@. Sicard.................... sis)
Excursion des 13, 14 et 15 juillet 1907 aux Forêts de Callong,
de Picaussel, de la Plaine, à Belcaire et dans la vallée du
Rebenty, par M. G. Combeléran...…. dde : 83
EX: PARTIF
Faune entomologique de l'Hérault (Coléoptères), par M.
VIOLET MTAVOR. oo iordhocatetedctosevies 97
Géographie physique de l'Aude, par M. l'Abbé A. Sabarthès. 154
Notes complémentaires pour servir à l'étude des Mispickels
du Cabardès, par M. R. Esparseil fils.............,.... 204
Le Pont naturel de Saint-Jean à Aiguesvives (Aude), par
M. le D' Ch. Bourrel................................. 234
Les Albères, par MM. Delpont, Bru, G. Gautier.......... 238
Etudes géologiques sur la feuille de Perpignan, par M. L.
Donciéux...::..scciissiimess I 249
Communications faites pendant les séances de l’année 1907. 261
Table des matières..,...........,.......e..scosess 263
Le Tome XIX du Bulletin de la Société d'Etudes scientifiques de l'Aude
a été publié à Carcassonne le 17 août 1908.
Ce volume est délivré aux personnes étrangères à la Société
moyennant le prix de 10 francs.
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UNIVERSITY OF MINNES
LUI
51 DO0 697 691 F